Un maire tauromache : Raphaël Milliès-Lacroix

On aurait pu fêter ce mois-ci le 170e anniversaire de Raphaël Milliès-Lacroix. Il est en effet né à Dax le 4 décembre 1850, et il y décèdera le 12 octobre 1941.
Conseiller municipal en 1879, puis maire de sa commune en 1887, il devient conseiller général des Landes en 1899 et sénateur en 1897, siégeant parmi les rangs de la Gauche démocratique radicale et radicale-socialiste. Il fut en outre nommé en 1906 ministre des Colonies dans le gouvernement Clemenceau. Il fut enfin vice-président du Sénat de 1929 à 1933, date à laquelle il ne se représenta plus aux élections, laissant son fils, Eugène, reprendre le flambeau.
Il est surtout connu pour avoir été révoqué de ses fonctions de maire en octobre 1894 par décret du président de la République Casimir Périer, pour avoir autorisé ouvertement, malgré l’avis contraire de l’autorité préfectorale, des courses de taureaux avec mise à mort. La population de Dax le réélit cependant maire dès l’année suivante. Voici la déclaration publique qu’il rédigea et publia à l’occasion de cette affaire (Archives dép. des Landes, 4 M 117).

Les courses à Dax… en 1846

Voici le jugement très sévère que nos voisins béarnais donnèrent sur les courses qui eurent lieu lors de la fête patronale de Dax en septembre 1846.
« Les courses de taureaux (lisez vaches) ont été ce qu’elles sont toujours à Dax et dans tous les endroits du département des Landes où elles ont lieu, c’est-à-dire ridicules. Privés de cette solennité qui accompagne les courses espagnoles, de ces brillants costumes que les toreadores et les picadores portent avec tant d’élégance, de ces cérémonies théâtrales qui ajoutent à l’impression des spectateurs, dénuées surtout de ce danger réel que courent les combattants, ces prétendus combats de taureaux ne ressemblent pas mal à une mystification. » (Le Mémorial des Pyrénées, 32e a., n° 129, 14 septembre 1846).

On était donc déjà, et avant la date fatidique de 1852 où se déroulèrent les premières courses avec des matadors à Saint-Esprit, près de Bayonne, dans une comparaison entre courses espagnoles et landaises… Espérons que celles que nous aurons le plaisir de voir le 4 octobre prochain, seront plus appréciées, même des Béarnais !

Un saut de taureau à Dax… en 1935

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J’avais récupéré dans ma collection cette belle image d’un sauteur landais au-dessus d’un taureau  manifestement de race espagnole. L’indication manuscrite au dos précisait que cet exploit avait été réalisé à Dax le 27 septembre 1935. J’avais alors contacté, grâce à ce blog, nos fidèles lecteurs et contributeurs pour en savoir plus, et voici les résultats des recherches concernant le saut de ce taureau (en fait un novillo) à Dax en 1935. La date marquée au dos s’est en fait avérée être fausse…

Le premier à réagir a été l’ami Gérard Laborde qui nous fait savoir ceci :
« Pas de problème! Il s’agit du sauteur Dargert I, l’un des plus célèbres de l’époque. Ce jour-là, il s’était engagé par contrat à effectuer 4 sauts au-dessus des novillos d’Encinas travaillés par ailleurs par le grand Joseph Coran. Petite précision supplémentaire : la mention est erronée car ce festival s’est déroulé le 25 août 1935. Une affiche conservée aux Archives de Dax en témoigne… ainsi que les contrats signés par Darregert et Coran avec l’organisateur, un certain Jacques Milliès-Lacroix…. ».

Le second n’est autre que Christian Capdegelle, fidèle chercheur lot-et-garonnais qui confirmait :
« Je ne mets pas en doute la date du 27 septembre 1935 si elle est mentionnée au dos de la photographie. Mais le saut ou plutôt les sauts d’un novillo par un sauteur landais eurent lieu dans les arènes de Dax le 25 août 1935. Ce jour-là ont défilé dans ces arènes les landais Joseph Coran, Gérard Boueilh et Louis Dargert. Ce dernier sauta à quatre reprises un novillo de la ganaderia d’Estéban Hernandez. A ce cartel étaient également présents trois novilleros espagnols et un cavalier portugais Simao da Veiga. »

Merci à tous deux d’avoir redressé la fausse date mentionnée au dos de ce document et d’avoir permis d’identifier le sauteur Dargert, que le dessinateur Rémy a « croqué » dans la même posture au-dessus d’une de nos vaches landaises.

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La course landaise en stéréo

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Il ne s’agit pas de son, mais bien d’image ! Avant la fameuse 3D que l’on voit partout aujourd’hui et qui nécessite les lunettes ridicules rouge et bleu, on a découvert la vision stéréo. Les appareils qui prenaient ce genre de photo reproduisaient en fait le décalage que nous avons tous entre les 2 yeux. Et lorsque l’on utilisait une visionneuse stéréo telle que l’on en trouve encore dans nos greniers, on admirait une image qui rendait du « relief », ou du moins qui restituait les plans successifs de la photo et donnait l’illusion du relief. Mais c’est vraiment assez étonnant comme sensation visuelle. Voici, dans le genre, la 1e d’une série de quelques vues stéréoscopiques de ce type que je possède et qui concernent une course landaise dans les anciennes arènes de Dax, en face de la Poste actuelle. Ne louchez pas trop dessus !!!

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Toujours dans ces arènes dacquoises, voilà un bel écart saisi par le photographe avec son appareil stéréoscopique.

Et encore une pour la route:

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Les courses « hispano-landaises » (1)

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Il s’agissait de courses mixtes, réunissant en un seul spectacle des courses espagnoles et des courses landaises. Elles naquirent dès le début des années 1860, et constituèrent en quelque sorte une réponse à la fameuse loi Grammont de 1850 interdisant la maltraitance des animaux domestiques.

La partie espagnole, souvent privée des picadors et ne comprenant qu’un simulacre de mise à mort, était constituée du jeu à la cape et à la muleta et de la pose de banderilles. La partie landaise ressemblait la plupart du temps aux courses « simples », et l’on n’y faisait courir généralement que du bétail nouveau, sans corde. Les spectateurs assistaient donc à deux courses distinctes, qui se déroulaient alternativement. Le paséo était fait en commun par les deux cuadrillas, l’espagnole marchant le plus souvent en tête, suivie de la landaise. Elles connurent beaucoup de succès dans les années 1880-1910. Il est très probable que la présence de l’alguazil dans quelques paséos de vraies courses landaises (comme nous l’avons montré sur plusieurs images) provient de ce genre de spectacles hispano-landais.

Voici le jugement un peu critique que Prosper Séris portait sur ce type de courses :

« Nous n’avons pas à cacher notre opinion personnelle sur les courses hispano-landaises aujourd’hui à la mode dans notre contrée. Elles nous laissent souvent très froid et nous avouons notre préférence marquée pour la vraie course landaise avec le meilleur bétail espagnol et, surtout, pour la course espagnole pure telle qu’il est interdit pour le moment de la voir ailleurs qu’en Espagne.

Nous devons pourtant reconnaître que la course hispano-landaise, espèce de carte forcée ou de moyen terme imposé, non pas par nos mœurs, mais par les mœurs du nord de la France, est un spectacle qui offre de l’attraction à beaucoup de landais et, surtout, aux étrangers qui viennent assister à nos fêtes.

Mais, si nous ne sommes pas partisan de ces courses pseudo-sérieuses, nous n’en sommes pas non plus les adversaires irréconciliables, car nous espérons que la faveur que le public leur accorde nous a chemine peu à peu vers le but que doivent poursuivre les vrais tauromaches : la course espagnole pure. »

Cette superbe planche, tirée du Bulletin de la Société de Borda de 1891, nous montre qu’à Dax, en 1890, on avait bravé (comme souvent dans l’histoire de la tauromachie locale) les interdits, et l’on aperçoit en fond d’image deux picadors fermant la marche… Les 3 agents municipaux, au premier plan, dont le porte-drapeau, sont superbes! Cette course se déroulait dans les anciennes arènes, en face de la Poste actuelle.

Après Dax, nous voici à Mont-de-Marsan, ici également avec des picadors et un alguazil. Par contre, le groupe des écarteurs (à gauche) et celui des matadors (à droite) défilent ce jour-là chacun en file indienne.

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Une meilleure vue de face…

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Même configuration de paséo à Casteljaloux qu’à Mont-de-Marsan. Landais et Espagnols défilent chacun dans leur rangée. Il semble donc qu’à cette époque, vers 1910, on ait abandonné la pratique « hiérarchisée » des années 1880-1890 où les matadors précédaient assez systématiquement les écarteurs.

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Voici maintenant l’une des cartes consacrées aux courses hispano-landaises de Pomarez par l’éditeur Vincent Lussan. L’originalité réside bien sûr dans l’organisation du paséo: deux matadors devant et de chaque côté des écarteurs, qui étaient bien plus nombreux…

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Mais parfois, on inversait, comme on le voit sur cette image où le photographe a déclenché un peu tardivement…

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Dans les anciennes arènes de Soustons, où l’alguazil précède les acteurs, les Landais semblent également encadrer les Provençaux. Nous avons la chance de savoir qui participe à ce superbe paseo : il s’agit pour les toréadors de la cuadrilla du fameux Pouly, et pour nos écarteurs de la non moins fameuse équipe de la ganaderia Passicos, de Dax.

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La photographie que je vous présente maintenant a été publiée dans le journal taurin espagnol Pan y Toros du 22 février 1897. Elle représente le paseo d’une course hispano-landaise dans les arènes (ancienne version) de Mont-de-Marsan. On y voit, de manière originale, défiler d’abord la cuadrilla espagnole, puis le quadrille de nos écarteurs landais.

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Par contre dans la piste, comme on peut le voir sur cette image d’une course à Soustons, tous les acteurs étaient parfois gentiment mêlés et les écarteurs ne dédaignaient pas parfois de prendre la cape, comme celui de dos au premier plan, au centre…

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