1620 : interdiction des courses de taureaux à Bazas

course_hist

C’est par lettres patentes du 13 décembre 1620 que le roi Louis XIII prescrivit l’interdiction de la coutume de la course du taureau à Bazas. Ce document nous apprend que cette coutume « scandaleuse et grandement préjudiciable » se déroulait, comme à Saint-Sever, le jour de la fête de Saint Jean-Baptiste, patron de la cathédrale. Au lieu de se confire en dévotion et piété, la plupart des habitants (je modernise l’orthographe) « s’assemblent en grand nombre tant de la ville que des lieux circonvoisins, et étant la plupart armés font faire une course de taureau dans la place publique avec beaucoup de débauches et de désordres ». Les gens en profitaient d’ailleurs pour régler leurs comptes entre eux, et l’année d’avant, il y avait même eu mort d’homme… On apprend également que cette coutume était « tellement invétérée » que les interdictions précédentes édictées par les évêques successifs n’avaient donné aucun résultat, pas plus qu’un arrêt du parlement de 1616. Le roi se devait donc de prendre les choses en main, et assortissait son interdit d’une peine exemplaire ainsi que d’une amende de 300 livres, ce qui représentait à l’époque une somme considérable. Il semble que cet acte fut effectivement suivi d’effet, puisqu’on n’entendit plus parler de courses à Bazas presque définitivement. La dernière mention date de 1655, à l’époque de la préparation d’un concile à Mirande, et ne concerne plus la ville elle-même mais les villages alentour. Le cahier des vœux proposés par le diocèse de Bazas mentionne en effet : « Les mêmes fêtes et particulièrement les fêtes locales doivent être célébrées dans toute la province. Les poursuites et courses de taureaux encore en usage dans quelques localités pour les fêtes patronales doivent être interdites sous de fortes pénalités, soit contre les localités, soit contre les personnes. »

Le passé taurin de Bazas était effectivement ancien, puisque nous savons que lors du passage du roi Charles IX dans la ville le 6 mai 1565, une course fut organisée un parterre de notabilités : le jeune roi lui-même, la reine régente Catherine de Médicis, Mgr d’Orléans, le prince Henri de Navarre (futur Henri IV), M. et Mme de Guise, le cardinal de Bourbon, et le connétable Anne de Montmorency. En leur honneur, les Bazadais firent ce jour-là « combattre des taureaux, en une grande place, que des hommes combattaient avec des aiguillons ».
Quelques années plus tard, en 1572, le géographe François de Belleforest écrivait dans son Histoire universelle du monde… nouvellement augmentée et illustrée… :
« [Bazas] L’église cathédrale y est fondée au nom de Saint Jean Baptiste et tous les ans, le jour de la nativité de ce précurseur et en son honneur, on fait courir un taureau, qu’on irrite avec force aiguillons , non sans grand danger de ceux qui le chassent, à cause que si ailleurs les taureaux sont furieux, c’est en Gascogne qu’ils se montrent effroyables ; et celui qui peut arrêter cette bête ainsi échauffée le reçoit en prix et est conduit couronné dans le temple superbe de Saint Jean par tous les seigneurs du pays et la jeunesse gaillarde de la ville. » Et il ajoute que si par malheur les habitants de Bazas ne pratiquent pas cette coutume une année, ils s’exposent à de grands malheurs comme la grêle ou des tempêtes.

24 juin 1897 : la blessure mortelle de Baillet

baillet

Alexandre Jean Baillet, écarteur promis à une belle carrière fut, à l’âge de 23 ans, victime d’une terrible blessure dans les arènes de Bazas dont il mourut quelques jours plus tard. Chritian Capdegelle a découvert dans la presse locale les différents récits de cet accident et de ses suites tragiques, et je l’en remercie une nouvelle fois. Les voici, dans l’ordre chronologique.

« Des courses elles-mêmes nous ne dirons pas grand’chose, n’étant pas suffisamment familiarisés avec ce genre de sport ; mais de l’avis des aficionados très nombreux qui y assistaient, le bétail fourni par M. Barrère était excellent ; les vaches ardentes, mais peut-être trop entraînées.
Les écarteurs de la cuadrilla landaise ont fait preuve de courage, et le travail de Naves, Daudigeos et Belloc a été particulièrement remarqué.
Malheureusement, un accident a vivement impressionné le public, l’écarteur Baillet, après un écart exécuté dans les règles, a été rejoint par la vache Maravilla et a reçu un coup de corne, qui, après avoir suivi les côtes, a frappé Baillet à la base du crâne, mettant le cervelet à nu. L’état de ce jeune homme, dont nous avons fait prendre des nouvelles à l’hospice, où il est en traitement, est considéré comme désespéré. »
Le Républicain bazadais, samedi 26 juin 1897.

« Le piston qui remplace la clarine sonne et la première vache parait dans l’arène.
Huit vaches ont été travaillées par la cuadrilla landaise. Voici par ordre de mérite les écarteurs qui se sont signalés : Naves, Belloc, Duffau II, Mathieu, Baillet, Dodigeos, Lestage, Candau, dont la réputation est bien connue, a fait, en amateur, deux écarts très applaudis. Par contre, Mouchez, Lapaloque, Bras-de-Fer et Casino ne sont pas sortis de derrière la talanquère.
A la troisième vache, Baillet, dans un écart malheureux, a été atteint à la nuque d’une blessure pénétrante qui a atteint le cervelet. Après un pansement sommaire à l’infirmerie des arènes, Baillet a été transporté à l’hôpital, où il a reçu les soins de M. le docteur Séguinard. »
Le Glaneur
, dimanche 27 juin 1897.

Mort de l’écarteur Baillet. – L’écarteur Alexandre Baillet, transporté à l’hôpital de notre ville à la suite d’une blessure grave reçue pendant les courses du 24 juin dernier, est mort lundi soir, à dix heures, dans les bras de sa mère, après onze jours d’atroces souffrances.
Alexandre Baillet n’avait pas encore 24 ans. Né à Mont-de-Marsan le 7 janvier 1874, il avait débuté dans sa périlleuse carrière dès l’âge de quatorze ans, alors qu’employé comme vacher il accompagnait les troupeaux de vaches de courses. Blessé grièvement dès ses débuts, à Morlaàs, où une vache lui enfonçait deux côtes et le clouait pour plusieurs mois sur un lit d’hôpital, Baillet ne renonça cependant pas aux dangereux exercices qui le passionnaient et qui devaient si malheureusement lui coûter la vie.
Ses obsèques ont eu lieu mercredi matin. Sur le cercueil, deux couronnes avaient été déposées : l’une offerte par le Comité des courses ; la seconde par MM. Barrère et Félix Robert. Une troisième couronne offerte par la cuadrilla landaise sera déposée sur sa tombe.
La malheureuse mère, brisée de douleur, avait voulu accompagner son fils jusqu’à sa dernière demeure.
M. Paul Dupont, premier adjoint, entouré du personnel de la Mairie, ainsi que d’une délégation du Comité des fêtes suivaient le cortège.
Les cordons du poëlle étaient tenus par MM. Descazeaux et Lignac, membres de la commission des courses ; Joseph Naves, écarteur landais, ami personnel du défunt, et Ch. Rhodes, rédacteur du Glaneur.
Les camarades de Baillet, touchés trop tard par les dépêches qui leur avaient été adressées, n’ont pu qu’exprimer par télégramme leur regret de ne pouvoir assister à la cérémonie.
La population de notre ville prévenue trop tard de l’heure des obsèques n’a pu manifester comme elle l’eût voulu ses sentiments de douloureuse sympathie, mais chacun s’est associé au deuil de la pauvre mère et des camarades de Baillet, à qui nous adressons au nom de tous nos bien sincères condoléances.
Le Glaneur, dimanche, 11 juillet 1897.

On saura donc maintenant que Baillet est bien mort à Bazas, le 5 juillet 1897. Mais par contre, qui de Maravilla (selon la presse) ou de Moulinera (selon Gérard Laborde) doit en porter la responsabilité ? A préciser bientôt j’espère…