Les courses landaises à Paris en 1890

Figaro_1890_Paris

Il y a 130 ans, Paris accueillait une nouvelle fois nos écarteurs et nos sauteurs. Cette superbe gravure a paru dans Le Figaro illustré de janvier 1890. A ce moment-là, et depuis les grandes « Fêtes du Soleil » de 1887, les Landais faisaient chaque année un malheur dans la capitale. On voit ici au premier plan les élégantes qui venaient ressentir le frisson de la peur devant ces téméraires gascons dont l’un saute à pieds joints la bête aux cornes acérées… Le dessin est l’œuvre d’un des grands illustrateurs de l’époque, Albert Lynch.

Cette année-là, c’est le 15 septembre qu’ils triomphent, en écartant « pour la première fois » dit la publicité, des taureaux espagnols sur la piste de la « Gran Plaza de toros du Bois de Boulogne ».

Voilà nos acteurs:

cuadrilla_1890

Cette photo a été publiée dans La Talanquère, 1e année, n° 8 du 28 octobre 1906. Elle avait été donnée par Kroumir 1er au directeur de ce journal. En fait, la légende comporte une grossière erreur de date. En effet, il ne s’agit pas de la cuadrilla de 1889, mais bien de celle de 1890. On y retrouve, de gauche à droite : Lacau, Bourre, Bellocq, Kroumir 1er, Lapaloque, Nicolas dit « Le Suisse », et enfin Candau. Ils posent en studio, devant une de ces toiles peintes qui servaient de décor paysager au photographe dont on ignore l’identité. Bellocq tenait la corde, Candau et Kroumir étaient préposés aux sauts, et enfin Nicolas, Lacau, Lapaloque et Bourre (dit aussi « Le Petit Montois ») écartaient.
Le chroniqueur du journal La Nation, Alexandre Duchemin, écrit à leur sujet :
« J’ai eu la bonne fortune d’assister à plusieurs courses landaises et d’applaudir déjà nos compatriotes. La dernière fois, ce fut en 1889, au mois de juin et voici ce que j’écrivais à cette époque :
« Les Landais portent tous le même costume : pantalon blanc, veste de velours noir brodé d’or. Ils sont coiffés de bérets de couleurs diverses : rouge pour Bellocq, gris perle pour Boniface, écarteur de pied ferme, grenat pour Lacau, écarteur au saut, vieil or pour Kroumir aîné, habile aux sauts périlleux, bleu pour Dufau, écarteur fixe, et pour Candau écarteur à la feinte. Ce ne sont pas à des taureaux que les Landais s’adressent mais à des génisses sauvages, aux cornes recourbées, toujours au galop, poursuivant, avec furie, tous les toréadors à tour de rôle. Les écarts des Landais sont extraordinaires de témérité et de sang-froid. Dufau jette son béret à terre, se place debout dessus, les pieds joints, convie à l’attaquer la génisse qui se précipite sur lui, cornes basses. Au moment précis où les cornes vont l’atteindre, il fait une demi-volte, sans bouger de place, creuse les reins, s’arque comme une corde d’arquebuse… et la bête passe dans le vide. Les talons de Dufau ont pivoté, mais il est toujours sur son béret, debout, souriant.
Kroumir aîné exécute un mouvement aussi extraordinaire et sa façon d’éviter la charge de Berouga, une bête très ardente et très leste, n’est pas à recommander aux personnes grasses. L’écarteur landais se place face à la génisse et, tranquillement, sans avoir l’air de bouger presque, d’un rapide et vigoureux coup de jarret, il quitte le sol, exécute un saut périlleux, absolument classique et touche terre, à la queue de la génisse qui, trop lancée, ne se retourne que trop tard. »
Mais, c’est pour la première fois, moi aussi, que je verrai les landais courir des taureaux espagnols. Et j’avoue que je tremble un peu, à l’avance, connaissant la folle témérité de nos toréadors français. »

Le compte-rendu de cette course dans Le Figaro fait l’éloge de nos compatriotes :
« Quant aux Landais, chacune de leurs entrées a été signalée par des ovations enthousiastes. A la cinquième course, qui leur était réservée, le taureau Salinero, des élevages de Concha-Sierra, animal plein de fougue, s’est rué sur un des écarteurs tombé à terre. Relevé et transporté à l’infirmerie, le courageux Landais a été pansé. Ses contusions sont sans aucune gravité. »
Quant à Gil Blas, voici ce qu’il note:
« M. A. Fayot, le nouveau directeur général, voulant donner un intérêt de plus aux courses de taureaux, avait eu dernièrement l’excellente idée de présenter, concurremment avec les Espagnols, des toreros français. Bien lui en a pris, — et aux Landais aussi,—car ces derniers ont été plus qu’applaudis. Ecartements [sic], sauts périlleux, etc., ont trouvé auprès des Parisiens, tout le succès qu’on devait en espérer. »

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