Un drame à Tarsac en 1893…

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A la mi-mai 1893, une terrible nouvelle locale du Gers est reprise par de nombreux journaux régionaux et même nationaux. Grâce aux Archives départementales, nous avons retrouvé le premier de ces communiqués :

« Tarsac. On nous écrit :
La fête locale de notre commune a été marquée par un triste accident.
Il y avait course aux taureaux. Dans une « corrida » des plus mouvementées, et au moment où il s’y attendait le moins, un écarteur de Barcelonne-du-Gers, le nommé Labauge, a eu le poumon gauche perforé par la corne d’une vache qui s’était jetée sur lui avec une telle impétuosité qu’il n’avait pas eu le temps de se garer.
Les soins les plus empressés lui ont été prodigués en toute hâte. Son état est très grave.
Labauge est à peine âgé de vingt-huit ans et est marié.
Ce pénible accident a produit une une profonde impression dans la localité.
P.-S. : Au dernier moment, nous apprenons que Labauge a succombé aux suites de sa terrible blessure. » (La Voix du Peuple, 11 mai 1893)

Une variante, parfois datée d’Aire-sur-l’Adour, en a été publiée dans d’autres journaux, comme ici dans Le Temps, dégotée par le fouineur Christian Capdegelle  :
« On nous écrit d’Aire, dans les Landes. – Les fêtes de Tarsac ont attiré beaucoup de monde. La course a été très suivie et fort mouvementée. Le bétail, fort impétueux, a donné beaucoup de mal aux écarteurs, dont plusieurs ont été rudement secoués. L’écarteur Le Baugé [sic], de Barcelonne-du-Gers, a été pris sur un écart et mis hors de combat. Relevé sanglant, il a reçu les soins que réclamait son état mais le poumon avait été perforé par la corne d’un des taureaux et l’écarteur n’a pas tardé à succomber à son horrible blessure. Il était marié et n’avait que vingt-huit ans. »

On ne connaît malheureusement rien de plus sur cet écarteur qui n’a laissé son nom (Labauge, ou Laboge, ou La Baugé) dans l’Histoire que dans ces funestes circonstances et qui devait être un amateur… Il faut se rappeler qu’à cette époque, comme on le voit sur le dessin plus haut, toutes les bêtes sortaient cornes nues et pointues !

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Mort pour la France : Daudigeos (Louis)

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Archives Jean-Charles Pussacq

Louis Daudigeos, cordonnier de son état, est né le 22 mars 1877 à Mont-de-Marsan. Il porte le n° 861 au recrutement de cette ville.

Il avait fait son service normal au 144e RI du 15 novembre 1898 au 14 septembre 1901, et en sort avec un certificat de bonne conduite. Il est réserviste à compter du 1er novembre 1901, et passe dans l’armée territoriale le 1er octobre 1911. Il est réformé par la commission spéciale de Mont-de-Marsan le 13 août 1914 pour cicatrice mal collée, mais classé service armé par le Conseil de Révision des Landes le 8 juin 1915 (loi du 6 avril 1915). Il passe au 12e RI, 6e Régiment du Génie. Il est au front à partir du 7 novembre 1915, et est tué à l’ennemi le 12 septembre 1916 à Belrupt (Verdun, Meuse), victime d’un obus près du « Cabaret rouge ».
Il est inscrit au Livre d’or de Mont-de-Marsan, et son nom figure sur le monument aux morts de Mont-de-Marsan et sur celui de Casteljaloux.

Voici ce que La Course landaise annonce alors que la nouvelle de son décès n’est pas encore connue (1er octobre 1916), et qui montre le courage de l’écarteur : « Daudigeos, après s’être courageusement comporté dans les environs de V… et avoir été reversé à l’arrière, a demandé à revenir à son ancien secteur. »

Et voici quelques extraits de la biographie de cet écarteur :

« Enfant, à l’école, il était le plus fort pour écarter un camarade qui, en guise de cornes, brandissait… deux couteaux ! Aussi, c’est très jeune qu’il va tourner son premier écart devant une coursière de Gaillat à Saint-Pierre-du-Mont. En 1894, il remporte son premier premier prix. En 1896, à tout juste 19 ans, Daudigeos dit Le Petit Montois est l’un des meilleurs éléments de la cuadrilla du célèbre Joseph Hains qui travaille surtout le bétail du ganadero Dubecq et de celle de Marin II qui suit celui de Félix Robert, et au concours de fin de saison de Bayonne, Daudigeos est annoncé parmi « les plus forts ». L’année suivante, il s’illustre à Bordeaux (…) le 27 juin, lors d’une course pendant laquelle Nassiet sautera les pieds joints dans son béret et où Marin Ier jouera avec une ombrelle devant les coursières de l’après-midi ! (…) Celui que l’on qualifie parfois sur les affiches de « torpille de l’arène » se signale en [18]98 à Pomarez, où les ganaderos Barrère et Robert présentent pas moins de 12 vaches nouvelles. (…) A partir de 1903, il va devenir une des têtes de la cuadrilla Giovanni que le maître de Buros s’est attachée par contrat. (…) [Il] signe, en 1907, avec les ganaderos Campan et Dupey (…). L’année suivante, il est tête de cuadrilla chez Portalier puis, en 1909, lorsque les fils Passicos remontent la ganaderia familiale, ils font appel à lui pour épauler Fillang et Lalanne. (…) Mais dès l’année suivante, Daudigeos revient chez le ganadero de Parentis toujours comme tête de cuadrilla et remporte 6 premiers prix et 5 deuxièmes sur 28 courses (…). [En 1913] Daudigeos se retrouve tête de cuadrilla chez Alexis Robert le ganadero de Meilhan et enrichit son palmarès d’un nouveau premier prix (…). En 1914, avec six de ses collègues parmi les meilleurs, Daudigeos fait partie de la cuadrilla de « l’Elite landaise » qui va travailler les quatre grands troupeaux de formelle. Joseph Daudigeos disparaîtra pendant la guerre, tombé au champ d’honneur. »

Eléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 129-130 (avec l’aimable et amicale autorisation de l’auteur)

Camiade (Bertrand) (suite et fin…)

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Hervé Coudroy a continué ses recherches sur l’ancien écarteur Bertrand Camiade, et il a trouvé son acte de décès. Nous ne savions pas, en effet, où et quand ce Chalossais était mort. C’est dans la capitale girondine, rue Kyrié, qu’il a poussé son dernier soupir, le 23 octobre 1903. C’est son fils, également prénommé Bertrand, qui l’a déclaré à l’état-civil le lendemain, comme le prouve l’acte provenant des Archives départementales de la Gironde transmis par Hervé Coudroy.

Mort pour la France : Castets (Jean Joseph Raphaël), dit « Château II »

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Jean Castets, journalier-carrier, est né le 24 octobre 1886 à Tartas (Landes). Il porte le n° 750 au recrutement à Mont-de-Marsan.

Il avait fait son service normal du 7 octobre 1908 au 26 avril 1909 au 12e RI sans certificat de bonne conduite (moins d’un an de service). Il avait été réformé le 26 avril 1909 pour tuberculose pulmonaire, mais reconnu bon pour le service armé par le Conseil de révision (session décembre 1914) (décret du 9 septembre 1914). Rappelé à l’activité en vertu du décret du 1er août 1914 (mobilisation générale), il arrivé au corps le 25 février 1915 et passe au 175e RI le 15 mai 1915 (C.E.O.). Il décède le 24 juillet 1915 à Seddul-Bahr (Presqu’ile de Gallipoli, dans les Dardanelles, Turquie) des suites de blessures.

Son nom figure sur le monument aux morts de Tartas et sur celui de Bégaar, ainsi que sur le Livre d’or de cette dernière commune.

C’est le frère cadet d’un autre écarteur, Charles Castets dit « Château I ». En ce qui concerne la carrière de Jean, voici ce qu’en dit Gérard Laborde :

« Écarteur honnête des débuts du XXe siècle. En 1909, Château II apparaît dans les palmarès de courses de moindre importance […]. Avec 876F de gains pour 20 courses, il termine l’année à la 28e place des 146 toreros en exercice. Aussi, en 1910, il sera une tête de la cuadrilla du ganadero René Passicos mais travaillera aussi dans celle du ganadero Darracq […]. Le 23 mai, il triomphe à Dax, raflant le premier prix de 70F. […] Après avoir travaillé les coursières de Barrère, en 1913, lors d’une dizaine de courses, il intégrera les cuadrillas du Syndicat des toreros l’année suivante. »

Éléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 95 (avec l’aimable et amicale autorisation de l’auteur)

 

Camiade (Bertrand)

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Grâce au travail de recherche très pointu d’un nouveau contributeur, Hervé Coudroy, instituteur à Gamarde, voici reconstituée la carrière de Bertrand Camiade, l’un des pionniers chalossais de la course landaise. Un grand merci à lui et à son réseau de fouineurs de l’Auribat que l’on retrouve sur leur très riche site (http://www.auribat.com/ ).
L’intérêt de cet article est aussi de fournir les scans de documents, qui nous donnent les noms de tous ces premiers vaillants de l’arène.

Bertrand Camiade, fils d’Arnaud Camiade et de Jeanne Dartiguelongue, cultivateurs, est né à Baigts (Landes) le 13 décembre 1817. En 1842, il y épouse Marie Rotger.
La famille arrive à Gamarde (Landes) vers 1845. En 1846, ils habitent au Pouyet de Coudosse ; en 1849, à Pascouaou ; en 1869-1882, à Leplante ; en 1894, au Marchand.
Les Camiade quittent Gamarde peu de temps après.

En 1847, Camiade, de Gamarde, remporte le 4e prix aux courses des fêtes d’Orthez.

camiade_1Mercure d’Orthez, 12 août 1847

Il est sélectionné pour la fameuse course de Magescq de 1852, face aux taureaux espagnols. Il prend la 4e place sur les huit écarteurs retenus et empoche un prix de 50 F.

« Le premier taureau paraît, personne ne se risque. Le second va sortir quand un écarteur en colère bondit hors des refuges et se plante devant la porte du toril. On ouvre la loge. Jean Chicoy fait une large feinte. Le monstrueux taureau file comme la plus douce des laitières (…) Les taureaux espagnols passent en effet, et avec tant de force, de noblesse et de droiture qu’en un instant Camiade, les deux Duvignau et Cizos sautent dans l’arène. La journée s’achève en triomphe. »

La même année, il se classe 3e à Orthez.

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Mercure d’Orthez, 29 juillet 1852

En 1853, il est encouragé à Dax.

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Réveil des Landes, 3 septembre 1853

En 1857, il fait partie des écarteurs landais invités dans les arènes de Nîmes pour la « course de vaches à la mode landaise ».

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Journal des Landes, 20 mai 1857

En 1861, il brille à Saint-Sever.

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La Chalosse, 30 juin 1861

En 1874, on le retrouve aux fêtes de Dax.

Camiade, de Gamarde, ne doit pas être confondu avec Victor Camiade, de Dax, natif de Clermont, qui débute sa carrière dans les années 1870.

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L’Adour, 5 septembre 1874

A plus de 60 ans, il se montre encore dans les courses.

A Montfort, en 1884…

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Le Dacquois, 2 juillet 1884

…en 1889…

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Le Dacquois, 3 juillet 1889

…à Dax, en 1890.

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Le Dacquois, 6 septembre 1890

Il décède après 1894.

Ce Camiade a également une notice dans le Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 75-76.

Mort pour la France : Priam (Eugène)

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Voici notre troisième héros de la Grande Guerre. Il s’agit d’Eugène Priam, cultivateur, né le 28 octobre 1881 à Renung (Landes). Il a le n° matricule n° 1700 au recrutement à Mont-de-Marsan en 1901. Il fait son service normal du 14 novembre 1902 au 19 septembre 1903 au 34e RI et en sort avec un certificat de bonne conduite. Il est placé en position de réserviste le 1er novembre 1905, puis rappelé au tout début du mois d’août 1914.
Il est tué à l’ennemi le 26 janvier 1915 au combat de Vassogne (Aisne), après avoir combattu depuis le 12 août 1914. Il est inscrit sur le livre d’or d’Eugénie-les-Bains, et son nom figure sur le monument aux morts de cette cité thermale sous le patronyme erroné de « Prian ».

Voici ce que La Course landaise annonce en mars 1916 :
« Nous avons à enregistrer aussi [avec celle de Daverat] la perte de Priam, torero landais, populaire par excellence, qui a figuré sur toutes les places de la région, originaire d’Eugénie-les-Bains (Landes). Priam fut toujours l’écarteur classique et laborieux que l’on aimait à revoir avec plaisir. Il est mort en brave, au champ d’honneur. »

Elle lui consacre un nouvel article dans son numéro du 1er décembre 1916, sous la plume d’un de ses compagnons de tranchée :

« La fin d’un champion !
Les lecteurs de la Tuile ont déjà appris la mort au champ d’honneur, d’un ancien champion de nos arènes landaises, le vaillant torero Priam. Voici quelques détails :
Priam appartenait à la 6e Cie du 18e Régiment d’infanterie. Au cours des derniers mois de 1914, il avait vaillamment fait son devoir et s’était battu comme il avait écarté, jadis, avec courage et conscience. On saura plus tard combien fut ingrate en ses débuts cette guerre de tranchées qui dure encore ; quelles fatigues, quelles souffrances et quelles privations durent endurer nos braves poilus en luttant contre un ennemi toujours terré, supérieur en nombre et qui tentait de les écraser sous l’accumulation d’un matériel de plus en plus puissant. Notre champion vécut ces heures héroïques avec la patience et l’abnégation qui, seules, pouvaient suppléer à l’insuffisance de nos moyens.
Toutes ces épreuves n’avaient point amolli son courage. Aussi, le 25 janvier 1915, lors de cette terrible ruée des hordes allemandes, se trouvait-il au premier rang parmi les défenseurs de la tranchée, sur le plateau de Paissy. Décidé, comme tous ses camarades, à repousser l’attaque de l’ennemi qui s’était fait précéder par un bombardement d’une violence inouïe, il trouva la mort dans ce combat féroce qui finit dans un terrible corps-à-corps : les positions furent conservées.
Aujourd’hui, grâce aux soins pieux d’un Aturin dont je tairai le nom pour ne pas froisser sa modestie, Priam dort son dernier sommeil au-dessous d’un des principaux éperons de ce plateau qu’il avait si vaillamment défendu. Il repose à côté d’autres fiers Landais des bords de l’Adour, tombés comme lui, à la même heure tragique, face aux Boches dont ils venaient de briser le sauvage élan. A 30 mètres d’une route bien connue des poilus des Landes et des Pyrénées, une petite croix indique la dernière demeure de celui qui, toujours égal à lui-même devant le danger, porta sur le champ de bataille les qualités qui l’avaient fait tant apprécier de notre aficion.
Priam est mort en héros : sa fin sublime, bien digne d’un champion, le couvre d’une auréole de gloire.
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Aux Armées, le 8 novembre 1916. »

Quant à la carrière dans le monde la course landaise de celui qu’on surnommait souvent « le bûcheur », voici les éléments tirés du dictionnaire de Gérard Laborde :
« Dans les années 1903-1904, Eugène Priam débute face aux rudes coursières du troupeau de seconde zone de Mocoucut-Gaillat de Geaune, qui valaient bien celles des grands ganaderos de l’époque. Les bonnes dispositions qu’il manifeste lui valent d’être engagé par le ganadero Passicos pour une tournée dans le Midi, avec notamment une belle course pour Pâque à Béziers. Durant ces premières années, Priam devait garder son indépendance vis-à-vis des cuadrillas organisées, en contrat avec les ganaderos de formelle. En 1905, on va le retrouver souvent face au bétail de la ganaderia finissante de Bacarisse. Après ce rude apprentissage, le grand ganadero Joseph Barrère, à qui il restera fidèle tout au long de sa carrière, va l’engager dans sa cuadrilla. Sous les ordres de Giovanni, Jean Fillang, Meunier, puis de Koran, successivement, Priam figurera sur les affiches dans les têtes de la cuadrilla de 1907 à 1913. En 1906, Priam, le torero d’Eugénie-les-Bains se révèle au grand public en remportant 3 premiers prix […] ainsi que 6 deuxièmes prix pour seulement 16 courses effectuées. […] En 1909, Priam est sacré n° 1 avec 3205F de gains provenant notamment de 17 premiers prix pour les 28 courses auxquelles il a participé ! […] En 1914, il va travailler au sein des cuadrillas que le Sybdicat des toreros landais propose aux organisateurs de courses; à son actif, un premier prix sur huit courses.

Éléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 464-465 (avec l’aimable et amicale autorisation de l’auteur)