Marin 1er (Joseph Malfait, dit)

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Le dernier numéro de la Cazérienne publie deux pages sur l’un des grands noms de l’âge d’or de la course landaise, Marin 1er (« Marin 1er, l’héroïsme ordinaire au service de la passion », par Patrice Larrosa, La Cazérienne, n° 168, février 2018, p. 10-11). Voici un condensé de sa très riche biographie. Il était né à Mont-de-Marsan le 29 novembre 1865, et il décéda à Bègles (Gironde) le 16 janvier 1921.

« A 16 ans, échappant à la noyade lors du naufrage en Espagne du Jean-Bart à bord duquel il était mousse, Joseph Malfait revint à pied en France. L’année suivante, en 1882, il descendait pour la première fois dans une arène dans son costume usagé de marin… d’où son surnom de Marin. » (…) « Premiers écarts, premiers succès, premier 1er prix de 80 fr. Un « Grand » était né. Au soir de cet exploit, l’écarteur Beaumont le prend sous son aile et en peu de temps, c’est la gloire ! Grand, souple et élégant, doté d’un courage peu commun et d’un sang-froid extraordinaire, et possédant une vista incomparable, Le Marin affronte n’importe quelle vache même celles qui ont déjà tué. Mais en [18]84, à Nonères, la superbe Caracola lui inflige une grave blessure « dans la partie la plus charnue de son individu », ce qui ne l’empêchera pas par la suite tout au long de sa prestigieuse carrière d’avoir de nombreux tête-à-tête avec elle qui resteront des moments d’anthologie. L’année suivante, Le Marin triomphe lors des courses hispano-landaises des fêtes de Dax (…). En [18]86, pour les fêtes de Saint-Vincent-de-Tyrosse, il subit une grave blessure que lui administre la terrible Gabillana. Avec Félix Robert et le fameux sauteur Daverat, il triomphe à Paris. En [janvier 18]87, il conduit sa cuadrilla au succès lors des trois courses organisées, à Paris, au bénéfice des inondés du Midi. Au mois de mai suivant, à Saragosse, il fait passer sur la feinte de terribles toros de Colmenar mais plus tard dans la saison, il subit une très grave blessure à Nîmes avec une évacuation en catastrophe sur l’hôpital de Marseille. En [18]88, à Saint-sever, nouvelle tumade, mais plus légère, « Marin est pincé dans la joue gauche du visage postérieur ». Cela ne l’empêche pas de déplacer les foules à l’occasion de sa tournée triomphale dans les stations thermales et balnéaires qui, au cours de l’été, va le mener de Cauterets à Hendaye, en passant notamment par Luchon, Arcachon, ou encore Biarritz et Dax (…). En [18]90, Le Marin, secondé par Félix Robert, Boniface et les frères Nassiet, accomplit la même tournée en Provence [que l’année précédente] et en Algérie avec autant de succès que de présentations. En [18]91, Marin monnaye ses talents surtout dans le sud et en Provence, comme lors de cette fameuse course à Marseille, le 12 avril, à la suite de laquelle il signe des contrats pour Paris, Murcie et même pour l’Amérique, mais ces derniers n’aboutiront pas ! Cela n’empêche pas le maître de faire quelques apparitions dans les Landes à la tête de « son vaillant quadrille » à qui « il a su donner tenue et discipline ». (…)

« En [18]93, Marin participe à la course d’inauguration des arènes de Cognac avant de partir faire course en Algérie, à Bab-el-Oued, qu’il ne rejoindra qu’après avoir travaillé un taureau de plus de 600 kg en Italie. Au retour, il est blessé en exécutant un saut périlleux au-dessus d’un toro espagnol à Marseille. (…) [En 1894], début juillet, à Marseille, il va subir une grave blessure sur une tentative de saut, les pieds liés. Tous les journaux landais de l’époque ont relaté l’événement avec des titres comme : « Marin n’est pas mort ! ». En [18]96, à Hagetmau, premier prix pour Marin, « le héros, le plus classique depuis Jean Chicoy, avec plus de grâce… ». Les 6 et 7 septembre, il est la vedette de l’inauguration des arènes de Saint-Jean-d’Août (…). L’année suivante, le 27 juin, à Bordeaux, « Marin joue avec une ombrelle » devant les plus rudes cornupètes de la tarde ! A la tête d’une cuadrilla d’écarteurs prestigieux, Marin soulève toujours l’enthousiasme mais le 19 septembre, à Eugénie-les-Bains, la Machouella de Bacarisse le blesse sérieusement au larynx. (…) En juillet [1898], lors des fêtes de la Madeleine, victime d’une glissade face au toro Mazzantini, Marin, les pieds emmêlés dans la corde, est entraîné dans le toril. Alors que la foule s’attend au pire, le Maître en ressort étourdi, mais bien vivant… et malgré un passage à l’hôpital, il revient piste et décroche le deuxième prix (…). C’est une époque où la Course landaise triomphe et son grand héros Marin Ier, au sommet de la perfection de son art, au coup d’œil infaillible et à la volonté exacerbée de plaire, devient une véritable « star », collectionnant triomphes et 1ers prix. Mais il est aussi l’écarteur de cette fin de siècle le plus généreux en piste ; ses « quites » efficaces sont resté célèbres comme celui réalisé en 1901, à Toulouse, pour tirer Picard d’une situation plus qu’épineuse (…) ou celui d’Arcachon, le 24 mai, où il sauva d’un sort funeste Omer, un glorieux ancien de l’arène.

« En fin de carrière, accomplissant parfois encore de belles prestations, on le retrouve avec le ganadero Passicos en 1901 (…). En 1904, le 25 mars, à Arcachon, « 2000 personnes, debout, assistent aux feintes très serrées du maître Marin Ier » et le 16 octobre, à Mont-de-Marsan, « quelques feintes admirables » vont lui permettre de décrocher un deuxième prix parmi une pléiade d’écarteurs sérieux, tout comme un peu plus tard, il recevra à Bordeaux un prix spécial… pour quelques feintes ! En 1906, il est sélectionné pour participer au premier concours de l’Histoire organisé par le journal La Talanquère. Cette année-là, malgré ses 41 ans, il participe encore à 17 courses et enlève même 2 premiers prix et 3 deuxièmes, en terminant la saison à la vingtième place (sur les quelques 80 toréadors recensés dans le classement général) pour les prix récoltés (…). En 1910, à 45 ans, Marin enlève deux premiers prix (…). En 1911, il est engagé comme chef chez Dubecq et en 1912, devant le même bétail qui a été repris par le ganadero Alexis Robert, Joseph Marin va encore décrocher 2 troisièmes prix à Tartas et à Condom. A la veille de la grande guerre, Marin Ier, sans un sou, se retire à Bègles dans l’anonymat le plus complet, lui, l’Etoile qui avait, pendant plus de vingt ans, rayonné sur la Course landaise. »

Eléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 356 et 367-370 (avec l’aimable et amicale autorisation de l’auteur)

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Voici maintenant la biographie qui est consacrée dans l’ouvrage Mémoire des Landes à ce grand écarteur.

« Marin, pseudonyme de Joseph Malfait (Mont-de-Marsan, 29 novembre 1865 – Bègles, Gironde, 16 janvier 1921). Écarteur landais.

Très jeune, Joseph Malfait eut une vie mouvementée, mais son extraordinaire sang-froid lui permit d’affronter les pires dangers. Dès l’âge de 14 ans, il s’est engagé comme mousse sur le Jean-Bart, bateau qui, en 1881, fit naufrage au large des côtes espagnoles. Le futur « Marin » échappa à la noyade et revint en France à pied. A 17 ans, il descendit pour la première fois dans l’arène, à Aire-sur-l’Adour, un jour de course landaise, et sa brillante carrière commença. Marin devait toréer de 1882 à 1912, son époque de gloire se situant à la fin du XIXe siècle, et sa célébrité allait s’étendre non seulement au grand Midi et à Paris, mais aussi à l’Italie, l’Espagne et l’Algérie. Tous les critiques taurins et écrivains régionaux ont multiplié les éloges à son égard et souligné la perfection de son art qui s’accompagnait de « courage, souplesse, volonté de plaire » et d’un coup d’oeil infaillible. Son goût pour l’aventure et le danger lui permit de devenir, souvent au péril de sa vie, un sauveteur émérite qui se précipitait au secours des écarteurs en difficulté dans l’arène, des victimes de noyade ou d’incendie. Il fut récompensé par de nombreuses médailles, mais il mourut dans la misère à Bègles, ville où il s’était retiré et où il avait passé son enfance ».

Notice de Bernadette Suau, extraite de Mémoire des Landes, Mont-de-Marsan, Ed. Comité d’études sur l’histoire et l’art de la Gascogne, 1991, p. 230

Voir aussi : Gabriel Cabannes, Galerie des Landais, t. 4, p. 125-135, portrait

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Voici un nouveau portrait de Marin Ier, paru dans La Talanquère à l’époque de sa gloire. Il est en civil, le béret en arrière et porte ce qui semble être une lavallière ainsi qu’une pochette. Mazette, le bel homme !!!

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Et voici un autre très beau portrait de notre as de l’arène. Il est actuellement conservé au Musée de la Course landaise, à Bascons. C’est une photographie retravaillée au fusain, signé d’un certain « Bourdin », à Bordeaux et daté de 1906. Pardon pour les reflets, mais il est bien sûr protégé par une vitre et j’ai fait ce que j’ai pu…

Enfin, pour être complet, je vous présente la plaque commémorative qui lui est consacrée à Bègles, ville où il mourut.

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La cérémonie de pose de cette plaque sur la maison du n° 60 de la rue du Maréchal Joffre de la cité girondine a été relatée en détail dans le Bulletin de la Société de Borda n° 381, 1er trimestre1981, p. 244-246. Elle avait été organisée à l’initiative d’un vieux (et tenace) Béglais, né en 1900, qui avait « assumé la confection de cette plaque et persévéré dans son inauguration »… On lui laissa d’ailleurs l’honneur de tirer le voile qui la découvrit. C’est lui qui rédigea également ce compte-rendu. Il avait un nom bien connu de chez nous : Albert-Pierre Forsans.
La délégation landaise, conduite par le président de la Fédération Gérard Darrigade, était composée de MM. Testemale et Darbo, du Comité directeur, et Lalanne, président du Comité régional.
La plaque porte l’inscription suivante :
« Ici vécut et mourut
le 16 janvier 1921
le célèbre torero landais
Marie-Joseph Malfait
dit Marin 1er ».
Grâce à ma fille Camille, voici une photo de cette plaque telle qu’on pouvait encore la voir en 2011 sur la façade de la maison béglaise du célèbre écarteur.

1887 : les grandes Fêtes du Soleil à Paris (suite)

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Pour compléter l’article que je leur ai déjà consacré (https://patrimoinecourselandaise.org/2016/02/21/1887-les-grandes-fetes-du-soleil-a-paris/), voici quelques éléments historiques supplémentaires sur les Fêtes du Soleil organisées à Paris, en janvier 1887, au profit des victimes des inondations catastrophiques du Midi.

Le journal Gil Blas fait ainsi, le 14 janvier, le compte-rendu de l’arrivée de nos Landais dans la capitale et surtout le portrait de leur chef, Joseph Marin :

« A la même heure, débarquait à la gare d’Orléans le quadrille landais.

Son chef, Josef Marin, petit, trapu, vêtu d’un costume noir sans prétention, coiffé du béret pyrénéen, est un homme de vingt-deux ans au visage basané, à l’œil noir, à la moustache fine.

Il n’est pas comme le Pouly toréador par tradition de famille, puisque, durant le premier semestre de l’année, il travaille en qualité de forgeur mécanicien dans une des principales usines de Bordeaux. Ses exercices consistent surtout dans le double bond périlleux, le coup du béret, le saut avec les pieds liés, etc. Il a engagé un précieux collaborateur, Paul Daverat, garçon de haute stature, larges épaules, à la figure mâle, dont les voltes téméraires feront tressaillir d’aise plus d’une Parisienne blasée.

Le quadrille landais, qui se compose en outre de Barrère, Banos, Chéri, Lapaloque, Nassiet, Lacroix, Firmin, Mouchez, Casino, etc., a élu domicile dans un hôtel de la rue Rochechouart. »

Le même quotidien publie, dans son édition du 18 janvier suivant, un compte-rendu de leurs premières prestations qui nous fournit notamment de précieuses indications sur le costume des acteurs, encore calqué sur celui des matadors et où l’on appréciera la variété des assemblages de couleurs :

« Deux courses landaises ont succédé à cette première course provençale, avec deux taureaux à cornes relevées: Escriba, taureau cendré, et Pelegrina, taureau noir. […] On m’excusera si je ne fais pas, comme en Espagne, le compte-rendu de cette course en vers. Elle présente encore moins d’analogie que les courses provençales avec les courses madrilènes; mais je serai aussi lyrique que possible. En dépit d’un taureau levantados, qui, à diverses reprises, a voulu et a même réussi à escalader la barrera, ou, pour parler français, la barrière intérieure, il y a eu divers exercices des plus réussis. Voici tout d’abord la composition du « quadrille » landais:

Josef Marin, chef du quadrille. Costume rouge, ceinture blanche, béret rouge.

  1. Paul Daverat, premier sauteur. Costume bleu, béret bleu.
  2. Lapaloque, écarteur sans rival. Costume rouge, gilet jaune.
  3. Nassiet, sauteur sans perche. Veste noire, culotte blanche, béret rouge.
  4. Barrère, dit le Zéphir. Costume noir, béret bleu.
  5. Banos. Culotte verte, veste noire, béret rouge.
  6. Chéri. Bas bleus, culotte blanche, veste bleue.
  7. Casino. Veste noire, culotte bleue, béret rouge.
  8. Mouchez. Veste bleue, culotte blanche, béret rouge.
  9. Lacroix, teneur de corde.

Si Josef Marin est un remarquable chef de quadrille, Paul Daverat est un sauteur incomparable. Il est merveilleux d’agilité, d’adresse et de précision. Tour à tour il a fait le saut du taureau avec et sans élan, les pieds liés avec un mouchoir, ou tenant un mouchoir entre ses pieds joints — et cela sans manquer aucun exercice… C’est, avec le Pouly, le roi de la fête !

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On a eu un moment d’émotion : l’un des hommes du quadrille a été renversé à terre par le taureau ; il y a eu quelques petits cris d’effroi. L’homme s’est relevé : il en a été quitte pour un léger saignement de nez et une dent, le pied du taureau l’ayant atteint. Il a continué la course jusqu’à la fin.

A une course suivante — pour liquider la partie incidents (ne pas lire accidents) — un autre homme du même quadrille a reçu un coup de cornes dans la partie postérieure de son individu. Il n’a pas paru s’en apercevoir. Ce que c’est tout de même que la force de l’habitude !

Les âmes sensibles peuvent donc se rassurer et les membres de la Ligue antivivisectionnistes peuvent dormir tranquilles ! Taureau embolados et hommes désarmés ne se sont pas fait de mal ! L’adresse et le courage l’ont emporté sr la force. […]

Le spectacle a repris avec une course landaise, avec Avelina qui appartient à la race des parados — pour continuer quand même à parler espagnol — c’est-à-dire à la famille des indolents. Mais avec Mazantini, taureau noir aux cornes blanches, nous avons assisté à une course hors pair. Paul Daverat a fait notamment, par dessus le taureau, une série de sauts en travers, puis de sauts périlleux droits des plus réussis. Cet homme est étonnant ! Il n’a pas une hésitation, et c’est à coup sûr qu’il escalade l’obstacle vivant qui est devant lui.

Nous avons vu, à cette course, les sauts avec perches. Trois sauts ont été ainsi exécutés presque en même temps, et sur le même bond du taureau, par trois des hommes du quadrille. On a applaudi à outrance ! […]

La dernière course landaise, avec Furiosa et Naranja a été moins réussie. Non pas que la quadrilla y ait été inférieure à elle-même; mais la dernière de ces bêtes, notamment, était par trop parados, c’est-à-dire indolente. Elle a carrément refusé de marcher. Ce fait, qui se produit parfois, a eu le don d’exciter l’hilarité des spectateurs.

De même le « cabestan », comme on l’appelle dans le Midi, c’est-à-dire le taureau dressé qui va chercher les taureaux et les entraîne au toril, après la course, a eu un succès de gaieté très marqué. On appelle ce taureau le Dompteur ou Mazagran. »