Un saut de taureau à Dax… en 1935

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J’avais récupéré dans ma collection cette belle image d’un sauteur landais au-dessus d’un taureau  manifestement de race espagnole. L’indication manuscrite au dos précisait que cet exploit avait été réalisé à Dax le 27 septembre 1935. J’avais alors contacté, grâce à ce blog, nos fidèles lecteurs et contributeurs pour en savoir plus, et voici les résultats des recherches concernant le saut de ce taureau (en fait un novillo) à Dax en 1935. La date marquée au dos s’est en fait avérée être fausse…

Le premier à réagir a été l’ami Gérard Laborde qui nous fait savoir ceci :
« Pas de problème! Il s’agit du sauteur Dargert I, l’un des plus célèbres de l’époque. Ce jour-là, il s’était engagé par contrat à effectuer 4 sauts au-dessus des novillos d’Encinas travaillés par ailleurs par le grand Joseph Coran. Petite précision supplémentaire : la mention est erronée car ce festival s’est déroulé le 25 août 1935. Une affiche conservée aux Archives de Dax en témoigne… ainsi que les contrats signés par Darregert et Coran avec l’organisateur, un certain Jacques Milliès-Lacroix…. ».

Le second n’est autre que Christian Capdegelle, fidèle chercheur lot-et-garonnais qui confirmait :
« Je ne mets pas en doute la date du 27 septembre 1935 si elle est mentionnée au dos de la photographie. Mais le saut ou plutôt les sauts d’un novillo par un sauteur landais eurent lieu dans les arènes de Dax le 25 août 1935. Ce jour-là ont défilé dans ces arènes les landais Joseph Coran, Gérard Boueilh et Louis Dargert. Ce dernier sauta à quatre reprises un novillo de la ganaderia d’Estéban Hernandez. A ce cartel étaient également présents trois novilleros espagnols et un cavalier portugais Simao da Veiga. »

Merci à tous deux d’avoir redressé la fausse date mentionnée au dos de ce document et d’avoir permis d’identifier le sauteur Dargert, que le dessinateur Rémy a « croqué » dans la même posture au-dessus d’une de nos vaches landaises.

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4 thèses vétérinaires sur la course landaise et la vache de course

 

Notre sport a fait l’objet jusqu’à aujourd’hui, d’après mes recherches, de quatre thèses vétérinaires.

  1. La plus ancienne est l’œuvre de Pierre Richelle. Elle est éditée à Toulouse en 1943 et a pour titre :  Contribution à l’étude de la tauromachie dans le Sud-Ouest de la France, des origines à nos jours. Elle comporte 52 p. et est conservée dans l’exceptionnel fonds taurin donné par le célèbre Paco Tolosa à la bibliothèque municipale de Toulouse (cote : F.T.C. 293). Voici comment l’auteur légitime son travail:
    « Issu d’un pays où la tauromachie est fort en honneur, et ayant assisté, dès notre plus jeune âge, à ces spectacles, nous avons toujours porté, comme tous ceux de chez nous, un vif intérêt aux courses qui avaient lieu dans notre Sud-Ouest. L’idée nous est ainsi venue d’essayer de les décrire, de les faire connaître à ceux qui les ignorent. »
    Il a (déjà à l’époque !) travaillé à partir de la bibliothèque et des archives de la famille Barrère, l’une des rares à avoir constitué et conservé son fonds documentaire dans le monde des ganaderos.
    Après une première partie consacrée à une « Étude historique », Richelle aborde dans un second chapitre une « Étude technique ». Il y étudie d’abord « La Course espagnole » puis surtout « La Course landaise », avec en particulier une « Étude ethnologique des races de Course landaise », suivie d’une « Description schématique des diverses suertes landaises ».
    Bien sûr ce genre de travail ne révolutionne pas l’histoire de notre course landaise, mais il nous montre au moins qu’elle a régulièrement fait l’objet de recherches. Voici quelques extraits de son Étude ethnologique des races de Courses landaises qui concernent en particulier notre fameuse ancienne race landaise.
    « La race landaise, ou marine, qui peuplait jusqu’à la fin du siècle dernier les landes de Gascogne, est une variété de la race ibérique. Pour les historiens landais, cette race est issue du croisement des taureaux espagnols des troupeaux dont se faisaient suivre les Maures lors de l’invasion de notre pays, avec les vaches de ces régions. Quoi qu’il en soit, cette variété landaise, vivant sur un sol pauvre, est de petite taille, elle ne dépasse pas 1 m. 30 au garrot, le corps est relativement court. La constitution des sujets est fine et rustique à la fois. Ils sont vifs, énergiques, très tenaces, et d’une sobriété remarquable ; leur conformation est souvent régulière et, quand les jeunes sont bien soignés, ils atteignent une grande ampleur de proportions. Le pelage est généralement froment, de la nuance la plus claire ; il indique, avec la teinte rosée du mufle et des paupières et la blancheur des cornes, des traces de croisement avec la race d’Aquitaine et Ibérique. » (…)
    « La variété landaise, qui présentait autrefois une certaine importance sur le littoral landais, ne se trouvait plus, vers la fin du siècle dernier, que dans le Marsan, la Grande Lande, la Chalosse, le Bas-Armagnac et les environs du Bassin d’Arcachon, le plus souvent croisée avec des béarnais, bazadais ou vaches bretonnes importés dans ces régions. Ceci explique les divergences dans les descriptions que nous ont données de cette race les zootechniciens d’alors. Ainsi, certains prétendent que cette race était de robe gris-noir, la tête enfumée, avec des yeux très vifs, des cornes noires dirigées en avant. Mais tout le monde est d’accord sur les qualités de cette race : sobriété, rusticité, esprit combatif. » (…)
    « Jusqu’au milieu du XIXe siècle, c’est avec des animaux de cette race landaise que furent uniquement données les Courses dans notre région. Il existait, dans le département des Landes et, plus particulièrement, en Chalosse, des propriétaires éleveurs qui possédaient des troupeaux (ou bacquades), uniquement destinés au combat et qui faisaient un commerce lucratif de la location de leurs bêtes. Les principaux centres étaient Puyoo, Mugron, Montfort, Tartas, St-Sever. »
  2. En 1965, Roger Bontemps soutient une thèse à l’École nationale vétérinaire de Maisons-Alfort consacrée spécifiquement à « La vache de course landaise ». Elle est dédiée à Jacques Milliès-Lacroix, président de la Fédération française de la Course landaise, à MM. Gaston Rémy et Méricam Bourdet, « revisteros landais, pour leurs précieux conseils et documents » et enfin à MM. Labat, Larrouture, Latapy, Maigret et Pabon, ganaderos, « pour leur précieuse collaboration ». Parisien d’origine, mais membre du groupe folklorique « Les échassiers de l’Amicale des Landais de Paris », c’et cette activité qui le conduit à s’occuper de nos coursières. Sa thèse s’articule  en deux parties: la première consiste en un bref rappel historique de la course landaise, et la deuxième, la plus importante, est consacrée à l’élevage proprement dit (ethnologie, production, élevage et exploitation).wwww
  3. En 1981, Christian Louis Debes soutient une thèse intitulée La Course landaise, toujours dans le cadre de l’Ecole nationale vétérinaire de Toulouse. Ce Montois d’origine traite dans un premier temps de la course en général, de son histoire et de sa sociologie, avant d’en venir à la vache landaise elle-même dans deux chapitres consacrés, pour l’un aux ganaderias, et pour l’autre au bétail.
  4. Enfin, en 2000, c’est le tour d’Olivier Renard de traiter du même sujet devant les professeurs de l’École vétérinaire de Toulouse. Sa soutenance fait l’objet d’un compte rendu circonstancié sur une pleine page par Jacqueline Nalis dans la revue Gascogne, la Talanquère, n° 67, juillet-août-septembre 2000, p. 50, qui porte comme sous-titre: « La Course Landaise, marqueur identitaire primordial en Gascogne ». Picard d’origine, M. Renard rencontre la course landaise chez le Dr Lorne, vétérinaire d’Aire-sur-l’Adour, alors praticien en charge des vaches de course des élevages de la DAL, de l’Armagnacaise et de Dussau. Son directeur de thèse, Pierre Sans, est également aturin d’origine. Quant au président du jury, mon regretté ami Georges Larrouy, parasitologue de l’Université Paul-Sabatier de Toulouse, il avait des attaches familiales landaises. Cet ouvrage est en fait beaucoup plus sérieux que la plupart des thèses vétérinaires. En 141 pages enrichies de 22 croquis, cartes et photos ainsi que de 15 tableaux et graphiques, l’auteur y traite d’abord de l’histoire de la course landaise, puis aborde spécifiquement le sujet de la vache, de sa reproduction et de sa nutrition ainsi que de la législation sanitaire en la matière. Les aspects zootechniques sont très bien décrits, en particulier la foulée de galop et le coup de tête. Dans la 3e partie de son travail, il décrypte les pratiques liées à l’élevage : la description des terrains, la surexploitation des pâturages, la charge parasitaire conséquente, le patrimoine génétique non renouvelé, etc. Il analyse notamment en détail, et de manière novatrice, la proposition de reproduction par transplantation embryonnaire, y compris dans ses aspects économiques, de même que l’alimentation rationnelle des vaches de combat avant la course. Il termine par une étude sur l’importante législation sanitaire concernant nos vaches landaises, en comparant notamment les taux de pathologies en Espagne, en Camargue et en Gascogne. Voici la photographie de l’impétrant et du jury paru dans Gascogne.
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A Vic-Fezensac en 1841 : mais que fait la police ?

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On peut lire dans le Journal de Toulouse du 1er octobre 1841 cette brève :

« Dimanche 26 [septembre], jour de la fête patronale à Vic-Fezensac, une course de taureaux avait été préparée pour le divertissement de la population indigène et des invités. La disposition du cirque, calquée sur les cirques antiques, était celle-ci : loges au rez-de-chaussée pour les taureaux ; galeries au-dessus pour les spectateurs.

Or pendant que le public battait des mains et que le taureau remplissait son rôle avec succès, les galeries supérieures se sont écroulées, et les spectateurs sont tombés dans les fosses des animaux.

La réalité sanglante aurait probablement succédé à l’innocente fiction, si les fosses n’eussent été vides. Heureusement les taureaux étaient absents, ce qui fait qu’il n’y a eu que quelques contusions à déplorer.

On nous assure qu’il y a aussi à Vic un commissaire de police ; il aurait bien dû s’assurer de la solidité des échafaudages. »

Au Houga en 1860 : « show must go on ! »…

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Voici ce que rapporte le Courrier du Gers dans son numéro du 19-20 juillet 1860.

« Dimanche dernier, jour de fête locale au Houga, la course de taureaux a été troublée par une catastrophe terrible. Tous les habitants de cette petite ville étaient réunis sur les théâtres disposés pour les spectateurs, lorsque le nommé Lacouture, un des teneurs de corde les plus distingués du pays, tombe au milieu de l’arène frappé d’une attaque d’apoplexie foudroyante. Des cris sinistres se font entendre ; la foule épouvantée évacue les théâtres et la course de taureaux n’a pu être reprise que le lendemain lundi. »

C’est malheureusement la seule mention que nous ayons pu trouver (et Gérard Laborde également) de la biographie de ce cordier.

Quand les arènes de Mont-de-Marsan servaient de prison…

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C’était un 15 novembre et nous étions en 1914. Les premiers combats avaient déjà été meurtriers, mais nous n’étions pas encore entrés véritablement dans la guerre de tranchées. Des centaines de soldats avaient été faits prisonniers, et dans les deux camps.
Du côté français, il fallait d’une part les éloigner le plus du front et d’autre part les surveiller étroitement. Mais avant que l’on organise les choses, que l’on construise des camps ou que l’on trouve des baraquements adéquats, l’on dut parer au plus pressé. Ce fut le cas à Mont-de-Marsan, où plusieurs cartes postales de l’époque nous montrent ces prisonniers allemands parqués sous bonne garde dans les arènes désormais vides de tout spectacle taurin.
Le grand périodique illustré de l’époque, Le Miroir, s’en fait l’écho (un écho patriotique bien sûr) dans son numéro du 15 novembre 1914. Voici cette image, une image d’histoire, une histoire qu’on ne voudrait plus connaître…

Et voici quelques-unes des cartes postales dont je vous ai parlé et qui montrent un peu du quotidien de ces soldats qui passèrent la guerre à l’arrière et furent employés à des travaux d’intérêt général. Certaines existent avec le même cliché recadré plus serré.

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