Un engagement d’écarteur il y a 100 ans

L’écarteur Moreno

Il y a quelques jours, je vous ai présenté le contrat du sauteur Faber avec Giovanni. Voici maintenant celui de l’écarteur Moreno pour la même saison 1920-1921, il y a tout juste cent ans :

« Entre les soussignés Monsieur Giovani [sic] Dionori, chef de cuadrilla de toreros landais demeurant à Dax, et Monsieur Edmond Souleyreau, « dit Moreno », torero landais, demeurant dans la même localité, il a été arrêté et convenu ce qui suit :
– M. Edmond Souleyreau s’engage à dater de ce jour quatre novembre mil neuf cent vingt jusqu’à la même époque en mil neuf cent vingt et un à ne travailler que dans les courses où M. Giovani l’aura engagé, sauf autorisation spéciale pour aller ailleurs ; M. Moreno s’engage également à exécuter, sauf blessure dûment [sic] constatée, un minimum de dix-huit écarts ou feintes par journées de courses.
– M. Giovani Dionori, de son côté, s’engage à lui donner, pour pouvoir faire usage de son nom, la somme de deux mille francs de gratification payable dans le courant de l’hiver mil neuf cent vingt et mil neuf cent vingt et un ; un accompte [sic] de six cents francs sur les deux mille est payable en signant le présent engagement ; M. Giovani Dionori consent en outre à faire un partage égal de la somme nette qui reviendra aux principaux toreros de la cuadrilla dont les noms suivent : Giovani, Guichemerre, Montois, Mazzantini et Moreno.
Fait en double et de bonne foi le quatre novembre mil neuf cent vingt.
Lu et approuvé : Dionori Giovanni
Lu et approuvé : Edmond Souleyreau

N. B. : Il reste entendu que tous les engagements avec les toreros cités ci-contre seront les mêmes que le présent à tous les points de vues.
Lu et approuvé : Dionori Giovanni
Lu et approuvé : Edmond Souleyreau »

Léonard Cantegrit, dit « Le Manchot »

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Il y a exactement 160 ans, le 29 août 1860, naissait à Amou Léonard Cantegrit. Il y décéda le 31 mars 1906. Voici quelques éléments de sa carrière.

« Dans sa jeunesse, à la suite de l’explosion d’une lampe, il perdit en grande partie l’usage de son bras gauche »
« A ses débuts en 1878, Le Manchot est une révélation. Chez lui, souplesse, ardeur, courage et vista sont innés. Dès ses premières courses, il fait preuve d’une maîtrise inégalable qui le propulse au premier rang, éclipsant même les ténors de l’époque. En 1883, année de son apogée, Le Manchot remporte 20 premiers prix et 2 seconds prix pour les 22 courses auxquelles il participe. Cette année-là, pour les fêtes d’Hagetmau, (…) Le Manchot va réaliser le lundi un exploit peu banal : sous une pluie diluvienne, pressé par les boulangers d’Amou, son village, il assure à lui tout seul la sortie de toutes les vaches. A la fin de la course, le grand maître Jean Chicoy, présent dans les gradins, lui donna l’accolade sous les vivats du public. Toujours la même année, à Plaisance-du-Gers, il renouvelle cet exploit, se permettant le luxe d’affronter dix fois « à monter-descendre » la terrible Caracola (…). Mais en 1884, chez lui, à Amou, Le Manchot est grièvement blessé par l’autre « monument » de l’époque, la non moins terrible Volontaria du ganadero Dubecq d’Estibeaux. (…) Une fois rétabli, il renonce au boléro, en 1885. »
Eléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 81 et 358-359 (avec l’aimable et amicale autorisation de son regretté auteur) ; photographie reproduite dans l’ouvrage du Centenaire de la Mutuelle des toreros landais.

Eugène SABON (Jean JAYMES, dit)

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Il y a près de 40 ans, décédait à Saint-Pierre-du-Mont, le 3 août 1982, l’écarteur « Eugène Sabon ». Il s’appelait en fait de son vrai nom Jean Jaymes et était né à Saint-Gor le 13 juillet 1894. Voici quelques éléments de sa biographie.

« Après ses débuts, le 15 août 1913, à Roquefort, devant les coursières de Duluc, le ganadero de seconde de Mant, Sabon s’illustre à Arboucave où il remporte le 1er prix de 50 fr. En 1914, on le retrouve dans les cuadrillas du Syndicat des toreros. Peu de courses formelles, mais 3 premiers prix (…). Après la grande guerre, de 1919 à 1921, Sabon « l’intrépide » est équipier chez le ganadero Lafitte et attire l’attention des aficionados avec ses 120 écarts pour une victoire sur deux jours à Nogaro, ses 73 à Condom puis ses 95 en un jour à Saint-Justin en 1920 ! Cette année-là, il décroche le premier prix de 600 fr. lors de l’inauguration des nouvelles arènes de Bordeaux, les 6 et 7 novembre. A noter en [19]21, ses 81 écarts le premier jour et 65 le deuxième aux fêtes d’Orthez et les 86 le dimanche et 64 le lundi à celles de Tartas. Ces dernières performances lui valent d’être engagé par Coran pour l’année suivante. Mais en [19]23, il le quitte pour rejoindre la cuadrilla de Joseph Barrère, le maître ganadero de l’époque (…). Même s’il n’est qu’un écarteur moyen et pas très élégant, Sabon se révèle plaisant et sympathique, faisant preuve souvent de pas mal de cran et de courage, travaillant durement pour remporter quelques premiers prix (…). Après un séjour d’une année chez Grit et Curon qui montent en formelle en [19]26,  il reviendra définitivement chez le ganadero de Buros où il terminera sa carrière en 1935.
Son meilleur souvenir : le premier prix à Eauze en 1914 devant le Suisse, doté de 220 fr-or, d’une palme et d’un louis de 20 fr., suivi du retour triomphal sur les épaules de ses admirateurs jusqu’à l’hôtel. »

Eléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 495 (avec l’aimable et amicale autorisation de son regretté auteur)

Joseph Dufau, l’écarteur ressuscité

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Dans son édition du 13 juillet 1873, La Petite Gironde, relayant une information du Journal des Landes,  publiait une brève ainsi rédigée :
« Le malheureux écarteur Joseph Dufau, de Labastide-d’Armagnac, que les amateurs de courses ont applaudi aux Arènes landaises de Caudéran, vient d’être tué aux courses de Nîmes ; c’est celui qui, l’année dernière, eût la jambe cassée à une des dernières courses. « Joseph Dufau, dit le Journal des Landes, exerçait la profession d’écarteur en véritable artiste. Garçon actif, laborieux, il s’occupait également du commerce des grains et traitait des affaires d’une certaine importance. Il laisse une jeune veuve et huit enfants ». »

Mais 5 jours plus tard, un heureux démenti venait mettre un terme à la triste nouvelle :
« Nous avions annoncé, d’après le Journal des Landes, que l’écarteur Dufau avait été tué à Nîmes. Or, le même journal publie aujourd’hui une dépêche datée de Nîmes, et qui est ainsi conçue : « Dufau, écarteur landais, se porte bien. Vu hier. Le maire, Blanchard ». »

Le brave Joseph, dit Cocard, était ressuscité !

GÉRARD (Gérard BOUEILH, dit)

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Il y a 120 ans naissait à Mont-de-Marsan, le 8 décembre 1899 exactement, Gérard Boueilh, l’un des grands noms de la course landaise de l’Entre-deux-guerres ; il décédera dans la même ville le 11 août 1960. Voici quelques éléments de sa biographie.

« L’un des tout meilleurs écarteurs de l’entre-deux-guerres. Dès l’âge de 13 ans, le jeune Gérard s’essaye à l’écart lors d’une novillada à Saint-Jean-d’Août. Cette prouesse sera suivie, après la grande guerre, par un apprentissage rapide sous la houlette avisée du maître Koran durant l’année 1921 pendant laquelle Gérard, après avoir débuté en mars, à Soustons, avec 7 écarts « qui laissaient présager en lui un écarteur d’avenir », subit une terrible tumade à Saint-Sever, en avril, avant d’exécuter « quelques écarts notoires » à la redoutable Biarrotte de Coran quelques jours plus tard à Dax ; puis il va remporter déjà 7 premiers prix (…). Un grand était né ! De taille moyenne, il n’était pas naturellement doué pour la défense, mais son intelligence et son application tenace vont lui permettre d’acquérir la vista nécessaire à l’épanouissement de tout bon torero. En 1923, il est sacré n° 1 (…). Ces résultats vont lui valoir d’être remarqué par Joseph Barrère, le plus grand ganadero de l’époque, qui l’engage comme chef de cuadrilla en [19]24 (…). C’est au cours de la dizaine d’années qui vont suivre que Gérard, chef inamovible jusqu’à la disparition de son patron Joseph Barrère en [19]33, va connaître sa période la plus faste. (…) Après son « divorce » avec Fernad Barrère qui avait succédé à son père, Gérard va signer, toujours comme chef, chez Lafitte en [19]35 où il ne travaillera que lors de 13 des 18 courses que devait donner son nouveau patron, décrochant quand même un premier prix et 2 deuxièmes.En [19]36, Gérard est chef chez Stetin et en [19]37 chez Germain Cantegrit où il se voit remettre 2 premiers prix. Après la mort de ce dernier, il ne quitte pas le troupeau que reprend Saint-Martin qui lui confie la place de chef dans la continuité ; en [19]38, 3 nouveaux premiers prix et 7 deuxièmes pour 19 courses et en [19]39, une victoire dans le concours de la Madeleine à Mont-de-Marsan. Pendant la deuxième guerre mondiale, on retrouve Gérard, toujours chef chez Saint-Martin en 1942 et 1943. Avec Joseph Koran et Le Suisse, Gérard restera l’une des figures majeures de la Course landaise dans l’entre-deux-guerres. »

Eléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 221-223 (avec l’aimable et amicale autorisation de l’auteur)

Il a fait l’objet de plusieurs croquis du dessinateur Gaston Rémy:

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Et il fut même croqué par Cel le Gaucher dans un superbe intérieur !

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