Les cuadrillas il y a 100 ans…

1920-01-18_2

A l’heure du mercato et de la recomposition des cuadrillas, un petit coup d’œil dans le rétroviseur pour voir quelle était la situation des cuadrillas au lendemain de la Grande Guerre.

La Tuile nous en fournit l’illustration. Elle nous présente les 3 grands chefs d’alors, 3 « rois de l’arène » d’avant-guerre :

1) Joseph Koran, qui dirigeait la cuadrilla attachée au nouveau ganadero d’Aignan Paul Ladouès ; on retrouvait à ses côtés Moreno, Suisse, Picard, Oscar, Bras-de-Fer, Candau et le cordier Eugène Kroumir, dit Flam ; il faut y rajouter le fameux Bamboula, chargé d’exécuter la suerte de Don Tancredo pendant les intermèdes ; Koran achètera des camarguaises à la fin de l’été et montera sa propre ganaderia en fin de cette saison 1920 ;

2) Giovanni l’Italien, attaché au grand ganadero Joseph Barrère qui réunira cette année-là son troupeau à celui de Portalier, avec Henry Meunier, Guichemerre, Montois, Mazzantini, Biscard, Despouys II et le sauteur Faber ; s’y rajoutera en cours de saison Lacoste II ;

3) et enfin l’écarteur de Villeneuve-de-Marsan Camille Couralet, attaché au nouveau ganadero d’Eauze Jean-Joseph Lafitte, avec Cantegrit, Lalanne, Minville, Morlaës, Sabon, le cordier Martial « plus deux éléments qui n’ont pas reparu depuis 1914″…

Voici la publicité du ganadero Lafitte à cette époque :

1920-02-29_4.JPG

 

Le feuilleton de la rénovation de la course landaise…

art-taurin_01_titre.jpg

Je crois que depuis que j’use mes culottes courtes puis mes pantalons sur les gradins des arènes landaises et gersoises, toujours discrètement, j’ai régulièrement entendu cette antienne, à la buvette comme au milieu des connaisseurs dans l’axe : « La course est foutue ! Si ça continue comme ça, dans quelques années elle n’existera plus ! Il faut qu’ils changent tout ! ». En fait, si l’on jette un regard vers le passé, on se rend compte que ces réflexions ont quasiment été une constante dans l’histoire de notre sport gascon. C’est d’ailleurs sous le titre de « La rénovation de la course landaise » que L’Art taurin publie le 27 septembre 1931 un article qui rappelle les grands épisodes précédents. Etait alors en débat la création d’une solide « Fédération taurine landaise », dont le rôle principal devait être d’établir un règlement type « capable d’infuser un sang nouveau à notre Course landaise agonisante ». Au passage notons que notre Course agonisante n’en finit toujours pas de mourir près de 90 ans après…
Le journal rappelle ainsi que dès 1889, Prosper Séris appelait déjà de ses vœux un « modeste règlement » de notre divertissement ancestral. Quatre ans plus tard, en 1893, c’est le Dr Batbedat qui faisait des propositions dans Le Torero de Paris. Depuis, ajoute le chroniqueur, « bien des Congrès taurins ont tenté de pallier au manque d’amour-propre, au manque de cœur, aux fantaisies capricieuses de nos pantalons blancs ». Et de rappeler celui du 16 mars 1905 organisé par « l’Union taurine landaise de Bordeaux », ceux du 26 octobre 1913 et 1er février 1914 initiés par Rebba, celui du 5 décembre 1920 mis sur pied par les sociétés taurines gersoises, et enfin le Congrès tauromachique du 26 février 1928 provoqué par « l’Union tauromachique bordelaise ». Malgré toutes ces assemblées, tous les efforts étaient restés vains, et aucun règlement type n’avait pu voir le jour : « les réformateurs se sont heurtés au scepticisme, à l’égoïsme, à l’inertie de certaines commissions de fêtes, à une fausse conception de leur indépendance chez certaines autres ». Et le journaliste ajoutait : « je persiste à penser que Fédération et Règlement sont choses inséparables ».
Dans les propositions qu’il faisait, venait en premier lieu la création d’une école taurine, en deuxième la sélection d’un bétail de choix, en troisième « l’obligation pour tout homme qui défile au paseo de fournir durant la course un travail en rapport avec ses facultés et son talent ». D’autres articles fort intéressants venaient ensuite, et je pense qu’il sera utile de les publier en entier un jour prochain. Peut-être pour donner des idées à certains ou pour revenir à quelques valeurs un peu oubliées… Ou tout simplement pour nourrir le débat autour de la prochaine « régénération ».

GÉRARD (Gérard BOUEILH, dit)

1921-10-23-30_1-gerard.JPG   gerard_2.jpg

Il y a 120 ans naissait à Mont-de-Marsan, le 8 décembre 1899 exactement, Gérard Boueilh, l’un des grands noms de la course landaise de l’Entre-deux-guerres ; il décédera dans la même ville le 11 août 1960. Voici quelques éléments de sa biographie.

« L’un des tout meilleurs écarteurs de l’entre-deux-guerres. Dès l’âge de 13 ans, le jeune Gérard s’essaye à l’écart lors d’une novillada à Saint-Jean-d’Août. Cette prouesse sera suivie, après la grande guerre, par un apprentissage rapide sous la houlette avisée du maître Koran durant l’année 1921 pendant laquelle Gérard, après avoir débuté en mars, à Soustons, avec 7 écarts « qui laissaient présager en lui un écarteur d’avenir », subit une terrible tumade à Saint-Sever, en avril, avant d’exécuter « quelques écarts notoires » à la redoutable Biarrotte de Coran quelques jours plus tard à Dax ; puis il va remporter déjà 7 premiers prix (…). Un grand était né ! De taille moyenne, il n’était pas naturellement doué pour la défense, mais son intelligence et son application tenace vont lui permettre d’acquérir la vista nécessaire à l’épanouissement de tout bon torero. En 1923, il est sacré n° 1 (…). Ces résultats vont lui valoir d’être remarqué par Joseph Barrère, le plus grand ganadero de l’époque, qui l’engage comme chef de cuadrilla en [19]24 (…). C’est au cours de la dizaine d’années qui vont suivre que Gérard, chef inamovible jusqu’à la disparition de son patron Joseph Barrère en [19]33, va connaître sa période la plus faste. (…) Après son « divorce » avec Fernad Barrère qui avait succédé à son père, Gérard va signer, toujours comme chef, chez Lafitte en [19]35 où il ne travaillera que lors de 13 des 18 courses que devait donner son nouveau patron, décrochant quand même un premier prix et 2 deuxièmes.En [19]36, Gérard est chef chez Stetin et en [19]37 chez Germain Cantegrit où il se voit remettre 2 premiers prix. Après la mort de ce dernier, il ne quitte pas le troupeau que reprend Saint-Martin qui lui confie la place de chef dans la continuité ; en [19]38, 3 nouveaux premiers prix et 7 deuxièmes pour 19 courses et en [19]39, une victoire dans le concours de la Madeleine à Mont-de-Marsan. Pendant la deuxième guerre mondiale, on retrouve Gérard, toujours chef chez Saint-Martin en 1942 et 1943. Avec Joseph Koran et Le Suisse, Gérard restera l’une des figures majeures de la Course landaise dans l’entre-deux-guerres. »

Eléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 221-223 (avec l’aimable et amicale autorisation de l’auteur)

Il a fait l’objet de plusieurs croquis du dessinateur Gaston Rémy:

gerard_remy

gerard_remy_2

 

Et il fut même croqué par Cel le Gaucher dans un superbe intérieur !

1963-09-15_gerard