Arènes : Saint-Vincent-de-Tyrosse (40)

Les premières arènes en bois.

J’avais naguère publié un article sur l’inauguration des arènes de Saint-Vincent-de-Tyrosse que je datais du 24 juillet 1886 d’après le livre de Prosper Séris. En fait, celui-ci s’était un peu emmêlé les souvenirs, puisque d’une part un ami de notre blog, Philippe Gelez, président du Cercle taurin et qui préparait un ouvrage sur la tauromachie dans la cité tyrossaise, m’avait envoyé la preuve que cet évènement s’était déroulé une année auparavant, en mai-juin 1885, et que d’autre part j’ai pu le confirmer par mes recherches aux Archives départementales des Landes.
C’est en effet par une délibération du 20 février 1885 que la municipalité se lance dans l’aventure taurine. Elle avait déjà, depuis le 14 novembre 1881, transféré la fête locale du 18 janvier au 2e dimanche de mai « afin de pouvoir multiplier les distractions et attirer le plus d’étrangers possible dans la localité », et « considérant que la position topographique de Saint-Vincent permettrait de tenter l’essai d’une course aux taureaux avec toutes chances de succès », elle décide de voter un budget en ce sens. Dès le 15 mars 1885, on établit un devis estimatif pour la construction « d’amphithéâtres », comme on disait alors, sur une place destinée aux courses landaises.
Les fêtes inaugurales se déroulèrent les 31 mai, 1er et 2 juin 1885, dans le cadre des nouvelles fêtes patronales, et l’on y vit les troupeaux de MM. Lagardère, de Dax, et Bacarisse, de Saint-Sever. Le journal La Petite Gironde du 24 mai 1885 pouvait alors écrire: « C’est la première fois que la ville de Saint-Vincent-de-Tyrosse célèbrera sa fête locale, et naturellement elle ne négligera rien pour lui donner le plus d’éclat possible ».
Grâce à Philippe Gelez, voici deux photographies prises dans les anciennes arènes de Saint-Vincent-de-Tyrosse. On remarquera que, contrairement à ce que l’on voit aujourd’hui, il n’y avait vraiment pas grand monde dans la contre-piste !…

C’est dans ces arènes que se déroula vers 1899 la course dont je vous ai déjà parlé : https://patrimoinecourselandaise.org/2019/05/19/une-course-a-saint-vincent-de-tyrosse-en-1899/

Les arènes en dur

Les amphithéâtres en bois de pin, démontables, vont subir les avaries du temps et occasionner au fil des années des frais de maintenance importants qui deviennent de plus en plus lourd pour les finances locales jusqu’en 1914. C’est en 1924 que la municipalité décide de passer d’arènes démontables en bois à des arènes en dur, et de les élever dans le « Bois du Curé », à l’entrée de la ville. Elle s’adresse à l’architecte dacquois Albert Pomade, qui fut également le concepteur des arènes de Saint-Sever, de Pomarez, de Magescq et bien sûr celles de Dax. C’est l’entrepreneur Robino qui se chargea de la construction en parpaings. La réception définitive eut lieu le 13 décembre 1927.

Voilà l’aspect qu’elles avaient alors:

En 1934, on aménagea des loges pour les taureaux et des corrales, et d’autres travaux furent entrepris en 1936, 1938 et 1960. En 1961, ultime agrandissement fut réalisé, ainsi que la modification du porche d’entrée par l’architecte Hébrard et l’entrepreneur Amallet. La piste ovale mesure 44m sur 33m, et elles ont une capacité d’environ 5000 places.
Plus récemment, entre 2016 et 2018, un marché a été lancé pour une série de travaux de réhabilitations et de mise aux normes.

Elles ont reçu le nom de « Marcel Dangou », grand tauromache tyrossais qui dirigea notamment les arènes de Bayonne (qui portent également son nom) et celles (disparues) de Toulouse.

Bibliographie : « Tiròssa : las arenas que’s hestejan los navanta ans » (gascon), La Cazérienne, n°163, avril 2017, p. 9 (traduction dans le n° 164, juin 2017)

Les courses à Dax… en 1846

Voici le jugement très sévère que nos voisins béarnais donnèrent sur les courses qui eurent lieu lors de la fête patronale de Dax en septembre 1846.
« Les courses de taureaux (lisez vaches) ont été ce qu’elles sont toujours à Dax et dans tous les endroits du département des Landes où elles ont lieu, c’est-à-dire ridicules. Privés de cette solennité qui accompagne les courses espagnoles, de ces brillants costumes que les toreadores et les picadores portent avec tant d’élégance, de ces cérémonies théâtrales qui ajoutent à l’impression des spectateurs, dénuées surtout de ce danger réel que courent les combattants, ces prétendus combats de taureaux ne ressemblent pas mal à une mystification. » (Le Mémorial des Pyrénées, 32e a., n° 129, 14 septembre 1846).

On était donc déjà, et avant la date fatidique de 1852 où se déroulèrent les premières courses avec des matadors à Saint-Esprit, près de Bayonne, dans une comparaison entre courses espagnoles et landaises… Espérons que celles que nous aurons le plaisir de voir le 4 octobre prochain, seront plus appréciées, même des Béarnais !

Léonard Cantegrit, dit « Le Manchot »

cantegrit_manchot

Il y a exactement 160 ans, le 29 août 1860, naissait à Amou Léonard Cantegrit. Il y décéda le 31 mars 1906. Voici quelques éléments de sa carrière.

« Dans sa jeunesse, à la suite de l’explosion d’une lampe, il perdit en grande partie l’usage de son bras gauche »
« A ses débuts en 1878, Le Manchot est une révélation. Chez lui, souplesse, ardeur, courage et vista sont innés. Dès ses premières courses, il fait preuve d’une maîtrise inégalable qui le propulse au premier rang, éclipsant même les ténors de l’époque. En 1883, année de son apogée, Le Manchot remporte 20 premiers prix et 2 seconds prix pour les 22 courses auxquelles il participe. Cette année-là, pour les fêtes d’Hagetmau, (…) Le Manchot va réaliser le lundi un exploit peu banal : sous une pluie diluvienne, pressé par les boulangers d’Amou, son village, il assure à lui tout seul la sortie de toutes les vaches. A la fin de la course, le grand maître Jean Chicoy, présent dans les gradins, lui donna l’accolade sous les vivats du public. Toujours la même année, à Plaisance-du-Gers, il renouvelle cet exploit, se permettant le luxe d’affronter dix fois « à monter-descendre » la terrible Caracola (…). Mais en 1884, chez lui, à Amou, Le Manchot est grièvement blessé par l’autre « monument » de l’époque, la non moins terrible Volontaria du ganadero Dubecq d’Estibeaux. (…) Une fois rétabli, il renonce au boléro, en 1885. »
Eléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 81 et 358-359 (avec l’aimable et amicale autorisation de son regretté auteur) ; photographie reproduite dans l’ouvrage du Centenaire de la Mutuelle des toreros landais.

Août 1894 : les courses à Maubourguet (65)

Parmi les trésors communiqués par un de mes correspondants de Maubourguet, se trouve cette superbe affiche historique. Elle donne le programme des fêtes des 18, 19 et 20 août 1894, marquées notamment par l’inauguration des nouvelles arènes. La grande course landaise du dimanche était assurée par le bétail de Barrère, qui était opposé à trois cuadrillas « composées de l’élite des écarteurs landais », sans plus de précision. Pour le lundi, on signalait simplement la reprise des courses « de taureaux » « avec un bétail entièrement renouvelé »… Deux autres animations à noter : la distribution de pain aux indigents du dimanche matin, et l’ascension de la montgolfière « La Walkyrie » en clôture du lundi soir. Quant à la petite gravure décorant l’angle supérieur de cette affiche, elle représente non pas un écart, mais le fameux « saut de la garrocha » réalisé par un acteur en habit de matador.

C’est, à ma connaissance, le plus ancien document concernant cette ville taurine des Hautes-Pyrénées.maubourguet_1891

Eugène SABON (Jean JAYMES, dit)

sabon

Il y a près de 40 ans, décédait à Saint-Pierre-du-Mont, le 3 août 1982, l’écarteur « Eugène Sabon ». Il s’appelait en fait de son vrai nom Jean Jaymes et était né à Saint-Gor le 13 juillet 1894. Voici quelques éléments de sa biographie.

« Après ses débuts, le 15 août 1913, à Roquefort, devant les coursières de Duluc, le ganadero de seconde de Mant, Sabon s’illustre à Arboucave où il remporte le 1er prix de 50 fr. En 1914, on le retrouve dans les cuadrillas du Syndicat des toreros. Peu de courses formelles, mais 3 premiers prix (…). Après la grande guerre, de 1919 à 1921, Sabon « l’intrépide » est équipier chez le ganadero Lafitte et attire l’attention des aficionados avec ses 120 écarts pour une victoire sur deux jours à Nogaro, ses 73 à Condom puis ses 95 en un jour à Saint-Justin en 1920 ! Cette année-là, il décroche le premier prix de 600 fr. lors de l’inauguration des nouvelles arènes de Bordeaux, les 6 et 7 novembre. A noter en [19]21, ses 81 écarts le premier jour et 65 le deuxième aux fêtes d’Orthez et les 86 le dimanche et 64 le lundi à celles de Tartas. Ces dernières performances lui valent d’être engagé par Coran pour l’année suivante. Mais en [19]23, il le quitte pour rejoindre la cuadrilla de Joseph Barrère, le maître ganadero de l’époque (…). Même s’il n’est qu’un écarteur moyen et pas très élégant, Sabon se révèle plaisant et sympathique, faisant preuve souvent de pas mal de cran et de courage, travaillant durement pour remporter quelques premiers prix (…). Après un séjour d’une année chez Grit et Curon qui montent en formelle en [19]26,  il reviendra définitivement chez le ganadero de Buros où il terminera sa carrière en 1935.
Son meilleur souvenir : le premier prix à Eauze en 1914 devant le Suisse, doté de 220 fr-or, d’une palme et d’un louis de 20 fr., suivi du retour triomphal sur les épaules de ses admirateurs jusqu’à l’hôtel. »

Eléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 495 (avec l’aimable et amicale autorisation de son regretté auteur)