Le costume des écarteurs

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En ce début de saison où s’étrennent les nouveaux boléros, revenons un peu sur l’histoire du costume des écarteurs depuis 200 ans ou à peu près…

La tenue de nos acteurs a, en fait, fortement évolué pendant tout le 19e siècle avant de prendre un aspect très proche de celui de nos contemporains. Voici ce qu’en dit Clic-Clac en 1905 :
« La tenue des écarteurs landais s’est complètement modifiée dans nos arènes et elle a suivi insensiblement et pour ainsi dire, comme poussée par un sentiment invisible, la marche en avant du siècle qui s’est éteint.
Autrefois, l’écarteur qui voulait se rendre à une course partait, le petit béret bien assis sur la tête ; et le bâton orné d’un modeste baluchon, s’appuyait sur l’épaule de ce sympathique voyageur. Le grand mouchoir rouge et carré de nos aïeux servait de malle. Tous avaient un pantalon d’une blancheur immaculée, parfois pour ne pas dire toujours, zébré par de multiples accrocs finement rapiécés. Plus nombreuses étaient les pièces, plus grands étaient leurs titres de gloire. La veste n’était pas encore connue de ce temps, et Jean Chicoy, Duvigneau aîné, n’en écartaient pas moins comme on n’écarte plus aujourd’hui où l’esprit du lucre et la bonne vie remplacent tout ce qui devait être l’art tauromachique. »
La revue La Talanquère publia l’année suivante, en 1906, ce document extrêmement rare que je vous présente ci-dessus. Il s’agit de la photographie de la cuadrilla Bacarisse, l’éleveur de Cauna dont on distingue la belle carrure debout à droite, tenant l’épaule du cordier Baillet. Parmi les autres écarteurs reconnus sur cette image, se trouvaient Cizos père, les jeunes Lapaloque et Nénot, le chasseur de palombes de Barcelonne-du-Gers Pinon Ier, et les frères Duffau de Labastide-d’Armagnac. Quant à l’homme au chapeau melon qui tient à la main un bâton, à gauche, « ce n’est autre que le cocher – d’origine espagnole – qui, le plus souvent, transportait de ville en ville, et de plaza en plaza, cette quadrilla d »élite ». D’après les noms cités et leur apparence, cette photographie pourrait être datée de la fin des années 1870.
La plupart de ces hommes portent le costume traditionnel d’alors, mais peu adapté, il faut bien le dire, à la course : « le pantalon blanc, le berret [sic] large et une longue blouse ».

Pourtant, il se peut que déjà à cette époque, des boléros brodés aient déjà fait leur apparition. D’après Gérard Laborde (Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais, p. 168), « c’est sans doute à Joseph Dufau et à son frère Pierre que la Course landaise doit la création du boléro décoré. Dès la fin des années 1860, ils font broder les parements de leurs bourgerons de menuisiers qu’ils décorent de rubans bleus puis très vite de velours de couleurs variées ». Par ailleurs, c’est semble-t-il le 1er juillet 1852, à Orthez, que les écarteurs se présentent revêtus de boléros, ou du moins c’est ce que la chronologie traditionnelle de la course landaise répète à l’envi…

Ce qui est sûr, c’est que, petit à petit, et surtout au contact des toreros espagnols avec lesquels ils partageaient parfois l’affiche dans les courses « hispano-landaises » des années 1880-1890, le boléro avec épaulettes et broderies scintillantes a peu à peu illuminé les paseos, accompagné du béret tout aussi décoré.

Côté pantalon, les images anciennes nous montrent que pendant plusieurs décennies, nos écarteurs ont souvent revêtu une culotte de velours qui rappelait celle des matadors mais qui avait également été mise à l’honneur par leurs alter-ego provençaux, dans les quadrilles desquels, d’ailleurs, plusieurs Landais officiaient (souvent comme sauteurs) dans les années 1880-1890. C’est d’ailleurs dans cette tenue qu’ils défilèrent lors des fameuses courses de 1887 à Paris comme le montre ce dessin d’époque :

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ou encore comme le prouve ce portrait de Monaco et celui du grand Paul Daverat :

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Mais à la même époque, et de toute façon depuis les années 1890 au moins, de nombreux écarteurs portent déjà le célèbre, et toujours d’actualité, pantalon blanc en bonne toile, et sur lequel les rafistolages successifs se voient beaucoup moins que sur le velours sombre…, ainsi que l’arbore fièrement chez le photographe le grand (et alors jeune) Joseph Coran:

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1914 : la cuadrilla de l’Élite landaise

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C’est à Montfort-en-Chalosse, le 5 avril 1914, qu’est née « L’Élite landaise », ou du moins que l’acte juridique de sa constitution a été dressé, dans le contexte de la suppression, depuis le 1er janvier, des cuadrillas attachées à des ganaderos. Ce jour-là, sept « toréros landais » s’engagent solidairement « pour traiter conjointement et solidairement dans les courses landaises qui auront lieu en France en mil neuf cent quatorze (1914) ».
Ces 7 écarteurs (pour ne pas dire mercenaires…) avaient pour nom : Giovanni, Guichemerre, Montois, Mazantini, Daudigeos, Lalanne et Despouys. C’est ce dernier, Montfortois par ailleurs, que ses collègues mandatent comme représentant afin de négocier tous les engagements à venir, « au prix minimum de 800 fr. pour une petite localité pour deux journées de courses et pas moins de 600 fr. pour une journée, plus 30 fr. par journée de courses pour la Mutuelle des toreros landais ». Le montant devait ensuite être partagé en sept parts égales.
L’article III précisait que « tous les hommes faisant partie de la cuadrilla seront tenus à conserver une tenue correcte, tant aux arènes qu’à la ville ». Il ajoutait : « Tout homme, pour faute grave, pour incorrection ou ne fournissant pas son travail, subira des amendes variant de un franc à vingt francs, et le produit de ces amendes appartiendra aux autres membres de la cuadrilla ; ces amendes seront infligées par le chef de cuadrilla ou sur la plainte des camarades ; en cas de troisième récidive ou pour incompatibilité de caractère, il pourra être procédé sur la demande de quatre hommes de la cuadrilla à l’exclusion de un ou plusieurs membres sans que ceux-ci puissent avoir aucun recours contre la cuadrilla ; que ce ou ces hommes seront immédiatement remplacés par d’autres nommés à la majorité ».
L’article IV était encore plus terrible: « Tout homme qui n’assisterait pas à toutes les courses où doit se rendre la cuadrilla sur l’ordre du chef de la cuadrilla, et qui viendrait à quitter celle-ci, pour aller travailler comme torero ailleurs, sera redevable d’une somme de mille francs (1 000 fr.) envers ses camarades, et acceptera le droit de cette condamnation ou cette peine par tous tribunaux compétents ».
Les cas de blessures étaient évoqués dans l’article V : « Tout homme blessé dans les courses devra être reconnu par un docteur avant d’abandonner son travail. Il devra ensuite produire au chef de cuadrilla un certificat légal constatant sa maladie ; en ce cas il lui sera alloué par les autres membres de la cuadrilla cinquante francs (50 fr.) pour deux journées de course (dimanche et lundi) et vingt-cinq francs (25 fr.) pour une journée et pendant deux courses (2 dimanches suivants) plus trois francs (3 fr.) par jour pendant un mois, après les deux premières courses ; si, au bout de ce temps, la maladie persistait, il sera exclus de plein droit de la cuadrilla, sans aucune autre indemnité »…
Le nombre de sauts et d’écarts devait par ailleurs être déterminé en fonction du montant de chaque engagement (art. VI)., Mais « si une bête sortait sans être attaquée, il sera fait une retenue de cinquante francs (50 fr.) par bête non attaquée, par la Direction [des arènes ] ou la Commission[des fêtes] » (art. VII). Enfin, « si le nombre d’écarts n’était pas atteint suivant le traité, la Commission ou la Direction paierait au prorata de la somme promise ou du travail effectué ; une somme de cent francs (100 fr.) sera retenue à titre d’amende par la Commission pour n’avoir pas exécuté les termes du contrat » (art. VIII).
Comme on le voit, assurer le spectacle en 1914 n’était pas de tout repos, même si par cette association nos écarteurs de l’Élite devenaient leurs propres impresarios.

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Despouys, le représentant de la cuadrilla

 

Des courses à Agen en 1911

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Je vous ai récemment parlé des anciennes courses de Nérac et de Marmande, mais la préfecture n’était pas en reste ! La « Tuile » ne manqua d’ailleurs pas de s’en faire l’écho en publiant l’affiche ci-dessus.
Grâce à l’ami fidèle Christian Capdegelle, voici les articles de la presse locale annonçant et détaillant les courses des 2 et 3 septembre 1911 dans les arènes agenaises installées au fameux Gravier. Et tout d’abord, la mise en bouche…
« Courses landaises. On annonce pour les 3 et 4 septembre prochains de grandes courses landaises à Agen avec les meilleurs sauteurs de la Chalosse et des Landes et le renommé bétail de M. Barrère. » (La Petite Gironde, samedi 10 août 1911)
« Courses landaises. Nous voici à la veille des courses landaises sur la promenade du Gravier. L’organisateur ne néglige rien pour leur donner le plus d’éclat possible. Il s’est assuré le concours du ganadero de Buros et de sa vaillante cuadrilla. M. Barrère nous arrive couvert de lauriers. Ses succès ne se comptent plus.
La ville d’Agen est privilégiée, car elle va assister aux prouesses du jeune et vaillant torero Joseph Koran, surnommé à juste titre le roi de l’arène, et qui pendant cette temporada se couvre de gloire ; c’est le chef actuel de la cuadrilla Barrère ; il sera accompagné de Lacoste, le champion de 1910 ; le vétéran Bras-de-Fer, aux passes savantes ; Despouys, le feinteur émérite ; Priam, le bûcheur infatigable, etc., sans oublier l’élégant sauteur Daverat.
Quant à M. Barrère, il doit amener la fine fleur de son panier : un lot de baquillas soigneusement sélectionné reçoit les meilleurs soins du célèbre mayoral Cassiède.
Tout fait prévoir deux journées de lutte des plus palpitantes. Hommes et baquillas voudront sans doute faire briller dans la capitale du Lot-et-Garonne le sport si goûté du public landais.
Le public est prévenu que la séance de courses du lundi 4 septembre, de trois heures du soir, n’aura pas lieu, pour permettre aux hommes et au bétail de prendre un peu de repos. Cela fait que les trois autres n’en auront que plus d’éclat.
Voici l’ordre des séances : celle de dimanche, à trois heures ; de dimanche soir, à huit heures, et de lundi soir, à huit heures. » (La Petite Gironde, vendredi 1er septembre 1911)
« Courses landaises. Les personnes désireuses de prendre des billets à l’avance sont priées de s’adresser au bureau de tabac, rue Molinier, tenu par M. Pons. A partir de samedi matin sept heures, un guichet sera mis à la disposition du public au champ des courses pour la distribution des billets.
Le défilé en musique partira de la place du XIV-Juillet, à trois heures. Contrairement au bruit qui circule, les arènes sont construites solidement, et le public ne court aucun risque. Le troupeau de M. Barrère est arrivé vendredi à deux heures. » (La Petite Gironde, samedi 2 septembre 1911)
« Courses landaises. Les arènes dans lesquelles auront lieu, dimanche et lundi, les courses que nous avons annoncées, sont construites sur le foirail du Gravier très solidement : des expériences ont été faites qui le prouvent. On peut y aller de confiance.
Le bétail de M. Barrère est arrivé vendredi, par le train d’une heure de l’après-midi ; il est en très bon état et paraît devoir donner satisfaction aux plus difficiles.
Les personnes qui désireraient prendre des billets à l’avance sont priées de s’adresser au bureau de tabac situé rue Molinier et tenu par M. Pons. A partir de samedi matin 7 heures, un guichet sera mis à la disposition du public, aux arènes.
Le défilé de la musique partira de la place du Quatorze-Juillet, dimanche, à 3 heures. (La Dépêche, samedi 2 septembre 1911)
« Courses landaises.
C’est aujourd’hui dimanche qu’auront lieu les grandes courses landaises, sous la présidence du maire d’Agen [Georges Delpech, maire socialiste d’Agen de 1904 à 1912], aux arènes, solidement installées sous les ombrages de notre belle promenade du Gravier.
Quelques renseignements sur les toreros qui affronteront le redoutable troupeau de M. Barrère.
C’est d’abord Koran, chef incontesté de la cuadrilla. Jeune, grand, mince, souple et rapide, ce garçon possède toutes les qualités nécessaires à un écarteur landais. Courageux à bon escient, modeste et travailleur, il ne croit pas nécessaire de ménager sa peine et, contrairement à certaines étoiles, il fournit qualité et quantité.
Lacoste, champion de 1910, saison pendant laquelle il ne connut pas la défaite ; doué de qualités physiques le servant admirablement, d’un coup d’œil sûr et jarrets solides, est un feinteur émérite.
Despouys a souvent eu l’honneur d’enlever le premier prix. Connait la course dans tous ses secrets. Par ses feintes savantes, il soulève l’enthousiasme du public.
Bras-de-Fer n’a ni sourire ni couleurs, mais a une longue carrière. Son travail sert de modèle à tous ses collègues plus jeunes que lui.
Priam, bûcheur, simple et vaillant, ne se laisse ni démoraliser par les bousculades ni éblouir par les applaudissements. C’est un torero qui a toutes les sympathies du public.
Laffau est un écarteur de la vieille école. Ses écarts sont supérieurs et donnent une idée de ce qu’est la perfection.
Lacoste II, vaillant et courageux, attaque toutes les vaches.
Oscar a les mêmes qualités que le précédent, mais son travail est plus gracieux.
Enfin, pour terminer, nous désignons le sauteur Daverat. Distinction, élégance, son travail a fait les délices des Parisiens au Cirque d’Hiver.
Pendant l’entracte, il sera fait une exhibition de la Suerte de Tancrède, l’homme-statue, qui, placé au milieu de l’arène sur un piédestal, affrontera les cornes d’une vache en liberté. » (La Petite Gironde, 3 septembre 1911)

Voici maintenant, toujours grâce à l’ami Capdegelle, ce que pensa de cette course le Michel Puzos de La Dépêche d’alors :
« Les courses landaises.
Nous avons eu dimanche la première journée des courses landaises qu’attendaient avec tant d’impatience les chauds amateurs de ce spectacle.
Nous nous demandions non sans quelque inquiétude comment le public agenais, qui depuis longtemps, était privé, prendrait la chose et quel accueil il ferait aux vaches landaises et à leurs écarteurs.
Ce n’a pas été un succès, mais un véritable triomphe et les Agenais se sont montrés aussi enthousiastes de ce sport que leurs voisins du Gers et des Landes dont c’est le spectacle favori.
A la première représentation, celle de l’après-midi, les arènes étaient combles, malgré la chaleur torride, et on a paru prendre un très vif plaisir aux sauts élégants et aux écarts audacieux qui nous furent servis.
M. le maire avait accepté la présidence d’honneur de la course et il s’est acquitté de cette fonction nouvelle avec les qualités d’amabilité qu’il apporte à l’accomplissement de toutes celles qui lui sont confiées.
Les arènes avaient été dressées sur le foirail du Gravier, entre deux larges rangées de magnifiques platanes, sur le bord de la Garonne, dans un cadre qui n’aurait pu être mieux choisi.
Les tribunes n’étaient peut-être pas très confortables ni les bancs trop moelleux, mais elles étaient solides et nous n’avons eu aucun accident à déplorer, sauf quelques coups de cornes reçus, de ci de là, par les écarteurs qui, habitués sans doute à ses gentillesses, ne paraissaient pas trop s’en émouvoir. Ils revenaient aussitôt prendre leur place dans l’arène plus audacieux et plus brillants encore.
Nous devons une mention spéciale aux écarteurs Coran, Lacoste, Priam, Bras-de-Fer, etc., aux sauteurs Coran et Lacoste, au teneur de corde Kroumir qui, bien que jouant un rôle plutôt effacé en apparence, est le pivot de la course, car de son habilité et de sa présence d’esprit peut dépendre bien souvent la vie de ses camarades.
Profane, nous devons nous borner à ces constatations car nous ignorons les finesses de cette science tauromachique spéciale, mais nous répèterons avec les connaisseurs que les courses de dimanche furent très intéressantes et que le public a paru y prendre goût.
Le soir, à la lumière électrique, qui ne paraissait pas étonner le bétail outre mesure, il en fut de même et les écarteurs, stimulés par les applaudissements du public, se montrèrent peut-être encore plus audacieux.
A un moment, on put croire Coran solidement encorné. Il resta plusieurs minutes sur la tête de l’animal dont on croyait que la corne ayant pénétré profondément dans les chairs le retenait captif. Un frisson d’effroi courut sur le public. Enfin Coran fut dégagé, il n’était même pas blessé. Pris par la tête de l’animal, il était resté dans le berceau des cornes et, solidement agrippé aux oreilles, avait attendu l’aide de ses camarades. Ca a été tout de même assez angoissant.
A signaler le « Tancrède » qui, statue vivante mais immobile, se campe sur une chaise au milieu de l’arène où évolue une vache en liberté que semble plutôt effrayer son immobilité de statue blafarde.
C’était la bête qui écartait l’homme.
Moins heureux dans la soirée, la vache ayant sans doute flairé la supercherie, le señor Tancrède a dû sauter de son piédestal et se sauver à toutes jambes. Ce fut l’incident comique.
A signaler aussi deux acrobates qui, par des équilibres de force, ont soulevé les applaudissements du public.
Les courses landaises, si ce genre de spectacle s’implantait à Agen, y obtiendraient sûrement, et bientôt, la faveur du public. C’est ce qui nous a paru résulter de la journée de dimanche.« 

Le compte rendu de la seconde course, donnée le lundi 4 septembre 1911, est paru dans La Dépêche du lendemain, et donne en fait l’occasion au journaliste de dresser un bilan quasi sociologique sur ces courses agenaises.
« Les courses landaises.
Nous avons dit ce que fut dimanche dernier la première journée de courses landaises, un triomphe.
La deuxième journée, qui ne comprenait qu’une seule séance de nuit, ne l’a cédé en rien à la première, et lundi soir une foule énorme se pressait encore sur les gradins des arènes du Gravier.
Décidément, la population agenaise et celle des campagnes avoisinantes mordent à ce spectacle un peu monotone peut-être pour celui qui assiste à trois séances consécutives, mais cependant intéressant, émouvant parfois, où des hommes jeunes et agiles luttent avec la brute et opposent à sa force inintelligente leur sang-froid déconcertant.
On se plaint généralement dans notre ville de la rareté des fêtes qui, attirant les étrangers, donneraient à notre commerce un aliment nouveau.
Nous avons pourtant des comités ou commissions qui se sont constitués dans le but de multiplier les occasions de fêtes ou de profiter de celles que leur donnent nos grandes foires, par exemple, pour attirer les étrangers par l’attrait de spectacles susceptibles de les intéresser.
Nous avons eu ainsi les fêtes d’aviation de l’an dernier, qui avaient pleinement atteint ce but, sans cependant contenter tout le monde, et celles de cette année sur lesquelles pesait l’expérience de leurs aînées.
Nous avons eu, hier et dimanche, les courses landaises. L’empressement du public, malgré le prix relativement élevé des places justifié par les frais considérables de la construction des arènes pour une si courte temporada, montre que dans notre beau pays on est toujours sûr d’avoir une recette lorsqu’on excite la curiosité.
Cela constitue donc un précieux encouragement pour les organisateurs de réjouissances publiques que, dans la mesure de ses forces, la municipalité, toujours soucieuse des intérêts dont elle a la charge, secondera toujours de son mieux.
Le commerce agenais, si intéressant – et si intéressé à ces fêtes dont il profite largement – se doit d’en continuer la série. Il peut compter que les appuis ne lui manqueront pas et qu’à ses efforts louables répondra toujours l’empressement du public.
« Panem et circenses ! » disaient les Romains de la décadence.
Ces deux termes se tiennent toujours. Les jeux du cirque attirent toujours la foule, ils font sortir les pièces blanches des cachettes les plus profondes ; cela fait marcher le commerce et donne du pain à bien des gens. – E. B. »

En prime, je vous offre l’une des (rares) vues des arènes mobiles installées sur le fameux « Gravier », lieu de la plupart des grandes festivités de la préfecture lot-et-garonnaise. Elle m’a été fournie par Christian Capdegelle, le fidèle coursayre de Casteljaloux. Si vous en connaissez d’autres, n’hésitez pas à me les communiquer sous forme de fichier numérique. C’est bien sûr pour mettre à la disposition de la communauté coursayre toute entière…

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Des courses à Nérac et Marmande… en 1894

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C’était il y a 125 ans ! Si Casteljaloux apparaissait au tournant du 20e siècle comme la capitale lot-et-garonnaise de la course landaise, il faut se rappeler que d’autres villes du département connurent nos spectacles landais. Grâce à Christian Capdegelle, fidèle contributeur de ce blog, voici tout d’abord le souvenir de courses landaises dans le fief de Marguerite de Navarre et de Jeanne d’Albret en 1894 !
« Nérac.Fête de la Garenne. — C’est toujours avec une vive émotion de plaisir, que nous annonçons les fêtes de mai, à la Garenne de Nérac – fête bien ancienne, et qui rappellent plus d’un tendre souvenir.
Hélas ! Qu’elles ressemblent peu de nos jours, à celle des temps passés !
Que de souvenance à remémorer ! Alors il n’était pas question de courses de taureaux. On préférait d’agréables promenades sous les voûtes ombreuses qui avaient abrité Henri IV et Fleurette. – Et on avait bien raison – c’était, on vérité, plus poétique !
Ces fêtes auront lieu cette année, les 6 et 7 mai, M. Barbotan organise à cette occasion, de grandes courses aux taureaux.
Le bétail sera fourni par MM. Baccarisse et Lagardère. – Avis aux amateurs. »
(L’Express du Midi, 19 avril 1894)

Laissons le journaliste à ses humeurs. Grâce à lui, nous avons la trace de coursayres à Nérac. Mais qu’ont donné ces courses néracoises ? Toujours grâce à la patience de Christian Capdegelle, en voici le compte-rendu (succinct). Je pense que l’ami Gérard Laborde saura identifier ce mystérieux « Julien » qui reçut 60 fr. de prix…
« Nérac. — Fêtes de la Garenne. — Les fêtes de la Garenne ont été belles. Beaucoup de monde en ville, près du Pont-Neuf et au jardin public. Le temps a été superbe et les plus splendides toilettes brillaient sous ce beau soleil de printemps.
Si les fêtes ont pleinement réussi nous n’avons aucune félicitation à adresser à la municipalité qui, comme nous l’avons déjà dit, n’y a nullement prêté son appui.
Les deux représentations de courses landaises des 6 et 7 ont attiré une foule d’étrangers telle que l’arène n’en pouvait plus contenir.
Le lundi, à 6 heures du soir, le jury des courses a distribué les prix suivants aux écarteurs les plus méritants, savoir :
Boulanger, 100 francs ; Barrère, 100 francs ; Bombet, 90 francs ; Khroumir, 90 francs ; Bras de Fer, 90 francs ; Maxime, 80 francs ; Martial, 70 francs ; Julien, 60 francs ; Bazaine, 40 francs.
Une gratification de 10 francs a été accordée au teneur de corde. »
(L’Express du Midi, vendredi 11 mai 1894)

Mais Nérac n’était pas alors la seule localité du Lot-et-Garonne, avec Casteljaloux bien sûr, à accueillir nos écarteurs, puisque Marmande allait suivre quelques semaines plus tard :
« Marmande. – Courses landaises. – On annonce des courses aux taureaux pour le lendemain de la Saint-Pierre, c’est-à dire le 30 juin. L’entrepreneur n’est pas encore fixé pour l’emplacement. Il est probable qu’il choisira celui des anciennes arènes, faubourg Puygueraud. »
(L’Express du Midi, lundi 4 juin 1894)

Nous n’avons malheureusement trouvé jusqu’à aujourd’hui aucun document photographique sur des courses landaises dans ces deux localités. Si certains d’entre vous en connaissent, n’hésitez pas à les scanner et à me les communiquer pour en faire profiter tous les coursayres de Gascogne !

 

Les premières femmes écarteurs

Au lendemain du 8 mars, mais toujours dans la semaine des droits de la femme, voici quelques éléments sur les toutes premières femmes écarteurs au 19e siècle.

D’après le Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde, c’est une certaine « Mariquita » qui, la première, va fouler le sol d’une plaza en course landaise, mais pas encore dans notre région. Cela se passait à Nîmes en 1875, et Mariquita faisait alors partie de la cuadrilla des frères Dufau. Mais nous n’avons pu trouver aucun autre élément sur sa carrière.

On connaît également très peu de choses sur celle qui fut la première femme écarteur de l’histoire de la course landaise à officier dans notre région. Son nom lui-même est n’est pas sûr, les uns l’écrivant « d’Arfeuil », et les autres « Darfeuille ». Voici tout ce qu’on pouvait lire dans La Course landaise en 1911 : « En 1898, le 1er mai, Liane d’Arfeuil débuta à Mont-de-Marsan. Plusieurs places landaises et gersoises ont vu travailler cette femme torera. » Gérard Laborde, de son côté, a trouvé une autre mention qu’outre ces prestations, « en 1898, à Bayonne, le 2 juin, Liane Darfeuil venue du Midi, devait exécuter 4 magnifiques écarts dignes de Hains, l’un des grands de l’époque, devant la terrible Curiosa de Bacarisse ».

Il semblerait donc qu’aussi bien Mariquita que Liane aient été des produits provençaux et non gascons… et que leur carrière à toutes les deux ait été très brève !

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Casino II et son saut du taureau en 1889

« Casino II » est né vers 1869 on ne sait où, et décédé on ne sait où ni quand… Un grand mystère entoure donc encore ce personnage. Voici ce qu’en dit Gérard Laborde :
« Parfois appelé Casino jeune. Il débute dès l’âge de 17 ans, et très vite, il se fait remarquer par son courage à toute épreuve. En 1888, Casino II éclate. Il triomphe lors des courses de la Madeleine à Mont-de-Marsan remportant le 1er prix de 350 fr. devant le maître Marin Ier (…) et tous les autres grands toréadors de l’époque. Quelques temps plus tard, pour les fêtes de Dax, si Boniface reste maître chez lui, Casino II décroche une très belle 4e place derrière Marin et Lapaloque. A Peyrehorade, devant le bétail de première force des ganaderos Bacarisse et Lagardère, Casino II « qui veut décidément arriver, fournit un travail extraordinaire et des sauts très nombreux » s’octroyant le premier prix, supérieurement protégé à la ficelle par Bacarisse le maître des teneurs de corde de l’époque. (…) Au cours de l’été [1889], Casino « se fait annoncer devant les toros de la corrida du 18 août de Saint-Sébastien, par de grandes affiches multicolores placardées dans toute la région ». Mais pour lui, cette première expérience est un fiasco ! Pourtant, la semaine suivante, il se rattrape en sautant les trois premiers bichos de la tarde avec une légère touche par le second dont il se venge par deux écarts superbes. Pourtant la critique ne lui est guère favorable : « Casino, à ses vingt ans, n’a pas la moindre science tauromachique. Il lui manque le savoir et le coup d’œil nécessaires. Mais pour le courage, allant même jusqu’à la témérité, il n’a pas besoin d’en acheter à qui que ce soit ». Et le 9 septembre, c’est le pire qui arrive : Casino est blessé très grièvement, « la cuisse transpercée, sur un saut d’un taureau à Fontarrabie ».
Eléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 87-88 (avec l’aimable et amicale autorisation de l’auteur).

J’ai eu la chance de trouver chez un libraire de San Sebastian deux exemplaires différents non pas de ces grandes affiches, mais d’affichettes qui en étaient peut-être la version tract (ou « flyer » comme on dirait aujourd’hui). Voici la première d’entre elles, dans laquelle l’on voit en premier lieu que le « saut du Français » représentait une attraction aussi importante que la présence des deux grands matadors Lagartijo et Angel Pastor. On y lit que le fameux écarteur (notons au passage qu’on conserve le mot français) est décrit comme le rival du célèbre Paul Daverat, et qu’il exécutera sa prestation bien sûr si l’un des taureaux veut bien s’y prêter… Ce saut est présenté comme la suerte « la plus brillante, la plus dangereuse et la plus émotionnante » du toreo français. On précise par ailleurs que Casino a obtenu de nombreux succès avec ce saut et qu’il a gagné grâce à lui de nombreuses médailles dans les concours de sauteurs. On concluait en rappelant la grande différence qui existait entre les vaches landaises et les vigoureux taureaux de combat espagnols, différence qui fournirait au spectacle son intérêt dramatique. En sachant que Casino vaincrait les terribles dangers auxquels Daverat avant lui avait été confronté dans cette même plaza.
Malheureusement sa prestation ne fut pas à la hauteur de la publicité qu’on en avait faite…

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La seconde affichette de l’annonce du « saut du français » n’est dédiée qu’à notre compatriote et ne comporte aucune mention des toros ni des toreros qui allaient officier ce jour-là. Elle reprend mot à mot le texte de la première, mais estropie dans le dernier paragraphe le nom de Daverat en l’appelant « Daudet »…

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