Arènes : Arzacq (64)

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Dimanche dernier, les arènes d’Arzacq (aujourd’hui Arzacq-Arraziguet) ont été le théâtre de la présentation de la nouvelle cuadrilla de la DAL. Comme cette carte ancienne le prouve, la passion taurine de ce village béarnais ne date pas d’hier, mais bien d’avant-hier… C’est d’ailleurs une des rares images des courses en Béarn, mis à part Orthez, que l’on connaisse. A l’époque, les arènes semblent rudimentaires, et elles ont la particularité (unique à ma connaissance) d’avoir un arbre intégré à la piste !!! Généralement, ils se contentent d’être dans la contre-piste comme à Nogaro ou à Marciac… Par la suite, des arènes en dur ont été construites et cette plaza a été complètement rénovée en 2005-2006. C’est la Communauté de communes qui a réalisé ces travaux de rénovation, de couverture et d’équipement des anciennes arènes d’Arzacq pour en faire un centre multi activités sportives et culturelles appelé « Arènes du Soubestre ».
Cet équipement est unique dans le département des Pyrénées-Atlantiques. Pour plus de détails sur cette réalisation, voir le site :
http://www.archistructures.org/r_arzacq.htm

En prime, une deuxième très rare carte concernant l’histoire de la course landaise à Arzacq, avec un écart, semble-t-il, devant une vache nouvelle sans corde :

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et enfin une vue aérienne de ces arènes (Editions Lapie) avant qu’elles ne soient couvertes:

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18 octobre 1953 : l’hommage de Bascons à Cel-le-Gaucher

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J’ai la chance de posséder un exemplaire de ce petit carnet édité à l’occasion de l’inauguration du monument dédié à Marcel Canguilhem, dit Cel-le-Gaucher, le 18 octobre 1953, il y a tout juste 65 ans. Il rassemble une cinquantaine d’œuvres de l’artiste, des dessins essentiellement mais aussi quelques-unes de ses sculptures, qui donnent à voir tout l’éventail de sa production. On y découvre entre autres ses premiers dessins réalisés sur le front en 1917 avec sa main droite qu’il perdit en Orient le 15 septembre 1918. On y trouve bien sûr aussi certains de ses dessins liés à la course landaise et à son monde dont j’ai réalisé un diaporama :

https://fr.calameo.com/read/005336729e3e72dc26feb

Cassen (40) : tribunes et loges

C’est sur le superbe site réalisé par Hervé Coudroy et ses collaborateurs sur le pays d’Auribat que l’on trouve l’histoire des différents lieux (place, arènes) dédiés à la course landaise dans le petit village chalossais de Cassen (http://www.auribat.com/terre_histoire_commune.php). Voici ce qui en est dit:

« La place de course

De temps immémoriaux, la place de course du village était située dans un point où aboutissent six chemins vicinaux et ruraux, vraisemblablement entre les maisons Jouanlanne et Ceytère. En 1833, considérant que « la place de la course aux taureaux intercepte la voie publique et cause annuellement des dépenses de réparations et fourniture de bois extrêmement onéreuses », François Geoffroy décide d’établir cette place sur la lande dans un bas-fond situé devant le presbytère. En 1834, les jeunes gens de Cassen pressent le maire de précipiter les opérations, en vue de la fête patronale. « Je suis cuit, recuit, bouilli et rebouilli si je ne tiens pas la promesse que je leur ai faite. » avoue Geoffroy. Le 6 mai, ayant respecté les délais, le maire s’enorgueillit de « sa » nouvelle place de course. « J’ai placé le théâtre de ces plaisirs (« les bruyants plaisirs de la jeunesse ») sous l’œil scrutateur de notre curé. Non loin du presbytère, sont la place de course et la salle champêtre de danse. Point de folies, point de sottises diront les jeunes gens, Monsieur le Curé n’est pas loin, il peut nous voir. Cette pensée leur inspirera plus de crainte, plus de modération que la présence de deux brigades de gendarmerie.L’année suivante, il écrit de nouveau : « Je leur (mes étourdis de jeunes gens) fais faire des arènes. Nîmes, Vérone ne présentent rien d’aussi beau ».
Vers 1850, en dépit des dépenses importantes engagées quinze ans plus tôt, la place est reportée au lieu qu’elle occupait précédemment. En 1862, le terrain de la place de course construite sous Geoffroy père est concédé à la fabrique paroissiale. L’abbé Farbos évoque ce « carré de Lanot qui est devant la maison curiale et où jadis on donnait des amusements scandaleux pour faire niche aux curés ». En 1865, durant deux dimanches consécutifs, tous les jeunes de la commune se rendent en corps au domicile du Maire pour lui exprimer leur ardent désir et l’absolue nécessité d’une nouvelle place de course. Le bosquet communal, situé en face de la maison commune, offre un emplacement idéal. Malgré les réticences de plusieurs conseillers municipaux, le maire Geoffroy, allié de la jeunesse, emporte la décision finale et la troisième place de course du village est construite à l’emplacement approximatif du monument aux morts actuel. Les arènes se délabrent rapidement. Dès 1891, le conseil décide d’effectuer certaines réparations indispensables « pour que les jours de la fête locale, le public fût à l’abri de tout accident ».
L’année suivante, le conseil prend la décision de construire de nouvelles arènes pour répondre à une demande de « la population tout entière ». Cette quatrième place de course est édifiée en 1896 par le charpentier Lucien Molia, de Bélair. »

Il s’agissait en fait de simples tribunes sur loges, classiques dans les petits villages d’alors, mais dont beaucoup ont malheureusement disparu, comme d’ailleurs celles de Cassen… Il nous en reste cependant quelques images des années 1930 et 1950, que voici :

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Alex Lizal et la course landaise

Le peintre dacquois Alex Lizal (1878-1915), à qui le musée de Borda a consacré une grande exposition en 2015-2016 (« Alex Lizal, peintre singulier du pays landais »), a réalisé plusieurs œuvres,  reproduites en cartes postales, qui concernent notre course landaise.

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Il a en premier immortalisé l’un de ces voyages qui menaient à pied les vaches de leurs pâturages jusqu’aux arènes où elles devaient se produire. C’était avant que les camions que nous connaissons aujourd’hui n’existent. Le troupeau, regroupé autour de la Bretonne, la « pigue », est encadré par deux vachers et surveillé par un chien qui devait mordre les jarrets de celles qui voulaient s’égayer dans la nature…

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Il existe au moins 2 autres cartes postales reproduisant des dessins d’Alex Lizal consacrés à la course landaise. En voici une concernant plus spécialement la course elle-même. On y voit au premier plan le salut de l’écarteur, qui reçoit en cadeaux de nombreux cigares, et au fond, l’un de ses congénères qui monte à l’escalot et se voit récompensé par le jury. On y discerne aussi une certaine ségrégation sociale entre les tribunes où sont assises les élégantes et les gradins populaires grouillant de vie.

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Pour finir le triptyque d’Alex Lizal, après l’arrivée des vaches et la course elle-même, voici la 3e mi-temps, ou plus exactement « après la course landaise ». L’ambiance est très festive mais aussi très excitée. Quelques comptes se règlent à l’arrière-plan, alors que la plupart des acteurs partagent la chopine en refaisant le monde, ou en se repassant les beaux écarts, ou encore en critiquant le jury…

En fait, ces scènes ne sont qu’une partie d’un tableau plus grand dont le titre de « Mayade » nous renvoie aux pratiques festives, encore très vivantes à l’époque, du début du mois de mai, et que voici:

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Une course à Paris… en 1849

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Voici l’un des récits de courses les plus détaillés de la première partie du 19e siècle. Comme vous le verrez, l’auteur n’y parle pas de « course landaise », mais de « course basque ». Il est vrai que dans les premières décennies de ce siècle, et même si nous savons que, dans les années 1830-1840, des écarteurs landais commençaient à se faire un nom, comme les frères Darracq par exemple, les spectacles taurins étaient souvent assurés par des Navarrais, assimilés aux Basques. Ce fut notamment le cas à Mont-de-Marsan en 1845, lors de la venue du duc et de la duchesse de Nemours, et dont je vous ai déjà parlé (https://patrimoinecourselandaise.org/2018/04/07/une-course-a-mont-de-marsan-en-1845/), et l’on verra que le costume des acteurs ressemble terriblement à celui représenté sur la gravure montoise de 1845 qui illustre ce billet. La course dont il est question ici se passe quatre ans plus tard à l’hippodrome de Paris et constitue certainement le plus ancien spectacle tauromachique de la capitale. L’autorisation de l’organiser n’avait d’ailleurs pas été facile à obtenir, et il avait fallu mettre en avant l’argument (déjà…) de la tauromachie douce, opposée au spectacle sanglant qui avait cours de l’autre côté des Pyrénées. Le récit circonstancié de cette course, qui se déroula le 16 août 1849, est publié dans le feuilleton du journal La Presse du 20 août suivant. En voici quelques extraits :

« Le toril, composé de huit loges de planches décorées à la moresque, est placé sous l’orchestre : les taureaux y sont amenés dès le matin au petit jour, après l’opération difficile et périlleuse de l’emboulage, qu’on nous permette ce néologisme, mais nous ne connaissons pas de mot qui exprime l’action d’entourer de cuir en forme de boule les cornes d’un taureau.
L’arène est circonscrite hors du terrain des courses [de chevaux], dans le centre de la place où se font ordinairement les carrousels, les tournois et les grandes manœuvres équestres ; elle n’est pas composée de bois compacte, mais d’une claire-voie de madriers qui laissent pénétrer le regard tout en empêchant les bêtes de sortir. Des claies de même nature, posées de chaque côté du toril, conduisent l’animal dans le champ-clos ; ces barrières sont peintes en jaune et en blanc, comme le reste de l’Hippodrome. Çà et là des jours sont ménagés pour la retraite des hommes vivement pressés.
L’orchestre entonne un air espagnol, avec accompagnement de tambours de basque [= tambourins] et de castagnettes, le rideau de la coulisse s’écarte, et la quadrille s’avance vers le milieu de la place, la veste sur l’épaule, le béret sur la tête, bas blancs, culottes courtes et ceinture rouge, dans le léger et galant costume basque ; un seul des toreros a le gilet court et l’immense pantalon de velours des Catalans.
Arrivés dans l’enceinte où doit se passer la lutte, ils saluent, rangés tous sur la même ligne, puis jettent sur la barrière leur veste, qui pourrait les gêner, et se dispersent dans l’arène.
Tout autour, en dehors des barrières, se tiennent les servants de place de l’Hippodrome, armés de lances aiguillonnées pour repousser le taureau s’il essayait de franchir l’obstacle.
La porte d’une des loges est ouverte par le garçon de toril, qui s’abrite derrière le battant.
Le taureau sort secouant la tête, un peu contrarié par les boules auxquelles il n’est pas habitué, et fond sur le premier torero qu’il aperçoit. Le torero l’évite par un écart très bien fait et très rapide. […] Sept autres taureaux sont courus avec des chances diverses ; de beaux écarts sont exécutés ; des sauts à pieds joints par-dessus les cornes, des sauts de toute la longueur de la bête, pareils à ceux que l’on fait au cheval fondu, et très hardis, arrachent des applaudissements au public, qui jusque-là s’est montré un peu froid, s’attendant à quelque chose de plus poignant, de plus barbare, de plus périlleux, s’il faut le dire, car la commission dramatique a trop préjugé de sa sensibilité, et les exercices faits avec les cornes aiguës, comme aux répétitions, n’eussent pas été de trop pour l »mouvoir. On dirait vraiment quelquefois qu’il ne se rend pas compte du danger très réel encore, car le coup de tête d’un taureau, même désarmé, a une grande force, surtout lorsque l’animal est lancé, et, si l’on ne l’évite à temps, on court risque de contusions affreuses, de côtes enfoncées ou brisées, d’ecchymoses et de foulures.
Sans doute il y a loin de cette course basque aux brillantes descriptions de lord Byron, de Mérimée, d’Alexandre Dumas, et de celles où nous avons mis du moins de l’exactitude à défaut de talent, mais il faut songer que nos toreros français ne demanderaient pas mieux que de faire des choses aussi périlleuses que leurs confrères d’Espagne ; ce n’est ni le courage, ni l’adresse qui leur manquent, c’est la permission. »

Il faudra attendre encore 4 années supplémentaires avant que, dans les arènes de Saint-Esprit, qui était alors encore une commune landaise près de Bayonne, il faut le signaler, une première véritable corrida « à l’espagnole », avec mise à mort, puisse se donner en France.