Un écart… de langage de Coran

x_coran.jpg

On sait bien que nos écarteurs ont parfois le sang chaud et le verbe haut… et ça ne date pas d’aujourd’hui ! La preuve en est ce qui arriva au grande Joseph Coran, le « roi de l’arène » de l’entre-deux-guerres, dont Patrice Larrosa vient de nous narrer l’histoire dans le dernier numéro de La Cazérienne (juin 2018). Nous étions le 1er mars 1937, et la plaza de Bordeaux accueillait la cuadrilla dont il était le chef. Il s’était avancé, à cette occasion, à déclarer au président de l’Union Tauromachique Bordelaise : « Aujourd’hui, Koran aura un triomphe ou sortira mort des arènes ! ». Et effectivement le triomphe qu’il obtint fut à la hauteur de l’audace et de la virtuosité dont il fit preuve ce jour-là, soulevant les acclamations frénétiques des spectateurs enthousiastes. Mais en allant toucher la légitime rétribution de son travail, il eut le malheur de croiser le ganadero Lafitte qui lui devait de son côté quelques cachets. Encore excité de sa prestation, Coran lui déclara de façon comminatoire : « Si vous ne me payez pas ce que vous me devez, l’un de nous ne sortira pas vivant d’ici ! ». Ce sont ces menaces de mort qui lui valurent d’être poursuivi devant le tribunal correctionnel de Bordeaux. Son avocat plaida que les acclamations et les sourires de ses admiratrices lui avaient peut-être tourné la tête et, nous dit la presse, « qu’il parla de la mort qu’il venait de frôler avec légèreté, insouciance des braves ». Le juge paraît avoir apprécié la pertinence de ses arguments, puisqu’il relaxa notre prévenu qui, après les cornupètes, écarta ainsi les foudres de la justice…

Arènes : Campagne (40)

ar_campagne_1_det.jpg

Les anciennes arènes de Campagne (vers 1950)

Il semble que, dès le milieu du 19e siècle, des courses sont organisées au centre du village grâce à des structures éphémères. Des amphithéâtres plus permanents sont construits en 1905, ou du moins la partie loges et tribunes. En 1947, avec l’aide d’entreprises locales et de beaucoup de bénévoles, celle-ci sera étoffée de gradins permanents, puis couverte en 1949. Mais, à partir de 1993, en raison de la difficulté de leur entretien et des nouvelles normes de sécurité, la municipalité ne peut les sauvegarder et elles sont détruites en 1997.

Au début des années 2010, sous la houlette de son maire Christian Nolibois, le projet de construction d’une structure en dur repart, et grâce de nouveau au travail des bénévoles et de quelques mécènes, de nouvelles arènes voient le jour. Elles sont inaugurées le 31 mars 2013 par Alain Vidalies, alors ministre délégué chargé des relations avec le parlement, et prennent le nom de « Christian Nolibois », l’ancien maire décédé brutalement en 2011.

Arènes : Doazit (40)


Doazit hier (années 1950)
(photo extraite du site de Ph. Dubedout)

Résultat de recherche d'images pour "arenes doazit"
Doazit aujourd’hui
(Photo © Pickwicq -J.-Cl. Dupouy)

Des courses landaises se déroulent sur la place centrale de Doazit sans aucun aménagement spécial depuis 1815 au moins. A partir de 1860, des arènes en bois sont installées à chaque occasion au « champ de Pechy ». Le grand Paul Daverat  y exécute son premier saut en public, et elles voient également les débuts de Jean Capdeviolle, un enfant de Doazit, qui s’illustra sous le nom de Casino 1er.
En 1888-1889, pour éviter les frais de remplacement des bois en mauvais état, il est décidé de construire en dur des loges, au nombre de huit, surmontées d’une tribune. Les gradins en bois continuent à être montés puis démontés chaque année.
La construction de nouvelles arènes, évoquée en 1926, ne se réalise pas. Toutefois, la commune fait l’acquisition d’éclairages et les premières courses nocturnes se déroulent en 1932.
Il faut ensuite attendre la fin de la Deuxième Guerre mondiale pour que de nouvelles arènes fixes, entièrement en bois, voient le jour. Mais dès 1956, elles s’avèrent trop petites et sont rasées en 1974. Sur leur emplacement s’élève dorénavant le « hall des sports ». L’année suivante débute la construction des arènes actuelles, inaugurées le 11 septembre 1976. La piste rectangulaire mesure 36 mètres de long et les gradins peuvent accueillir 1400 spectateurs.
Sur ces arènes, leur histoire, leurs moments de gloire, je ne peux que renvoyer à l’excellent site de Philippe Dubedout, extrêmement bien documenté :
http://dzt-isto.chez-alice.fr/26_arene.htm

Et un grand merci à Pickwicq pour m’avoir autorisé à publier une de ses photos.
Adishatz

1648 : interdiction des courses du taureau dans le diocèse d’Aire-sur-l’Adour

course_hist

En janvier 1648, sur les instances du procureur général au Parlement de Bordeaux, Louis XIV publiait des « lettres patentes » portant interdiction de la course du taureau dans tout le diocèse d’Aire-sur-l’Adour. En fait, il essayait ainsi de faire respecter la prohibition que l’évêque d’Aire avait, l’année précédente, édictée par mandement et sous peine d’excommunication ! D’après ces lettres, il semble évident que l’interdiction épiscopale n’ait eu aucun effet sur les populations gasconnes et n’ait en rien abouti à son but : faire disparaître de son diocèse « la coustume et agitation des taureaux ». L’un des intérêts, et non des moindres, de ce texte est qu’il nous cite un certain nombre de villes et villages qui pratiquaient « ordinairement » ce type de course à l’époque : il s’agit de Saint-Sever, Mont-de-Marsan, Montaut, Hagetmau, Grenade, Cazères et Castandet (le texte ajoute sans plus de précision « et autres »). Le Parlement lui-même avait essayé d’abolir cette « pernicieuse coustume », mais (je garde l’orthographe de l’époque) « il a toutesfois esté impossible de la suprimer, mais au contraire il semble que quelques-uns du peuble, confirmés dans leur irréligion et endurcis dans leur obstination (…) ayent faict revivre ladicte course en plusieurs desdictes villes et bourgs où elle avoit esté délaissée, et en d’autres ils ont faict courir plus grand nombre de taureaux qu’il n’en couroit avant lesdictes deffences ». Certains taureaux auraient même été lachés pendant les messes ou les prêches de l’évêque, et seraient rentrés dans les églises jusqu’à l’autel ! On y apprend également que l’on nommait chaque année des « officiers » qui formaient la « compagnie de la course du taureau » et dont le rôle était en particulier de faire des collectes d’argent auprès de la population pour l’organisation de ces réjouissances. Enfin, ces lettres signalent que ce type de course a été définitivement « déraciné » de la ville de Bazas depuis 1626. Ce ne fut pas le cas dans nos contrées, où cette interdiction eut aussi peu d’effet que les précédentes…

Les écarteurs landais à Nîmes en 1856

dessin_ptt

Dès 1856, nos écarteurs remplissaient et faisaient vibrer les gradins des plazas languedociennes. En voici la preuve dans L’Éventail, « journal de la coulisse théâtrale », n° 631 du 5 octobre de cette année-là.

« Les écarteurs landais ont fait ces jours-ci leurs adieux à la population nîmoise, qui avait envahi de bonne heure l’amphithéâtre, malgré les appréhensions que faisait naître le ciel surchargé de nuages. Jamais ces hardis toréadors n’avaient déployé autant de force, d’adresse et de sang-froid dans leurs périlleux exercices. Aussi les applaudissements répétés éclataient de toutes parts, et une médaille d’argent a été décernée à l’un des écarteurs, le sieur Lalanne, au milieu des bravos de dix mille spectateurs. »