« Prochainement ouverture des courses landaises »… en 1890

affiche_bnf.jpg

Puisque nous ne sommes qu’à quelques encablures du début de notre saison tauromachique, je ne résiste pas au plaisir de publier cette superbe affiche. Conservée  dans les collections de la Bibliothèque nationale de France (cote : ENTDO-1(PACHER,J.)-FT6), elle est l’une des rares lithographies (peut-être l’unique ?) consacrée à notre sport par la fameuse « Imagerie Pellerin » d’Épinal. Elle date de 1890, c’est-à-dire de la période où les courses landaises furent très présentes à Paris, à la suite des Fêtes du Soleil de 1887 et de l’Exposition universelle de 1889. Elle a certainement été réalisée pour l’ouverture de la saison à la capitale. L’illustrateur en est Jules Pacher, l’un des dessinateurs de la maison Pellerin.

On y voit le paseo avec deux alguazils, comme dans les courses hispano-landaises. Les acteurs y sont d’ailleurs vêtus des costumes colorés de ce type de course. Les 4 scènes reproduites en médaillon montrent des écarts, un saut et la suerte de la chaise. Quant aux arènes, il semble qu’il s’agisse de celles de la rue Pergolèse.

Une course landaise en stéréo… en 1878

biarritz_1878_1

Voici l’une des plus anciennes photographies originales que je connaisse sur la course landaise. Il s’agit d’une image stéréoscopique dont l’un des clichés est un peu voilé mais dont l’autre, que je publie ci-dessous, est assez net. D’après une mention manuscrite au dos, elle représente des courses à Biarritz, et d’après la mention imprimée par l’éditeur (de mystérieux photographes parisiens « L. et F. » qu’il faut sans doute identifier comme « Lachenal et Favre »), elle a été diffusée lors de l’Exposition universelle de Paris de 1878. Son intérêt réside également dans sa représentation des anciennes arènes en bois de Biarritz.

biarritz_1878_2.jpg

« Marche Cazérienne » vs « Carmen »

labouche_01

C’est en 1906 que Fernand Tassine, chef de musique à Mont-de-Marsan, compose cette « Marche des écarteurs landais », intitulée La Cazérienne, en hommage au Docteur Elie Moringlane, le célèbre « Clic-Clac », alors médecin à Cazères-sur-l’Adour.

En 1908, le journal La Course landaise publiait sous le titre « Marche musicale tauromachique » une chronique qui avait pour but de sonner le glas de la musique de Carmen comme musique de paseo des courses landaises et de permettre à notre Cazérienne, créée en 1906, de s’imposer définitivement. Je ne résiste pas à l’envie de vous la faire connaître…
« Je nomme un chat un chat et Carmen une hérésie en course landaise.
Que pouvez-vous trouver de plus anormal et de plus grotesque que le défilé des écarteurs dans l’arène aux sons d’une marche espagnole ?
Figurez-vous une pièce de théâtre avec des bonshommes de 1830, costumés en Français de 1908 !
En sus de l’anomalie qu’il y a à entendre Carmen dans nos courses, le morceau comporte (au point de vue musical) quelques difficultés d’exécution, quelques intonations bizarres, qui ne sont pas à la portée des premiers trompétayres venus.
Il s’agissait donc de revenir à la pure couleur locale. Et nous y sommes …
En mai prochain, M. Dupeyrat, éditeur de musique à Savignac-d’Allemans (Dordogne), éditera la Marche tauromachique landaise, absolument destinée au paseo de nos écarteurs et intitulée : La Cazérienne. Paroles de M. Georges Rande, musique de M. Fernand Tassine.
Ce délicieux morceau, d’un goût exquis, de style svelte et harmonieux, a été orchestré pour musiques militaires, pianos, harmonies et fanfares.
Nous prions tous ceux qui auraient intérêt à se le procurer de s’adresser à M. Dupeyrat, éditeur, qui l’adressera franco, aux prix suivants : pour piano, 1fr.50 ; doublures, 0fr.10 ; conducteur, 0fr.25. »

Notre hymne de la course landaise a cependant mis un certain temps à le devenir véritablement et faillit même disparaître… Il subit en effet encore longtemps la concurrence d’une part de Carmen, et de l’autre de la Marseillaise, qu’on avait tendance à jouer systématiquement lorsque des autorités se trouvaient dans la tribune présidentielle…
Au lendemain de la reprise des courses après la Grande Guerre, le journal La Course landaise du 31 août 1919 se fait l’écho de cet état de fait :

« La Marche Cazérienne fut autrefois jouée par tous les orchestres de courses. Pourquoi l’a-t-on supprimée des répertoires ? Certes, l’air du Torero de Carmen est très entraînant, mais la Marche Cazérienne peut le remplacer quelquefois ou tout au moins être jouée immédiatement après Carmen. Que nos musiciens se le rappellent ! »

Voici le texte original de ce morceau d’anthologie…

Salut toréador dont l’œil jette la flamme
Vous qui d’un pas léger affrontez les taureaux
Avancez crânement la foule vous acclame
Venez vaincre la mort au bruit de nos bravos

J’admire votre port fait de mâle courage
Quand les bras grands ouverts et le jarret raidi
Vous attendez la bête écumante de rage
Et trompez son élan d’un coup de rein hardi

Des feintes des écarts le foule enthousiasmée
Mêle ses cris d’émoi aux cuivres en fureur
La brute plusieurs fois sur vous fait sa ruée
Sur place en tournoyant vous évitez sans peur

Vaincu le fauve tombe et comme une tempête
Des bravos crépitants courent sur les gradins
Et vous à petit pas mais surveillant la bête
Vous saluez très fier du front et des deux mains

Toutefois si grisé d’un regard de soubrette
Inconscient vous cherchez son sourire enchanteur
Ne vous oubliez pas le taureau qui vous guette
Aussi prompt que l’éclair peut vous frapper au cœur.

Combien de vos aînés, surpris en pleine gloire,
Sont retombés, sanglants sur les sables rougis :
Un œil noir provocant au seuil de la victoire,
Pour un instant fatal les avait éblouis.

Tauromaches landais, fervents des talenquères,
Vous qui, des toreros, incitez les ardeurs,
Venez, des beaux combats, nos arènes sont fières :
Ici sont les champions qui portent haut les cœurs.

Et voici maintenant la version gasconne (en graphie normalisée, établie par A.-M. Lailheugue, CPD-LCR) que Jean Barrère a composée sur cette même musique de Tassine, et destinée à rendre hommage à Auguste Camentron dit Mazzantini… Vous pouvez aussi l’écouter chantée par les enfants dans une course à Estang en 2015 : http://www.lamedungascon.fr/la-marche-cazerienne/.

A tu Mazzantini, aquera qu’ei la toa,
Se ne l’escartas pas seràs un pelheràs.
A tu Mazzantini, que’t la cau escartar
Totun se vòs pojar en haut de l’escalòt.
À toi Mazzantini, celle-là c’est la tienne,
Si tu ne l’écartes pas, tu seras un grand fainéant.
À toi Mazzantini, il faut que tu l’écartes
Si tu veux monter tout en haut de l’escalot.
Aqui l’òmi pitat au bèth miei de la pista,
Qu’ei a desemprovar 1o sòu a còps de pè.
Lavetz que shiula un còp e que hèi un gran saut.
Quan torna devarar, l’aujami qu’ei passat.
Voici l’homme dressé au beau milieu de la piste,
Il prépare son terrain en égalisant le sol avec ses pieds.
Alors il siffle un grand coup et il fait un grand saut.
Quand il retombe, le danger est passé,
La gent tot d’un còp muda
Comença de bohar, de’s lhevar, de gular,
Aquò qu’ei escartar.
Mazzantini tot fièr torna aperar la vaca
E en un gran balanç
Hèi detz escarts de mei,
Pojar, devarar, en dehens ! (bis)
Barar !
La vaca li voló plan esquiçar lus pantalons.
N’ac podó pas, Mazzantini qu’èra tròp bon.
Aquò ne hèi pas ren, qu’i tornarà.
La soa idea qu’ei deu tumar.
Si uei ne’u honha pas, qu‘i aurà doman entà’u gahar.
La foule tout à coup muette
Se met à souffler d’émotion, se lève, hurle,
Ça, c’est un écart !
Mazzantini très fier rappelle la vache
Et, continuant sur sa lancée,
Exécute dix écarts de plus.
Monter, descendre, en dedans !
Fermer !
La vache aurait bien voulu lui déchirer le pantalon.
Elle ne put pas, Mazzantini était trop bon.
Ça ne fait rien, elle recommencera.
Sa volonté est de le frapper.
Si elle ne l’attrape pas aujourd’hui, elle aura demain pour y arriver.

 

Les courses landaises à Paris en 1857 (suite)

dessin_ptt.jpg

Je vous ai déjà parlé de ces courses parisiennes parmi les plus anciennes de la capitale (https://wordpress.com/post/patrimoinecourselandaise.org/180 ). Je viens d’en trouver un compte-rendu particulièrement intéressant, car il nous fournit non seulement les noms des écarteurs qui y participèrent, dont le grand Jean Chicoy, mais aussi celui des vaches qui les accompagnaient, dont on voit qu’ils n’avaient pas encore subi d’hispanisation et qu’elles étaient encore de cette race indigène presque disparue aujourd’hui… Il est l’œuvre de Gustave Chadeuil, qui l’inclut dans sa « Revue musicale », parue dans Le Siècle du 24 septembre 1857.

« Voici les exercices dans toute leur simplicité :
Les musiciens commencent à faire mugir leurs instruments. Puis, quand l’orchestre est lancé dans sa course à fond de train, on ouvre les barrières.
Attention ! voici venir M. Jean Chicoy, dont la casaque est grenat. Le valeureux champion provoque une vache, Tartarine, dont les cornes sont effilées comme un poinçon. Tartarine se fâche des tracasseries que lui fait subir M. Chicoy. Elle se ramasse et piétine, la tête inclinée ; puis, elle s’élance contre son ennemi, dans l’intention manifeste de le traverser de part en part. Celui-ci fait un prompt écart et se remet à tourmenter son adversaire. Nouvelle attaque, nouvel écart.
Après bien des ruses de part et d’autre, on finit par s’aborder de front. Mais quand Tartarine bondit pour transpercer M. Chicoy, ce dernier, plus agile cent fois qu’un écureuil, franchit la vache d’une enjambée, et ses cornes transpercent le vide.
Des faits analogues s’accomplissent entre :
Lauréate et M. Duprat, casaque jaune
– Souris et M. Cizos, casaque noire
– Cornette et M. Duvigneau, casaque cerise
– Charmante et M. Camiade, casaque verte
Rosalie et M. Maumane [= Momas], casaque bleue.
Ces jouteurs sont adroits comme des Andalous, et ces vaches impétueuses comme des taureaux. »

Et le journaliste ajoute plus loin : « Quand on n’est pas Espagnol, ces exercices peuvent amuser : ils font diversion aux habitudes de l’Hippodrome. Après la grande chasse anglaise, la course par des jockeys, le diable à quatre, les juives d’Athènes, les folies équestres et les joyeuses bouffonneries des clowns, on s’intéressera aux allures vives de ces petites landaises, dont les mutineries sont sans grand danger. On ira les voir. Il en est une surtout, Souris, je crois, dont la couleur est ravissante. Avec sa petite taille et ses formes irréprochables, elle produit l’effet d’une charmante réduction. »

A Vic-Fezensac en 1841 : mais que fait la police ?

journal_det

On peut lire dans le Journal de Toulouse du 1er octobre 1841 cette brève :

« Dimanche 26 [septembre], jour de la fête patronale à Vic-Fezensac, une course de taureaux avait été préparée pour le divertissement de la population indigène et des invités. La disposition du cirque, calquée sur les cirques antiques, était celle-ci : loges au rez-de-chaussée pour les taureaux ; galeries au-dessus pour les spectateurs.

Or pendant que le public battait des mains et que le taureau remplissait son rôle avec succès, les galeries supérieures se sont écroulées, et les spectateurs sont tombés dans les fosses des animaux.

La réalité sanglante aurait probablement succédé à l’innocente fiction, si les fosses n’eussent été vides. Heureusement les taureaux étaient absents, ce qui fait qu’il n’y a eu que quelques contusions à déplorer.

On nous assure qu’il y a aussi à Vic un commissaire de police ; il aurait bien dû s’assurer de la solidité des échafaudages. »