Le jury

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La tourmente qui secoue parfois le sable de nos arènes est loin d’être nouvelle… Voici le témoignage personnel que rapporte Clic-Clac sur ce sujet brûlant :

« J’étais un jour Président du Jury et les fêtes étaient terminées, lorsqu’on vint m’annoncer qu’un écarteur qui ne brille pas précisément par la modestie, était furieux contre moi et avait même proféré des menaces. Comme je n’ai pas l’habitude de m’émouvoir facilement, j’allai le trouver et il faut avouer que je fus assez fraîchement reçu. Je tins tête et je dis au toréador : « Vous avez touché 90 fr. et vous prétendez avoir fait cinquante écarts ; eh bien, devant tout le monde, je vais vous prouver que vous avez menti et que nous vous avons donné beaucoup plus que vous ne le méritiez. » Je tire de ma poche mes notes des deux jours de course et je lui dis brutalement : « Vous savez que nous connaissons la course et tous ses trucs ; inutile de nous monter le coup n’est-ce pas ? Combien avez-vous fait d’écarts dignes d’être marqués ? » Sans la moindre réflexion il me répondit vivement : « Monsieur, j’ai fait vingt-un écarts. » Je me pris à sourire et lui tendis mon papier où étaient en effet marqués les vingt-un écarts qu’il avait annoncés. Sa confusion fut grande et son silence facilement obtenu ; le farceur espérait, en criant beaucoup, se faire allonger un louis de plus. Ça ne réussit pas. »

Et il ajoute avec malice : « Vous ririez bien, si je vous disais que j’ai vu un jour, en pleine Chalosse, un jury composé de trois borgnes !!! Eh bien, ça n’allait pas plus mal pour cela ».

Pour illustrer ce commentaire, une belle (et rare) image de la distribution des prix à Samadet, avec l’écarteur sur l’escalot et le jury à la pitrangle.

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Don Tancredo !

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Certaines de nos courses landaises anciennes comportaient souvent comme intermède la présence d’un « Don Tancredo ».
Le Don Tancredo, ou la suerte de Don Tancredo était un jeu taurin qui connut un engouement certain dans la 1e moitié du 20e siècle. L’individu qui faisait le Don Tancredo, monté sur un piédestal situé au centre de la piste attendait le taureau à la sortie du toril. L’exécutant portait généralement des vêtements anciens ou comiques, et était vêtu et barbouillé complètement en blanc. Le jeu consistait à rester immobile, car l’on affirmait qu’en tel cas, le taureau croyait que la figure blanche était du marbre, et qu’il ne l’attaquait pas, convaincu de sa dureté.
Il semble bien qu’un torero espagnol peu fortuné, originaire de Valence, ayant pour nom Tancredo López, soit à l’origine de ce type de spectacle, et qu’il ait commencé à le faire comme un moyen désespéré de gagner de l’argent. Il le réalisa pour la première fois en Espagne en 1899. Le public fit un accueil enthousiaste à cette pratique, qui se développa peu à peu. Dans les années 1900, Tancredo López la présenta dans de nombreuses arènes françaises et espagnoles et fut surnommé « El rey del valor » (le roi du courage »). On le qualifia également d’ « hypnotiseur de toros » et les premières affiches annonçaient même pour chacune de ses actuations une « gran sesión de hipnotismo ».
Le Tancredo était souvent interprété par des personnes désespérées à la recherche d’argent facile et ayant peu à perdre, car les accidents étaient fréquents. C’est la raison pour laquelle les autorités l’interdirent progressivement, et les dernières représentations se déroulèrent vers le milieu du 20e siècle.
Picasso a représenté cette suerte en mai 1957 : c’est l’une des illustrations qu’il réalisa pour sa Tauromaquia, qui paraîtra en 1959.

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Voici deux représentations de cet intermède comique photographié lors d’une course landaise dans les anciennes arènes en bois de la Place Saint-Roch, à Mont-de-Marsan. Il semble que dans ce cas, l’homme-statue immobile n’intéressait absolument pas la vache.

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Un autre Don Tancredo, mais cette fois qualifié d’amateur, a été immortalisé dans les anciennes arènes en bois de Gabarret. Ici,  le face à face entre l’homme et la bête ressemble plutôt à un défi réciproque.

Si l’on regarde bien certaines cartes postales de paséos, on aperçoit parfois un mystérieux homme en blanc au milieu des écarteurs. Si l’on zoome sur lui, l’on découvre qu’il s’agit bel et bien d’un Don Tancredo dans sa plus belle candeur. Seule sa moustache n’a pas été blanchie…

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Cette suerte n’était pas de tout repos ! On en voit ici une version peu orthodoxe, où le Don Tancredo semble attendre la vache non pas debout tel une statue de marbre, mais assis sur son socle. Difficile pour lui d’hypnotiser la coursière dans cette position… Et le photographe a pu immortaliser l’instant fugitif immédiatement préalable à une rencontre frontale inévitable ! La scène se passait encore dans les nouvelles arènes de Mugron, où se produisait régulièrement l’un des rois de cet intermède, Bamboula, et où l’on semblait goûter fort ce genre d’exercice…

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Après Mugron, nous voici à Marciac, où Don Tancredo a particulièrement intéressé le photographe jusqu’à une sévère tumade…

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Une autre carte, assez rare, nous permet de découvrir d’une part les anciennes arènes en bois de Vic-Fezensac, et de l’autre une version très originale de la suerte de Don Tancredo. Contrairement à la tradition, « l’homme statue » n’est en effet pas costumé et grimé de blanc, mais il est vêtu d’un habit de torero. Il est vrai que nous étions là dans le cadre d’une corrida, et ce devait être tout simplement un des peones de la cuadrilla qui jouait à l’occasion ce rôle.

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Les Landes ne sont pas en reste. Nous avons déjà vu que Mugron goûtait ce type d’intermède. Voici une nouvelle image qui nous transporte les anciennes arènes d’Hagetmau. L’homme-statue est ici debout sur une chaise, mais la vache semble n’avoir d’yeux que pour l’écarteur qui la distrait près des barrières…

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L’une des vedettes de cette suerte était le dénommé Bamboula (François Garcia, dit), dont il nous reste un portrait saisi sur la piste.

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Si ce personnage qui meublait régulièrement les intermèdes des courses était généralement, comme on le voit, un fort gaillard, on en a connu une version féminine ! Voici la courageuse et souriante « Mlle Geneviève » qui accompagnait son matador de compagnon au nom assez étonnant de « Henriquès Rodès », dit Roderito. Ce dernier faisait d’ailleurs également « l’homme-statue » : j’ai retrouvé dans une gazette suisse (!!!) le compte-rendu d’une corrida donnée dans les arènes d’Avignon le 27 septembre 1908 au cours de laquelle  « Rodès Roderito » fut renversé de son piédestal et reçut plusieurs coups de corne au bas-ventre, blessures qui, heureusement, ne paraissaient pas mortelles…

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J’ai même trouvé une deuxième Doña Tancreda ! Cette « statue vivante », qui ma foi est face à une bête respectable et qui ne semble pas emboulée, a pour nom d’artiste « La reina del valor ». Et il lui en fallait certainement du courage pour affronter seule en piste et sans défense ce redoutable adversaire ! Je n’ai pas encore pu identifier cette reine, et peut-être d’ailleurs s’agit-il tout simplement de la charmante Mme Geneviève dont je viens de vous parler. Toujours est-il que cet intermède était donné lors d’une course dans des arènes qui ont disparu depuis longtemps et dans une ville qu’on a aujourd’hui du mal à considérer comme taurine, puisqu’il s’agit de Roubaix, dans le Nord. Et pourtant cette cité industrielle connut dès la fin du 19e siècle et jusqu’en 1914 plusieurs corridas dans son « torodrome » où les plus grands matadors se produisirent alors.

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Et une dernière pour la route… La profusion de ces images marque bien d’ailleurs l’engouement qu’il y avait pour cette suerte à l’époque. En fait, la légende de cette carte ne mentionne pas spécifiquement Don Tancredo, mais dans le « corps à corps » qu’elle y représente, on voit bien qu’il s’agit de notre Tancrède avec son costume blanc. Le lieu est inhabituel, puisque Montereau est une charmante commune du Loiret qui n’est pas vraiment réputée pour sa tradition tauromachique. Mais comme Montceau-les-Mines, Nantes, Roubaix ou encore Reims, elle fait partie de ces plazas qui accueillirent à l’occasion des courses hispano-landaises (ou même de véritables corridas) avant 1914. On voit d’ailleurs, dans l’angle droit, les acteurs portant le costume particulier de ce type de courses.

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8e étape : l’appel

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Dans ces temps anciens de la course landaise, l’appel de l’écarteur jouait un grand rôle, car les entraîneurs n’avaient pas encore le rôle qu’on leur connaît aujourd’hui. Le teneur de corde avait pratiquement seul la responsabilité de placer la vache et de la diriger dans le meilleur axe possible. L’appel de l’écarteur, par des sauts, des sifflets, des cris, des gesticulations diverses était donc important pour attirer l’attention de la coursière. Il l’était d’autant plus bien sûr lorsqu’il affrontait des vaches sans corde. On voit ici un face à face dans les arènes de Gabarret, où la vache semble avoir un peu de mal à partir sur l’homme.

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Voici un bel appel lors des traditionnelles fêtes de la Saint-Jean, à Saint-Sever.

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L’appel fait en outre l’objet d’une belle représentation picturale, œuvre de Gaston Rémy, qui orne la couverture de son ouvrage sur Les courses landaises publié en 1949.

Voici d’ailleurs, selon lui, quelques-uns des types d’appel que les écarteurs de son époque faisaient. On voit qu’il y avait de la diversité ! Dans l’ordre, un appel de Suisse, un appel à reculons de Mazzantini, et enfin un « appel disgracieux » de Martial (mon avatar !).

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7e étape : la vache en piste

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Voici la vache au centre de la piste. La légende est éloquente : « Dans l’attente d’un vaillant »… Et on la comprend mieux lorsque l’on voit que cette coursière ne semblait pas emboulée ! Pour les collectionneurs, il existe une carte avec ce même cliché, mais avec une légende différente et plus sobre : « Gabarret. Les tribunes des Arènes ».

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Toujours à Gabarret, avec des acteurs qui semblent s’être donné rendez-vous près des barrières…

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Belle vue des tribunes endimanchées d’Eauze, avec une vache peut-être sans corde et qu’on essaie de placer dans l’axe pour un départ côté loges.

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Toujours à Eauze, face aux superbes tribunes en arc-de-cercle. S’agit-il d’un écart à la sortie des loges, ou bien la vache est-elle cachée par les écarteurs? Toujours est-il que le second, rarement présent sur les cartes postales d’époque, est ici aux côtés de l’écarteur.

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Nous voici maintenant à Orthez, et le « debisayre » Jean Lalanne aurait bien du mal à commenter cette tentative d’encerclement de la vache par les écarteurs… C’est vrai qu’il est parfois dur de la placer ! Ou bien tentaient-ils de la faire rentrer dans sa loge…?

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Il y avait parfois beaucoup de monde au milieu de la piste, comme ici dans les toutes nouvelles arènes de Mugron. Le photographe a donné à cette image montrant un certain désordre une légende relativement positive : « Un beau lot d’écarteurs ». Sans doute s’agissait-il ici d’affronter une vache sans corde à laquelle chacun pouvait s’essayer…