Août 1894 : les courses à Maubourguet (65)

Parmi les trésors communiqués par un de mes correspondants de Maubourguet, se trouve cette superbe affiche historique. Elle donne le programme des fêtes des 18, 19 et 20 août 1894, marquées notamment par l’inauguration des nouvelles arènes. La grande course landaise du dimanche était assurée par le bétail de Barrère, qui était opposé à trois cuadrillas « composées de l’élite des écarteurs landais », sans plus de précision. Pour le lundi, on signalait simplement la reprise des courses « de taureaux » « avec un bétail entièrement renouvelé »… Deux autres animations à noter : la distribution de pain aux indigents du dimanche matin, et l’ascension de la montgolfière « La Walkyrie » en clôture du lundi soir. Quant à la petite gravure décorant l’angle supérieur de cette affiche, elle représente non pas un écart, mais le fameux « saut de la garrocha » réalisé par un acteur en habit de matador.

C’est, à ma connaissance, le plus ancien document concernant cette ville taurine des Hautes-Pyrénées.maubourguet_1891

C’était un 22 juillet, à Tyrosse… en 1929

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D’après les indications manuscrites sur l’image, cette photographie a été prise le 22 juillet 1929, dans les arènes (peu garnies…) de Saint-Vincent-de-Tyrosse. C’est toujours agréable d’avoir ces précisions de date et de lieu pour que les documents prennent toute leur valeur. D’après le dictionnaire de l’ami Gérard Laborde, le sauteur Jean-Pierre Darricau commençait à peine cette année-là ses débuts en formelle à l’âge de 28 ans!!!

Arènes : Estang (32)

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Arborant fièrement la date de 1901 sur sa tribune officielle, les arènes d’Estang sont parmi les rares à être inscrites à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, et les seules du Gers. Leur centenaire, en 2001, a été marqué par une messe célébrée sur la piste et un grand concours entre trois ganaderias.

Voici la notice très détaillée qui a été réalisée sur le site « Tourismegascogne ».
« À la fin du XIX°, bien peu de villages étaient dotés d’arènes : pour contenir les vaches de course des chars à bœufs servaient de palissade. C’est donc à l’initiative de cinq Estangois soudés autour de Léopold Dubos né en 1876 (trente ans président du Syndicat des fêtes d’Estang) que fut lancée l’idée de construire une arène. C’est sur un terrain marécageux qu’elle fut édifiée avec l’accord du maire Ernest Caillebar. Le coût des travaux avait été estimé à 36.000 F de l’époque et donc ces six Estangois se cotisèrent pour réunir cette somme (Léopold Dubos – quincaillier, Labassa – mari de la receveuse des Postes, Hyppolyte Dupuy – marchand de porcs, Rande – épicier, Adrien Barbe – boucher et Jean Bartherotte – maçon). La partie ouest a été construite en dur en 1901. Il fut décidé, d’entrée, de donner un toit aux gradins en bois pour les protéger des intempéries, et de poursuivre cette magnifique charpente à chaque reprise des travaux. Au moment de la guerre 1914-1918, la partie est était en construction. La mobilisation et l’élan patriotique des ouvriers contraignirent à abandonner le chantier. C’est donc plus tard, en 1919, que d’autres procédèrent à la finition de cette tranche de travaux. Des gradins de fortune clôturaient le reste mais ils avaient terriblement souffert durant la guerre et au lieu de les renouveler, il fut décidé de tout construire et de tout recouvrir. Les propriétaires fournirent le bois, la commune aida à payer le reste. Par conséquent, commencées en 1901 ces arènes furent achevées en 1930 et c’est le 3 septembre 1939 que le Syndicat des fêtes d’Estang décida de les céder à la commune, moyennant remboursement. Pendant trente ans, paysans et artisans se sont retroussé les manches pour construire, à temps perdu, leur arène. Il y a ceux qui abattirent les chênes ; ceux qui les scièrent. Ceux qui clouèrent les planches et montèrent chevrons et voliges. Tout cela sans demander un sou ! Elles furent légèrement agrandies en 1974 à la demande du Léon Hugo, alors maire. En 1984 elles furent inscrites au répertoire des monuments historiques et en 1994 à l’ISMH. Elles portent le nom d’un aficionado local qui fut au nombre des fusillés du 3 juillet 1944, Jean Bartherotte. Ce dernier, maçon de son état, fut l’architecte et le maître d’ouvrage dudit édifice. Le 19 août 1984 elles eurent la visite inopinée du président de la République en la personne de François Mitterrand qui présida ainsi une course landaise. Une plaque commémore l’événement. »

Avant 1930, elles n’étaient donc, comme beaucoup d’autres de nos « arènes », qu’une « tribune-loge » permanente comme on peut encore en voir par exemple encore à Viella (32) ou, de moindre importance, à Caupenne (40) par exemple. Lors de chaque fête, on montait autour de la piste des barrières et des gradins en bois. C’est à partir de ce noyau qu’ont été édifiées en dur les arènes actuelles, comme on le voit bien sur cette vue aérienne.

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Loges et tribunes : Dumes

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Je cherchais désespérément depuis longtemps des photos des anciennes arènes de Dumes, où j’avais assisté à mes premières courses landaises. Le confinement a cela de bon qu’il nous permet de ranger, trier, classer… et c’est ce que j’ai fait avec les photos de mon enfance récupérées chez mes parents.
Et voilà ce que j’y ai découvert : une image où l’on voit, au second plan, ces loges et tribunes traditionnelles des petits villages chalossais. Pour les courses, on dressait des barrières avec des poutres et des madriers pour délimiter une (courte) piste sur laquelle se produisait la plupart du temps des acteurs de second (ou parfois troisième) zone… Mon oncle le docteur Jean-Claude Mouchès nous en en a laissé quelques récits dans son ouvrage « Le prix du courage » paru en 2000 aux éditions Atlantica. C’est d’ailleurs son père, et donc mon grand-père, Henri Mouchès, alors maire de Dumes que l’on voit parler à un paysan qui mène une belle paire de bœufs de Chalosse. Et qui est donc le petit garçon en barboteuse qui l’accompagne ? Je vous laisse le deviner…
Ces tribunes-loges n’ont pas totalement disparu aujourd’hui, mais elles ont changé de fonction : elles ont été transformées en maison d’habitation.
Si vous avez des images de ce type montrant des arènes ayant disparu, n’hésitez-pas à me les faire passer !

Les arènes en Algérie

L’histoire de la course landaise dans les anciennes colonies ou protectorats est peu connue, mais elle a laissé cependant quelques traces documentaires. A l’âge d’or de notre sport, avant 1914, nos Landais s’y sont produits plusieurs fois à l’occasion des grandes tournées souvent commencées en Provence et parfois terminées en Tunisie. C’est le cas de la cuadrilla de Marin 1er en 1890 puis en 1893, et de la fameuse équipe constituée autour de Félix Robert dans les mêmes années. C’est l’occasion de vous faire connaître les arènes dans lesquelles ils ont été chaleureusement accueillis et où ils ont connu de beaux succès.

Alger
La capitale n’a jamais connu d’arènes en dur. Il semble qu’il y ait eu des parodies de corridas dès 1863 dans des structures éphémères à Bab-el-Oued. C’est d’ailleurs sur l’esplanade du même nom que, le 20 novembre 1909, a lieu l’inauguration de « nouvelles arènes ». Elles occupaient l’emplacement du marché moderne, au fond d’une sorte de « trou » au fond duquel les bêtes étaient lâchées.

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Illustration extraite de L’Afrique du Nord illustrée, 1er décembre 1909

Les 14 et 19 juillet 1931 encore, deux grandes corridas (avec simulacre de mise à mort) furent organisées à Alger, dans une arène provisoire construite sur le stade du Gallia-Sport, au flanc d’un coteau, non loin de l’hippodrome du Caroubier. Elle pouvait accueillir 7000 personnes. Le promoteur en était M. Barrère, et le spectacle était complété par une charlotade avec la troupe « Valencia-Charlot ».

Mais c’est surtout la province d’Oran qui connaît une véritable fièvre taurine. Il est vrai qu’en 1911, la population d’origine espagnole y représentait le double de celle des colonisateurs français… Deux grandes arènes y sont construites : l’une dans la ville-centre, Oran, et l’autre à 80 km au sud, à Sidi-Bel-Abbès.

Oran
La course espagnole semble introduite à Oran en 1881. Plusieurs arènes successives y sont aménagées : d’abord boulevard de l’Industrie, puis à Gambetta, et enfin à Eckmülh (aujourd’hui Haï Maieddine).
C’est le 27 mai 1890 qu’est inaugurée la première arène d’Oran, alors construite en bois. A la suite d’un incendie, une nouvelle plaza est construite dont l’inauguration a lieu le 14 juillet 1910. La dernière corrida y est donnée quelques jours avant le début de la guerre civile espagnole, le 15 juillet 1936.
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Voici deux cartes (rares) de ma collection sur des charlotades dans ces arènes d’Oran.

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Après un réaménagement, elles sont à nouveau inaugurées le 13 mars 1954. Elles sont unique dans toute l’Afrique par leur architecture, conçue par E.-R. Garlandier, ingénieur-architecte d’Oran, et réalisée par l’entrepreneur A. Andreoli. Sur une surface de 4800m², elles ont 210m de diamètre, et peuvent accueillir 10 000 spectateurs.
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Désaffectées et abandonnées après la décolonisation, elles font aujourd’hui l’objet de projets de réhabilitation et de transformation en lieu d’animation et de spectacles. Une première phase de travaux, achevée au début de 2019, a touché deux voûtes présentant dans le passé un danger pour les visiteurs. L’une se trouve à l’entrée principale des arènes et la seconde au niveau du sous-sol du bâti. La fin des travaux a permis l’ouverture de ces arènes au public. La deuxième phase de leur ré-aménagement est aujourd’hui à l’étude. Elle concernera  le confortement et le renforcement des structures du site, ses supports et l’éclairage.

photo  : rachid imekhlef

Sur ces arènes, voir l’étude de Rachida-Hammouche Bey Omar, « La plaza de toros de Orán en el periòdico Oran Républicain« , dans Archivo de la Frontera, 14/12/2016 (http://www.archivodelafrontera.com/wp-content/uploads/2016/12/Plaza-de-toros-de-Or%C3%A1n-2016.pdf )
Voir deux reportages vidéos de 2019, l’un avec commentaires (https://www.youtube.com/watch?v=_hpUB_aupc8 ) et l’autre en musique (https://www.youtube.com/watch?v=7RdR5u_eT2Y ) qui montre l’intérêt architectural de ces arènes.

Sidi-Bel-Abbès (« arènes du Mamelon »)
Les anciennes arènes étaient situées au village Perrin. Le 17 janvier 1892, la Société des Arènes de Sidi-Bel-Abbes prend la décision de construire de nouvelles arènes au bout de l’avenue Edgar-Quinet (Trig-el-Kharoub actuelle) et pouvant accueillir 6000 spectateurs. Les travaux commencent en 1893 et l’inauguration a lieu le 24 juin 1894, avec le fameux matador El Gallo. A la suite de l’interdiction des mises à mort, comme sur tout le territoire métropolitain, des courses landaises y sont prévues. Mais la désaffection du public habitué aux courses espagnoles provoque, le 20 mai 1900, la dissolution de la Société des Arènes Bel-Abbésiennes. La vente aux enchères publiques des arènes est organisée le 23 mai 1901. Une route est par la suite tracée sur leur emplacement, où sera également construit un groupe scolaire.
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L’histoire de cette plaza est retracée dans la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=leTTPght5aU, qui m’a fourni toutes les données chronologiques.

Bibliographie :
Pierre Dupuy, La tauromachie dans le Maghreb français, [Balaruc-les-Bains], Union des Bibliophiles taurins de France, 2012