Le « carnet taurin » de 1908

En 1909, le journal La Course landaise, la fameuse « Tuile », édite ce carnet taurin assez exceptionnel, qui contient les gains réalisés par les meilleurs écarteurs pour la saison 1908, dressant ainsi ce que les auteurs qualifient de « Tableau d’honneur » de notre sport. Ils en ont confié la réalisation au grand Jean de Lahourtique (J.-J. Diris), dont vous pouvez lire la biographie dans le dernier numéro de la Cazérienne (n° 188, juin 2021, p. 8-9), et c’est bien sûr l’imprimeur J. Pindat qui se charge de l’impression.

Les notices sur les 6 premiers de « l’escalot » de l’époque (dans l’ordre : Mazzantini, Giovanni, Despouys, Fillang, Lalanne et Bras-de-Fer) comportent leur portrait et un texte de présentation. Pour les 14 suivants, on dispose uniquement du tableau chronologique de leurs gains. Et enfin, en dernière page, un autre tableau présente les gains des 96 suivants, dont le dernier, le pauvre « Bouillabaisse », ne se présenta que lors d’une unique course et ne gagna qu’1 seul misérable franc…

Bonne lecture !

Ils étaient bien Provençaux !…

Il y a quelque temps, je vous avais proposé cette photo énigmatique représentant deux toreros non identifiés (https://patrimoinecourselandaise.org/2021/05/24/provencaux-ou-landais/). Grâce à la perspicacité et aux connaissances de Christian Capdegelle, l’incontournable historien taurin de Casteljaloux, voici quelques éléments de réponse, « à prendre avec prudence » nous dit-il.

« Les bigotes (moustaches) étaient réservées aux Français. En Espagne étaient glabres les toreros et les… curés. Sur la photo, il me semble deviner à gauche Émile Saumur qui fit partie un temps du cuadrille du Pouly ; par contre à droite de la photo, et avec certitude, j’écris qu’il s’agit de Pierre Clarion dit Trompette.

Retour à gauche. Il peut donc s’agir d’Émile Saumur, membre des cuadrilles de Ponton, de Guiot et du Pouly, à la moustache caractéristique.

Le 19, 26 et 27 juin 1892 à Lyon, Émile Saumur se démarque avec son saut périlleux de pied ferme. Il foule le sol des arènes lyonnaises avec Ponton, chef de cuadrille, Clarion, sauteur sans perche, Charles Frédéric, sauteur à la perche et cocardier, et Tinigo, banderillero à cheval : les taureaux étant de la manade de Maroger.

L’année suivante, retour à Lyon avec le cuadrille de Laurent Guiot, de Beaucaire, composé de Pierre Clarion, de Bérandier, du Pouly d’Aigues-Mortes et de Gauthier.

Le jour de l’Ascension 1898, nouveau défilé à Lyon toujours avec Ponton. Selon la France libre du 17 mai 1898, il est dit être « le créateur du saut périlleux arrière » ; la même presse, datée du 22 mai suivant, le qualifie de Landais. « Par la course de jeudi dernier ou le landais Saumur entre les cornes de formes curieuses ne dut son salut qu’à un admirable sang-froid, le public a pu juger de l’intérêt qu’offre une course landaise ou provençale bien menée… »

Le 18 juin 1899, il est du cuadrille de Monnier qui défile dans les arènes de Lyon avec Leiglon, Daubat et Pepe.

En 1900, Pouly l’engage dans sa cuadrilla. Le 24 juin 1900, il défile dans la plaza toulousaine des Amidonniers avec Pouly père et fils, Laiglon, Honoré et Clarion.

Le Torero du 6 juin 1909 relate une corrida en Arles : « Notre sympathique torero (Pouly) n’a jamais eu, durant sa carrière taurine, un succès tel que celui du lundi de la Pentecôte. (…) Saumur déchaîna une tempête de bravos par un saut périlleux à toro arrêté (très bien) ; Gras sauta jusqu’à trois fois le noble pensionnaire de Saurel. Mais le maestro ne voulut pas rester en arrière ; emballé, excité, joyeusement énervé, toujours gracieux, souple et leste, Pouly sauta par deux fois, comme lorsqu’il avait vingt ans. Ses sauts élégants et classiques furent supérieurement exécutés. » La cuadrille est composée de Pouly, Bayard, Doble, Gras, Méry et … Saumur.

Toujours avec Pouly, Émile Saumur défile à Casteljaloux les 18 et 21 août 1907.

S’il s’agit de Saumur ! »

Un grand merci à Christian, et avis aux connaisseurs de la course provençale !

Jean de Lahourtique (J. J. Diris, dit)

Dans le prochain numéro de La Cazérienne, vous pourrez lire la notice biographique que j’ai consacrée à ce grand apôtre de la course landaise. En attendant, voici la plaquette éditée par la fameuse « Tuile », dont il fut rédacteur en chef puis directeur. Elle fut éditée en 1935, 4 ans après sa mort subite lors des fêtes de Dax. Elle est très rare, et je n’en ai trouvé qu’un exemplaire aux Archives départementales des Landes, que je vous présente ici :

Provençaux ou Landais ?

Récemment acquise, cette superbe carte-photo de deux toreros, réalisée à Alger par le photographe H. Besson. Manifestement, il s’agit de membres d’une cuadrilla de course hispano-landaise ou hispano provençale. Peut-être celle de Félix Robert, notre matador de Meilhan, qui alla effectivement se produire en Afrique du Nord dans les années 1890. Le béret semble plus provençal que landais (nos écarteurs portaient alors un béret avec gland). Je pensais qu’il pouvait s’agir des frères (ou de l’un des deux) Nassiet, mais les photos que nous avons d’eux ne correspondent pas. L’enquête continue et je compte sur vous pour trouver la solution de cette énigme.

Adishatz.

Pierre LAFFAU (Jean ARJO, dit)

 

Né le 5 juillet 1871 à Mont-de-Marsan ; décédé en 1937

« Premiers écarts à Mazerolles, à l’âge de 15 ans. Deux ans plus tard, il débute avec l’excellent troupeau de seconde de Moncoucut-Gaillat et en 1890, il est récompensé parmi les cinq meilleurs des fêtes de Morlanne. Ses prestations, et notamment son premier prix à Viella, lui valent d’intégrer les cuadrillas qui vont suivre le troupeau d’élite de Barrère à partir de [18]92. En [18]95, premier grand triomphe devant le « bétail terrible » du ganadero de Lapeyrade : Laffau remporte le premier prix de 200 fr. des fêtes d’Orthez. Il récidive l’année suivante et apparaît désormais dans les premiers noms sur les affiches ; il est le type de l’écarteur « travailleur, d’une endurance remarquable » et « brillant aussi devant les vaches nouvelles ». Il est même retenu pour participer au concours tauromachique de Bayonne. En [18]98, il s’illustre à Bordeaux, en [18]99 à Habas, il est qualifié de « toujours aussi laborieux ». (..) En 1903, et pendant les six saisons suivantes, Laffau est l’une des têtes de la cuadrilla attachée au ganadero Joseph Barrère. (…) En 1906, Laffau, celui que l’on surnomme « le feinteur à répétition » est parmi les douze meilleurs écarteurs sélectionnés pour le premier concours de l’histoire organisé par le journal La Talanquère. (…) [Il] signe toujours comme tête de cuadrilla chez Portalier en 1910 (…) puis chez Dubecq en 1911 pour la dernière saison du ganadero d’Estibeaux et chez Alexis Robert où il se met souvent en évidence. (…) En 1914, alors qu’il travaille au sein d’une cuadrilla du Syndicat des toreros, à Castelnau-d’Auzan, Laffau est percé par Rayona qui venait de perdre un tampon sur le dos de Darracq, quelques instants auparavant ; cette blessure ne l’empêchera pas de remporter un premier prix de 200 fr., à Gabarret, au mois de juillet. Après la grande guerre, alors qu’il travaille le bétail de Lafitte, Laffau, alors âgé de 50 ans, fait paraître une annonce dans le journal La Course landaise ainsi libellée : « Lorsque mon ganadero n’a pas de course, les organisateurs peuvent m’engager dans n’importe quelle arène devant n’importe quel troupeau. Je m’engage à faire de 12 à 15 écarts ou feintes pour un jour de course et entre 25 et 30 pour 2 jours« . Puis, pendant quelques années, il travaillera chez des ganaderos de seconde et il fera même quelques piges en formelle chez René Larrouture en 1927 ».

Eléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 285-286 (avec l’aimable et amicale autorisation de l’auteur)