Jean de Lahourtique (J. J. Diris, dit)

Dans le prochain numéro de La Cazérienne, vous pourrez lire la notice biographique que j’ai consacrée à ce grand apôtre de la course landaise. En attendant, voici la plaquette éditée par la fameuse « Tuile », dont il fut rédacteur en chef puis directeur. Elle fut éditée en 1935, 4 ans après sa mort subite lors des fêtes de Dax. Elle est très rare, et je n’en ai trouvé qu’un exemplaire aux Archives départementales des Landes, que je vous présente ici :

Courses landaises… ou espagnoles ?

Cette carte-photo que j’ai trouvée présente un double intérêt. En premier lieu, il faut dire que cette image est connue, car elle a servi au moins pour deux cartes postales imprimées, mais avec deux légendes différentes. L’une est intitulée: « Mont-de-Marsan. Courses espagnoles »; et l’autre: « 210. Aux arènes montoises. Courses landaises. L’entrée ». Ces 3 documents ont été réalisés à partir du même cliché, mais celui-ci a été coupé vers la droite sur cette carte-photo (après le picador) et non sur les cartes postales dont je publie l’une d’elles ci-dessous. Au contraire, on voit le haut des arènes et leur décoration sur la photo, mais pas sur les cartes postales.

Alors, courses espagnoles ou landaises? Eh bien, les deux mon général, puisqu’il s’agissait en l’occurrence de courses hispano-landaises que je vous ai présentées à plusieurs reprises sur ce blog. L’autre intérêt de ce document est qu’il nous donne une date, celle de 1903, ce qui nous permet maintenant de dater nos autres documents.


Pierre LAFFAU (Jean ARJO, dit)

 

Né le 5 juillet 1871 à Mont-de-Marsan ; décédé en 1937

« Premiers écarts à Mazerolles, à l’âge de 15 ans. Deux ans plus tard, il débute avec l’excellent troupeau de seconde de Moncoucut-Gaillat et en 1890, il est récompensé parmi les cinq meilleurs des fêtes de Morlanne. Ses prestations, et notamment son premier prix à Viella, lui valent d’intégrer les cuadrillas qui vont suivre le troupeau d’élite de Barrère à partir de [18]92. En [18]95, premier grand triomphe devant le « bétail terrible » du ganadero de Lapeyrade : Laffau remporte le premier prix de 200 fr. des fêtes d’Orthez. Il récidive l’année suivante et apparaît désormais dans les premiers noms sur les affiches ; il est le type de l’écarteur « travailleur, d’une endurance remarquable » et « brillant aussi devant les vaches nouvelles ». Il est même retenu pour participer au concours tauromachique de Bayonne. En [18]98, il s’illustre à Bordeaux, en [18]99 à Habas, il est qualifié de « toujours aussi laborieux ». (..) En 1903, et pendant les six saisons suivantes, Laffau est l’une des têtes de la cuadrilla attachée au ganadero Joseph Barrère. (…) En 1906, Laffau, celui que l’on surnomme « le feinteur à répétition » est parmi les douze meilleurs écarteurs sélectionnés pour le premier concours de l’histoire organisé par le journal La Talanquère. (…) [Il] signe toujours comme tête de cuadrilla chez Portalier en 1910 (…) puis chez Dubecq en 1911 pour la dernière saison du ganadero d’Estibeaux et chez Alexis Robert où il se met souvent en évidence. (…) En 1914, alors qu’il travaille au sein d’une cuadrilla du Syndicat des toreros, à Castelnau-d’Auzan, Laffau est percé par Rayona qui venait de perdre un tampon sur le dos de Darracq, quelques instants auparavant ; cette blessure ne l’empêchera pas de remporter un premier prix de 200 fr., à Gabarret, au mois de juillet. Après la grande guerre, alors qu’il travaille le bétail de Lafitte, Laffau, alors âgé de 50 ans, fait paraître une annonce dans le journal La Course landaise ainsi libellée : « Lorsque mon ganadero n’a pas de course, les organisateurs peuvent m’engager dans n’importe quelle arène devant n’importe quel troupeau. Je m’engage à faire de 12 à 15 écarts ou feintes pour un jour de course et entre 25 et 30 pour 2 jours« . Puis, pendant quelques années, il travaillera chez des ganaderos de seconde et il fera même quelques piges en formelle chez René Larrouture en 1927 ».

Eléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 285-286 (avec l’aimable et amicale autorisation de l’auteur) 

Quand les arènes de Mont-de-Marsan servaient de prison…

Le_Miroir_1914-11-15

C’était un 15 novembre et nous étions en 1914. Les premiers combats avaient déjà été meurtriers, mais nous n’étions pas encore entrés véritablement dans la guerre de tranchées. Des centaines de soldats avaient été faits prisonniers, et dans les deux camps.
Du côté français, il fallait d’une part les éloigner le plus du front et d’autre part les surveiller étroitement. Mais avant que l’on organise les choses, que l’on construise des camps ou que l’on trouve des baraquements adéquats, l’on dut parer au plus pressé. Ce fut le cas à Mont-de-Marsan, où plusieurs cartes postales de l’époque nous montrent ces prisonniers allemands parqués sous bonne garde dans les arènes désormais vides de tout spectacle taurin.
Le grand périodique illustré de l’époque, Le Miroir, s’en fait l’écho (un écho patriotique bien sûr) dans son numéro du 15 novembre 1914. Voici cette image, une image d’histoire, une histoire qu’on ne voudrait plus connaître…

Et voici quelques-unes des cartes postales dont je vous ai parlé et qui montrent un peu du quotidien de ces soldats qui passèrent la guerre à l’arrière et furent employés à des travaux d’intérêt général. Certaines existent avec le même cliché recadré plus serré.

mdm_prisonniers_4

mdm_prisonniers_1

mdm_prisonniers_2.jpg

mdm_prisonniers_3.jpg

mdm_prisonniers_5.jpg

 

Mort pour la France : Daudigeos (Louis)

archives_JCP_345_2
Archives Dubecq

Louis Daudigeos, cordonnier de son état, est né le 22 mars 1877 à Mont-de-Marsan. Il porte le n° 861 au recrutement de cette ville.

Il avait fait son service normal au 144e RI du 15 novembre 1898 au 14 septembre 1901, et en sort avec un certificat de bonne conduite. Il est réserviste à compter du 1er novembre 1901, et passe dans l’armée territoriale le 1er octobre 1911. Il est réformé par la commission spéciale de Mont-de-Marsan le 13 août 1914 pour cicatrice mal collée, mais classé service armé par le Conseil de Révision des Landes le 8 juin 1915 (loi du 6 avril 1915). Il passe au 12e RI, 6e Régiment du Génie. Il est au front à partir du 7 novembre 1915, et est tué à l’ennemi le 12 septembre 1916 à Belrupt (Verdun, Meuse), victime d’un obus près du « Cabaret rouge ».
Il est inscrit au Livre d’or de Mont-de-Marsan, et son nom figure sur le monument aux morts de Mont-de-Marsan et sur celui de Casteljaloux.

Voici ce que La Course landaise annonce alors que la nouvelle de son décès n’est pas encore connue (1er octobre 1916), et qui montre le courage de l’écarteur : « Daudigeos, après s’être courageusement comporté dans les environs de V… et avoir été reversé à l’arrière, a demandé à revenir à son ancien secteur. »

Et voici quelques extraits de la biographie de cet écarteur :

« Enfant, à l’école, il était le plus fort pour écarter un camarade qui, en guise de cornes, brandissait… deux couteaux ! Aussi, c’est très jeune qu’il va tourner son premier écart devant une coursière de Gaillat à Saint-Pierre-du-Mont. En 1894, il remporte son premier premier prix. En 1896, à tout juste 19 ans, Daudigeos dit Le Petit Montois est l’un des meilleurs éléments de la cuadrilla du célèbre Joseph Hains qui travaille surtout le bétail du ganadero Dubecq et de celle de Marin II qui suit celui de Félix Robert, et au concours de fin de saison de Bayonne, Daudigeos est annoncé parmi « les plus forts ». L’année suivante, il s’illustre à Bordeaux (…) le 27 juin, lors d’une course pendant laquelle Nassiet sautera les pieds joints dans son béret et où Marin Ier jouera avec une ombrelle devant les coursières de l’après-midi ! (…) Celui que l’on qualifie parfois sur les affiches de « torpille de l’arène » se signale en [18]98 à Pomarez, où les ganaderos Barrère et Robert présentent pas moins de 12 vaches nouvelles. (…) A partir de 1903, il va devenir une des têtes de la cuadrilla Giovanni que le maître de Buros s’est attachée par contrat. (…) [Il] signe, en 1907, avec les ganaderos Campan et Dupey (…). L’année suivante, il est tête de cuadrilla chez Portalier puis, en 1909, lorsque les fils Passicos remontent la ganaderia familiale, ils font appel à lui pour épauler Fillang et Lalanne. (…) Mais dès l’année suivante, Daudigeos revient chez le ganadero de Parentis toujours comme tête de cuadrilla et remporte 6 premiers prix et 5 deuxièmes sur 28 courses (…). [En 1913] Daudigeos se retrouve tête de cuadrilla chez Alexis Robert le ganadero de Meilhan et enrichit son palmarès d’un nouveau premier prix (…). En 1914, avec six de ses collègues parmi les meilleurs, Daudigeos fait partie de la cuadrilla de « l’Elite landaise » qui va travailler les quatre grands troupeaux de formelle. Joseph Daudigeos disparaîtra pendant la guerre, tombé au champ d’honneur. »

Eléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 129-130 (avec l’aimable et amicale autorisation de l’auteur)