La série « La Course Landaise » de la maison Gautreau

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L’une des grandes sociétés d’édition de cartes postales de la première moitié du 20e siècle, la maison Gautreau de Langon (Gironde), a notamment diffusé une série intitulée « La Course landaise ». On en compte une quinzaine, numérotées de 1101 à 1115, dont certaines furent reprises plus tard avec une numérotation différente (4061 et suivantes). On y retrouve les grands noms de l’âge d’or de notre sport : Meunier, Montois, Mazzantini, Cantegril, Giovanni et Koran, dont on nous montre un écart et un saut. Quelque-unes d’entre elles furent également intégrées au carnet que Gautreau réserva à « La course landaise et la course espagnole » dont vous avez la couverture plus haut.

Voici le lien vers l’album que j’ai réalisé avec ces images:

https://fr.calameo.com/read/005336729dfe300000dab

 

Les 12 commandements du ganadero et de l’écarteur

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En ce début de saison où l’on se doit de prendre des bonnes résolutions, voici les 12 commandements auxquels devaient obéir il y a un siècle les ganaderos. Ils furent édictés par le fameux revistero Jean de Lahourtique dans un numéro de La Course landaise de 1911, mais certainement pas tous suivis…

« 1. Une seule plaza t’engageras
A bien servir une fois l’an.
2. Aux écarteurs tu donneras
Le quart de tes engagements.
3. Aux Commissions tu promettras
Les meilleurs de tes éléments.
4. Aux membres du jury dicteras
Tes volontés docilement.
5. A ta cuadrilla tu paieras
Les frais de ses déplacements.
6. Dans les hôtels tu régleras
Les notes de « tes enfants ».
7. Des revisteros tu te méfieras
Et de leurs trop flatteurs compliments.
8. La Course landaise actionneras
Afin qu’elle vive longuement.
9. Au public qui t’engueulera
Tu répondras mêmement.
10. Et ton contrat renouvelleras
Avec un billet de supplément.
11. Fin de la saison promettras
Beaucoup de choses, au Nouvel An.
12. De cette façon, tu verras,
Que tout le monde sera content. »

Jean de Lahourtique édicta, à la suite de ces 12 commandements du ganadero, ceux de l’écarteur. Pourrait-on y voir une certaine contemporanéité ? A vous de juger !

« 1. Un seul ganadero tu suivras
Et serviras pour son argent.
2. Les emboulées écarteras
Et les vieilles de temps en temps.
3. Les dimanches tu travailleras
Et le lundi le moins souvent.
4. Le teneur de corde honoreras
Afin que tu vives longuement.
5. La talanquère tu soutiendras
A l’ombre, tout en fumant.
6. Un costume de luxe tu revêtiras
Pour défiler au paseo, seulement.
7. Le jury tu engueuleras
Si des prix tu n’es pas content.
8. La Course landaise tu liras
S’il n’y a pas ton éreintement.
9. La grande noce tu feras
Durant six mois de l’an.
10. Et l’hiver tu penseras
A recommencer au printemps.
11. Cette existence tu mèneras
Jusqu’à l’âge de quarante ans.
12. Puis après tu regretteras
De ne plus avoir tes vingt ans. »

Un hymne à la tauromachie en 1888

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Je ne peux résister, en ce début de temporada, au plaisir de vous faire partager ces lignes écrites par un « nordiste », M. Barbier, et datées de Châtillon-sur-Loire le 8 septembre 1888, il y a 130 ans. Elles ont paru à la fin de l’article que ce personnage rédige sur « La tauromachie en France et en Espagne » dans le Bulletin local de la Société académique des Hautes-Pyrénées, t. 1, 1890, p. 44-48. La conclusion peut fournir un bon exercice de réflexion…
« Il me reste à dire deux mots de jeux fort en honneur sur le versant nord-ouest des Pyrénées. Je veux parler de la course landaise.
Ici, plus de taureaux, ce sont des vaches qu’on lâche dans l’arène; plus de scènes d’abattoir, comme de l’autre côté de la montagne; mais le danger pour l’homme n’en subsiste pas moins. La vache, dont l’allure est si différente de celle du taureau, est tenue en longue laisse. Une seule chose subsiste, c’est l’agilité de l’écarteur. Le Landais trompe la bête affolée, esquive ses attaques par des écarts serrés, des feintes de pied ferme, des sauts à pieds joints ou périlleux. La course landaise a donc plus d’un rapport avec la course provençale.
Ne faudrait-il pas voir, dans ces jeux, des exercices créés par une race qui, sous la double influence des coutumes provençales et des mœurs espagnoles, n’a pu satisfaire complètement ni aux unes, ni aux autres, par suite du milieu où elle a vécu et des différences de goûts et d’aptitudes, résultant de la fusion des races d’Orient avec celles d’Occident? Je serais assez porté à le croire.
Mais, en France comme en Espagne, dans les Landes comme sur les bords du Rhône, qu’elle ait pour origine un souvenir religieux ou un exercice chevaleresque, le combat avec les taureaux est toujours en grand honneur. Les fils continuent à aimer ce qui charmait leurs pères. Qu’on l’appelle course ou ferrade, la lutte tauromachique est un pieux hommage rendu à la mémoire des ancêtres. Et voilà pourquoi cet usage reste aussi vivace qu’aux temps antiques. C’est que, de tout temps, la tradition a été pour l’homme un dépôt sacré. Gardons-là donc cette tradition. Des Alpes aux Pyrénées, gardons-le précieusement cet héritage de nos pères; c’est le lien qui unit les fils aux aïeux, l’homme à sa patrie. »

La cuadrilla Passicos vers 1900

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Grâce à Gérard Laborde et à ses trésors, voici une des grandes cuadrillas d’avant la guerre de 1914. Il s’agit de celle attachée (au moins quelque temps) à la ganaderia qu’Edouard Passicos avait montée à partir de 1901. On sait qu’à cette époque, les écarteurs changeaient très régulièrement de cuadrilla car les ganaderos s’attachaient généralement les services de tel ou tel pour une année seulement. Je publierai dans des articles à venir quelques-uns des contrats que j’ai pu retrouver de cette époque.

L’intérêt de cette image est qu’elle comporte l’identification de certains des écarteurs formant cette cuadrilla. Au 1er rang, au centre, on trouve le cordier Hainx, avec à sa gauche Mouchès (ou Mouchez) dit Pelouï, puis Maxime et Picard; au 2e rang, au-dessus de ce dernier on reconnaît Giret.

Il est intéressant de noter ce que M. Passicos lui-même pensait de certains de ces hommes lors de leur première année de course, d’après ce qu’en rapporte Clic-Clac dans son Histoire des courses landaises :

« 1° Maxime.- Celui-ci, dit M. Passicos, je le prends pour le roi de l’époque tauromachique. Pour moi, il n’a pas de rival ; Maxime fait toujours un très joli travail ; il écarte toujours avec calcul et ne se dérange jamais. Il attaque indistinctement toutes les bêtes, et règle son travail selon ses aptitudes et les qualités de la vache. Son coup d’oeil est sûr et il est rarement pris.

2° Giret.- Je place au deuxième rang Giret, qui a un travail très suivi, quoique pas toujours parfait. (…)

7° Hainx.- Est devenu un très bon teneur de corde. Il a vite compris son métier. Tout en sauvegardant les hommes, il évite les coups de corde violents qui souvent troublent la beauté du jeu et faussent les vaches. »

La course landaise en stéréo

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Il ne s’agit pas de son, mais bien d’image ! Avant la fameuse 3D que l’on voit partout aujourd’hui et qui nécessite les lunettes ridicules rouge et bleu, on a découvert la vision stéréo. Les appareils qui prenaient ce genre de photo reproduisaient en fait le décalage que nous avons tous entre les 2 yeux. Et lorsque l’on utilisait une visionneuse stéréo telle que l’on en trouve encore dans nos greniers, on admirait une image qui rendait du « relief », ou du moins qui restituait les plans successifs de la photo et donnait l’illusion du relief. Mais c’est vraiment assez étonnant comme sensation visuelle. Voici, dans le genre, la 1e d’une série de quelques vues stéréoscopiques de ce type que je possède et qui concernent une course landaise dans les anciennes arènes de Dax, en face de la Poste actuelle. Ne louchez pas trop dessus !!!

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Toujours dans ces arènes dacquoises, voilà un bel écart saisi par le photographe avec son appareil stéréoscopique.

Et encore une pour la route:

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