Adieu, Mon cher Gérard !

P39 Gérard Laborde

Photo La Cazérienne, DR

C’est ainsi que nous communiquions avec beaucoup d’humour entre nous. Je l’appelais « Mon cher Gérard » et lui me répondait avec toute sa malice : « Mon cher François ». Nous nous étions bien sûr rencontrés, il y a maintenant longtemps, sur le terrain du patrimoine coursayre et nous nous croisions régulièrement dans les vide-greniers et autres brocantes de notre Gascogne. Nous avions sympathisé, puis échangé des infos, des documents, des histoires… Car Gérard était un conteur-né. Et la course landaise n’était pas sa seule passion : vous lui parliez rugby, vous lui parliez naissance de l’aviation, vous lui parliez patrimoine local de Dax ou de Pomarez, et il se lançait dans des histoires que vous n’osiez interrompre. C’était aussi un partageur, contrairement à d’autres collectionneurs ou passionnés. Il l’a prouvé avec ses ouvrages, dont il savait bien qu’ils ne seraient pas des best-sellers, mais qui lui permettaient de rencontrer des gens et d’échanger avec eux, que ce soit comme témoins ou comme acheteurs. Nous avions du coup, depuis plusieurs années et la naissance de ce blog, beaucoup de complicité, et l’un comme l’autre profitions des connaissances et des documents de chacun. Nous ne manquions pas, à l’issue de chaque concours de Dax, de rester les derniers sur les gradins, avec ma fille Camille, pour avoir les premiers commentaires à chaud et au calme avant de plonger dans l’antre bruyante de La Talenquère.
Landais, Pomarézien, Dacquois, pédagogue, cartophile, rugbymen, coursayre, sa vie a été tout ça à la fois et sa silhouette bonhomme et massive va cruellement nous manquer.
Camille et moi présentons toutes nos condoléances à son épouse, ses enfants et ses petits-enfants, et les assurons de toute notre sympathie dans ces moments douloureux.

Germain Cantegrit, ganadero

Germain-Cantegrit_bon

En mars 1934, le journal La Course landaise, sous la plume de René de Guichebaron, présentait à ses lecteurs la biographie d’un nouveau ganadero, Germain Cantegrit. La voici en intégralité.
« Germain Cantegrit est né à Estibeaux d’une famille de braves et honnêtes cultivateurs. Il grandit dans cette commune, qui fut jadis célèbre par les noms du ganadero Dubecq et du torero Mazantini. Mais, rentrons dans les débuts tauromachiques de Cantegrit.
Le 14 juillet 1912, Habas faisait course. Celle-ci battait son plein, quand, tout d’un coup, on voit s’avancer au milieu de la piste, un jeune homme de 18 ans, vêtu modestement, le béret en pointe. Crânement, il se présente devant la coursière qui fonce sur lui et, six fois, avec succès, il sort victorieux. Tous applaudissent, et Germain Cantegrit, c’est son nom, est désormais sacré torero.
Après la guerre, il convole en justes noces avec Mlle Mathilde Basterot, de Mouscardès, qui est, elle aussi, la belle-sœur de notre ami Dulay, conseiller municipal. Par la suite, il fonde définitivement son foyer à Castetcrabe, en bordure des ondes fugitives de l’Adour.
Ecarteur probe et consciencieux, teneur de corde et entraîneur désintéressé, il a passé successivement dans toute la hiérarchie du jeu landais. Ses débuts comme ganadero vont se produire le 1er avril à Habas, avec le même succès, nous en sommes certain, qu’il y a vingt-deux ans, sur la même place, ses débuts d’écarteur. Notre ami Cantegrit est un tauromache dans toute l’acception du terme. La tauromachie peut être fière de lui ! »
Et ce n’était pas un poisson !…

Il ne put malheureusement pas exercer longtemps sa nouvelle activité, décédant en décembre 1937 à l’âge seulement de 45 ans.

 

Charlots ?

charlots

Retrouvée dans mes archives (confinement oblige…), cette curieuse photographie, prise dans un décor de théâtre. Sont-ce des écarteurs d’opérette ? Les bérets semblent pourtant bien de chez nous… Mais les boléros ? Si vous avez des lumières, si vous reconnaissez notamment l’un ou l’autre de ces « acteurs », n’hésitez pas à en faire profiter la communauté coursayre !

Loges et tribunes : Dumes

Dumes_1

Je cherchais désespérément depuis longtemps des photos des anciennes arènes de Dumes, où j’avais assisté à mes premières courses landaises. Le confinement a cela de bon qu’il nous permet de ranger, trier, classer… et c’est ce que j’ai fait avec les photos de mon enfance récupérées chez mes parents.
Et voilà ce que j’y ai découvert : une image où l’on voit, au second plan, ces loges et tribunes traditionnelles des petits villages chalossais. Pour les courses, on dressait des barrières avec des poutres et des madriers pour délimiter une (courte) piste sur laquelle se produisait la plupart du temps des acteurs de second (ou parfois troisième) zone… Mon oncle le docteur Jean-Claude Mouchès nous en en a laissé quelques récits dans son ouvrage « Le prix du courage » paru en 2000 aux éditions Atlantica. C’est d’ailleurs son père, et donc mon grand-père, Henri Mouchès, alors maire de Dumes que l’on voit parler à un paysan qui mène une belle paire de bœufs de Chalosse. Et qui est donc le petit garçon en barboteuse qui l’accompagne ? Je vous laisse le deviner…
Ces tribunes-loges n’ont pas totalement disparu aujourd’hui, mais elles ont changé de fonction : elles ont été transformées en maison d’habitation.
Si vous avez des images de ce type montrant des arènes ayant disparu, n’hésitez-pas à me les faire passer !

Vive Jacobina !

tetevache

Dédié au vaillant toréro Gérard que Jacobina blessa grièvement à Castelnau-Rivière-Basse [en 1934], voici un poème signé de « Don Pedro ».

La porte du toril s’ouvrit. Dans l’arène
Une vache apparut, belle et noble à la fois ;
Du monde entier, incontestable reine
Elle sème partout et la peur et l’effroi.
Soudain un torero s’avance devant elle,
Il semble la narguer : du geste, du regard ;
Il avance toujours, la siffle, puis l’appelle !
Alors n’y tenant plus, furieuse : elle part.
Cinq fois, d’un coup de rein, il évite la bête
Et la corne cinq fois frôle le boléro !
Vaincue, elle regarde, puis s’arrête.
Soudain dans un élan elle fonce à nouveau.
Cette fois surpris, gagné par la vitesse
L’écarteur n’a pas eu le temps de l’éviter :
Un choc terrible. Puis un cri de détresse
Et la foule debout cesse de respirer.
Tandis que sur le sol l’homme gît ; pas à pas
Elle rentre au toril : terrible et fière
Levant vers les gradins sa tête meurtrière
Et le peuple lui crie : « Vive Jacobina ! ».