Un écarteur… assassin

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Grâce à l’ami Christian Capdegelle, qui parcourt toute la presse ancienne à la recherche de mentions sur la course landaise, voici un fait divers dont un écarteur fut malheureusement le protagoniste :

 » Un mari tue sa femme qui voulait divorcer. – Dax, 3 août. Le nommé Louis Birles, ancien écarteur dans les courses landaises, demeurant à Pontonx-sur-l’Adour, a tué sa femme en lui portant un coup de couteau dans la région du cœur et aussitôt après s’est tué lui-même.

Mme Birles avait quitté son mari il y a quelques jours pour se retirer avec ses enfants chez ses parents habitant Gousse, commune voisine.

Elle avait demandé le divorce en raison de la brutalité de son époux.

Hier matin à la demande de Birles qui promettait de s’amender, le maire de Pontonx-sur-l’Adour fit une tentative de réconciliation. Ce fut la cause du drame.

Avant de se tuer, le meurtrier avait essayé en vain d’atteindre son beau-frère et l’un de ses neveux qui purent heureusement s’échapper. »

L’Ouest-Eclair, mardi 4 août 1936.

Cet écarteur avait pour nom d’arène « Pontois I », en hommage au village landais où il était né le 14 septembre 1898. Il avait un frère cadet, Henri, qui écarta sous le nom de « Pontois II » (Gérard Laborde, Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais, p. 55)

Etienne MOUCHEZ, dit Pelioü

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Né à Campet-et-Lamolère le 8 février 1866 ; décédé à Dax le 13 octobre 1932

« Très bon écarteur de la fin du XIXe siècle, indifféremment nommé par son patronyme ou par son surnom. Dès 1885, il partage un premier prix à Montaut avec les étoiles Bellocq et Bras de Fer. L’année suivante, on le signale, à l’âge de 20 ans, dans une tournée en Provence, aux côtés de Beaumont et Casino notamment. Cette année-là, Mouchez décroche le deuxième prix aux fêtes de Mugron où Kroumir réussit son deuxième saut périlleux de l’histoire. En 87, il fait partie de la cuadrilla d’élite qui affronte les pensionnaires des ganaderos Lagardère et Bacarisse, au mois de janvier, à l’hippodrome de Paris, devant plus de 10 000 spectateurs. En 88, il triomphe au mois d’octobre à Dax. L’année suivante, Mouchez va se distinguer en remportant le premier prix des fêtes de Saint-Sever puis le deuxième de 140 f. à Saint-Vincent-de-Tyrosse, le 16 juin. Il remporte la course du 14 juillet à Dax et le prix de 140 f. et triomphe aussi aux fêtes de Mugron. En 90, pour sa présentation à Bordeaux, au début du mois de mai, il reçoit une formidable ovation. Lors de sa deuxième sortie dans la capitale girondine, le 16 mai, il triomphe devant Boniface et le grand maître Marin Ier. A Saint-Sever, son absence est déplorée par la presse. (…) En 91, début avril, à Bordeaux, Mouchez « toujours très correct et vaillant » et se révélant « comme un excellent camarade », accroche le troisième prix, après un bon travail face aux toros de Campion et Rodriguez et devant les redoutables Morica et Curiosa du ganadero Degos. Il travaille alors dans la cuadrilla du chef Nicolas qui devait se mettre en grève à Peyrehorade. L’année suivante, alors qu’il suit le bétail de Bacarisse et Lagardère, avec Bellocq comme chef de cuadrilla, (…) il s’octroie le premier prix de 200 f. des fêtes de la cité thermale. En 94, (…) le premier prix de 160 f. pour Mouchez « l’intrépide », aux fêtes de Pomarez. L’année suivante, il partage le premier prix des fêtes de Pontonx-sur-l’Adour avec Bras de Fer. (…) Mouchez « qui écarte sur le saut et sur la feinte » participe en octobre, à Bayonne, à une course hispano-landaise dans la cuadrilla de Félix Robert, le 6, puis au grand concours landais du 20. (…). En 98, (…) il subit en place d’Hagetmau une terrible cornada de la part de la Cereza de Bacarisse qui va lui occasionner une hémorragie dont il aura beaucoup de peine à se remettre. L’année suivante, pourtant, il se distingue à Saint-Geours-de-Marenne et à Arcachon pour l’Ascension. Par la suite, Mouchez qui appartient à la cuadrilla du ganadero Passicos signera encore quelques bons résultats. (…) En 1904, « le vieux maestro », « toujours désireux de plaire à son public », se distingue notamment à Béziers et à Bordeaux (…). En 1906, il décroche encore un premier prix et 3 deuxièmes ; mais le 12 août, en place de Mugron, la Palmiera de Portalier lui crève les deux yeux. Aveugle, à 40 ans, Mouchez se retire à Dax, regretté par l’ensemble des aficionados. »

Eléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 419-421  (avec l’aimable et amicale autorisation de l’auteur)

Félix ROBERT (Pierre CAZENABE, dit)

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Voici la biographie qui est consacrée dans Mémoire des Landes à ce matador landais.

« Robert (Félix), pseudonyme de Pierre Cazenabe (Meilhan, 4 avril 1862 – Marseille, Bouches-du-Rhône, 19 janvier 1916). Matador.

(…) Ce que d’aucuns ignorent, c’est que nos Landes ont donné, dans la dernière décennie du XIXe siècle, le premier matador d’origine française. (…) C’est au village de Meilhan, entre Mont-de-Marsan et Dax, que vit le jour Pierre Cazenabe, connu dans les milieux tauromachiques sous le nom de Félix Robert. (…) Très jeune, il avait été attiré par le sable de l’arène, et avait tâté des subtilités du jeu ancestral landais aux environs de Saint-Sever dans des courses de vaches destinées aux amateurs. Tout naturellement, il profitait donc des loisirs que lui laissait sa profession [de garçon de café] pour participer aux courses landaises des alentours de Mont-de-Marsan. Décidé à tenter sa chance et doué d’une intelligence et d’un talent certains, il comprit cependant très vite qu’il devait perfectionner sa technique – ce qu’il fit auprès des grands écarteurs de l’époque – et il sauta enfin le pas en étant engagé dans la cuadrilla de Marin Ier, avec qui il parcourut le sud de la France, Bordeaux, Marseille, Nîmes, Orange et même l’Afrique du Nord avec des spectacles à Alger et Oran. Il s’agissait, à vrai dire, de véritables spectacles hispano-landais au cours desquels Félix Robert effectuait un travail soigné d’écarteur tant à l’écart et au saut qu’aux banderilles, à la cape, à la muleta et même dans des simulacres de mises à mort que l’on pratiquait à l’époque. On le voit, il n’y avait qu’un pas à franchir pour devenir torero de lidia. Félix Robert partit donc pour l’Espagne, décidé à suivre les cours de l’école taurine de Séville fondée par le roi Ferdinand VIII, aficionado convaincu, et dont le directeur était alors l’ancien maestro Manuel Carmona. Il y comptera parmi les meilleurs élèves, travaillant plus particulièrement sous la direction d’El Gordito ; il en sortit diplôme en poche en 1894. Rentré en France, il se produisit dans divers spectacles et les arènes vibrèrent à ses prouesses ; ce fut une suite de succès tant dans les plazas de France que d’Espagne et d’Amérique du Sud (…). Suprême consécration enfin, le 2 mai 1899, Félix Robert recevra à Madrid l’alternative des mains de l’illustre Minuto. En 1904, il décida d’arrêter une carrière déjà longue, mais il n’abandonna pas pour autant le monde de la tauromachie et devint directeur des arènes de Ciudad Juarez au Mexique ; ce n’est qu’en 1909 qu’il quittera définitivement le « mundillo » pour se retirer sur la Côte d’Azur puis se fixer à Marseille. Il n’oublia cependant pas son Sud-Ouest natal et participa en particulier à la construction des arènes de la Benatte à Bordeaux. (…) ».

Extraits de la notice de Bernard Lalande, extraite de Mémoire des Landes, Mont-de-Marsan, Ed. Comité d’études sur l’histoire et l’art de la Gascogne, 1991, p. 272-273

Voir aussi : Gabriel Cabannes, Galerie des Landais, t. 6, p. 235, photo

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Voici une autre image sur laquelle on voit Félix Robert en traje de luces et avec une différence notoire : Félix ne porte pas ses traditionnelles et célèbres moustaches. En fait, cette pilosité avait été au centre d’un débat éthique en Espagne à la veille de la confirmation de son alternative dans les arènes de Madrid, en 1899, et les « sages » avaient conclu qu’un vrai matador ne pouvait porter de tels ornements… Félix Robert dut donc raser ces moustaches afin de pouvoir être reconnu par la tauromachie espagnole. Et comble de paradoxe pour lui, cette confirmation se déroula un 2 mai (dos de mayo), jour ô combien symbolique en Espagne où l’on commémorait le soulèvement du peuple castillan contre les envahisseurs français en 1808 ! Mais je vous reparlerai de ces fameux attributs très bientôt.

Une femme écarteur en 1931: Dina Rachel

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C’est le 3 août 1931 qu’eurent lieu les débuts de Dina Rachel, et Gaston Rémy nous en a laissé ce souvenir graphique assez pittoresque… Le second a vraiment une position peu catholique ! Elle fait alors partie de la cuadrilla Gérard, et écarte les vaches du ganadero Barrère. En ce premier lundi d’août, alors que les officiels prennent place dans la tribune, « aussitôt retentit la Marseillaise suivie de la marche Cazérienne, et le paséo se déroule, comprenant deux files de quatre hommes qui encadrent Dina Rachel dont les débuts ont été annoncés ». Voici le compte-rendu de sa première prestation devant Confitera, vache réservée aux sauteurs :
« Alors, entre en piste Dina Rachel, présentée, encouragée et soutenue par Gérard ; la nouvelle torera, courageuse jusqu’au bout, attend la bête et puis s’échappe ; Dax reprend pour un quelconque et c’est de nouveau le tour de Dina qui ne fait que recommencer exactement son premier exploit. »
Dans la seconde partie de la course, devant la même Confitera :
« Naturellement, Dina Rachel s’intercale encore en opérant deux fois d’aussi prudente manière ».
Il semble que ces débuts aient aussi constitué une fin pour la carrière de cette courageuse Dina que je n’ai plus retrouvée dans les chroniques coursayres de l’époque. Le caractère éphémère de ce passage devant les coursières explique peut-être aussi son absence dans le Dictionnaire de mon ami Gérard Laborde…

15 septembre 1923 : la mort du grand Giovanni

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Grâce à l’ami Christian Capdegelle, voici le compte rendu paru dans le « Midi-Taurin », le dimanche 23 septembre 1923, une semaine après la mort du grand Giovanni :
« Le brave et réputé torero landais « Giovanni » vient de mourir des suites de la blessure qu’il reçut à Manciet (Gers) le 9 septembre. « Giovanni » ce jour-là, au milieu des ovations de la foule venait d’exécuter une série d’écarts du plus grand mérite lorsque son pied glissa en effectuant le demi-tour dans sa dernière passe ; il tomba à 50 cm de la bête. Avant qu’on ait pu faire le quite la vache porta à l’écarteur un terrible coup de corne qui lui transperça la cuisse de part en part. Dégagé aussitôt par ses camarades qui se jetèrent sur l’animal pour le maintenir, « Giovanni » fut transporté à l’infirmerie des arènes où on lui fit un premier pansement. Son état s’améliorant il fut conduit le lendemain à Dax dans une clinique. On espérait le sauver. Une complication survenue a malheureusement fauché ses espérances et le brave Giovanni toujours plein de courage est décédé le 16 [en fait le 15] septembre. Il était d’origine italienne. L’aficion landaise le pleure. « Midi-Taurin » adresse aux siens ses condoléances émues. »