Un écarteur poète publicitaire…

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J’ai trouvé cette publicité en forme de poème dans L’Echo de l’Arène du 2 juin 1912. Elle est signée de « Nicolas Bombezin, ex-torero landais », qui n’était autre que le fameux « Nicolas », également dit « Le Suisse », un écarteur aux belles moustaches…
Elle se compose d’alexandrins et  a pour titre :

« Le Kina Robert et les rois de l’arène »

Pendant plus de vingt ans, courant de place en place,
J’ai des bêtes de courses affronté la fureur ;
De leurs chocs meurtriers je conserve la trace
Sur mon corps mutilé de vaillant écarteur.

Si, malgré les excès d’une ardente jeunesse,
J’arrive à cinquante ans vigoureux et très vert,
C’est que parmi les fous pratiquant la sagesse,
Jamais je ne buvais que du Kina Robert.

Il faudrait peut-être remettre au goût du jour ce tonique, non ?

Des courses landaises à Tilh (40) en 1941

Il n’y avait pas qu’à Bordeaux que des courses ont eu lieu pendant l’Occupation (https://patrimoinecourselandaise.org/2020/05/22/les-courses-landaises-a-bordeaux-en-avril-1942/) . Grâce à l’ami Jean Pémartin, qui les a récupérées récemment, je vous propose aujourd’hui une nouvelle série de photographies prises pendant cette période, et certainement par un soldat allemand (les Français ne pouvaient pas prendre de photos sous peine d’être accusés d’espionnage…). Elles sont légendées au dos : « Pomarez, 4 septembre 1941 », mais l’œil avisé de Jean a identifié les arènes de Tilh. Et il semble qu’il y ait eu plus de tumades que d’écarts réussis !!! Bon, la qualité n’est pas celle des clichés de Cyrille Vidal, de Pickwicq ou d’Alexia, mais ce sont des documents historiques…

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Les courses landaises à Bordeaux en avril 1942

Au printemps 1942, les autorités allemandes autorisent l’organisation de courses landaises. Jusqu’à la mi-mai 1944, plusieurs vont pouvoir ainsi alterner avec une dizaine de courses « hispano-portugaises » dans lesquelles les rejoneadors remplacent les picadors.
Les quatre premières de nos courses landaises se déroulent dans les arènes de Bordeaux-Bouscat au mois d’avril, et commencent le week-end de Pâques, les 5 et 6 avril 1942. En voici les comptes-rendus.
« TAUROMACHIE. La course landaise du dimanche de Pâques [5 avril] à Bordeaux.
Ni le temps incertain, ni les nombreux spectacles de toutes sortes offerts dimanche au public bordelais, n’empêchèrent les aficionados de se rendre aux arènes de Bordeaux-Bouscat pour cette première réunion de l’année tauromachique.
Aucun ne le regretta, car l’intérêt du spectacle ne faiblit pas un seul instant. Et, si peu que la température veuille favoriser ce lundi de Pâques, c’est la foule des grands jours qui viendra applaudir au cran, à l’endurance, a la valeur de la cuadrilla, et à l’allant magnifique du troupeau le M. Saint-Martin, jamais plus en forme et jamais plus dur pour les écarteurs.
De rudes et douloureuses « tumades » en témoignèrent tout au long de l’après-midi, et il fallut malheureusement enregistrer la « cogida » grave de Gérard, qui fut emporté avec un bras cassé.
Sans espace pour nous étendre davantage voici le palmarès de la journée, dû à l’impartiale compétence de M. Cantegrit, et qui résume parfaitement toute la course :
1er, Lavigne II (toujours lui), 43 présences, 219 points ; 2e, Lavigne I, 32 et 142 ; 3e, René, 23 et 115 ; 4e. Lalande. 18 et 104 ; 5e, Pontois, 15 et 102 ; Gérard est inscrit pour 6 présences et 35 points et le sauteur Castelnau pour 1 écart et 12 bonds.
Félicitations à tous, bravo pour le ganadero; mention a Guichemerre pour la « ficelle »; aux entraîneurs pour leur souffle, et à tout le personnel de la piste. Nous nous en voudrions d’oublier de faire mention du plein succès remporté par le « Charlot » bordelais, seul une première fois, puis concourant en fin de course â la réussite de la présentation des amateurs, un peu inattendus, qui s’initièrent aux émotions de l’arène et parachevèrent le succès de cette première sympathique manifestation de la temporada.
La direction prévient que la course d’aujourd’hui lundi, avec les mêmes écarteurs et plusieurs vaches nouvelles, commencera à 15 h. 30 précises. CASCABEL. » (La Petite Gironde, 6 avril 1942)

« TAUROMACHIE. ARENES BORDELAISES.
La course landaise du lundi de Pâques [6 avril].
Température très agréable et entrée magnifique pour cette seconde Journée du sport landais dans nos arènes. Bétail très ardent, fougueux et dur aux écarteurs. Bravo au ganadero M. Saint-Martin.
Le résumé de la course est dans le palmarès très précis de M. Cantegrit, « tumades » exceptées, et il y en eut de rudes : l. Lavigne l. 41 écarts et 218 points ; 2. Lavigne II, 40 et 204 ; 3. René. 21 et 109 ; Pontois (qui fit le meilleur), 11 et 73; Lalande, 10 et 55, et Castelnau, 11 sauts.
Succès de toute la cuadrilla, fou rire avec les amateurs très nombreux cette fois. Gros bons points à Guichemerre pour son coup d’œil et sa poigne. Mention pour l’orchestre que dirige M. Geyre, et félicitations à l’empresa pour ces heureux débuts et la recette d’aujourd’hui. CASCABEL. » (La Petite Gironde, 7 avril 1942)

La troisième a lieu une semaine plus tard, notamment devant un parterre de soldats allemands venus découvrir notre sport landais :
« TAUROMACHIE. La course landaise du 12 avril aux arènes de Bordeaux-Bouscat.
Nous voudrions pouvoir parler ici plus longuement qu’il ne nous l’est permis de cette troisième très intéressante manifestation du sport landais dans notre plaza.
Réunion favorisée par une température idéale et qui se déroula devant les gradins magnifiquement garnis d’une foule vibrante qui ne cessa de fêter les écarteurs, les attractions très brillantes ajoutées au programme et de rire aux « prouesses » des amateurs, en fin de journée.

A la base de ce nouveau succès furent encore les « baquillas » fougueuses et brutales de M Saint Martin, qu’il faut toujours féliciter chaudement pour la sélection de ce troupeau de choix.
Pour la cuadrilla, à la peine et à l’honneur comme elle a coutume, voici les résultats du classement, ratifié par les ovations du public :
Lalande, avec 38 présences et 138 points ; 2. Pontois (particulièrement en forme), 24 et 115 ; 3. Lavigne I, 19 et 80 ; 4. Lavigne II, 19 et 70 ; 5. René, 17 et 62.
Castelnau fut inscrit pour 55 points (12 sauts). Guichemerre mania la corde avec opportunité et adresse. Les musiciens de M Geyre sont dignes de leur chef éclairé. Et M. Lataste compte avec cette troisième journée un troisième bulletin de victoire. CASCABEL » (La Petite Gironde, 13 avril 1942)

La dernière de ce mois d’avril se déroule une semaine plus tard, le 19 avril 1942 :
« TAUROMACHIE
La course landaise du Bouscat
TROUPEAU ET QUADRILLA SAINT-MARTIN.
Cette quatrième séance avec les mêmes éléments avait bénéficié, comme ses devancières, d‘un temps doux et d’une bonne entrée. Des attractions en corsaient le programme qui. en lui-même, ont sans doute suffi à retenir les spectateurs. De ces intermèdes, deux numéros de force d’inégal intérêt furent applaudis, le premier pour des facéties qui firent s’esclaffer, le second pour sa tenue et la réelle qualité du travail. A tous deux manqua l’optique du music-hall. La danseuse espagnole qui présenta, dans les costumées de rigueur, un paso doble et une série de seguedille, est une fort jolie femme. Ceci, qui est toujours pour une danseuse, la moitié du talent, parut, celle fois, en être la totalité. Mais elle semble fort bien douée et sera revue avec plaisir après un peu d’école.
Les écarteurs mirent, eux aussi, une immense bonne volonté pour justifier leur fréquent retour sur la piste bouscataise. Tous firent de leur mieux malgré des tumades et des poursuites serrées. Seul encore Pontois donne toutefois la note artistique mais ceci, il est vrai, avec les vaches les plus faciles.
Lavigne II, 57 écarts, 180 points, se dépensa généreusement ; Lalande, 31 écarts, 140 points, lutta avec ardeur pour défendre sa place ; René fut dans un de ses meilleurs jours (24-92). Pontois ne parut que 14 fois pour 63 points et Lavigne I, 11-48. Le sauteur Castelnau, 11 sauts, 51 points. La corde était tenue par Guichemerre avec vigueur.
Le bétail était encore dans sa grande forme. La vache primée en imposa aux amateurs et les tint en respect après en avoir durement secoué un contre la barrière. Elle rentra avec ses rubans intacts cependant que la foule s’écoulait satisfaite. (La France de Bordeaux et du Sud-Ouest, 20 avril 1942)

J’ai récupéré récemment un reportage photo réalisé justement par un soldat allemand lors de la course du 12 avril. Je vous présente en exclusivité ci-dessous ces images très rares prises pendant l’Occupation.

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1620 : interdiction des courses de taureaux à Bazas

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C’est par lettres patentes du 13 décembre 1620 que le roi Louis XIII prescrivit l’interdiction de la coutume de la course du taureau à Bazas. Ce document nous apprend que cette coutume « scandaleuse et grandement préjudiciable » se déroulait, comme à Saint-Sever, le jour de la fête de Saint Jean-Baptiste, patron de la cathédrale. Au lieu de se confire en dévotion et piété, la plupart des habitants (je modernise l’orthographe) « s’assemblent en grand nombre tant de la ville que des lieux circonvoisins, et étant la plupart armés font faire une course de taureau dans la place publique avec beaucoup de débauches et de désordres ». Les gens en profitaient d’ailleurs pour régler leurs comptes entre eux, et l’année d’avant, il y avait même eu mort d’homme… On apprend également que cette coutume était « tellement invétérée » que les interdictions précédentes édictées par les évêques successifs n’avaient donné aucun résultat, pas plus qu’un arrêt du parlement de 1616. Le roi se devait donc de prendre les choses en main, et assortissait son interdit d’une peine exemplaire ainsi que d’une amende de 300 livres, ce qui représentait à l’époque une somme considérable. Il semble que cet acte fut effectivement suivi d’effet, puisqu’on n’entendit plus parler de courses à Bazas presque définitivement. La dernière mention date de 1655, à l’époque de la préparation d’un concile à Mirande, et ne concerne plus la ville elle-même mais les villages alentour. Le cahier des vœux proposés par le diocèse de Bazas mentionne en effet : « Les mêmes fêtes et particulièrement les fêtes locales doivent être célébrées dans toute la province. Les poursuites et courses de taureaux encore en usage dans quelques localités pour les fêtes patronales doivent être interdites sous de fortes pénalités, soit contre les localités, soit contre les personnes. »

Le passé taurin de Bazas était effectivement ancien, puisque nous savons que lors du passage du roi Charles IX dans la ville le 6 mai 1565, une course fut organisée un parterre de notabilités : le jeune roi lui-même, la reine régente Catherine de Médicis, Mgr d’Orléans, le prince Henri de Navarre (futur Henri IV), M. et Mme de Guise, le cardinal de Bourbon, et le connétable Anne de Montmorency. En leur honneur, les Bazadais firent ce jour-là « combattre des taureaux, en une grande place, que des hommes combattaient avec des aiguillons ».
Quelques années plus tard, en 1572, le géographe François de Belleforest écrivait dans son Histoire universelle du monde… nouvellement augmentée et illustrée… :
« [Bazas] L’église cathédrale y est fondée au nom de Saint Jean Baptiste et tous les ans, le jour de la nativité de ce précurseur et en son honneur, on fait courir un taureau, qu’on irrite avec force aiguillons , non sans grand danger de ceux qui le chassent, à cause que si ailleurs les taureaux sont furieux, c’est en Gascogne qu’ils se montrent effroyables ; et celui qui peut arrêter cette bête ainsi échauffée le reçoit en prix et est conduit couronné dans le temple superbe de Saint Jean par tous les seigneurs du pays et la jeunesse gaillarde de la ville. » Et il ajoute que si par malheur les habitants de Bazas ne pratiquent pas cette coutume une année, ils s’exposent à de grands malheurs comme la grêle ou des tempêtes.

« Jean de Lahourtique » (Joseph DIRIS, dit)

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Né à Mont de Marsan le 5 avril 1870, Joseph DIRIS fut juge de paix à Amou, à Hagetmau, adjoint au Maire de Bretagne de Marsan, puis de Mont de Marsan, et enfin maire du petit village de Mant en Chalosse, où ses parents possédaient une propriété, « La Hourtique ». C’est à celle-ci qu’il emprunte le pseudonyme « Jean de Lahourtique » sous lequel il rédige, d’une plume alerte, des chroniques régulières pour le fameux journal montois La Course Landaise, dont il devient le directeur en 1910, avant de retrousser ses manches pour coller de plus près à la réalité de son sujet. Le vocabulaire imagé de ce Landais extraverti, la vivacité de son style, étayent la réputation grandissante de la revue taurine en plein essor, et lui valent le surnom, significatif et bien mérité, « d’apôtre de la Course Landaise ». Plusieurs arènes, comme celles de Mant et de Bascons, construites après sa mort, seront dédiées à ce chroniqueur plein d’esprit, orateur éloquent, qui mourut lors d’un banquet organisé pendant les fêtes de Dax, en homme public, comme il avait vécu.

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Les arènes « Jean de Lahourtique » de Bascons.

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Superbe portrait que celui-ci, représentant Jean de Lahourtique déjà âgé, moustache et cheveux blancs. Il fait partie des collections du Musée de la Course landaise de Bascons.

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Voici la caricature, ou plutôt le « portrait-charge » paru dans La Course landaise en 1911 sur son directeur dont l’encre ressemblait à du poison…

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Et enfin, un bas-relief réalisé par le grand artiste de Bascons, Cel le Gaucher.