Les premières courses après la Commune : 1872 ou 1873 ?

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Si l’on en croit le grand Clic-Clac dans son Histoire des courses landaises, copié bien sûr et recopié depuis, « En 1870 et 1871, la patrie était en deuil et les courses subirent un temps d’arrêt. Ce ne fut qu’en 1873 que les courses landaises reprirent leur marche dans la voie incessante du progrès ». Je vais être au regret d’infirmer cette assertion, car j’ai trouvé dans le journal Le Temps, dans son n° 4190 du mercredi 2 octobre 1872, la brève suivante (reprise de La Gironde) :
« Des courses de vaches landaises ont eu lieu dimanche à Bordeaux. Les premiers écarteurs des Landes, au nombre de neuf, ont, dit la Gironde, pendant trois heures, rivalisé d’adresse, de sang-froid et d’intrépidité. Il y a eu quelques incidents émouvants, mais pas d’accidents à proprement parler, puisque pas un écarteur n’a quitté l’arène ni n’a cessé d’écarter. Omer, Darracq et Pabot ont été parfois un peu bousculés, et ce dernier, aidé par les longues cornes de la vache Piccalina, a même fait, pendant la seconde partie de la course, un saut doublement périlleux ; mais il a néanmoins continué à écarter avec beaucoup d’ardeur et sans paraître en rien se ressentir de sa pirouette. Des bouquets et des cigares ont été jetés, dans l’arène, à Omer, Camiade et Pabot. »

8e étape : l’appel

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Dans ces temps anciens de la course landaise, l’appel de l’écarteur jouait un grand rôle, car les entraîneurs n’avaient pas encore le rôle qu’on leur connaît aujourd’hui. Le teneur de corde avait pratiquement seul la responsabilité de placer la vache et de la diriger dans le meilleur axe possible. L’appel de l’écarteur, par des sauts, des sifflets, des cris, des gesticulations diverses était donc important pour attirer l’attention de la coursière. Il l’était d’autant plus bien sûr lorsqu’il affrontait des vaches sans corde. On voit ici un face à face dans les arènes de Gabarret, où la vache semble avoir un peu de mal à partir sur l’homme.

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Voici un bel appel lors des traditionnelles fêtes de la Saint-Jean, à Saint-Sever.

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L’appel fait en outre l’objet d’une belle représentation picturale, œuvre de Gaston Rémy, qui orne la couverture de son ouvrage sur Les courses landaises publié en 1949.

Voici d’ailleurs, selon lui, quelques-uns des types d’appel que les écarteurs de son époque faisaient. On voit qu’il y avait de la diversité ! Dans l’ordre, un appel de Suisse, un appel à reculons de Mazzantini, et enfin un « appel disgracieux » de Martial (mon avatar !).

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La cuadrilla Passicos vers 1900

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Grâce à Gérard Laborde et à ses trésors, voici une des grandes cuadrillas d’avant la guerre de 1914. Il s’agit de celle attachée (au moins quelque temps) à la ganaderia qu’Edouard Passicos avait montée à partir de 1901. On sait qu’à cette époque, les écarteurs changeaient très régulièrement de cuadrilla car les ganaderos s’attachaient généralement les services de tel ou tel pour une année seulement. Je publierai dans des articles à venir quelques-uns des contrats que j’ai pu retrouver de cette époque.

L’intérêt de cette image est qu’elle comporte l’identification de certains des écarteurs formant cette cuadrilla. Au 1er rang, au centre, on trouve le cordier Hainx, avec à sa gauche Mouchès (ou Mouchez) dit Pelouï, puis Maxime et Picard; au 2e rang, au-dessus de ce dernier on reconnaît Giret.

Il est intéressant de noter ce que M. Passicos lui-même pensait de certains de ces hommes lors de leur première année de course, d’après ce qu’en rapporte Clic-Clac dans son Histoire des courses landaises :

« 1° Maxime.- Celui-ci, dit M. Passicos, je le prends pour le roi de l’époque tauromachique. Pour moi, il n’a pas de rival ; Maxime fait toujours un très joli travail ; il écarte toujours avec calcul et ne se dérange jamais. Il attaque indistinctement toutes les bêtes, et règle son travail selon ses aptitudes et les qualités de la vache. Son coup d’oeil est sûr et il est rarement pris.

2° Giret.- Je place au deuxième rang Giret, qui a un travail très suivi, quoique pas toujours parfait. (…)

7° Hainx.- Est devenu un très bon teneur de corde. Il a vite compris son métier. Tout en sauvegardant les hommes, il évite les coups de corde violents qui souvent troublent la beauté du jeu et faussent les vaches. »

La course landaise en stéréo

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Il ne s’agit pas de son, mais bien d’image ! Avant la fameuse 3D que l’on voit partout aujourd’hui et qui nécessite les lunettes ridicules rouge et bleu, on a découvert la vision stéréo. Les appareils qui prenaient ce genre de photo reproduisaient en fait le décalage que nous avons tous entre les 2 yeux. Et lorsque l’on utilisait une visionneuse stéréo telle que l’on en trouve encore dans nos greniers, on admirait une image qui rendait du « relief », ou du moins qui restituait les plans successifs de la photo et donnait l’illusion du relief. Mais c’est vraiment assez étonnant comme sensation visuelle. Voici, dans le genre, la 1e d’une série de quelques vues stéréoscopiques de ce type que je possède et qui concernent une course landaise dans les anciennes arènes de Dax, en face de la Poste actuelle. Ne louchez pas trop dessus !!!

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Toujours dans ces arènes dacquoises, voilà un bel écart saisi par le photographe avec son appareil stéréoscopique.

Et encore une pour la route:

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Les courses « hispano-landaises » (1)

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Il s’agissait de courses mixtes, réunissant en un seul spectacle des courses espagnoles et des courses landaises. Elles naquirent dès le début des années 1860, et constituèrent en quelque sorte une réponse à la fameuse loi Grammont de 1850 interdisant la maltraitance des animaux domestiques.

La partie espagnole, souvent privée des picadors et ne comprenant qu’un simulacre de mise à mort, était constituée du jeu à la cape et à la muleta et de la pose de banderilles. La partie landaise ressemblait la plupart du temps aux courses « simples », et l’on n’y faisait courir généralement que du bétail nouveau, sans corde. Les spectateurs assistaient donc à deux courses distinctes, qui se déroulaient alternativement. Le paséo était fait en commun par les deux cuadrillas, l’espagnole marchant le plus souvent en tête, suivie de la landaise. Elles connurent beaucoup de succès dans les années 1880-1910. Il est très probable que la présence de l’alguazil dans quelques paséos de vraies courses landaises (comme nous l’avons montré sur plusieurs images) provient de ce genre de spectacles hispano-landais.

Voici le jugement un peu critique que Prosper Séris portait sur ce type de courses :

« Nous n’avons pas à cacher notre opinion personnelle sur les courses hispano-landaises aujourd’hui à la mode dans notre contrée. Elles nous laissent souvent très froid et nous avouons notre préférence marquée pour la vraie course landaise avec le meilleur bétail espagnol et, surtout, pour la course espagnole pure telle qu’il est interdit pour le moment de la voir ailleurs qu’en Espagne.

Nous devons pourtant reconnaître que la course hispano-landaise, espèce de carte forcée ou de moyen terme imposé, non pas par nos mœurs, mais par les mœurs du nord de la France, est un spectacle qui offre de l’attraction à beaucoup de landais et, surtout, aux étrangers qui viennent assister à nos fêtes.

Mais, si nous ne sommes pas partisan de ces courses pseudo-sérieuses, nous n’en sommes pas non plus les adversaires irréconciliables, car nous espérons que la faveur que le public leur accorde nous a chemine peu à peu vers le but que doivent poursuivre les vrais tauromaches : la course espagnole pure. »

Cette superbe planche, tirée du Bulletin de la Société de Borda de 1891, nous montre qu’à Dax, en 1890, on avait bravé (comme souvent dans l’histoire de la tauromachie locale) les interdits, et l’on aperçoit en fond d’image deux picadors fermant la marche… Les 3 agents municipaux, au premier plan, dont le porte-drapeau, sont superbes! Cette course se déroulait dans les anciennes arènes, en face de la Poste actuelle.

Après Dax, nous voici à Mont-de-Marsan, ici également avec des picadors et un alguazil. Par contre, le groupe des écarteurs (à gauche) et celui des matadors (à droite) défilent ce jour-là chacun en file indienne.

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Une meilleure vue de face…

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Même configuration de paséo à Casteljaloux qu’à Mont-de-Marsan. Landais et Espagnols défilent chacun dans leur rangée. Il semble donc qu’à cette époque, vers 1910, on ait abandonné la pratique « hiérarchisée » des années 1880-1890 où les matadors précédaient assez systématiquement les écarteurs.

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Voici maintenant l’une des cartes consacrées aux courses hispano-landaises de Pomarez par l’éditeur Vincent Lussan. L’originalité réside bien sûr dans l’organisation du paséo: deux matadors devant et de chaque côté des écarteurs, qui étaient bien plus nombreux…

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Mais parfois, on inversait, comme on le voit sur cette image où le photographe a déclenché un peu tardivement…

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Dans les anciennes arènes de Soustons, où l’alguazil précède les acteurs, les Landais semblent également encadrer les Provençaux. Nous avons la chance de savoir qui participe à ce superbe paseo : il s’agit pour les toréadors de la cuadrilla du fameux Pouly, et pour nos écarteurs de la non moins fameuse équipe de la ganaderia Passicos, de Dax.

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La photographie que je vous présente maintenant a été publiée dans le journal taurin espagnol Pan y Toros du 22 février 1897. Elle représente le paseo d’une course hispano-landaise dans les arènes (ancienne version) de Mont-de-Marsan. On y voit, de manière originale, défiler d’abord la cuadrilla espagnole, puis le quadrille de nos écarteurs landais.

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Par contre dans la piste, comme on peut le voir sur cette image d’une course à Soustons, tous les acteurs étaient parfois gentiment mêlés et les écarteurs ne dédaignaient pas parfois de prendre la cape, comme celui de dos au premier plan, au centre…

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