Le « carnet taurin » de 1908

En 1909, le journal La Course landaise, la fameuse « Tuile », édite ce carnet taurin assez exceptionnel, qui contient les gains réalisés par les meilleurs écarteurs pour la saison 1908, dressant ainsi ce que les auteurs qualifient de « Tableau d’honneur » de notre sport. Ils en ont confié la réalisation au grand Jean de Lahourtique (J.-J. Diris), dont vous pouvez lire la biographie dans le dernier numéro de la Cazérienne (n° 188, juin 2021, p. 8-9), et c’est bien sûr l’imprimeur J. Pindat qui se charge de l’impression.

Les notices sur les 6 premiers de « l’escalot » de l’époque (dans l’ordre : Mazzantini, Giovanni, Despouys, Fillang, Lalanne et Bras-de-Fer) comportent leur portrait et un texte de présentation. Pour les 14 suivants, on dispose uniquement du tableau chronologique de leurs gains. Et enfin, en dernière page, un autre tableau présente les gains des 96 suivants, dont le dernier, le pauvre « Bouillabaisse », ne se présenta que lors d’une unique course et ne gagna qu’1 seul misérable franc…

Bonne lecture !

Les courses hispano-landaises à Pomarez

A la grande époque des courses hispano-landaises, que j’ai évoquées dans le n° 176 de La Cazérienne de juin 2019 et dans un article de ce blog (https://patrimoinecourselandaise.org/2018/02/10/les-courses-hispano-landaises-1/ ), Pomarez a été l’une des plazas qui en a accueilli plusieurs. Voici certainement l’une des plus vieilles affiches concernant ce type de spectacle dans « La Mecque » des courses landaises. Elle concerne les courses des 13 et 14 août 1899 et est conservée aux Archives départementales des Landes sous la cote 4 M 120. La partie des « courses espagnoles » était assurée par la cuadrilla du grand matador-écarteur-ganadero landais Félix Robert; quant à celle des courses landaises, on note seulement que le bétail provenait de sa propre ganaderia et de celle de Lagardère. Le nom des écarteurs n’est pas cité, mais les frères Nassiet ne devaient pas être loin.

Les courses à Dax… en 1846

Voici le jugement très sévère que nos voisins béarnais donnèrent sur les courses qui eurent lieu lors de la fête patronale de Dax en septembre 1846.
« Les courses de taureaux (lisez vaches) ont été ce qu’elles sont toujours à Dax et dans tous les endroits du département des Landes où elles ont lieu, c’est-à-dire ridicules. Privés de cette solennité qui accompagne les courses espagnoles, de ces brillants costumes que les toreadores et les picadores portent avec tant d’élégance, de ces cérémonies théâtrales qui ajoutent à l’impression des spectateurs, dénuées surtout de ce danger réel que courent les combattants, ces prétendus combats de taureaux ne ressemblent pas mal à une mystification. » (Le Mémorial des Pyrénées, 32e a., n° 129, 14 septembre 1846).

On était donc déjà, et avant la date fatidique de 1852 où se déroulèrent les premières courses avec des matadors à Saint-Esprit, près de Bayonne, dans une comparaison entre courses espagnoles et landaises… Espérons que celles que nous aurons le plaisir de voir le 4 octobre prochain, seront plus appréciées, même des Béarnais !

Les courses landaises à Paris en 1925

Du 2 au 10 mai 1925, une grande « Semaine landaise » fut organisée à Paris dans le cadre du fameux « Vel d’Hiv ». J’ai la chance d’avoir pu récupérer un exemplaire du programme édité lors de la première journée du 2 mai 1925.

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Pour connaître les spectacles qui étaient proposés aux Parisiens lors de cette semaine, je vous propose le programme de la matinée du 7 mai. On voit que les deux types de courses (compétition individuelle sous forme de duels et match entre cuadrillas) étaient séparées par un entr’acte de 35 mn avec notamment la prestation des Fratellini, et que les amateurs n’étaient pas oubliés pour varier le spectacle. Le tout durait environ 2 h. 30, ce qui supposait un rythme assez soutenu…

programme_1925

Le programme comportait le portrait des organisateurs de cette semaine de courses landaises. On y reconnaît en premier lieu, bien sûr, le grand ganadero Joseph Barrère. Au-dessous de lui, nous trouvons Roger Ducret, un grand escrimeur français qui avait remporté 3 médailles d’or et 2 d’argent aux Jeux olympiques de 1924 à Paris. Les deux autres nous sont pour le moment inconnus.

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Et voici les acteurs de cette semaine landaise du Vel d’Hiv, la fameuse cuadrilla de Joseph Barrère. En haut, Gérard Boueilh, dit Gérard (et non Girard !), chef de cuadrilla. Au centre, le célèbre « Père Flam », à l’état civil Eugène Dunau, autrement dit Kroumir II, le frère de l’inventeur du saut périlleux. C’était alors le teneur de corde attitré de la ganaderia Barrère, et il avait 59 ans. Il exercera encore ses talents reconnus par tout le monde coursayre pendant 4 ans encore…

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On les présente aussi dans le même programme rassemblés autour de leur ganadero pour une photo de famille. Il s’agit en fait ici de la cuadrilla « élargie », dont seulement sept acteurs firent le voyage :  en partant de la gauche, le grand Meunier (2e ), le chef Gérard (3e), le « Père Flam » (4e), Sabon (5e), Roger Suisse (6e), puis à la gauche de Joseph Barrère, le sauteur Martial et enfin Duffau (à l’extrême droite). Mais outre le teneur Flam et ces 6 écarteurs et sauteurs, 6 autres acteurs sont nommés dans les comptes-rendus de ces courses où l’on assista à la fois à des duels individuels et par équipe : Moreno, Duporto, Laffau, René I, Barthélemy et un certain « Marcel ».
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A l’occasion de ces courses données dans la capitale, L’Illustration publie, le 9 mai 1925, deux grands articles. Le premier, intitulé « La harde », est l’œuvre du grand écrivain régionaliste Joseph de Pesquidoux. L’introduction nous apprend que celui-ci « a visité récemment une ganaderia, que l’on peut considérer comme l’égale de celle qui nous est présentée ces jours-ci, et il y a été reçu par un ganadero qui est à juste titre considéré comme l’as des écarteurs landais, Joseph Coran, et par conséquent comme un émule de Barrère, dont on applaudit la cuadrilla aux portes de la capitale ». Pesquidoux y narre, dans une très belle écriture entrecoupée de dialogues, sa rencontre avec ce personnage étonnant et attachant qu’était Joseph Coran. Deux images illustrent cet article : le galop des vaches dans la lande, et 4 de ses pensionnaires (2 camarguaises et 2 espagnoles). Le second, de Pierre Aymard, a pour titre « Les jeux de la course landaise ». Orné de dessins de L. de Fleurac, il fournit des détails techniques sur la course elle-même, et en particulier sur l’écart, la feinte et le saut.

J’ai retrouvé des photos originales de ces courses prises par le photographe du Petit Parisien et toutes datées du 15 mai 1925. Voici le premier de ces documents, qui donne une idée des installations qui avaient été installées au vélodrome et très adaptées à nos courses. L’on peut aussi se rendre compte du succès de ces spectacles landais à Paris en voyant la foule qui garnissait tous les gradins.1925_2

Et voici un plan plus serré d’une des coursières de la ganaderia Barrère.
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Chacun de ces spectacles comportait une partie réservée aux amateurs, et l’on voit ici qu’ils n’affrontaient pas que des « vachettes ». C’était également un moment de récupération pour les écarteurs, ce que confirme la vision de nos Landais assis sur l’estribo sans que cela semble déranger notre coursière…. On peut enfin encore admirer le remplissage des gradins, ce qui prouve que notre sport pouvait attirer beaucoup de monde ailleurs que dans les Landes.
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Les courses landaises à Bordeaux en avril 1942

Au printemps 1942, les autorités allemandes autorisent l’organisation de courses landaises. Jusqu’à la mi-mai 1944, plusieurs vont pouvoir ainsi alterner avec une dizaine de courses « hispano-portugaises » dans lesquelles les rejoneadors remplacent les picadors.
Les quatre premières de nos courses landaises se déroulent dans les arènes de Bordeaux-Bouscat au mois d’avril, et commencent le week-end de Pâques, les 5 et 6 avril 1942. En voici les comptes-rendus.
« TAUROMACHIE. La course landaise du dimanche de Pâques [5 avril] à Bordeaux.
Ni le temps incertain, ni les nombreux spectacles de toutes sortes offerts dimanche au public bordelais, n’empêchèrent les aficionados de se rendre aux arènes de Bordeaux-Bouscat pour cette première réunion de l’année tauromachique.
Aucun ne le regretta, car l’intérêt du spectacle ne faiblit pas un seul instant. Et, si peu que la température veuille favoriser ce lundi de Pâques, c’est la foule des grands jours qui viendra applaudir au cran, à l’endurance, a la valeur de la cuadrilla, et à l’allant magnifique du troupeau le M. Saint-Martin, jamais plus en forme et jamais plus dur pour les écarteurs.
De rudes et douloureuses « tumades » en témoignèrent tout au long de l’après-midi, et il fallut malheureusement enregistrer la « cogida » grave de Gérard, qui fut emporté avec un bras cassé.
Sans espace pour nous étendre davantage voici le palmarès de la journée, dû à l’impartiale compétence de M. Cantegrit, et qui résume parfaitement toute la course :
1er, Lavigne II (toujours lui), 43 présences, 219 points ; 2e, Lavigne I, 32 et 142 ; 3e, René, 23 et 115 ; 4e. Lalande. 18 et 104 ; 5e, Pontois, 15 et 102 ; Gérard est inscrit pour 6 présences et 35 points et le sauteur Castelnau pour 1 écart et 12 bonds.
Félicitations à tous, bravo pour le ganadero; mention a Guichemerre pour la « ficelle »; aux entraîneurs pour leur souffle, et à tout le personnel de la piste. Nous nous en voudrions d’oublier de faire mention du plein succès remporté par le « Charlot » bordelais, seul une première fois, puis concourant en fin de course â la réussite de la présentation des amateurs, un peu inattendus, qui s’initièrent aux émotions de l’arène et parachevèrent le succès de cette première sympathique manifestation de la temporada.
La direction prévient que la course d’aujourd’hui lundi, avec les mêmes écarteurs et plusieurs vaches nouvelles, commencera à 15 h. 30 précises. CASCABEL. » (La Petite Gironde, 6 avril 1942)

« TAUROMACHIE. ARENES BORDELAISES.
La course landaise du lundi de Pâques [6 avril].
Température très agréable et entrée magnifique pour cette seconde Journée du sport landais dans nos arènes. Bétail très ardent, fougueux et dur aux écarteurs. Bravo au ganadero M. Saint-Martin.
Le résumé de la course est dans le palmarès très précis de M. Cantegrit, « tumades » exceptées, et il y en eut de rudes : l. Lavigne l. 41 écarts et 218 points ; 2. Lavigne II, 40 et 204 ; 3. René. 21 et 109 ; Pontois (qui fit le meilleur), 11 et 73; Lalande, 10 et 55, et Castelnau, 11 sauts.
Succès de toute la cuadrilla, fou rire avec les amateurs très nombreux cette fois. Gros bons points à Guichemerre pour son coup d’œil et sa poigne. Mention pour l’orchestre que dirige M. Geyre, et félicitations à l’empresa pour ces heureux débuts et la recette d’aujourd’hui. CASCABEL. » (La Petite Gironde, 7 avril 1942)

La troisième a lieu une semaine plus tard, notamment devant un parterre de soldats allemands venus découvrir notre sport landais :
« TAUROMACHIE. La course landaise du 12 avril aux arènes de Bordeaux-Bouscat.
Nous voudrions pouvoir parler ici plus longuement qu’il ne nous l’est permis de cette troisième très intéressante manifestation du sport landais dans notre plaza.
Réunion favorisée par une température idéale et qui se déroula devant les gradins magnifiquement garnis d’une foule vibrante qui ne cessa de fêter les écarteurs, les attractions très brillantes ajoutées au programme et de rire aux « prouesses » des amateurs, en fin de journée.

A la base de ce nouveau succès furent encore les « baquillas » fougueuses et brutales de M Saint Martin, qu’il faut toujours féliciter chaudement pour la sélection de ce troupeau de choix.
Pour la cuadrilla, à la peine et à l’honneur comme elle a coutume, voici les résultats du classement, ratifié par les ovations du public :
Lalande, avec 38 présences et 138 points ; 2. Pontois (particulièrement en forme), 24 et 115 ; 3. Lavigne I, 19 et 80 ; 4. Lavigne II, 19 et 70 ; 5. René, 17 et 62.
Castelnau fut inscrit pour 55 points (12 sauts). Guichemerre mania la corde avec opportunité et adresse. Les musiciens de M Geyre sont dignes de leur chef éclairé. Et M. Lataste compte avec cette troisième journée un troisième bulletin de victoire. CASCABEL » (La Petite Gironde, 13 avril 1942)

La dernière de ce mois d’avril se déroule une semaine plus tard, le 19 avril 1942 :
« TAUROMACHIE
La course landaise du Bouscat
TROUPEAU ET QUADRILLA SAINT-MARTIN.
Cette quatrième séance avec les mêmes éléments avait bénéficié, comme ses devancières, d‘un temps doux et d’une bonne entrée. Des attractions en corsaient le programme qui. en lui-même, ont sans doute suffi à retenir les spectateurs. De ces intermèdes, deux numéros de force d’inégal intérêt furent applaudis, le premier pour des facéties qui firent s’esclaffer, le second pour sa tenue et la réelle qualité du travail. A tous deux manqua l’optique du music-hall. La danseuse espagnole qui présenta, dans les costumées de rigueur, un paso doble et une série de seguedille, est une fort jolie femme. Ceci, qui est toujours pour une danseuse, la moitié du talent, parut, celle fois, en être la totalité. Mais elle semble fort bien douée et sera revue avec plaisir après un peu d’école.
Les écarteurs mirent, eux aussi, une immense bonne volonté pour justifier leur fréquent retour sur la piste bouscataise. Tous firent de leur mieux malgré des tumades et des poursuites serrées. Seul encore Pontois donne toutefois la note artistique mais ceci, il est vrai, avec les vaches les plus faciles.
Lavigne II, 57 écarts, 180 points, se dépensa généreusement ; Lalande, 31 écarts, 140 points, lutta avec ardeur pour défendre sa place ; René fut dans un de ses meilleurs jours (24-92). Pontois ne parut que 14 fois pour 63 points et Lavigne I, 11-48. Le sauteur Castelnau, 11 sauts, 51 points. La corde était tenue par Guichemerre avec vigueur.
Le bétail était encore dans sa grande forme. La vache primée en imposa aux amateurs et les tint en respect après en avoir durement secoué un contre la barrière. Elle rentra avec ses rubans intacts cependant que la foule s’écoulait satisfaite. (La France de Bordeaux et du Sud-Ouest, 20 avril 1942)

J’ai récupéré récemment un reportage photo réalisé justement par un soldat allemand lors de la course du 12 avril. Je vous présente en exclusivité ci-dessous ces images très rares prises pendant l’Occupation.

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