Une course à Paris… en 1849

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Voici l’un des récits de courses les plus détaillés de la première partie du 19e siècle. Comme vous le verrez, l’auteur n’y parle pas de « course landaise », mais de « course basque ». Il est vrai que dans les premières décennies de ce siècle, et même si nous savons que, dans les années 1830-1840, des écarteurs landais commençaient à se faire un nom, comme les frères Darracq par exemple, les spectacles taurins étaient souvent assurés par des Navarrais, assimilés aux Basques. Ce fut notamment le cas à Mont-de-Marsan en 1845, lors de la venue du duc et de la duchesse de Nemours, et dont je vous ai déjà parlé (https://patrimoinecourselandaise.org/2018/04/07/une-course-a-mont-de-marsan-en-1845/), et l’on verra que le costume des acteurs ressemble terriblement à celui représenté sur la gravure montoise de 1845 qui illustre ce billet. La course dont il est question ici se passe quatre ans plus tard à l’hippodrome de Paris et constitue certainement le plus ancien spectacle tauromachique de la capitale. L’autorisation de l’organiser n’avait d’ailleurs pas été facile à obtenir, et il avait fallu mettre en avant l’argument (déjà…) de la tauromachie douce, opposée au spectacle sanglant qui avait cours de l’autre côté des Pyrénées. Le récit circonstancié de cette course, qui se déroula le 16 août 1849, est publié dans le feuilleton du journal La Presse du 20 août suivant. En voici quelques extraits :

« Le toril, composé de huit loges de planches décorées à la moresque, est placé sous l’orchestre : les taureaux y sont amenés dès le matin au petit jour, après l’opération difficile et périlleuse de l’emboulage, qu’on nous permette ce néologisme, mais nous ne connaissons pas de mot qui exprime l’action d’entourer de cuir en forme de boule les cornes d’un taureau.
L’arène est circonscrite hors du terrain des courses [de chevaux], dans le centre de la place où se font ordinairement les carrousels, les tournois et les grandes manœuvres équestres ; elle n’est pas composée de bois compacte, mais d’une claire-voie de madriers qui laissent pénétrer le regard tout en empêchant les bêtes de sortir. Des claies de même nature, posées de chaque côté du toril, conduisent l’animal dans le champ-clos ; ces barrières sont peintes en jaune et en blanc, comme le reste de l’Hippodrome. Çà et là des jours sont ménagés pour la retraite des hommes vivement pressés.
L’orchestre entonne un air espagnol, avec accompagnement de tambours de basque [= tambourins] et de castagnettes, le rideau de la coulisse s’écarte, et la quadrille s’avance vers le milieu de la place, la veste sur l’épaule, le béret sur la tête, bas blancs, culottes courtes et ceinture rouge, dans le léger et galant costume basque ; un seul des toreros a le gilet court et l’immense pantalon de velours des Catalans.
Arrivés dans l’enceinte où doit se passer la lutte, ils saluent, rangés tous sur la même ligne, puis jettent sur la barrière leur veste, qui pourrait les gêner, et se dispersent dans l’arène.
Tout autour, en dehors des barrières, se tiennent les servants de place de l’Hippodrome, armés de lances aiguillonnées pour repousser le taureau s’il essayait de franchir l’obstacle.
La porte d’une des loges est ouverte par le garçon de toril, qui s’abrite derrière le battant.
Le taureau sort secouant la tête, un peu contrarié par les boules auxquelles il n’est pas habitué, et fond sur le premier torero qu’il aperçoit. Le torero l’évite par un écart très bien fait et très rapide. […] Sept autres taureaux sont courus avec des chances diverses ; de beaux écarts sont exécutés ; des sauts à pieds joints par-dessus les cornes, des sauts de toute la longueur de la bête, pareils à ceux que l’on fait au cheval fondu, et très hardis, arrachent des applaudissements au public, qui jusque-là s’est montré un peu froid, s’attendant à quelque chose de plus poignant, de plus barbare, de plus périlleux, s’il faut le dire, car la commission dramatique a trop préjugé de sa sensibilité, et les exercices faits avec les cornes aiguës, comme aux répétitions, n’eussent pas été de trop pour l »mouvoir. On dirait vraiment quelquefois qu’il ne se rend pas compte du danger très réel encore, car le coup de tête d’un taureau, même désarmé, a une grande force, surtout lorsque l’animal est lancé, et, si l’on ne l’évite à temps, on court risque de contusions affreuses, de côtes enfoncées ou brisées, d’ecchymoses et de foulures.
Sans doute il y a loin de cette course basque aux brillantes descriptions de lord Byron, de Mérimée, d’Alexandre Dumas, et de celles où nous avons mis du moins de l’exactitude à défaut de talent, mais il faut songer que nos toreros français ne demanderaient pas mieux que de faire des choses aussi périlleuses que leurs confrères d’Espagne ; ce n’est ni le courage, ni l’adresse qui leur manquent, c’est la permission. »

Il faudra attendre encore 4 années supplémentaires avant que, dans les arènes de Saint-Esprit, qui était alors encore une commune landaise près de Bayonne, il faut le signaler, une première véritable corrida « à l’espagnole », avec mise à mort, puisse se donner en France.

Palmarès du championnat de France des sauteurs depuis 1958

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Le fameux saut dos à la vache de Gilbert, le 1er champion de France de l’Histoire

Année Champion de France Vice-champion
1958 Gilbert Laloubère Jeannot
1959 Non disputé
1960 Non disputé
1961 Non disputé
1962 Non disputé
1963 Non disputé
1964 Michel Agruna Henri Duplat
1965 Henri Duplat Michel Agruna
1966 Henri Duplat Michel Agruna
1967 Henri Duplat Michel Agruna
1968 Henri Duplat Michel Agruna
1969 Henri Duplat Jean-Pierre Bertin
1970 Non disputé
1971 Henri Duplat Michel Agruna
1972 Non disputé
1973 Michel Agruna Lesfauries
1974 Arthur Ribeiro Michel Dubos
1975 Michel Dubos Michel Agruna
1976 Michel Lafitte Arthur Ribeiro
1977 Michel Agruna Michel Dubos
1978 Michel Dubos Michel Agruna
1979 Arthur Ribeiro Michel Dubos
1980 Arthur Ribeiro Michel Dubos
1981 Michel Dubos Arthur Ribeiro
1982 Michel Dubos Arthur Ribeiro
1983 Arthur Ribeiro Balo
1984 Michel Dubos Jean-Philippe Labadie
1985 Michel Dubos Arthur Ribeiro
1986 Michel Dubos Arthur Ribeiro
1987 Michel Dubos Philippe Ducamp
1988 Arthur Ribeiro Michel Dubos
1989 Philippe Ducamp Laurent Martinez
1990 Philippe Ducamp Michel Deloi
1991 Michel Deloi Philippe Ducamp
1992 Claude Lagarde Philippe Ducamp
1993 Philippe Ducamp Jean-Philippe Labadie
1994 Philippe Ducamp Michel Deloi
1995 Michel Deloi Thomas Bijard
1996 Michel Deloi Thomas Bijard
1997 Sylvain Macia Anthony Roth
1998 Denis Coll Laurent Martinez
1999 Nicolas Vergonzeanne Laurent Martinez
2000 Nicolas Vergonzeanne Sylvain Macia
2001 Nicolas Vergonzeanne Guillaume Vergonzeanne
2002 Nicolas Vergonzeanne Guillaume Vergonzeanne
2003 Nicolas Vergonzeanne Guillaume Vergonzeanne
2004 Nicolas Vergonzeanne Guillaume Vergonzeanne
2005 Emmanuel Latase Guillaume Vergonzeanne
2006 Nicolas Vergonzeanne Emmanuel Latase
2007 Nicolas Vergonzeanne Emmanuel Latase
2008 Nicolas Gachie Guillaume Vergonzeanne
2009 Louis Ansolabehère Guillaume Vergonzeanne
2010 Dominique Larié Louis Ansolabehère
2011 Guillaume Vergonzeanne Fabien Napias
2012 Louis Ansolabehère Fabien Napias
2013 David Laplace Louis Ansolabehère
2014 Fabien Napias Dominique Larié
2015 Guillaume Vergonzeanne Fabien Napias
2016 Fabien Napias Etienne Grenet
2017 Fabien Napias Louis Ansolabehère
2018 Kevin Ribeiro Fabien Napias

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Kévin Ribeiro au-dessus de Manolite. © nicolas le lièvre

 

 

 

Palmarès du Championnat de France des écarteurs depuis 1956

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Le podium du 1er championnat de France en 1956:
de g. à dr. : Saint-Martin (3e), Forsans (2e) et Maxime (champion de France)

Année Champion de France Vice-champion
1956 MAXIME Robert FORSANS Marcel
1957 MAXIME Robert ATANO Jérôme
1958 MICHEL I FORSANS Marcel
1959 MICHEL I MAXIME Robert
1960 BARERE Jo
MAXIME Robert
1961 LEY Jean Claude FORSANS Marcel
1962 DARRACQ II DUFAU
1963 RAMUNCHO FORSANS Marcel
1964 LEY Jean Claude FORSANS Marcel
1965 RAMUNCHITO DARRACQ Christian
1966 RAMUNCHITO RAMUNCHO
1967 RAMUNCHITO RAMUNCHO
1968 RAMUNCHITO RAMUNCHO
1969 RAMUNCHITO MARC-HENRI et DARRACQ
1970 RAMUNCHITO RAMUNCHO
1971 RAMUNCHITO DUCAMP Michel
1972 RAMUNCHITO RAMUNCHO
1973 RAMUNCHO RAMUNCHITO
1974 RAMUNCHITO RAMUNCHO
1975 RAMUNCHITO RAMUNCHO
1976 BERGEZ Michel RAMUNCHO
1977 RAMUNCHITO RAMUNCHO
1978 DUCASSOU Gilbert MARC-HENRI
1979 BORDES Didier DUCASSOU Gilbert
1980 LABORDE Jean Claude BORDES Didier
1981 LABORDE Jean Claude DESCAZAUX Philippe
1982 MARC-HENRI RAMUNCHO
1983 NOGUEZ Alain RAMUNCHITO
1984 LAPLACE Didier CASSIEDE
1985 BORDES Didier TRUCHAT Janick
1986 RACHOU LATAPY Didier
1987 RACHOU RAMUNCHO
1988 RACHOU GOEYTES Didier
1989 GOEYTES Didier RACHOU
1990 GOEYTES Didier BERGAMO Thierry
1991 DUSSAU Christophe BERGAMO Thierry
1992 BERGAMO Thierry JANICK
1993 BERGAMO Thierry JANICK
1994 DUSSAU Christophe JANICK
1995 BERGAMO Thierry DESCAZAUX Philippe
1996 LALANNE Jean-Marc DESCAZAUX Philippe
1997 DUSSAU Christophe LALANNE Jean-Marc
1998 DUSSAU Christophe BERGAMO Thierry
1999 GOEYTES Didier DUSSAU Christophe
2000 DUSSAU Christophe VIC Alexandre
2001 DUSSAU Christophe DUCASSE Jean Pierre
2002 DUSSAU Christophe DE ROVERE Benjamin
2003 DUSSAU Christophe LARRIEULE Olivier
2004 DE ROVERE Benjamin VERGONZEANNE Frédéric
2005 DE ROVERE Benjamin LAPOUDGE Loïc
2006 DE ROVERE Benjamin LAPOUDGE Loïc
2007 LAPOUDGE Loïc MALET Jean Christophe
2008 LAPOUDGE Loïc LAZARTIGUES Denis
2009 VINEY-THOMAS Hugo DE ROVERE Benjamín
2010 NOGUES Mathieu LAPOUDGE Loïc
2011 NOGUES Mathieu LAPOUDGE Loïc
2012 MUIRAS Vincent NOGUES Mathieu
2013 NOGUES Mathieu MUIRAS Vincent
2014 NOGUES Mathieu LAPOUDGE Loïc
2015 DUTHEN Alexandre MARTY Thomas
2016 LAPOUDGE Loïc MARTY Thomas
2017 LAPOUDGE Loïc NOGUES Mathieu
2018 LABEYRIE Gauthier NOGUES Mathieu

championnat-de-france     Photo Jean-Claude Dupouy/Pickwick – 2018

Le podium de 2018 :
à g., Mathieu Noguès (2e) ; au centre, Gauthier Labeyrie (champion) ; à dr., Loïc Lapoudge (3e)

Un drin de lenga nòsta… : « Course lanusquete », de Simin Palay

SIMIN PALAY 2

Voici une poésie de Simin Palay, à gauche telle qu’elle fut publiée en 1913 et à droite remise en graphie normalisée grâce à Jean-Jacques Fénié, qui, de plus, a rajouté un glossaire explicatif. La traduction à la suite…

Course lanusquete

Corsa lanusqueta
(en grafia occitana normalizada deu gascon, per J.J. Fénié)

Un hourat qui s’oubrech. Ue bèstie qui hule. Un horat qui s’obreish. Ua bèstia qui  hula.
Un troupèt de gouyats qui’spie e puch recule Un tropèth de gojats qu’espia e puish recula
E s’estuye darré las taules. Un soulét E s’estuja darrèr las taulas. Un solet
Qui demoure au bèt miey, atendén lou houlét. Qui demora au bèth miei, atendent lo holet.
Un bèt-semblans ; un saut ; u’scart. Lou houlét passe. Un bèth-semblans ; un saut ; un (e)scart. Lo holet passa.
La hourre qu’aplaudech gouyat e baque a masse, La horra qu’aplaudeish gojat e vaca amassa,
E laguens lou berret, passeyat au roundéu, E laguens lo berret, passejat au rondèu,
Pèces e galabis semblen cade dou céu. Pèças e galabins semblan càder deu cèu.
Haut ! Un gn’aute au darré que s’abance s’ou sable. Haut ! Un aute au darrèr que s’avance suu sable
La baque, regahan soun galop esbariable La vaca, regahant son galop esvariable
Que houn sus et e l’espatèrne au miey dou sóu. Que hon sus eth e l’espatèrna au miei deu sòu.
E lou mounde que chiule e bourrugle a ha póu. E lo monde que shiula e borrugla a har paur.
Aquero qu’ey la course. Aquero qu’ey la bite : Aquerò, qu’ei la corsa. Aquerò, qu’ei la vita :
L’un que receb la tougne e l’aute que l’esbite. L’un que recev la tonha e l’aute que l’esvita.
Gaha lou boun moumén e lissa chens acroc, Gahar lo bon moment e lissar shens acròc,
Aquiu qu’ey la sapience e la force e… lou yoc. Aquiu qu’ei la sapiença e la fòrça e… lo jòc.
Se-b y tournat soubén, qu’ey fourtune et qu’ey glórie Se’v i tornatz sovent, qu’ei fortuna e qu’ei glòria
Permon l’aryent toustem qu’a seguit la bictórie. Per’mor l’argent tostemps qu’a seguit la victòria.
Sauts, escarts e semblans, tan miélhe au qui-us escad : Sauts, escarts e semblans, tan miélher au qui’us escad :
Lou mounde qu’ey toustém machant entau qui cad. Lo monde qu’ei tostemps maishant entau qui cad.

Simin Palay (1874-1965). Sarto, escrivan (poèta, romancièr, tetraire, jornalista) e lexicografe, autour deu « Diccionari deu bearnés e deu gascon modèrne ». Fondator, puish capdau (1923-1965) de l’Escòla Gaston Fèbus. Majorau deu Felibrige en 1920.

Explics.
Bèth-semblans : la finta, l’engana entà trompar, entà enganar la vaca.
Borruglar : cridar com ua vaca, un taure, un bueu.
Escàder (s’i escàder) ; reüssir, arribar a punt.
Holet : diminitiu de hòu (lengadocian fòl). Qu’es aquí lo bestiar o meilèu la vaca corsièra qui es comparada a un « vent holet ». Enqüèra que lo mot sii fèbla ; qu’es un vertadèir estorbilh qui va tot emportar suu son passatge, com un ciclòne.
Horat < vèrbe horar, forar (har un trauc) en lengadocian : trauc, obertura.
Horra : la multitud, las gents, lo monde qui espian la corsa suus gradins, darrèr las talanquèras, en haut de la pitrangla on es confortablament installada la jurada.
Hular : cargar (per ua vaca o un taur que’t vòu fóter un còp de còrna, ua cornada).
Per’mor : varianta grafica de per amor, sovent prononciat e escriut pr’amor dens las Lanas ; sinonime de percé que, a causa de
Tonha
 : lo còp, lo truc, la tumada ; tot aquò que hè bèras bonhas o bronhas ! Desrivat : tonhut (pensar a la cançon « A l’ombreta d’un pomèr / Joana se pausava / Un tonhut ven a passar / Qui la regardava »…).

Voici la traduction de cette poésie de Simin Palay. Elle est due à l’ami Jean-Jacques Fénié, que j’en profite pour remercier grandement ici pour l’enrichissement de cette rubrique gasconne.

Corsa lanusqueta

Course landaise

Un horat qui s’obreish. Ua bèstia qui hula. Un trou qui s’ouvre. Une bête qui fonce.
Un tropèth de gojats qu’espia e puish recula Un groupe de garçons qui regarde puis recule
E s’estuja darrèr las taulas. Un solet Et se cache derrière la talanquère. Un seul
Qui demora au bèth miei, atendent lo holet. Qui reste en plein milieu, attendant la tornade.
Un bèth-semblans ; un saut ; un (e)scart. Lo holet passa. Une feinte ; un saut ; un écart ; le bolide passe
La horra qu’aplaudeish gojat e vaca amassa, La foule applaudit de concert et la vache et le jeune homme
E laguens lo berret, passejat au rondèu, Et dans le béret qu’on fait circuler à la ronde,
Pèças e galabis semblan càder deu cèu. Pièces et sous paraissent tomber du ciel.
Haut ! Un aute au darrèr que s’avance suu sable. Allons ! Un autre, à la suite, s’avance sur le sable
La vaca, regahant sun galop esvariable La vache reprenant son galop invariable
Que hon sus eth e l’espatèrna au miei deu sòu Fond sur lui et le fait chuter au milieu, sur le sol
E lou mounde que chiule e bourrugle a ha póu. Et le monde siffle et hurle à faire peur.
Aquerò, qu’ei la corsa. Aquerò, qu’ei la vita: C’est ça, la course. C’est ça, la vie :
L’un que recev la tonha e l’aute que l’esvita. L’un reçoit le coup et l’autre l’évite.
Gahar lo bon moment e lissar shens acròc, Saisir le bon moment et passer sans accroc,
Aquiu qu’ei la sapiença e la fòrça e… lo jòc. Voilà le savoir-faire, et la force, et… le jeu.
Se’v i tornatz sovent, qu’ei fortuna e qu’ei glòria. Si vous y parvenez souvent, c’est la fortune et la gloire
Per’mor l’argent tostemps qu’a seguit la victòria. Car l’argent toujours a suivi la victoire.
Sauts, escarts e semblans, tan miélher au qui’us escad : Sauts, écarts et feintes, tant mieux pour celui qui les réussit :
Lo monde qu’ei tostemps maishant entau qui cad. Le monde est toujours impitoyable pour celui qui tombe.

 

Un drame à Tarsac en 1893…

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A la mi-mai 1893, une terrible nouvelle locale du Gers est reprise par de nombreux journaux régionaux et même nationaux. Grâce aux Archives départementales, nous avons retrouvé le premier de ces communiqués :

« Tarsac. On nous écrit :
La fête locale de notre commune a été marquée par un triste accident.
Il y avait course aux taureaux. Dans une « corrida » des plus mouvementées, et au moment où il s’y attendait le moins, un écarteur de Barcelonne-du-Gers, le nommé Labauge, a eu le poumon gauche perforé par la corne d’une vache qui s’était jetée sur lui avec une telle impétuosité qu’il n’avait pas eu le temps de se garer.
Les soins les plus empressés lui ont été prodigués en toute hâte. Son état est très grave.
Labauge est à peine âgé de vingt-huit ans et est marié.
Ce pénible accident a produit une une profonde impression dans la localité.
P.-S. : Au dernier moment, nous apprenons que Labauge a succombé aux suites de sa terrible blessure. » (La Voix du Peuple, 11 mai 1893)

Une variante, parfois datée d’Aire-sur-l’Adour, en a été publiée dans d’autres journaux, comme ici dans Le Temps, dégotée par le fouineur Christian Capdegelle  :
« On nous écrit d’Aire, dans les Landes. – Les fêtes de Tarsac ont attiré beaucoup de monde. La course a été très suivie et fort mouvementée. Le bétail, fort impétueux, a donné beaucoup de mal aux écarteurs, dont plusieurs ont été rudement secoués. L’écarteur Le Baugé [sic], de Barcelonne-du-Gers, a été pris sur un écart et mis hors de combat. Relevé sanglant, il a reçu les soins que réclamait son état mais le poumon avait été perforé par la corne d’un des taureaux et l’écarteur n’a pas tardé à succomber à son horrible blessure. Il était marié et n’avait que vingt-huit ans. »

On ne connaît malheureusement rien de plus sur cet écarteur qui n’a laissé son nom (Labauge, ou Laboge, ou La Baugé) dans l’Histoire que dans ces funestes circonstances et qui devait être un amateur… Il faut se rappeler qu’à cette époque, comme on le voit sur le dessin plus haut, toutes les bêtes sortaient cornes nues et pointues !