Une course à Saint-Vincent-de-Tyrosse à la fin du 19e siècle

st-vincent-de-tyr_1898_sport-univ_1

On trouve parfois des documents là où on ne s’y attendrait pas du tout. C’est le cas de ces clichés assez exceptionnels vus leur ancienneté qui sont parus dans un numéro de la revue Le Sport universel illustré daté du 8 avril 1899. L’auteur, un certain F. Révil, les a publiés à la fin de son article intitulé « Ferrade et muselade en Camargue », dans lequel effectivement il y avait peu de chances qu’on les y trouve. En fait, il y fait une comparaison entre courses camarguaises et landaises et en profite pour montrer les clichés que lui-même a pris à « Saint-Vincent-de-Tiros » [sic]. C’était bien sûr avant la construction des arènes en ciment, et nous reparlerons bientôt de ces anciennes arènes en bois. Si vous regardez bien, nos écarteurs ont revêtu des costumes typiques des courses hispano-landaises ou lando-provençales, et écartent des vaches aux cornes nues et pointues… On peut penser que ces images datent de l’année précédente et ont été prises à l’occasion des fêtes tyrossaises de 1898.

st-vincent-de-tyr_1898_sport-univ_2

st-vincent-de-tyr_1898_sport-univ_4.jpg

st-vincent-de-tyr_1898_sport-univ_3.jpg

« Marche Cazérienne » vs « Carmen »

labouche_01

C’est en 1906 que Fernand Tassine, chef de musique à Mont-de-Marsan, compose cette « Marche des écarteurs landais », intitulée La Cazérienne, en hommage au Docteur Elie Moringlane, le célèbre « Clic-Clac », alors médecin à Cazères-sur-l’Adour.

En 1908, le journal La Course landaise publiait sous le titre « Marche musicale tauromachique » une chronique qui avait pour but de sonner le glas de la musique de Carmen comme musique de paseo des courses landaises et de permettre à notre Cazérienne, créée en 1906, de s’imposer définitivement. Je ne résiste pas à l’envie de vous la faire connaître…
« Je nomme un chat un chat et Carmen une hérésie en course landaise.
Que pouvez-vous trouver de plus anormal et de plus grotesque que le défilé des écarteurs dans l’arène aux sons d’une marche espagnole ?
Figurez-vous une pièce de théâtre avec des bonshommes de 1830, costumés en Français de 1908 !
En sus de l’anomalie qu’il y a à entendre Carmen dans nos courses, le morceau comporte (au point de vue musical) quelques difficultés d’exécution, quelques intonations bizarres, qui ne sont pas à la portée des premiers trompétayres venus.
Il s’agissait donc de revenir à la pure couleur locale. Et nous y sommes …
En mai prochain, M. Dupeyrat, éditeur de musique à Savignac-d’Allemans (Dordogne), éditera la Marche tauromachique landaise, absolument destinée au paseo de nos écarteurs et intitulée : La Cazérienne. Paroles de M. Georges Rande, musique de M. Fernand Tassine.
Ce délicieux morceau, d’un goût exquis, de style svelte et harmonieux, a été orchestré pour musiques militaires, pianos, harmonies et fanfares.
Nous prions tous ceux qui auraient intérêt à se le procurer de s’adresser à M. Dupeyrat, éditeur, qui l’adressera franco, aux prix suivants : pour piano, 1fr.50 ; doublures, 0fr.10 ; conducteur, 0fr.25. »

Notre hymne de la course landaise a cependant mis un certain temps à le devenir véritablement et faillit même disparaître… Il subit en effet encore longtemps la concurrence d’une part de Carmen, et de l’autre de la Marseillaise, qu’on avait tendance à jouer systématiquement lorsque des autorités se trouvaient dans la tribune présidentielle…
Au lendemain de la reprise des courses après la Grande Guerre, le journal La Course landaise du 31 août 1919 se fait l’écho de cet état de fait :

« La Marche Cazérienne fut autrefois jouée par tous les orchestres de courses. Pourquoi l’a-t-on supprimée des répertoires ? Certes, l’air du Torero de Carmen est très entraînant, mais la Marche Cazérienne peut le remplacer quelquefois ou tout au moins être jouée immédiatement après Carmen. Que nos musiciens se le rappellent ! »

Voici le texte original de ce morceau d’anthologie…

Salut toréador dont l’œil jette la flamme
Vous qui d’un pas léger affrontez les taureaux
Avancez crânement la foule vous acclame
Venez vaincre la mort au bruit de nos bravos

J’admire votre port fait de mâle courage
Quand les bras grands ouverts et le jarret raidi
Vous attendez la bête écumante de rage
Et trompez son élan d’un coup de rein hardi

Des feintes des écarts le foule enthousiasmée
Mêle ses cris d’émoi aux cuivres en fureur
La brute plusieurs fois sur vous fait sa ruée
Sur place en tournoyant vous évitez sans peur

Vaincu le fauve tombe et comme une tempête
Des bravos crépitants courent sur les gradins
Et vous à petit pas mais surveillant la bête
Vous saluez très fier du front et des deux mains

Toutefois si grisé d’un regard de soubrette
Inconscient vous cherchez son sourire enchanteur
Ne vous oubliez pas le taureau qui vous guette
Aussi prompt que l’éclair peut vous frapper au cœur.

Combien de vos aînés, surpris en pleine gloire,
Sont retombés, sanglants sur les sables rougis :
Un œil noir provocant au seuil de la victoire,
Pour un instant fatal les avait éblouis.

Tauromaches landais, fervents des talenquères,
Vous qui, des toreros, incitez les ardeurs,
Venez, des beaux combats, nos arènes sont fières :
Ici sont les champions qui portent haut les cœurs.

Et voici maintenant la version gasconne (en graphie normalisée, établie par A.-M. Lailheugue, CPD-LCR) que Jean Barrère a composée sur cette même musique de Tassine, et destinée à rendre hommage à Auguste Camentron dit Mazzantini… Vous pouvez aussi l’écouter chantée par les enfants dans une course à Estang en 2015 : http://www.lamedungascon.fr/la-marche-cazerienne/.

A tu Mazzantini, aquera qu’ei la toa,
Se ne l’escartas pas seràs un pelheràs.
A tu Mazzantini, que’t la cau escartar
Totun se vòs pojar en haut de l’escalòt.
À toi Mazzantini, celle-là c’est la tienne,
Si tu ne l’écartes pas, tu seras un grand fainéant.
À toi Mazzantini, il faut que tu l’écartes
Si tu veux monter tout en haut de l’escalot.
Aqui l’òmi pitat au bèth miei de la pista,
Qu’ei a desemprovar 1o sòu a còps de pè.
Lavetz que shiula un còp e que hèi un gran saut.
Quan torna devarar, l’aujami qu’ei passat.
Voici l’homme dressé au beau milieu de la piste,
Il prépare son terrain en égalisant le sol avec ses pieds.
Alors il siffle un grand coup et il fait un grand saut.
Quand il retombe, le danger est passé,
La gent tot d’un còp muda
Comença de bohar, de’s lhevar, de gular,
Aquò qu’ei escartar.
Mazzantini tot fièr torna aperar la vaca
E en un gran balanç
Hèi detz escarts de mei,
Pojar, devarar, en dehens ! (bis)
Barar !
La vaca li voló plan esquiçar lus pantalons.
N’ac podó pas, Mazzantini qu’èra tròp bon.
Aquò ne hèi pas ren, qu’i tornarà.
La soa idea qu’ei deu tumar.
Si uei ne’u honha pas, qu‘i aurà doman entà’u gahar.
La foule tout à coup muette
Se met à souffler d’émotion, se lève, hurle,
Ça, c’est un écart !
Mazzantini très fier rappelle la vache
Et, continuant sur sa lancée,
Exécute dix écarts de plus.
Monter, descendre, en dedans !
Fermer !
La vache aurait bien voulu lui déchirer le pantalon.
Elle ne put pas, Mazzantini était trop bon.
Ça ne fait rien, elle recommencera.
Sa volonté est de le frapper.
Si elle ne l’attrape pas aujourd’hui, elle aura demain pour y arriver.

 

La chanson « Le Pantalon blanc »

Dans son numéro du 27 octobre 1912, L’Echo de l’Arène, le concurrent de la Tuile, publie une chanson dédiée aux écarteurs: « Le Pantalon blanc ». Voici comment le journal la présente:

« La chanson des écarteurs. M. Raymond de Laborde, aficionado très distingué, vient de composer en l’honneur des écarteurs landais une chanson intitulée Le Pantalon blanc, que nous publions dans ce numéro et dont nos lecteurs auront la primeur.
Cette chanson plait par son tour pittoresque, par son allure dépourvue de « chiqué », par la verve amusante qui l’anime. Nous lui prédisons un succès complet.
Le Pantalon blanc va être populaire en Gascogne puisqu’il constituera, à n’en point douter, la chanson en quelque sorte officielle des écarteurs landais.
Nous remercions vivement au nom de l’Echo, des toreros et des aficionados, M. Raymond de Laborde, l’auteur charmant du Mari de la Descoubès, le fin littérateur si apprécié des dilettantes, notre collaborateur et notre ami. »

A première vue, ce morceau d’anthologie n’est cependant pas devenu l’hymne des écarteurs. Si l’on retrouvait l’air sur lequel on devait le chanter (« Dis-moi soldat, dis-moi t’en souviens-tu? »), peut-être pourrions-nous la proposer aux harmonies qui animent nos courses, ou au moins la mettre au répertoire de Jean Barrère, le ganadero de Buros….

pantalon-blanc_echo-de-larene_31_1912-10-27.jpg

L’Almanach de la Course landaise (1911-1914)

almanach_1911_0_couv.jpg

A la Noël 1910, le journal La Course landaise, la fameuse « Tuile », annonçait la prochaine parution du premier Almanach de la Course landaise pour l’année 1911. Je vous présente ici ce rare ouvrage qui parut dès le début de cette année 1911 sur les presses de l’Imprimerie Pindat, à Mont-de-Marsan, le grand imprimeur de tout ce qui touchait à la course landaise d’alors.
Traditionnellement, d’après sa définition de base, un almanach est un « livre populaire publié chaque année et comprenant outre un calendrier, des renseignements astronomiques, météorologiques, scientifiques, pratiques, etc. ». Et celui dédié à notre sport en est une parfaite illustration.

Après la partie calendrier, augmentée d’un éphéméride tauromachique rappelant les grandes (et parfois les petites…) dates de l’histoire de la course landaise, notre almanach publie des poèmes, des études (« La confiance en tauromachie »), des « Notes biographiques et humouristiques » sur le fameux Clic-Clac (le dr Elie Moringlane) et sur le grand écarteur Jean Chicoy, le récit de la mort de la célèbre vache « La Mogone », une nouvelle de H. Lanouguère intitulée « Pierre », et des « Statistiques et réflexions » sur la temporada 1910 qui avait vu triompher Lacoste devant Fillang et Koran. Les six premiers du classement voyaient d’ailleurs leur portrait en bonne place dans l’ouvrage, comme vous le verrez plus bas.
Cette dernière partie comportait un certain nombre de tableaux et de listes qui présentent un fort intérêt pour l’histoire de la course landaise: écarteurs, sauteurs et teneurs de corde en activité , retraités ou décédés, ganaderias actuelles et anciennes, vaches et taureaux célèbres, villes et villages ayant eu des courses en 1910 mais également autrefois, compte-rendu d’activité de « l’Union mutuelle des toréadors ».

Cet Almanach connaîtra une nouvelle édition en 1912, une autre en 1913 et enfin une dernière en 1914. La Grande Guerre mettra malheureusement un terme à sa parution. Je vous présenterai plus tard ces  ouvrages.

almanach_1911_63.jpg