Une course à Mont-de-Marsan… en 1845

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J’ai mis pas mal de temps à trouver la datation exacte de cette gravure exceptionnelle. Comme beaucoup d’autres (et en particulier celle de Jean Chicoy écartant avec son enfant dans les bras), on la trouve en effet reproduite et diffusée un peu partout avec des informations souvent erronées. Certaines portent en particulier comme légende : « Une course à Mont-de-Marsan en 1869 », ou encore, comme sur le site de la régie des fêtes de Mont-de-Marsan et dans l’historique des arènes : « Course de taureaux vers 1800 sur la Place Saint-Roch ». La vérité se situe, comme souvent, entre les deux, car j’ai découvert qu’elle datait de 1845. Elle est parue en effet dans L’Illustration, n° 133, vol. VI, daté précisément du samedi 13 septembre 1845, p. 21, avec la simple légende: « Course de taureaux à Mont-de-Marsan ». Voici l’article qui l’accompagne et l’explique, vue de Paris…
« Courrier de Paris »
« De quel pesant commentaire en effet voulez-vous donc que nous surchargions cette légère vignette. Elle parle à vos yeux et s’exprime avec plus d’agrément et d’exactitude que nous ne saurions le faire. Cette arène ornée et pimpante, ces drapeaux déployés, cette foule qui s’entasse autour de l’enceinte, ces taureaux échappés, ces hommes qui courent et s’élancent, ces acclamations enfin que vous imaginez sans peine, tout ce spectacle ne vous dit-il pas qu’il s’agit d’une de ces fêtes méridionales, au moyen desquelles toute une population témoigne à quelque illustre et auguste visiteur sa joie de le voir et son contentement d’être vue. M. le duc de Nemours, passant en effet par Mont-de-Marsan, il y a une quinzaine de jours, a assisté à une course de taureaux, préparée par les soins des autorités de la ville. Nous disons course et non pas combat. En France, nous savons si bien nous contenter de divertissements où le sang ne coule pas ! Cependant, que ces exercices ne soient pas exempts de danger, qu’ils exigent des écarteurs (ainsi s’appellent les douze Basques chargés de les lancer et de les exciter à la course), qu’ils exigent, disons-nous, beaucoup de courage et de présence d’esprit, vous n’en douterez pas après avoir vu, d’après ce croquis, à quel point le taureau est libre, et furieux et menaçant, et comment nos écarteurs en sont réduits, pour toute arme offensive et défensive, uniquement à toute leur adresse et agilité. »
Suite à cette découverte, j’ai donc mis au travail mes amis des Archives départementales des Landes pour qu’ils cherchent une trace de cette course dans la presse locale, et ils ont en effet trouvé les détails de notre événement. Le compte-rendu du séjour de leurs altesses le duc et la duchesse de Nemours dans la préfecture landaise est en effet détaillé dans le Journal des Landes, 14e année, n° 46 du 21 août de cette année 1845. Ils arrivèrent dans l’après-midi du 18, et furent accueillis à l’entrée de la ville sur la route de Bordeaux par le maire, M. Dufau, et l’ensemble du corps municipal. Il faut savoir que son séjour à Mont-de-Marsan avait été retardé par une indisposition passagère qui l’avait obligé à prolonger son séjour à Bordeaux de quelques jours, et que lui et son épouse étaient en route pour l’Espagne où ils devaient rendre visite à leurs cousines, la reine Isabelle et la reine mère. C’est le lendemain 19 août, marqué par erreur « 20 » dans le Journal, qu’après une escapade à Saint-Maurice et une visite à l’hôpital civil et militaire, ils arrivèrent « à la course » à quatre heures et demie. Mais laissons la parole au journaliste…
« La place [on ne sait pas pour le moment de quelle place il s’agit, mais on peut préjuger que c’était la Place Saint-Roch] présentait l’aspect le plus magnifique et le plus pittoresque. On évalue à quatre ou cinq mille âmes le nombre des curieux qui se pressaient sur les galeries, sur les théâtres, sur les toits, partout où l’oeil pouvait avoir la moindre issue pour regarder dans le cirque.
LL. AA. RR. [Leurs Altesses Royales]ont été reçues dans le pavillon qui leur avait été préparé par le conseil municipal tout entier, et par quatre dames des principaux fonctionnaires de la ville.
La course de taureaux a immédiatement commencé. Les quatorze écarteurs inscrits et revêtus de leur élégant costume, sont allés gracieusement saluer le Prince et la Princesse, et se sont hardiment présentés devant les taureaux qui en ont culbuté quelques-uns. Précisément à ce moment, le temps est devenu mauvais, la pluie a commencé à tomber, et a contraint à se retirer le Prince et la Princesse que le spectacle nouveau auquel ils assistaient semblait manifestement intéresser.
LL. AA. RR., avant de se retirer, ont fait remettre à MM. les commissaires de la course une somme de 200 fr., pour être distribuée en leur nom aux écarteurs. »
Le duc et la duchesse quittèrent Mont-de-Marsan le lendemain 20 août au matin pour Dax et Bayonne, sans que l’on sache (mais l’enquête continue!) si dans ces deux villes on leur offrit également un spectacle taurin.

La gravure elle-même représente en une seule scène l’ensemble des jeux qui se pratiquaient généralement avec les taureaux avant que la corrida espagnole d’un côté, et la course landaise de l’autre, ne se codifient. En premier lieu, il semble que les personnages, que la revue parisienne qualifie de « Basques » soient en fait des Navarrais qui, depuis le 18e siècle, assuraient ce type de spectacle à pied, en particulier à Bayonne. Leur costume paraît d’ailleurs mieux correspondre à leurs habitudes vestimentaires qu’à celle des Landais. On notera que, comme il en était d’usage depuis longtemps dans les rues comme sur les places, la bête était tenue par une corde pour garantir un peu de sécurité aux acteurs. Parmi les attributs de ceux-ci, on distingue l’aiguillon tenu par l’écarteur au premier plan, mais surtout les banderilles, tenues par au moins cinq de ses congénères et destinées à exciter le taureau. On voit également qu’on pratiquait déjà le saut (à la course), et peut-être l’écart auquel semble se préparer un svelte jeune homme appelant la bête. Enfin, on notera qu’au fond de la piste, on aperçoit 10 loges numérotées, comme aujourd’hui.

Le « projet gascon » à l’époque de G. Rémy

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Voilà ce qui se passait à l’époque de Gaston Rémy dans la cour de récréation de l’école de Montfort-en-Chalosse, une école chère à Emmanuel Lataste et à sa mère, et une école sur les bancs de laquelle j’ai usé mes fonds de culotte… Je me rappelle qu’il nous arrivait effectivement de « jouer à la course » et de réaliser de fabuleux écarts face à des coursières jouées par les copains. Plus tard, au lycée, nous (les internes) défilions régulièrement en chantant l’air de la Cazérienne devant des externes qui se demandaient quel était ce rite étrange. Nous avions le mouchoir à la main, et certains prenaient un malin plaisir à boîter bas, victimes de tumades imaginaires…

Un anniversaire : la naissance du challenge Landes-Béarn

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C’est à Dax, et le 4 avril 1953, que cette naissance eut lieu, il y a donc 65 ans exactement. Le bureau de ce Challenge était ainsi constitué :
Président : Jacques Milliès-Lacroix
Vice-Présidents : Raoul Laporterie, Dubrasquet, Hirigoyen
Secrétaire : P. Dusséqué
Secrétaire-adjoint : R. Dumas
Trésorier : Discazeaux
Trésorier-adjoint : Vergès
Membres : MM. Fiz de Roquefort, Bordes de Hagetmau, R. Despouys de Montfort, Dassé de Saint-Vincent-de-Tyrosse, Samadet de Pomarez, Labère d’Amou.

On peut trouver son règlement actuel sur le site de la Fédération française de course landaise:
http://www.courselandaise.org/130-Les-reglements-des-competitions.html

Kroumir 1er (Charles Dunau, dit)

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Je vous ai récemment parlé de celui qui réalisa le premier saut périlleux, le célèbre Charles Dunau, dit Kroumir 1er. Il était né à Saint-Pierre-du-Mont le 21 novembre 1862, et son nom, comme ici sur ce document, est parfois orthographié par erreur « Dunoau » ou encore « Dunouau ».

« Dès 1880, Charles Kroumir fait partie des meilleurs feinteurs de sa génération. On le retrouve parmi les meilleurs de la cinquantaine d’écarteurs présents dans les arènes de Saint-Sever pour la Saint-Jean de 1886 mais aussi à la Madeleine. Le 3 août, à Peyrehorade, alors que la pique règne dans la piste, Le Kroumir tourne le premier saut périlleux de l’histoire au-dessus du toro Mazzantini du ganadero Lagardère ; la foule, debout, l’acclame pendant près de vingt minutes !!! Il renouvelle sa prouesse, huit jours plus tard, à Mugron où l’ovation populaire durera un quart d’heure !! Ses exploits vont lui permettre d’appartenir aux cuadrillas les plus célèbres de l’époque. En [18]87, il travaille à Paris devant plus de 10 000 personnes avant de se classer parmi les tout meilleurs aux fêtes de Dax puis de se faire « sérieusement culbuter » dans les arènes du Jeu de Paume à Biarritz. En [18]88, il se distingue à Bordeaux, puis à Aire et enlève le premier prix de 100 fr. en compagnie du grand Marin Ier pour le 14 juillet à Dax. En 1889, dans la plénitude de l’âge, Le Kroumir fait partie de la cuadrilla de l’élite des écarteurs landais qui va montrer la course landaise au monde entier dans le cadre de l’Exposition universelle à Paris. En [18]90, il retrouve les arènes de la rue Pergolèse dans la capitale avec un contrat de 250 fr. par course (…). En [18]91, il se met en vedette à Mont-de-Marsan, le 24 mai, lors de la venue du Président de la République Sadi-Carnot, avant de participer, avec la cuadrilla du Provençal Le Pouly, à une tournée triomphale en Espagne et au Portugal où Kroumir connaît des succès énormes à Madrid et Lisbonne. Il restera même dans la capitale portugaise et participera à des spectacles, seul, encadré par des cuadrillas du pays, soulevant les foules à chacune de ses exhibitions. Puis il fera un bout de chemin avec Félix Robert dans le Midi et même en Algérie. On le retrouvera ensuite dans la cuadrilla de Marin Ier et sera même sélectionné pour le concours tauromachique de Bayonne en 1896 avec les maîtres de l’époque. En 1901, à presque 40 ans, il remporte le troisième prix de la Madeleine.
En 1902, Kroumir s’essaye au rôle de teneur de corde et très vite il va devenir l’un des meilleurs sous les ordres du ganadero Dubecq. En 1903, lors d’une course à Dax, il touche pour sa prestation au bout de la ficelle, un prix de 50 fr., égal au second prix des écarteurs. Mais un jour de course de 1906, dans les arènes de Bordeaux, Kroumir Ier s’effondre : le maître du saut périlleux est tombé au champ d’honneur des écarteurs. »

Eléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 260-261 (avec l’aimable et amicale autorisation de l’auteur)

Nous possédons un témoignage circonstancié sur la mort tragique et subite du grand Kroumir en cette journée du 30 septembre 1906. Il est paru dans L’Avenir d’Arcachon du dimanche 7 Octobre 1906 qui nous fournit les détails sur cet événement, et en particulier sur les troubles qui s’ensuivirent et sur les conséquences qui en résultèrent.
« Arènes Landaises – Un teneur de corde, M. Dumau [sic] dit Kroumir Ier, dont nous avons souvent applaudi l’habileté et le sang froid dans les Courses Landaises données par le ganadero Dubecq aux Arènes Arcachonnaises des avenues St-Ferdinand et Nelly-Deganne, vient de mourir subitement. Les détails qui suivent sont empruntés à un confrère de Bordeaux : « La course landaise donnée dimanche aux arènes de la Benatte suivait son programme sans incident. Il y avait environ 3.000 spectateurs sur les bancs du cirque. Vers cinq heures entrait dans l’arène la « Paméla » tenant le dixième numéro. Très vive, elle sortit du toril et pénétra cornes baissées. La corde était tenue par M. Charles Dumau [sic], dit « Kroumir », âgé de quarante-quatre ans. A peine la bête avait-elle franchi la talenquère, que Kroumir tomba la face en avant sur le sable. Le malheureux venait de succomber subitement aux suites d’une affection cardiaque dont il souffrait depuis longtemps. On fit rentrer « Paméla » pendant qu’on s’empressait autour de Kroumir, qui fut emporté dans la chambre de secours. Mais tous les soins furent inutiles, il était mort. M. Rodriguez, directeur des arènes, se présenta alors devant le public et lui fit connaître le triste événement, demandant s’il devait faire continuer la course. Beaucoup de spectateurs, la presque unanimité des places à prix élevés, se retirèrent fort émus. Mais – et cela est malheureux à constater – ceux des places secondaires protestèrent, réclamant la continuation du spectacle, criant : « Continuez ou nos vingt sous ! ». Comme les écarteurs ne reparaissaient pas, les bancs furent en partie arrachés et jetés dans l’arène. L’un d’eux blessa même le gardien de la paix Ricard. Il faut dire que le service d’ordre n’était assuré que par quinze gardiens et deux gendarmes, qui forcément étaient impuissants à maintenir les manifestants. A un certain moment, une bande d’individus aux allures suspectes sauta sur la piste et tenta d’allumer un tas de bois. La police intervint et les mit en fuite. Cependant, on avait téléphoné à la Permanence et, vers six heures, M. Dollié, officier de paix, arrivait avec plusieurs brigades d’agents. Énergique comme toujours, il fit vivement évacuer les tribunes, dans lesquelles des individus se mirent – pourquoi ? – à hurler l’ « Internationale ». Enfin, à six heures un quart, la place était nette, mais dans les rues Chevalier et de la Bénatte, la foule se pressait criant, mais cependant se tenant à distance respectueuse des chevaux des gardes municipaux qui venaient d’arriver. M. Merly, commissaire du dixième arrondissement, et M. Monet, commissaire du quatrième, avaient la direction du service d’ordre. Ils ont dû se multiplier pour empêcher qu’une émeute ne se produisit. Un de nos confrères, M. Lassime, du Nouvelliste, a été blessé au bras et à une jambe en descendant les degrés de la tribune dans laquelle il se trouvait, une planche ayant cédé sous ses pieds. Nous espérons que cet accident n’aura pas de suites fâcheuses. A sic heures et demie, le public était refoulé dans les rues avoisinantes, et le quartier reprenait son aspect habituel. » – Après les incidents regrettables qui se sont produits dimanche, incidents qui se renouvellent à presque toutes les courses espagnoles ou landaises qui se donnent dans ces arènes, M. Rodriguez a abandonné la direction de la plaza de Bordeaux. »