Les courses « hispano-landaises » (1)

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Il s’agissait de courses mixtes, réunissant en un seul spectacle des courses espagnoles et des courses landaises. Elles naquirent dès le début des années 1860, et constituèrent en quelque sorte une réponse à la fameuse loi Grammont de 1850 interdisant la maltraitance des animaux domestiques.

La partie espagnole, souvent privée des picadors et ne comprenant qu’un simulacre de mise à mort, était constituée du jeu à la cape et à la muleta et de la pose de banderilles. La partie landaise ressemblait la plupart du temps aux courses « simples », et l’on n’y faisait courir généralement que du bétail nouveau, sans corde. Les spectateurs assistaient donc à deux courses distinctes, qui se déroulaient alternativement. Le paséo était fait en commun par les deux cuadrillas, l’espagnole marchant le plus souvent en tête, suivie de la landaise. Elles connurent beaucoup de succès dans les années 1880-1910. Il est très probable que la présence de l’alguazil dans quelques paséos de vraies courses landaises (comme nous l’avons montré sur plusieurs images) provient de ce genre de spectacles hispano-landais.

Voici le jugement un peu critique que Prosper Séris portait sur ce type de courses :

« Nous n’avons pas à cacher notre opinion personnelle sur les courses hispano-landaises aujourd’hui à la mode dans notre contrée. Elles nous laissent souvent très froid et nous avouons notre préférence marquée pour la vraie course landaise avec le meilleur bétail espagnol et, surtout, pour la course espagnole pure telle qu’il est interdit pour le moment de la voir ailleurs qu’en Espagne.

Nous devons pourtant reconnaître que la course hispano-landaise, espèce de carte forcée ou de moyen terme imposé, non pas par nos mœurs, mais par les mœurs du nord de la France, est un spectacle qui offre de l’attraction à beaucoup de landais et, surtout, aux étrangers qui viennent assister à nos fêtes.

Mais, si nous ne sommes pas partisan de ces courses pseudo-sérieuses, nous n’en sommes pas non plus les adversaires irréconciliables, car nous espérons que la faveur que le public leur accorde nous a chemine peu à peu vers le but que doivent poursuivre les vrais tauromaches : la course espagnole pure. »

Cette superbe planche, tirée du Bulletin de la Société de Borda de 1891, nous montre qu’à Dax, en 1890, on avait bravé (comme souvent dans l’histoire de la tauromachie locale) les interdits, et l’on aperçoit en fond d’image deux picadors fermant la marche… Les 3 agents municipaux, au premier plan, dont le porte-drapeau, sont superbes! Cette course se déroulait dans les anciennes arènes, en face de la Poste actuelle.

Après Dax, nous voici à Mont-de-Marsan, ici également avec des picadors et un alguazil. Par contre, le groupe des écarteurs (à gauche) et celui des matadors (à droite) défilent ce jour-là chacun en file indienne.

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Une meilleure vue de face…

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Même configuration de paséo à Casteljaloux qu’à Mont-de-Marsan. Landais et Espagnols défilent chacun dans leur rangée. Il semble donc qu’à cette époque, vers 1910, on ait abandonné la pratique « hiérarchisée » des années 1880-1890 où les matadors précédaient assez systématiquement les écarteurs.

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Voici maintenant l’une des cartes consacrées aux courses hispano-landaises de Pomarez par l’éditeur Vincent Lussan. L’originalité réside bien sûr dans l’organisation du paséo: deux matadors devant et de chaque côté des écarteurs, qui étaient bien plus nombreux…

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Mais parfois, on inversait, comme on le voit sur cette image où le photographe a déclenché un peu tardivement…

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Dans les anciennes arènes de Soustons, où l’alguazil précède les acteurs, les Landais semblent également encadrer les Provençaux. Nous avons la chance de savoir qui participe à ce superbe paseo : il s’agit pour les toréadors de la cuadrilla du fameux Pouly, et pour nos écarteurs de la non moins fameuse équipe de la ganaderia Passicos, de Dax.

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La photographie que je vous présente maintenant a été publiée dans le journal taurin espagnol Pan y Toros du 22 février 1897. Elle représente le paseo d’une course hispano-landaise dans les arènes (ancienne version) de Mont-de-Marsan. On y voit, de manière originale, défiler d’abord la cuadrilla espagnole, puis le quadrille de nos écarteurs landais.

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Par contre dans la piste, comme on peut le voir sur cette image d’une course à Soustons, tous les acteurs étaient parfois gentiment mêlés et les écarteurs ne dédaignaient pas parfois de prendre la cape, comme celui de dos au premier plan, au centre…

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Arènes : Soustons (40)

Les premières arènes de Soustons, comme beaucoup de nos anciennes arènes des Landes, étaient construites en bois. Outre les courses landaises traditionnelles, elles accueillaient régulièrement, surtout dans les deux dernières décennies du 19e siècle, des courses hispano-landaises très prisées alors. Voici comment se présentait cette première superbe plaza.

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Et il valait d’ailleurs mieux que les talenquères soient solides…

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Mais mal entretenues, elles se dégradèrent petit à petit, et c’est en 1913 que l’on en construisit de nouvelles, en dur cette fois-ci. On aurait dû donc fêter il y a 4 ans, avec celles de Dax, leur centenaire. Jamais rénovées depuis lors, elles ont fait cependant l’objet récemment d’un important chantier de rénovation, en particulier dans le domaine de la sécurité.

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Et voici une plaque de verre stéréoscopique où vous aurez 2 images pour le prix d’une !

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La bannière de l’harmonie de Pomarez

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Je publie aujourd’hui à nouveau cette carte où l’on voit l’harmonie de Pomarez qui défile fièrement derrière le drapeau français. Elle est aussi précédée par sa bannière qui date, comme elle, de 1894. Or cette bannière existe encore ! et non seulement elle existe, mais elle fait l’objet d’une restauration. C’est grâce à l’ami Jean Pémartin que je l’ai appris et que je peux vous informer qu’elle fera l’objet d’une exposition entre le 1er et le 8 juillet prochain, à l’occasion de l’inauguration de la rénovation des arènes. Voici cette bannière dans son état actuel.

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Nous en publierons bien sûr une nouvelle photographie après sa restauration.

La Mecque de la Chalosse et La Mecque de l’Armagnac…

Nous nous sommes posés régulièrement le problème de l’origine de cette appellation de « Mecque de la course landaise » qui honore Pomarez. Mais l’affaire se complique, car je viens de trouver un second village qui revendique ce titre, celui de Cazaubon dans le Gers.
On lit en effet dans La Course landaise,  7e a., n° 26 (3 septembre 1911) :
« C’est qu’ils sont légion, ici, les véritables connaisseurs, les purs aficionados. Pomarez s’est arrogé le titre pompeux de « Mecque de la Tauromachie ». C’est à tort. A l’occasion des fêtes, on y ferait courir des chèvres que les arènes seraient combles. A Cazaubon, on ne ferait pas 400 francs de recette avec un troupeau de bas étage. Et c’est pourquoi Cazaubon a été et restera la première plaza de l’Armagnac, la véritable « Mecque de la Tauromachie ». » Les Pomaréziens apprécieront!!!

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jeudi 07 mai 2015 19:05 , dans Documents

Charles Despouys, dit « Le Montfortois » (1884-1951)

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En tant qu’ancien Montfortois moi-même, je ne pouvais que mettre en avant cet ancien compatriote, né à Montfort-en-Chalosse le 7 mai 1884 et décédé également à Montfort le 28 mars 1951! Voici ce qu’en dit Gérard Laborde:

« Le jeune Montfortois, petit-fils du célèbre teneur de corde Lamothe, tourne ses premiers écarts à Saint-Geours-d’Auribat protégé à la corde par Bop, un ancien écarteur, son patron boulanger chez qui il effectue son apprentissage. Débuts en formelle à 17 ans, à Bordeaux-Caudéran, le 25 avril 1901 où Le Montfortois, comme on le désigne alors, est sévèrement châtié par la terrible Mogone. Au mois de juin, toujours devant le rude bétail de Bacarrisse, il décroche le deuxième prix de 150 f. de la Saint-Jean, à Saint-Sever, battu seulement par Jean Fillang, la nouvelle étoile de l’époque. Durant ses deux premières saisons, Charles Despouys va triompher à 5 reprises devant les coursières de Cauna. Mais comme il se révèle être un écarteur sincère, attaquant la bête de loin, capable d’écarter ou de feinter des deux côtés, il va subir de graves blessures comme celle que lui inflige la Maravilla, en 1902, à Grenade-sur-l’Adour. L’année suivante, il est tête de cuadrilla chez Bacarisse tout comme chez Passicos, en 1904. Cette année-là, la Tabernera le blesse sérieusement à Bordeaux, ce qui ne l’empêche pas d’y remporter le deuxième prix de 115 f. et d’être au palmarès des fêtes de Dax avec un sixième prix de 160f.! En 1906, « Montfortois l’étoile grandissante va se produire pour la Madeleine » à Mont-de-Marsan. Il remporte aussi un énorme succès à Estang et est ovationné à Montaut après son travail devant la terrible Paloma sortie sans corde. Autre exploit : il affronte la Caputchina sans corde et cornes nues! (…) Lorsque Portalier reprend le troupeau à partir du 28 mai de cette année-là [1906], Despouys va rester tête de cuadrilla chez lui pendant trois années consécutives. Il est alors dans la plénitude de ses moyens, et malgré de nouvelles blessures comme celle infligée par la Cuerbita, à Dax, en 1907, il remporte 7 premiers prix cette année-là. En 1908, alors qu’il a été promu chef de sa cuadrilla, il remporte 6 premiers prix et avec 2926 f. de gains, celui que l’on nomme désormais par son patronyme de Despouys, pointe à la 3e place du classement. (…) En 1910, il signe chez Barrère dont il devient une tête de cuadrilla pendant deux ans. Malgré une nouvelle blessure que lui inflige Rayona, il s’octroie 3 premiers prix dont un avec un grand succès à Mugron ainsi que 8 deuxièmes prix pour 31 courses. (…) En 1912, Charles Despouys est au sommet de son art, ce qui fait écrire à Clic-Clac, le célèbre revistero de l’époque: « Despouys est actuellement le grand maître du classicisme et de l’art landais. Il est impossible de pousser plus loin le purisme car ce vaillant a perfectionné son jeu à l’extrême… ». Alexis Robert, le nouveau ganadero de Meilhan, l’engage comme chef. Despouys se distingue en remportant 13 premiers prix dont celui des fêtes de chez lui à Montfort-en-Chalosse et celui du 22 septembre à Bordeaux lors d’un concours opposant sa cuadrilla à celle de Giovanni attachée au ganadero Passicos (…). En 1913, 8 nouveaux premiers prix et surtout un quite salvateur à Dax, où, couché de tout son long sur son infortuné collègue Lafayette, gravement touché, Despouys le sauve d’une issue qui pouvait être fatale. Au mois d’octobre, il travaille, à Arles et Marseille, les vaches nouvelles que Paul Nassiet vient d’acheter. Il sera même blessé par l’une d’elles à Bordeaux, au cours du même automne. (…) En 1914, Charles Despouys intègre la cuadrilla « l’Élite landaise » qui regroupe sept des tout meilleurs de l’époque et qui propose aux organisateurs d’affronter le bétail des 4 grandes ganaderias de formelle. Puis, après quelques courses à Biarritz, en 1918, devant des vaches de Nassiet, il arrête sa carrière d’écarteur. En 1921, il est engagé comme teneur de corde par Lafitte, le ganadero d’Eauze. Si les deux premières années, ses prestations sont assez souvent maladroites, sa ténacité et sa bonne volonté vont lui permettre de se hisser à la hauteur des meilleurs spécialistes de cette fonction si délicate. Et, pendant une bonne vingtaine de saisons, il va faire profiter de son expérience la plupart de ceux qui seront les vedettes de l’entre-deux-guerres chez Lafitte dont il deviendra même le fondé de pouvoirs. De 1927 à 29, Despouys sera directeur de la ganaderia éluzate et c’est son nom qui paraîtra sur les affiches. En hommage : la médaille de bronze de la reconnaissance de la F.F.C.L. en 1967. »

Eléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 144-145 (avec l’aimable et amicale autorisation de l’auteur). Voir aussi : La Course landaise, 11 juin 1967 : « Charles Despouys, écarteur de vérité », par Le Carillonneur

Le 26 octobre 1913, à l’occasion d’un Congrès taurin, le journal « La Course landaise », autrement appelé en raison de sa couleur « la Tuile », édita un certain nombre de cartes postales, ornées chacune du portrait d’un « torero landais », dont celui de Despouys.

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Voici un autre très beau portrait de Charles Despouys. Il parut en 1911 dans un journal taurin intitulé L’Echo de l’Arène.

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Et enfin, Voici une photo prise dans les arènes de Pomarez en 1905 et qui le représente en plein saut d’appel. C’est une image d’une exceptionnelle qualité, car même si l’instantanéité avait fait des progrès à l’époque, on a rarement l’occasion de voir des arrêts sur image aussi précis… Le second, par contre, ne reste pas vraiment dans l’axe!!!

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