1889 : la Gran Plaza de Toros du Bois de Boulogne, à Paris

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Il n’y a pas que les arènes du Plumaçon et la Tour Eiffel qu’on inaugura en 1889, il y a 130 ans… C’est en effet le 10 août de cette année-là qu’on coupa également le ruban de l’arène du Bois de Boulogne, que j’avais simplement citée dans un ancien article (https://patrimoinecourselandaise.org/2017/03/03/les-courses-de-taureaux-et-les-courses-landaises-1889/ ).

Aussi appelée « Plaza de la rue Pergolèse », elle connut essentiellement des corridas, mais le quadrille de Marin s’y produisit en 1892. Grâce à notre jeune amie coursayre (et historienne de l’Art) parisienne Adeline, qui s’est plongée dans tous les fichiers et répertoires de la capitale, en voici une photographie extérieure (Plaza de toros, 60 rue Pergolèse, Paris, Paris, BnF, département des Estampes et de la Photographie, Va­315 (2) Fol.). C’était un véritable monument de 300 m. de circonférence (polygone régulier de 30 côtés de 10 m., muni de 30 portes et d’une toiture mobile. Le diamètre de la piste était de 56 m. L’édifice comportait 11 rangées de gradins, 116 loges, 22 000 places, 40 stalles d’écurie et 6 corrales de 10 m². Son inauguration eut lieu, comme nous l’avons dit, le 10 août 1889, avec les plus fines lames d’Espagne, et elle n’eut, comme beaucoup de ces bâtiments construits pour les Expositions universelles ou internationales, qu’une vie éphémère. Sa fermeture intervint en effet le 6 novembre 1892. Voici d’ailleurs, toujours grâce à Adeline, ce que disait la presse de l’époque au sujet de cet événement.
« La Plaza de Toros. On vient de vendre, moyennant 15 000 francs environ, tout le matériel du fameux Cirque de la rue Pergolèse, où ont eu lieu, depuis 1889, des courses de taureaux, d’abord très suivies, puis finalement abandonnées par le public. Et maintenant ces arènes, les plus belles du monde au dire des Espagnols eux-mêmes, sont menacées d’une disparition totale et prochaine. A ce propos, voici, en quelques lignes, leur courte et lamentable histoire.
Vers la fin de 1888, une société d’éleveurs de taureaux espagnols, ainsi constituée : M. le duc de Veragua, M. le comte de Aresana, M. le comte del Vilar et M. le comte de Patilla, obtint du gouvernement français l’autorisation de donner pendant l’Exposition, des courses de taureaux sans effusion de sang. On voulut faire grand, puisqu’on était Espagnol. Les terrains pour lesquels on contracta des achats, des baux et des promesses de vente furent estimés à 4 400 000 francs. On y éleva la superbe construction que l’on connaît (MM. Courboul et Delaborde, architectes) et qui ne coûta pas moins de 5 millions de francs. Les travaux furent exécutés en quatre mois, sauf la coupole, qui ne fut construite qu’en 1890.
L’ouverture eut lieu le 10 août 1889. Depuis cette date jusqu’au 10 novembre de la même année, on encaissa 1 200 000 francs. La plus belle recette, celle du 12 septembre, s’éleva à 75 000 francs. En 1890 et 1891, les bénéfices furent moindres : la société espagnole laissa place à une société anonyme qui fut mise en faillite avec un déficit de 860 000 francs. Si les recettes étaient belles, les frais étaient énormes, chaque taureau coûtait 1 500 à 5 000 fr., et il était revendu après la course 250 francs à un boucher. Toutes ces bêtes provenaient des terres de M. le duc de Veragua qui pratique l’élevage du taureau de combat sur une grande échelle, s’il est permis de s’exprimer ainsi, et qui n’a pas moins de 3 500 têtes de ce bétail particulier. Les toreros se font payer bon prix. Angel Pastor et sa cuadrilla, composée de cinq hommes, coûte 3 500 francs par course. (…) Les autres prima spada étaient ainsi rétribuées : Cara-Ancha, 4 500 francs (par course, bien entendu) ; Mazzantini, 5 000 ; Lagartijo, 6 000 ; Guerrita, 6 000 : Espartero, 6000. Le cavalier en place recevait, pour lui seul, 1 000 francs par séance. Tout compté, les frais, pour chaque représentation, s’élevaient à 25 000 ou 30 000 francs.
Les habitants du quartier rappellent avec de gros soupirs ces jours de splendeurs. Malgré tout, ils ne veulent pas croire que l’on puisse se résoudre à démolir cet édifice, alors surtout qu’on tirerait à peine deux cent mille francs de ce qui a coûté cinq millions. »
Gazette anecdotique, littéraire, artistique et bibliographique, n° 8, 30 avril 1893, p. 240-­242

« Prochainement ouverture des courses landaises »… en 1890

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Puisque nous ne sommes qu’à quelques encablures du début de notre saison tauromachique, je ne résiste pas au plaisir de publier cette superbe affiche. Conservée  dans les collections de la Bibliothèque nationale de France (cote : ENTDO-1(PACHER,J.)-FT6), elle est l’une des rares lithographies (peut-être l’unique ?) consacrée à notre sport par la fameuse « Imagerie Pellerin » d’Épinal. Elle date de 1890, c’est-à-dire de la période où les courses landaises furent très présentes à Paris, à la suite des Fêtes du Soleil de 1887 et de l’Exposition universelle de 1889. Elle a certainement été réalisée pour l’ouverture de la saison à la capitale. L’illustrateur en est Jules Pacher, l’un des dessinateurs de la maison Pellerin.

On y voit le paseo avec deux alguazils, comme dans les courses hispano-landaises. Les acteurs y sont d’ailleurs vêtus des costumes colorés de ce type de course. Les 4 scènes reproduites en médaillon montrent des écarts, un saut et la suerte de la chaise. Quant aux arènes, il semble qu’il s’agisse de celles de la rue Pergolèse.

Les courses landaises à Paris en 1857 (suite)

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Je vous ai déjà parlé de ces courses parisiennes parmi les plus anciennes de la capitale (https://wordpress.com/post/patrimoinecourselandaise.org/180 ). Je viens d’en trouver un compte-rendu particulièrement intéressant, car il nous fournit non seulement les noms des écarteurs qui y participèrent, dont le grand Jean Chicoy, mais aussi celui des vaches qui les accompagnaient, dont on voit qu’ils n’avaient pas encore subi d’hispanisation et qu’elles étaient encore de cette race indigène presque disparue aujourd’hui… Il est l’œuvre de Gustave Chadeuil, qui l’inclut dans sa « Revue musicale », parue dans Le Siècle du 24 septembre 1857.

« Voici les exercices dans toute leur simplicité :
Les musiciens commencent à faire mugir leurs instruments. Puis, quand l’orchestre est lancé dans sa course à fond de train, on ouvre les barrières.
Attention ! voici venir M. Jean Chicoy, dont la casaque est grenat. Le valeureux champion provoque une vache, Tartarine, dont les cornes sont effilées comme un poinçon. Tartarine se fâche des tracasseries que lui fait subir M. Chicoy. Elle se ramasse et piétine, la tête inclinée ; puis, elle s’élance contre son ennemi, dans l’intention manifeste de le traverser de part en part. Celui-ci fait un prompt écart et se remet à tourmenter son adversaire. Nouvelle attaque, nouvel écart.
Après bien des ruses de part et d’autre, on finit par s’aborder de front. Mais quand Tartarine bondit pour transpercer M. Chicoy, ce dernier, plus agile cent fois qu’un écureuil, franchit la vache d’une enjambée, et ses cornes transpercent le vide.
Des faits analogues s’accomplissent entre :
Lauréate et M. Duprat, casaque jaune
– Souris et M. Cizos, casaque noire
– Cornette et M. Duvigneau, casaque cerise
– Charmante et M. Camiade, casaque verte
Rosalie et M. Maumane [= Momas], casaque bleue.
Ces jouteurs sont adroits comme des Andalous, et ces vaches impétueuses comme des taureaux. »

Et le journaliste ajoute plus loin : « Quand on n’est pas Espagnol, ces exercices peuvent amuser : ils font diversion aux habitudes de l’Hippodrome. Après la grande chasse anglaise, la course par des jockeys, le diable à quatre, les juives d’Athènes, les folies équestres et les joyeuses bouffonneries des clowns, on s’intéressera aux allures vives de ces petites landaises, dont les mutineries sont sans grand danger. On ira les voir. Il en est une surtout, Souris, je crois, dont la couleur est ravissante. Avec sa petite taille et ses formes irréprochables, elle produit l’effet d’une charmante réduction. »

Une course à Paris… en 1849

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Voici l’un des récits de courses les plus détaillés de la première partie du 19e siècle. Comme vous le verrez, l’auteur n’y parle pas de « course landaise », mais de « course basque ». Il est vrai que dans les premières décennies de ce siècle, et même si nous savons que, dans les années 1830-1840, des écarteurs landais commençaient à se faire un nom, comme les frères Darracq par exemple, les spectacles taurins étaient souvent assurés par des Navarrais, assimilés aux Basques. Ce fut notamment le cas à Mont-de-Marsan en 1845, lors de la venue du duc et de la duchesse de Nemours, et dont je vous ai déjà parlé (https://patrimoinecourselandaise.org/2018/04/07/une-course-a-mont-de-marsan-en-1845/), et l’on verra que le costume des acteurs ressemble terriblement à celui représenté sur la gravure montoise de 1845 qui illustre ce billet. La course dont il est question ici se passe quatre ans plus tard à l’hippodrome de Paris et constitue certainement le plus ancien spectacle tauromachique de la capitale. L’autorisation de l’organiser n’avait d’ailleurs pas été facile à obtenir, et il avait fallu mettre en avant l’argument (déjà…) de la tauromachie douce, opposée au spectacle sanglant qui avait cours de l’autre côté des Pyrénées. Le récit circonstancié de cette course, qui se déroula le 16 août 1849, est publié dans le feuilleton du journal La Presse du 20 août suivant. En voici quelques extraits :

« Le toril, composé de huit loges de planches décorées à la moresque, est placé sous l’orchestre : les taureaux y sont amenés dès le matin au petit jour, après l’opération difficile et périlleuse de l’emboulage, qu’on nous permette ce néologisme, mais nous ne connaissons pas de mot qui exprime l’action d’entourer de cuir en forme de boule les cornes d’un taureau.
L’arène est circonscrite hors du terrain des courses [de chevaux], dans le centre de la place où se font ordinairement les carrousels, les tournois et les grandes manœuvres équestres ; elle n’est pas composée de bois compacte, mais d’une claire-voie de madriers qui laissent pénétrer le regard tout en empêchant les bêtes de sortir. Des claies de même nature, posées de chaque côté du toril, conduisent l’animal dans le champ-clos ; ces barrières sont peintes en jaune et en blanc, comme le reste de l’Hippodrome. Çà et là des jours sont ménagés pour la retraite des hommes vivement pressés.
L’orchestre entonne un air espagnol, avec accompagnement de tambours de basque [= tambourins] et de castagnettes, le rideau de la coulisse s’écarte, et la quadrille s’avance vers le milieu de la place, la veste sur l’épaule, le béret sur la tête, bas blancs, culottes courtes et ceinture rouge, dans le léger et galant costume basque ; un seul des toreros a le gilet court et l’immense pantalon de velours des Catalans.
Arrivés dans l’enceinte où doit se passer la lutte, ils saluent, rangés tous sur la même ligne, puis jettent sur la barrière leur veste, qui pourrait les gêner, et se dispersent dans l’arène.
Tout autour, en dehors des barrières, se tiennent les servants de place de l’Hippodrome, armés de lances aiguillonnées pour repousser le taureau s’il essayait de franchir l’obstacle.
La porte d’une des loges est ouverte par le garçon de toril, qui s’abrite derrière le battant.
Le taureau sort secouant la tête, un peu contrarié par les boules auxquelles il n’est pas habitué, et fond sur le premier torero qu’il aperçoit. Le torero l’évite par un écart très bien fait et très rapide. […] Sept autres taureaux sont courus avec des chances diverses ; de beaux écarts sont exécutés ; des sauts à pieds joints par-dessus les cornes, des sauts de toute la longueur de la bête, pareils à ceux que l’on fait au cheval fondu, et très hardis, arrachent des applaudissements au public, qui jusque-là s’est montré un peu froid, s’attendant à quelque chose de plus poignant, de plus barbare, de plus périlleux, s’il faut le dire, car la commission dramatique a trop préjugé de sa sensibilité, et les exercices faits avec les cornes aiguës, comme aux répétitions, n’eussent pas été de trop pour l »mouvoir. On dirait vraiment quelquefois qu’il ne se rend pas compte du danger très réel encore, car le coup de tête d’un taureau, même désarmé, a une grande force, surtout lorsque l’animal est lancé, et, si l’on ne l’évite à temps, on court risque de contusions affreuses, de côtes enfoncées ou brisées, d’ecchymoses et de foulures.
Sans doute il y a loin de cette course basque aux brillantes descriptions de lord Byron, de Mérimée, d’Alexandre Dumas, et de celles où nous avons mis du moins de l’exactitude à défaut de talent, mais il faut songer que nos toreros français ne demanderaient pas mieux que de faire des choses aussi périlleuses que leurs confrères d’Espagne ; ce n’est ni le courage, ni l’adresse qui leur manquent, c’est la permission. »

Il faudra attendre encore 4 années supplémentaires avant que, dans les arènes de Saint-Esprit, qui était alors encore une commune landaise près de Bayonne, il faut le signaler, une première véritable corrida « à l’espagnole », avec mise à mort, puisse se donner en France.

Les exploits de Paul Daverat

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Le premier saut d’un taureau en Espagne par un sauteur landais (16 août 1878)

Je vous ai narré il y a quelque temps le premier exploit réalisé par ce héros de la course landaise, Paul Daverat : https://patrimoinecourselandaise.org/2018/02/11/un-anniversaire-cette-annee-le-premier-saut-dun-taureau-de-corrida-16-aout-1878/.
A 15 jours de son mariage, il avait été défier un des toros réservés au grand matador Frascuelo, avec son autorisation bien sûr, et avait même été récompensé d’une oreille du bicho. C’est d’ailleurs toujours, à notre connaissance, le seul acteur de course landaise qui ait eu cet honneur.
Certains pourraient contester le jour et l’année que je donne, car on cite souvent le 15 août et l’année 1877 pour cet exploit. Mais comme toujours, un bon historien se doit de vérifier et de croiser les documents. Pour le jour, il suffisait de reprendre le récit qu’en fait l’un de ses plus fiables témoins (« Don Emilio » [Emile Pédedieu], de Mugron, ami et accompagnateur de Daverat à San Sebastian), qui rapporte que la corrida prévue le 15 août fut reportée au 16 en raison d’une tempête de pluie qui s’abattit sur les arènes à l’heure de la course. Mais il restait un  petit doute sur l’année, qui, je dois le dire, me titillait en tant que chercheur. J’ai donc continué à fouiller, et j’ai trouvé la preuve qu’il s’agissait bien de 1878 et non de 1877. En effet, nous trouvons le compte-rendu de l’exploit de notre Landais dans le Diario de San Sebastian du 17 août 1878 (page 2), aujourd’hui numérisé http://liburutegidigitala.donostiakultura.com/liburutegiak/catalogo_archivo_ficha.php?dp_id=80&y=1878&m=8&fecha=1878-8-17&dpf_id=687733 .
On ne pourra donc plus dorénavant, j’espère, donner une autre date que celle-là…

Paul Daverat de retour à Saint-Sébastien en 1879…

Grâce à l’ami Christian Capdegelle, voici le récit de la prestation réalisée par notre sauteur dans les arènes de Donostia l’année suivante, en 1879. Malheureusement, elle n’eut pas le même succès que la première…
« Courses de taureaux en Espagne. – On écrit de Saint-Sébastien, le 3 septembre [1879] :
Les courses de taureaux données dimanche dernier à Saint Sébastien ont attiré nombre d’étrangers résidant à Biarritz, qui ont voulu connaître le jeu si en honneur au-delà des Pyrénées.
Frascuelo et Largartijo ont mérité de chaleureux applaudissements. L’écarteur landais Daverat était engagé pour renouveler dans cette course un exercice des plus difficiles, celui de franchir d’un bond le taureau fondant sur lui.
C’est le troisième taureau qui devait servir à ce saut périlleux. Daverat, en pantalon blanc, attire à lui la bête qui se précipite dans sa direction : le Landais s’élance ; mais le taureau s’arrête net, accroche le pantalon de l’écarteur, qui tomba sur l’échine de la bête. Le malheureux s’allonge et reçoit un coup de corne qui déchire sa chemise.
C’en était fait du sauteur sans le sang-froid de Lagartijo, qui lance sa capa sur les yeux du taureau. Alors celui-ci abandonne le Landais pour poursuivre le voile léger dont la couleur l’irrite. Daverat veut recommencer l’épreuve ; le public s’y oppose et l’alcalde Erraza l’interdit.
Daverat se retire, mais il donne une nouvelle preuve du ressort de ses jarrets en franchissant à pieds joints la barrière de l’arène.
Parmi les spectateurs, on remarquait le prince Gortchakoff, ambassadeur de Russie à Madrid. (L’Impartial Dauphinois, 10 septembre 1879).

Paul Daverat à Paris en 1887…

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Je vous ai déjà parlé de ces fameuses « Fêtes du Soleil » organisées à Paris en janvier 1887 au profit des inondés du Midi. Voici la présentation que Le Figaro fait de nos sauteurs qui devaient ravir quelques jours plus tard tout le public de la capitale, avec en prime une interview exclusive de Daverat !
« Les Landais ne possèdent pas que des génisses. Ils ont avec eux divers taureaux, entre autres le célèbre Mazantini dont le nom est mis en gros caractères sur les affiches, à Saint-Sébastien ou à Bayonne.
On verra, dimanche, les deux principaux sauteurs des Landes, MM. Paul Daverat et Nassiet. Je demande au premier quels sont ses exercices :
– Je me tiendrai avec Nassiet et les sept écarteurs dans l’arène. On fera sortir un taureau. Il s’élancera sur moi. Je sauterai par-dessus, soit à pieds joints, soit en ayant les pieds dans un béret [comme la gravure d’époque ci-dessus le montre]. A chaque nouveau taureau, je ferai un saut différent. Une fois, je me lierai les jarrets. Une autre fois, je sauterai de côté. On aime aussi que j’attende le taureau en tenant les deux bouts d’une baguette, par-dessus laquelle je saute en l’air. Enfin, je ferai tout ce que je pourrai pour satisfaire les Parisiens.
Paul Daverat est un grand gars solide, qui a absolument le type basque. L’extérieur est très sympathique. Il est descendu avec ses compatriotes rue Rochechouart, au Grand-Hôtel d’Amérique. » (Le Figaro, 13 janvier 1887)

1887 : les grandes Fêtes du Soleil à Paris (suite)

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Pour compléter l’article que je leur ai déjà consacré (https://patrimoinecourselandaise.org/2016/02/21/1887-les-grandes-fetes-du-soleil-a-paris/), voici quelques éléments historiques supplémentaires sur les Fêtes du Soleil organisées à Paris, en janvier 1887, au profit des victimes des inondations catastrophiques du Midi.

Le journal Gil Blas fait ainsi, le 14 janvier, le compte-rendu de l’arrivée de nos Landais dans la capitale et surtout le portrait de leur chef, Joseph Marin :

« A la même heure, débarquait à la gare d’Orléans le quadrille landais.

Son chef, Josef Marin, petit, trapu, vêtu d’un costume noir sans prétention, coiffé du béret pyrénéen, est un homme de vingt-deux ans au visage basané, à l’œil noir, à la moustache fine.

Il n’est pas comme le Pouly toréador par tradition de famille, puisque, durant le premier semestre de l’année, il travaille en qualité de forgeur mécanicien dans une des principales usines de Bordeaux. Ses exercices consistent surtout dans le double bond périlleux, le coup du béret, le saut avec les pieds liés, etc. Il a engagé un précieux collaborateur, Paul Daverat, garçon de haute stature, larges épaules, à la figure mâle, dont les voltes téméraires feront tressaillir d’aise plus d’une Parisienne blasée.

Le quadrille landais, qui se compose en outre de Barrère, Banos, Chéri, Lapaloque, Nassiet, Lacroix, Firmin, Mouchez, Casino, etc., a élu domicile dans un hôtel de la rue Rochechouart. »

Le même quotidien publie, dans son édition du 18 janvier suivant, un compte-rendu de leurs premières prestations qui nous fournit notamment de précieuses indications sur le costume des acteurs, encore calqué sur celui des matadors et où l’on appréciera la variété des assemblages de couleurs :

« Deux courses landaises ont succédé à cette première course provençale, avec deux taureaux à cornes relevées: Escriba, taureau cendré, et Pelegrina, taureau noir. […] On m’excusera si je ne fais pas, comme en Espagne, le compte-rendu de cette course en vers. Elle présente encore moins d’analogie que les courses provençales avec les courses madrilènes; mais je serai aussi lyrique que possible. En dépit d’un taureau levantados, qui, à diverses reprises, a voulu et a même réussi à escalader la barrera, ou, pour parler français, la barrière intérieure, il y a eu divers exercices des plus réussis. Voici tout d’abord la composition du « quadrille » landais:

Josef Marin, chef du quadrille. Costume rouge, ceinture blanche, béret rouge.

  1. Paul Daverat, premier sauteur. Costume bleu, béret bleu.
  2. Lapaloque, écarteur sans rival. Costume rouge, gilet jaune.
  3. Nassiet, sauteur sans perche. Veste noire, culotte blanche, béret rouge.
  4. Barrère, dit le Zéphir. Costume noir, béret bleu.
  5. Banos. Culotte verte, veste noire, béret rouge.
  6. Chéri. Bas bleus, culotte blanche, veste bleue.
  7. Casino. Veste noire, culotte bleue, béret rouge.
  8. Mouchez. Veste bleue, culotte blanche, béret rouge.
  9. Lacroix, teneur de corde.

Si Josef Marin est un remarquable chef de quadrille, Paul Daverat est un sauteur incomparable. Il est merveilleux d’agilité, d’adresse et de précision. Tour à tour il a fait le saut du taureau avec et sans élan, les pieds liés avec un mouchoir, ou tenant un mouchoir entre ses pieds joints — et cela sans manquer aucun exercice… C’est, avec le Pouly, le roi de la fête !

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On a eu un moment d’émotion : l’un des hommes du quadrille a été renversé à terre par le taureau ; il y a eu quelques petits cris d’effroi. L’homme s’est relevé : il en a été quitte pour un léger saignement de nez et une dent, le pied du taureau l’ayant atteint. Il a continué la course jusqu’à la fin.

A une course suivante — pour liquider la partie incidents (ne pas lire accidents) — un autre homme du même quadrille a reçu un coup de cornes dans la partie postérieure de son individu. Il n’a pas paru s’en apercevoir. Ce que c’est tout de même que la force de l’habitude !

Les âmes sensibles peuvent donc se rassurer et les membres de la Ligue antivivisectionnistes peuvent dormir tranquilles ! Taureau embolados et hommes désarmés ne se sont pas fait de mal ! L’adresse et le courage l’ont emporté sr la force. […]

Le spectacle a repris avec une course landaise, avec Avelina qui appartient à la race des parados — pour continuer quand même à parler espagnol — c’est-à-dire à la famille des indolents. Mais avec Mazantini, taureau noir aux cornes blanches, nous avons assisté à une course hors pair. Paul Daverat a fait notamment, par dessus le taureau, une série de sauts en travers, puis de sauts périlleux droits des plus réussis. Cet homme est étonnant ! Il n’a pas une hésitation, et c’est à coup sûr qu’il escalade l’obstacle vivant qui est devant lui.

Nous avons vu, à cette course, les sauts avec perches. Trois sauts ont été ainsi exécutés presque en même temps, et sur le même bond du taureau, par trois des hommes du quadrille. On a applaudi à outrance ! […]

La dernière course landaise, avec Furiosa et Naranja a été moins réussie. Non pas que la quadrilla y ait été inférieure à elle-même; mais la dernière de ces bêtes, notamment, était par trop parados, c’est-à-dire indolente. Elle a carrément refusé de marcher. Ce fait, qui se produit parfois, a eu le don d’exciter l’hilarité des spectateurs.

De même le « cabestan », comme on l’appelle dans le Midi, c’est-à-dire le taureau dressé qui va chercher les taureaux et les entraîne au toril, après la course, a eu un succès de gaieté très marqué. On appelle ce taureau le Dompteur ou Mazagran. »