Samadet… avant

A l’occasion des 3 jours coursayres de Samadet, ces deux cartes postales des anciennes arènes (non couvertes…), avec notamment un des rares clichés d’escalot à la fin de la course. Sur la première, on peut voir que les refuges étaient sommaires…

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Les courses à Bordeaux en 1872 (2)

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Je vous l’avais promis, et je tiens cette promesse ! Voici donc le compte-rendu de cette joute entre Landais et Espagnols, certainement l’une des premières de ces courses hispano-landaises qui deviendront très à la mode deux décennies plus tard. Et bien sûr, l’on y voit ce furent les Landais qui tirèrent largement leur épingle du jeu… A noter, au passage, la très bonne analyse du chroniqueur sur la différence entre bêtes espagnoles et landaises. On trouve cet article toujours dans La Petite Gironde, le 8 juin 1872 :

« Hier, aux Arènes-Landaises, il y avait moins de monde que dimanche ; on peut cependant évaluer à quatre mille le nombre des curieux. La journée a été fort triste : un accident est arrivé et les courses n’ont, rien valu : les banderilleros manquaient de sang-froid, et l’écarteur landais Tegnest a été fortement blessé. Nous n’hésitons pas à rendre le public responsable de ce regrettable accident ; ses exigences irréfléchies en sont la cause. Une seule chose peut lui servir d’excuse : son inexpérience des courses. Nous y reviendrons, mais procédons par ordre :
Les Espagnols ont d’abord fait une entrée assez grotesque; leurs costumes étaient non seulement fanés, mais sales ; leurs capas étaient de véritables guenilles. Trois cavaliers formaient la tête du cortège; ils étaient suivis de quatre pages, six lanceros et six banderilleros qui, seuls, sont demeurés dans l’arène.
Lorsque ces gens-là se sont trouvés en présence des taureaux landais, ils ont perdu, non leurs jambes, mais leur sang-froid. Grande, en effet, est la différence entre le fougueux taureau des ganaderias espagnoles qui n’a jamais couru et celui qui est rompu aux courses landaises : le premier, aveuglé par la colère, court en ligne droite sur la capa ; son élan est si fort, qu’il passe à côté du banderillero qu’il effleure, sans pouvoir modérer la rapidité de sa course et se détourner de la ligne droite. Autres sont les habitudes du taureau landais ; par suite de la fréquentation des arènes, il devient plus circonspect, plus dangereux, plus avare de courses irréfléchies ; il ne court plus sur l’homme que si ce dernier est décidé à l’attendre de pied ferme, « à 15, 20, 30 mètres de distance au plus ; » on est obligé d’employer la ruse (par exemple l’emmener dans un coin de l’arène) pour le faire partir de plus loin. Sauf de rares exceptions, sa course n’est jamais en ligne droite; même en courant, sa tête suit toujours les mouvements de l’écarteur ; ajoutons qu’il s’arrête court lorsqu’il arrive au but ; il fait plus : il se retourne brusquement et il se précipite de nouveau sur l’homme qui, ne se trouvant plus qu’à un pas des cornes, serait presque toujours pris sans le secours de la corde. Avec de pareils animaux, on s’explique donc l’utilité de cette dernière; elle est destinée à préserver l’écarteur de ce qu’on appelle « le second coup de tête ».
En présence donc de taureaux qui ne partaient pas franchement, les Espagnols, déconcertés, ont dû renoncer au simulacre de tuer le taureau ; ils n’approchaient même qu’en hésitant, pour lancer leurs capas et s’enfuir aussitôt ; s’ils plantaient des cocardes et des banderilles, ce n’était non plus qu’en courant et en coupant perpendiculairement la ligue suivie par le taureau ; en termes de courses, c’est ce qu’on appelle « écarter au coupé » ; ce genre d’écart, sans danger, est peu gracieux ; sur les arènes landaises, il n’est toléré que pour les novices. Les bêtes, de leur côté, voyant ces gens-là se tenir à distance, demeuraient longtemps sans bouger de place ; souvent même elles refusaient absolument de sortir du toril.
Le public, impatienté d’assister a un spectacle si peu récréatif, s’est mis à murmurer. Quelques cris : « Les Landais ! A la porte les Espagnols ! » se sont fait entendre. Pour le calmer, le banderillero Luis Aspiri a franchi deux fois une vache espagnole. Pour faire ce que l’écarteur Camiade avait exécuté dimanche sans nul secours, Aspiri s’est aidé d’une perche ; aussi, le public ne lui a-t-il pas tenu compte de sa tentative : les murmures ont redoublé ; les cris, les sifflets, les trépignements, disons plus : les hurlements étaient arrivés à leur paroxysme, et le directeur était sommé de faire apparaître les Landais, C’est alors que, pour complaire au public, et malgré le danger qu’il y a à écarter sans capa un taureau libre, l’écarteur Tegnest s’est dévoué. Son costume étant moins éclatant que ceux des Espagnols, pour attirer les regards du taureau, il a eu l’imprudence de se placer à quinze mètres environ de l’animal : le premier écart a été réussi, mais le second coup de tête l’a renversé.
En Espagne, comme dans le Gers et les Landes, il est d’usage que, lorsqu’un homme est pris,tous ceux qui se trouvent dans l’arène doivent courir sur le taureau pour le détourner ; ici, avant d’aller au secours de Tegnest, les Espagnols ont hésité, et ont ainsi laissé le temps au taureau de lui labourer le corps avec ses cornes. Ils avaient l’air presque satisfaits de l’accident.
La course s’est terminée aussi tristement qu’elle avait commencé; le public est parti fort mécontent ; mécontent aussi était le directeur des courses, d’avoir eu un homme blessé et un taureau écorné.
Dimanche prochain, courses landaises; espérons qu’elles ressembleront aux avant-dernières, et non à celles que nous venons de décrire. »

Les courses à Bordeaux en 1872 (1)

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Grâce à La Petite Gironde, nous avons retrouvé le compte-rendu des premières courses landaises données à Bordeaux lors de la temporada 1872. Il figure dans son numéro du 4 juin de cette année-là et nous donne, en plus, le nom et la couleur distinctive de chaque acteur :

« Cinq à six mille personnes assistaient, hier, aux premières courses landaises. L’amphithéâtre offrait un coup d’œil magnifique. A 2 heures 1/2, avant l’ouverture des torils, les écarteurs, placés sur deux rangs, ont fait le tour de l’arène ; puis une vache espagnole a été lâchée. Bien que les animaux fassent encore fatigués par un récent Voyage, bien que cette circonstance leur ait fait manquer quelques sorties, les courses ont été — d’après les amateurs — assez brillantes. L’agilité, le sang-froid des écarteurs et l’habileté du teneur de corde, ont épargné aux spectateurs la vue d’accidents malheureusement trop fréquents dans ce genre de spectacles.
A la première sortie, cependant, l’écarteur Omer a été touché légèrement. Victime d’un accident aux courses d’Aire, cet écarteur, se ressentant hier encore des blessures qu’il y avait reçues, allait clopin-clopant et n’écartait que rarement. Les spectateurs le voyant boiter, ont pensé, mais à tort, que la blessure qu’il avait reçue hier était sérieuse.
Le prix d’honneur a été décerné à Joseph Dufau (couleur bleue) ; ses écarts de pied ferme, et toujours serrés, son aplomb, sa grâce et son agilité, ont beaucoup plu.
Louisotte-Mamousse (couleur verte) a obtenu le premier prix; cet intrépide écarteur choisissait peu ses écarts : lorsque les taureaux arrivaient franchement, il les franchissait.
St-Calpres (couleur rouge) a eu le troisième prix.
Puis vient, quatrième, V. Camiade (couleur blanche); cet écarteur, d’une rare agilité, a franchi douze fois un taureau et une vache libre ; il a été chaleureusement applaudi.
Tegnest, (couleur rose) a joué de malheur : par deux fois ses vêtements ont été déchirés; il n’a été qu’effleuré par les cornes d’un taureau, et en a été quitte en changeant de costume.
On a beaucoup ri des farces de l’écarteur Desplans, qui remplissait le rôle de clown. En somme, bonne journée, puisqu’il n’y a pas eu d’accident.
Jeudi prochain, autres courses; mais, cette fois, les écarteurs landais céderont la place à six écarteurs espagnols ; ces derniers affronteront le taureau avec des capes et des banderillas. Dimanche, courses mixtes lando-espagnoles. Il va sans dire qu’on ne tuera pas de taureaux ; on se bornera à faire alterner les écarteurs espagnols avec ceux du département des Landes. Nous rendrons compte de cette joute internationale d’un nouveau genre. »

Et de notre côté, nous vous fournirons bien sûr prochainement ce compte-rendu…

 

Une course à Saint-Vincent-de-Tyrosse… en 1899 !

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Il faut parfois se méfier de certains titres d’articles et ne pas hésiter à se plonger dans des articles anodins pour trouver des documents nouveaux. C’est le cas de ces clichés assez exceptionnels, en raison de leur ancienneté, qui sont parus dans un numéro de la revue Le Sport universel illustré daté du 8 avril 1899. L’auteur, un certain F. Révil, les a publiés à la fin de son article intitulé « Ferrade et muselade en Camargue », dans lequel il y avait effectivement peu de chances qu’on les y trouve. En réalité, il y fait une comparaison entre courses camarguaises et landaises et en profite pour montrer les clichés que lui-même a pris à « Saint-Vincent-de-Tiros » [sic]. C’était bien sûr avant la construction des arènes en ciment, et je vous montrerai bientôt d’autres photos prises dans ces anciennes arènes en bois. Si vous regardez bien, nos écarteurs ont revêtu des costumes typiques des courses provençalo-landaises ou lando-provençales… et si vous regardez encore mieux, notamment la première image ci-dessous, vous vous apercevrez que nos écarteurs affrontaient encore des vaches aux cornes nues et bien pointues !

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Technique : l’écart

Après la feinte, dont je vous ai déjà parlé (https://patrimoinecourselandaise.org/2019/02/17/1831-naissance-de-la-feinte/), voici un petit historique de l’écart.

Si l’on en croit la tradition, c’est l’écarteur Cizos qui, en 1850, « inventa » l’écart. Un demi-siècle plus tard, Clic-Clac distingue « l’écart de pied ferme », « l’écart serré ou l’écart près », « l’écart, saut et feinte », « l’écart allongé ou écart loin », « l’écart coupé » et enfin « l’écart en marche ».

Dans le premier, « l’homme est immobile dans un endroit de l’arène ; il incite la bête par la voix ou le sifflet, les bras sont élevés verticalement au-dessus de la tête, dans le but de présenter moins de surface : quand l’animal qui l’a aperçu est parti sur lui et qu’il se trouve à une certaine distance, l’écarteur fait un petit saut qui a pour but d’accélérer sa vitesse et lorsqu’il donne le coup de tête, il se jette de côté en se tournant vivement. »

Pour le deuxième, « le roi des toreros landais est sans contredit Bras-de-Fer (…). [Il ] se place devant le fauve, l’appelle et au moment où la bête humilie prête à lui enfoncer les cornes dans le ventre, il tourne vivement et sort sain et sauf d’une rencontre où tout le monde croyait qu’il allait laisser la vie. »

Voici d’ailleurs 2 écarts de Bras-de-Fer réalisés au plus près dans les anciennes arènes d’Eauze, l’un sur la corne droite, l’autre sur la gauche.

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« L’écart, saut et feinte », qualifié par Clic-Clac de « suerte fantaisiste », était également une spécialité de Bras-de-Fer. Voilà quelle était sa description : « l’écarteur se place franchement face à la vache comme pour l’écart, fait un petit saut et donne la suerte en feintant ».

Quant à « l’écart allongé ou écart loin », il était pratiqué de main de maître par Candau. Il consistait en ceci : « comme dans l’écart serré, l’homme se place franchement face à l’animal, les bras relevés le long de la tête et incite de la voix ou du sifflet ; il se met en action lorsque la vache est encore à trois ou quatre mètres et lui indique assez franchement de quel côté il veut faire la sortie. » Et je suis d’accord avec l’analyse du revistero : « Pour moi, cet écart est plus dangereux que l’écart serré, du moins avec une bête sérieuse et à formidable coup de tête ramasseur. C’est dans ce cas que la corde est utile »…

Voici Candau en pleine action dans les anciennes arènes de Mont-de-Marsan, sur une carte du grand photographe-éditeur de Morcenx, Bernède. Et l’on voit que la corde avait son importance !

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« L’écart coupé » n’était pas, pour les puristes, un véritable écart, bien que pratiqué par presque tous les écarteurs. Dans ce type de figure, « l’écarteur s’élance sur l’animal, l’aborde par côté et provoque un coup de tête qu’il évite par une légère inclinaison du corps ». Clic-Clac note avec mépris : « Passe sans grand brio et presque sans mérite ». On reconnaît là tout simplement le type d’écarts réalisés encore aujourd’hui par les recortadores espagnols et qui ne sont pas sans donner souvent quelques frissons sur les gradins.

Quant à l’ultime type d’écart, « l’écart en marche », comme la feinte du même genre, il « consiste à avancer vers la vache qui, elle aussi, court à la rencontre de l’écarteur ». Une note manuscrite au crayon dans l’exemplaire de l’Histoire des courses landaises que je possède précise :  » Cette suerte était spéciale à Baillet, blessé mortellement à Bazas le 24 juin 1897″.

C’est peut-être la première de ces figures que dessine l’écarteur anonyme ci-dessous.

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L’un des écarts les plus prisés des coursayres est certainement celui qui est réalisé avec les bras croisés sur la poitrine. C’est celui qu’affectionnait entre autres le chef Jean-Marc Lalanne, qui le dessinait d’ailleurs souvent avec les pieds sur le mouchoir, pour bien marquer qu’il ne perdait pas de terrain sur la coursière.
Sur l’image ci-dessus, prise dans les arènes du Bouscat entre les deux guerres, on voit que l’écarteur fait un grand saut d’appel tout en gardant ses bras croisés.

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Nous avons encore le plaisir de voir de temps en temps dans nos courses l’écart réalisé les pieds sur le mouchoir. A l’époque de Gaston Rémy, il se réalisait également les pieds sur le béret, à l’image de celui de Moréno représenté ici.

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L’écart le plus délicat, celui dans lequel l’homme n’est plus protégé, est l’écart intérieur, en gascon « en dehens » (en dedans), réalisé du côté de la corde. Il sert avant tout à « redresser » la vache afin de pouvoir reprendre des séries d’écarts extérieurs. En voici un bel exemple réalisé par Suisse et croqué par Gaston Rémy. Il est aujourd’hui pointé plus cher que l’écart classique extérieur, ce qui a pour conséquence que certains acteurs ont tendance à en user et abuser dans les concours. Ils devraient parfois se rappeler l’adage que l’on écrivait régulièrement sur le tableau de nos écoles primaires à l’époque (reculée) où nous avions des leçons de morale : « L’excès en tout est un défaut »…

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