Le feuilleton de la rénovation de la course landaise

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Cette période de confinement et de futur dé-confinement progressif, devrait être propice  à la réflexion… Voici quelques éléments historiques pour la nourrir.
Je crois que depuis que j’use mes culottes courtes puis mes pantalons sur les gradins des arènes landaises et gersoises, toujours discrètement, j’ai régulièrement entendu cette antienne, à la buvette comme au milieu des connaisseurs dans l’axe : « La course est foutue ! Si ça continue comme ça, dans quelques années elle n’existera plus ! Il faut qu’ils changent tout ! ». En fait, si l’on jette un regard vers le passé, on se rend compte que ces réflexions ont quasiment été une constante dans l’histoire de notre sport gascon. C’est d’ailleurs sous le titre de « La rénovation de la course landaise » que L’Art taurin publie le 27 septembre 1931 un article qui rappelle les grands épisodes précédents. Était alors en débat la création d’une solide « Fédération taurine landaise » dont le rôle principal devait être d’établir un règlement type « capable d’infuser un sang nouveau à notre Course landaise agonisante ». Au passage notons que notre Course agonisante n’en finit toujours pas de mourir 90 ans après…
Le journal rappelle ainsi que dès 1889, Prosper Séris appelait déjà de ses vœux un « modeste règlement » de notre divertissement ancestral. Quatre ans plus tard, en 1893, c’est le Dr Batbedat qui faisait des propositions dans Le Torero de Paris. Depuis, ajoute le chroniqueur, « bien des Congrès taurins ont tenté de pallier au manque d’amour-propre, au manque de cœur, aux fantaisies capricieuses de nos pantalons blancs ». Et de rappeler celui du 16 mars 1905 organisé par « l’Union taurine landaise de Bordeaux », ceux du 26 octobre 1913 et 1er février 1914 initiés par Rebba, celui du 5 décembre 1920 mis sur pied par les sociétés taurines gersoises, et enfin le Congrès tauromachique du 26 février 1928 provoqué par « l’Union tauromachique bordelaise ». Malgré toutes ces assemblées, tous les efforts étaient restés vains, et aucun règlement type n’avait pu voir le jour : « les réformateurs se sont heurtés au scepticisme, à l’égoïsme, à l’inertie de certaines commissions de fêtes, à une fausse conception de leur indépendance chez certaines autres ». Et le journaliste ajoutait : « je persiste à penser que Fédération et Règlement sont choses inséparables ».
Dans les propositions qu’il faisait, venait en premier lieu la création d’une école taurine, en deuxième la sélection d’un bétail de choix, en troisième « l’obligation pour tout homme qui défile au paseo de fournir durant la course un travail en rapport avec ses facultés et son talent ». D’autres articles fort intéressants venaient ensuite, et je pense qu’il sera utile de les publier en entier un jour prochain. Peut-être pour donner des idées à certains ou pour revenir à quelques valeurs un peu oubliées… Ou tout simplement pour nourrir le débat autour de la prochaine « régénération »… après la pandémie et le règlement du problème de l’URSSAF. Il y a du pain sur la planche, amis coursayres !

Joseph Dufau, l’écarteur ressuscité

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Dans son édition du 13 juillet 1873, La Petite Gironde, relayant une information du Journal des Landes,  publiait une brève ainsi rédigée :
« Le malheureux écarteur Joseph Dufau, de Labastide-d’Armagnac, que les amateurs de courses ont applaudi aux Arènes landaises de Caudéran, vient d’être tué aux courses de Nîmes ; c’est celui qui, l’année dernière, eût la jambe cassée à une des dernières courses. « Joseph Dufau, dit le Journal des Landes, exerçait la profession d’écarteur en véritable artiste. Garçon actif, laborieux, il s’occupait également du commerce des grains et traitait des affaires d’une certaine importance. Il laisse une jeune veuve et huit enfants ». »

Mais 5 jours plus tard, un heureux démenti venait mettre un terme à la triste nouvelle :
« Nous avions annoncé, d’après le Journal des Landes, que l’écarteur Dufau avait été tué à Nîmes. Or, le même journal publie aujourd’hui une dépêche datée de Nîmes, et qui est ainsi conçue : « Dufau, écarteur landais, se porte bien. Vu hier. Le maire, Blanchard ». »

Le brave Joseph, dit Cocard, était ressuscité !

Adieu, Mon cher Gérard !

P39 Gérard Laborde

Photo La Cazérienne, DR

C’est ainsi que nous communiquions avec beaucoup d’humour entre nous. Je l’appelais « Mon cher Gérard » et lui me répondait avec toute sa malice : « Mon cher François ». Nous nous étions bien sûr rencontrés, il y a maintenant longtemps, sur le terrain du patrimoine coursayre et nous nous croisions régulièrement dans les vide-greniers et autres brocantes de notre Gascogne. Nous avions sympathisé, puis échangé des infos, des documents, des histoires… Car Gérard était un conteur-né. Et la course landaise n’était pas sa seule passion : vous lui parliez rugby, vous lui parliez naissance de l’aviation, vous lui parliez patrimoine local de Dax ou de Pomarez, et il se lançait dans des histoires que vous n’osiez interrompre. C’était aussi un partageur, contrairement à d’autres collectionneurs ou passionnés. Il l’a prouvé avec ses ouvrages, dont il savait bien qu’ils ne seraient pas des best-sellers, mais qui lui permettaient de rencontrer des gens et d’échanger avec eux, que ce soit comme témoins ou comme acheteurs. Nous avions du coup, depuis plusieurs années et la naissance de ce blog, beaucoup de complicité, et l’un comme l’autre profitions des connaissances et des documents de chacun. Nous ne manquions pas, à l’issue de chaque concours de Dax, de rester les derniers sur les gradins, avec ma fille Camille, pour avoir les premiers commentaires à chaud et au calme avant de plonger dans l’antre bruyante de La Talenquère.
Landais, Pomarézien, Dacquois, pédagogue, cartophile, rugbymen, coursayre, sa vie a été tout ça à la fois et sa silhouette bonhomme et massive va cruellement nous manquer.
Camille et moi présentons toutes nos condoléances à son épouse, ses enfants et ses petits-enfants, et les assurons de toute notre sympathie dans ces moments douloureux.

Germain Cantegrit, ganadero

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En mars 1934, le journal La Course landaise, sous la plume de René de Guichebaron, présentait à ses lecteurs la biographie d’un nouveau ganadero, Germain Cantegrit. La voici en intégralité.
« Germain Cantegrit est né à Estibeaux d’une famille de braves et honnêtes cultivateurs. Il grandit dans cette commune, qui fut jadis célèbre par les noms du ganadero Dubecq et du torero Mazantini. Mais, rentrons dans les débuts tauromachiques de Cantegrit.
Le 14 juillet 1912, Habas faisait course. Celle-ci battait son plein, quand, tout d’un coup, on voit s’avancer au milieu de la piste, un jeune homme de 18 ans, vêtu modestement, le béret en pointe. Crânement, il se présente devant la coursière qui fonce sur lui et, six fois, avec succès, il sort victorieux. Tous applaudissent, et Germain Cantegrit, c’est son nom, est désormais sacré torero.
Après la guerre, il convole en justes noces avec Mlle Mathilde Basterot, de Mouscardès, qui est, elle aussi, la belle-sœur de notre ami Dulay, conseiller municipal. Par la suite, il fonde définitivement son foyer à Castetcrabe, en bordure des ondes fugitives de l’Adour.
Ecarteur probe et consciencieux, teneur de corde et entraîneur désintéressé, il a passé successivement dans toute la hiérarchie du jeu landais. Ses débuts comme ganadero vont se produire le 1er avril à Habas, avec le même succès, nous en sommes certain, qu’il y a vingt-deux ans, sur la même place, ses débuts d’écarteur. Notre ami Cantegrit est un tauromache dans toute l’acception du terme. La tauromachie peut être fière de lui ! »
Et ce n’était pas un poisson !…

Il ne put malheureusement pas exercer longtemps sa nouvelle activité, décédant en décembre 1937 à l’âge seulement de 45 ans.

 

Les gladiateurs landais à Nîmes en 1868

Nimes_1863Une course de taureaux dans les arènes de Nîmes vers 1863

On croit souvent que l’âge d’or des courses landaises commence dans les années 1880, et notamment en raison du grand succès que nos écarteurs obtinrent à Paris entre 1887 et 1891, et de leurs tournées en Provence puis en Italie, en Algérie et en Tunisie. Mais dès le Second Empire, notre sport s’exporte très bien, et notamment en 1857 où nos Landais foulent le sable des arènes de la capitale, de Nîmes et même de Lyon. Ils reviennent dans la préfecture du Gard une décennie plus tard, en 1867, puis l’année suivante, et nous avons retrouvé le souvenir de leur prestation de cette dernière année.
La première course se déroule le 19 avril et voit défiler :
« Joseph Mamousse, médaille plusieurs fois, de Labastide-d’Armagnac ;
Pierre Duffau, qui a eu l’honneur de recevoir les félicitations du Taicoum du Japon ;
Deyris, le terrible sauteur qui fit les courses de l’an dernier ;
Prosper Saint-Calbre, de Pomarès [sic], à l’une des courses duquel Sa Majesté la Reine de toutes les Espagnes a daigné assister ;
Joseph Maragnon, surnommé le « Sans-pareil du Gers » ;
Omer Planté, de Dax, le « Bijou des écarteurs » ».
Les vaches qu’ils vont affronter sont des coursières espagnoles de race Carriquiry, pour lesquelles on fournit au public les renseignements suivants :
« Venant des manades de S. E. don Nazario Carriquiry, grand d’Espagne, seul fournisseur pour les courses royales, honoré des plus hautes récompenses à toutes les expositions pour la beauté hors lignes de ses ganaderias vendus pour les courses des arènes, comme le constatent des certificats signés de l’alcalde de la ville de Tudela et du gouverneur de la province de Navarre. Lesdits certificats ont été traduits de l’espagnol par M. Crouzat, interprète assermenté près l’administration municipale et les tribunaux de Nîmes. »
On donnait même le nom de ces redoutables adversaires : « Trompetta, Morica, Peluquera, Lola, Limona, Mina, Paloma, Calva, Pelegrina, Arbolaria, Machuella, Gabilana ».

15 jours plus tard, nos compatriotes étaient toujours dans la cité gardoise pour un « triple spectacle : dernière et brillante course de vaches espagnoles », auquel les dames étaient conviées à assister à moitié-prix. Les douze coursières étaient les mêmes que celles que nous venons de citer, et voici le texte qui accompagnait la présentation de ce spectacle, dû peut être à la plume du directeur des arènes d’alors, Jules Rostain :
« Messieurs,
Nos Landais vont partir : en leur nom, je vous remercie et de vos chaleureux applaudissements et de votre bienveillant accueil. Ils en sont fiers et en garderont un digne souvenir. Vos bravos dans cette antique Arène des Gladiateurs leur vont droit au cœur. Des gradins dont les vingt siècles qui ont passé sur eux ont à peine entamé le granit, des mêmes places où s’asseyaient les Consuls romains et les prêtresses de Vesta, sont partis les premiers vivats ; encore une fois, je vous remercie en leur nom.
De retour dans les Landes, ils raconteront à leurs compatriotes, et cela evc quelque orgueil, et vos acclamations et vos précieux témoignages de sympathie, et, si les circonstances les ramènent un jour parmi nous, leur première visite sera pour ce monument qui a vu les premiers triomphes et qui aura leurs derniers souvenirs !!!. »