Charles Despouys, dit « Le Montfortois » (1884-1951)

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En tant qu’ancien Montfortois moi-même, je ne pouvais que mettre en avant cet ancien compatriote, né à Montfort-en-Chalosse le 7 mai 1884 et décédé également à Montfort le 28 mars 1951! Voici ce qu’en dit Gérard Laborde:

« Le jeune Montfortois, petit-fils du célèbre teneur de corde Lamothe, tourne ses premiers écarts à Saint-Geours-d’Auribat protégé à la corde par Bop, un ancien écarteur, son patron boulanger chez qui il effectue son apprentissage. Débuts en formelle à 17 ans, à Bordeaux-Caudéran, le 25 avril 1901 où Le Montfortois, comme on le désigne alors, est sévèrement châtié par la terrible Mogone. Au mois de juin, toujours devant le rude bétail de Bacarrisse, il décroche le deuxième prix de 150 f. de la Saint-Jean, à Saint-Sever, battu seulement par Jean Fillang, la nouvelle étoile de l’époque. Durant ses deux premières saisons, Charles Despouys va triompher à 5 reprises devant les coursières de Cauna. Mais comme il se révèle être un écarteur sincère, attaquant la bête de loin, capable d’écarter ou de feinter des deux côtés, il va subir de graves blessures comme celle que lui inflige la Maravilla, en 1902, à Grenade-sur-l’Adour. L’année suivante, il est tête de cuadrilla chez Bacarisse tout comme chez Passicos, en 1904. Cette année-là, la Tabernera le blesse sérieusement à Bordeaux, ce qui ne l’empêche pas d’y remporter le deuxième prix de 115 f. et d’être au palmarès des fêtes de Dax avec un sixième prix de 160f.! En 1906, « Montfortois l’étoile grandissante va se produire pour la Madeleine » à Mont-de-Marsan. Il remporte aussi un énorme succès à Estang et est ovationné à Montaut après son travail devant la terrible Paloma sortie sans corde. Autre exploit : il affronte la Caputchina sans corde et cornes nues! (…) Lorsque Portalier reprend le troupeau à partir du 28 mai de cette année-là [1906], Despouys va rester tête de cuadrilla chez lui pendant trois années consécutives. Il est alors dans la plénitude de ses moyens, et malgré de nouvelles blessures comme celle infligée par la Cuerbita, à Dax, en 1907, il remporte 7 premiers prix cette année-là. En 1908, alors qu’il a été promu chef de sa cuadrilla, il remporte 6 premiers prix et avec 2926 f. de gains, celui que l’on nomme désormais par son patronyme de Despouys, pointe à la 3e place du classement. (…) En 1910, il signe chez Barrère dont il devient une tête de cuadrilla pendant deux ans. Malgré une nouvelle blessure que lui inflige Rayona, il s’octroie 3 premiers prix dont un avec un grand succès à Mugron ainsi que 8 deuxièmes prix pour 31 courses. (…) En 1912, Charles Despouys est au sommet de son art, ce qui fait écrire à Clic-Clac, le célèbre revistero de l’époque: « Despouys est actuellement le grand maître du classicisme et de l’art landais. Il est impossible de pousser plus loin le purisme car ce vaillant a perfectionné son jeu à l’extrême… ». Alexis Robert, le nouveau ganadero de Meilhan, l’engage comme chef. Despouys se distingue en remportant 13 premiers prix dont celui des fêtes de chez lui à Montfort-en-Chalosse et celui du 22 septembre à Bordeaux lors d’un concours opposant sa cuadrilla à celle de Giovanni attachée au ganadero Passicos (…). En 1913, 8 nouveaux premiers prix et surtout un quite salvateur à Dax, où, couché de tout son long sur son infortuné collègue Lafayette, gravement touché, Despouys le sauve d’une issue qui pouvait être fatale. Au mois d’octobre, il travaille, à Arles et Marseille, les vaches nouvelles que Paul Nassiet vient d’acheter. Il sera même blessé par l’une d’elles à Bordeaux, au cours du même automne. (…) En 1914, Charles Despouys intègre la cuadrilla « l’Élite landaise » qui regroupe sept des tout meilleurs de l’époque et qui propose aux organisateurs d’affronter le bétail des 4 grandes ganaderias de formelle. Puis, après quelques courses à Biarritz, en 1918, devant des vaches de Nassiet, il arrête sa carrière d’écarteur. En 1921, il est engagé comme teneur de corde par Lafitte, le ganadero d’Eauze. Si les deux premières années, ses prestations sont assez souvent maladroites, sa ténacité et sa bonne volonté vont lui permettre de se hisser à la hauteur des meilleurs spécialistes de cette fonction si délicate. Et, pendant une bonne vingtaine de saisons, il va faire profiter de son expérience la plupart de ceux qui seront les vedettes de l’entre-deux-guerres chez Lafitte dont il deviendra même le fondé de pouvoirs. De 1927 à 29, Despouys sera directeur de la ganaderia éluzate et c’est son nom qui paraîtra sur les affiches. En hommage : la médaille de bronze de la reconnaissance de la F.F.C.L. en 1967. »

Eléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 144-145 (avec l’aimable et amicale autorisation de l’auteur). Voir aussi : La Course landaise, 11 juin 1967 : « Charles Despouys, écarteur de vérité », par Le Carillonneur

Le 26 octobre 1913, à l’occasion d’un Congrès taurin, le journal « La Course landaise », autrement appelé en raison de sa couleur « la Tuile », édita un certain nombre de cartes postales, ornées chacune du portrait d’un « torero landais », dont celui de Despouys.

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Voici un autre très beau portrait de Charles Despouys. Il parut en 1911 dans un journal taurin intitulé L’Echo de l’Arène.

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Et enfin, Voici une photo prise dans les arènes de Pomarez en 1905 et qui le représente en plein saut d’appel. C’est une image d’une exceptionnelle qualité, car même si l’instantanéité avait fait des progrès à l’époque, on a rarement l’occasion de voir des arrêts sur image aussi précis… Le second, par contre, ne reste pas vraiment dans l’axe!!!

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Poutouton fils (Edouard Martin, dit) (1885-1954)

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Né à Aire-sur-l’Adour le 21 décembre 1885, décédé à Aire-sur-l’Adour le 24 août 1954.
Il a repris le pseudonyme de son père comme nom d’arène.
« En 1909, Edouard Poutouton, que l’on appelle aussi Poutouton fils, se signale au cours des premières courses formelles auxquelles il participe (…). Ses performances devant le bétail de Passicos en 1911 avec notamment un premier prix à Roquefort, lui valent d’être remarqué par son ganadero et d’être engagé comme tête de cuadrilla pour la saison suivante au cours de laquelle il est parmi les meilleurs (…). En 1913, Poutouton est engagé comme tête de cuadrilla par Alexis Robert, le ganadero de Mailhan, pour ce qui sera sans doute sa meilleure saison (…), et avec 1855 fr. de gains, il accède au 9e rang de la hiérarchie. En 1914, Poutouton s’enrôle dans les cuadrillas du Syndicat des toreros landais (…). Après la grande guerre, Poutouton reprendra le boléro en certaines occasions comme renfort dans diverses cuadrillas. »

Eléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 462-463 (avec l’aimable et amicale autorisation de l’auteur) ; portrait par Gaston Rémy

Noël Giret (1875-1946)

Né à Mont-de-Marsan le 25 octobre 1875, décédé à Saint-Jean-d’Août le 7 octobre 1946.

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« Très bon écarteur de la fin du XIXe siècle et des débuts du XXe. Se risquant au maximum, les triomphes mais aussi les blessures vont jalonner sa carrière. En 1893, Noël Giret a le poumon perforé par la Maravilla de Dubecq, le 17 juillet à Barcelonne-du-Gers. En 1894, il travaille dans la cuadrilla du chef Candau. En 96, après une bonne prestation à Pau, il décroche le deuxième prix de 100 f. derrière son chef de cuadrilla mais à égalité avec le grand maître Marin Ier, à l’occasion de l’inauguration des arènes de Saint-Jean-d’Août. En 97, Giret enlève, à Samadet, un premier prix de 170 f. devant le bétail de Bacarisse, avant de fournir « le plus grand nombre d’écarts mais pas très serrés » à Labastide-d’Armagnac. Cette année-là, il triomphe pour les fêtes de Dax. (…) En 1901, il va connaître une grande saison: premier prix à Saint-Jean-d’Août et Bordeaux, troisième à Amou avec une somme de 120 f. et à Mugron où « ses écarts élégants » lui rapportent 130 f. En 1902, Giret remporte le premier prix de 200 f. du concours du 4 mai, à Bordeaux, opposant les troupeaux Bacarisse et Passicos, puis celui de 80 f. à Grenade-sur-l’Adour. Il triomphe aux fêtes de Dax où ses 121 écarts (44 le dimanche, 25 le lundi et 63 le mardi) lui valent le premier prix de 400 f. (…) En fin de saison, il sera « fortement bousculé » à Toulouse.En 1903, alors qu’il est l’une des têtes de la cuadrilla Monacot, attachée au ganadero Passicos, Giret est sérieusement blessé par la terrible Rayona à Bordeaux, lors de la première course du printemps avant de s’octroyer le deuxième prix lors de la course suivante. Face au bétail de Dubecq, il empoche le deuxième prix, le 26 avril, à Mont-de-Marsan mais le 2 mai, à Auch, il subit « une terrible cornada qui le laisse évanoui ». Pour les fêtes de Peyrehorade, effectuant pas moins de 56 écarts le lundi, Giret, « d’un courage remarquable et impressionnant » plein de « souplessse et d’habileté », remporte le premier prix de 200 f. (…) En 1905, Giret subit une très grave blessure à Saint-Justin. En 1907, les ganaderos Campan et Dupey l’engagent comme teneur de corde. L’année suivante, il intègre la cuadrilla du ganadero Dubecq pour les 11 courses de la saison.En 1909, il est engagé par les fils Passicos qui ont remonté la ganaderia (…). En 1911, il signe chez Portalier où il sera tête de cuadrilla pendant 3 ans (…). En 1914, Giret va travailler dans les cuadrillas du Syndicat des toreros dont il devait être par ailleurs président.
Après la Grande guerre, il ne quittera pas le monde de la course en tenant la corde pour des ganaderos de seconde zone et notamment chez Darnaudet dans les années 1920. »

Eléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 230-232 (avec l’aimable et amicale autorisation de l’auteur)

Jean Fillang, écarteur (1879-1916)

Né à Pontonx-sur-l’Adour le 17 mai 1879 – Décédé à Pontonx-sur-l’Adour le 27 novembre 1916

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 » Le jeune Fillang, dont le frère aîné évolue depuis quelques années en formelle, débute dans les novilladas autour de Pontonx-sur-l’Adour. Son agilité, sa souplesse, son élégance et sa crânerie lui valent d’être engagé par le ganadero Lagardère qui le découvre à Dax. Première année en formelle en 1899 pour Le Petit Pontois, ou Fillang II comme on l’appelle alors, et premiers grands succès comme à Toulouse notamment et chez lui à Pontonx où pour sa quatrième course, il devait s’octroyer le premier prix de 250 f. Puis, pour sa présentation aux fêtes de Dax, Fillang jeune crée la surprise en trompant joliment la redoutable Castillana et en remportant le premier prix avec 150 f. alors que le second n’empoche que 40 f.! En 1900, il signe avec Bacarisse qui va veiller sur sa santé tant physique que morale et qui va faire de lui un véritable athlète. Les résultats de celui que l’on commence à surnommer « le grand Jean » dépassent les plus folles espérances : en six saisons, Fillang remportera pas loin de 90 prix, engrangeant la somme mirobolante de 25.830 f. (!!). (…)
Jean Fillang était vraiment le type de l’écarteur-né. Il était grand, svelte et possédait une souplesse de reins naturelle ; il avait du cran et surtout ce qui fait le champion, une extraordinaire « vista ». Souvent, lorsqu’il écartait, il laissait travailler d’abord ses équipiers pour juger le comportement de la coursière avant de l’affronter souvent « à monter-descendre » s’intéressant peu au teneur de corde, enlevant même la « ficelle » des cornes. Ses tête-à-tête avec les plus fameuses marraines de l’époque resteront à jamais de grands moments tauromachiques, comme en 1905 chez lui à Pontonx lors de l’une de ses dernières courses de Bacarisse où le Grand Jean exécuta une série de quinze écarts magistraux à la vieille Caputchina (…). En 1906, il se retrouve avec cette coursière chez le maître ganadero Barrère. Mais Fillang, que l’on surnomme alors « Le Roi de l’arène », avare de ses efforts, ne décroche que le cinquième prix du premier concours de l’histoire, à Mont-de-Marsan, alors que le lendemain, il conquiert de haute lutte le second prix à Nérac, après une seule journée de course ! Pourtant, « Fillang, lorsqu’il daigne s’employer, émerveille les spectateurs et électrise les aficionados… » comme l’écrivait le revistero J.-J. Diris (…).
Mais si les premiers prix sont toujours très nombreux, l’absence de son mentor, ses prétentions pécuniaires exagérées et la montée de jeunes comme Coran et Lacoste vont le pousser à « une inconstance capricieuse » et lorsqu’il se présente dans un paseo, personne ne peut préjuger de son travail : parfois il soulève l’enthousiasme du public, parfois c’est la fureur ! »
Après être passé comme chef chez René Passicos, il le devient en 1912 chez Portalier, et récolte encore de nombreux lauriers même s’il n’écarte plus que de façon occasionnelle. En 1914, il ne s’enrôle ni dans la cuadrilla de l’Elite landaise ni dans celle du Syndicat des toreros. Après une quinzaine d’années ou il marqua la course landaise, Jean Fillang disparaît prématurément en 1916 à l’âge de 37 ans.

Eléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 204-206 (avec l’aimable et amicale autorisation de l’auteur)

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J’ai eu la chance récemment d’acquérir le n° 1 d’un journal édité à Mont-de-Marsan à partir d’avril 1911, il y a juste 100 ans, L’Echo de l’Arène. La une était consacrée à « Un grand torero landais, Jean Fillang ». Voici la photo qui ornait cet article, et qui représente, assis sur une chaise, celui que l’on nommait le « grand Manitou des écarteurs » ou encore le « Roi de l’Arène » (c’est cette même image qui est reproduite dans la notice que Gérard Laborde lui consacre dans son Dictionnaire). Un des principaux intérêts de l’article qui lui est consacré par Gustave Romarin dans L’Echo de l’Arène est que ce dernier a retrouvé un mystérieux « carnet rouge » dans lequel Fillang avait noté « soigneusement, au jour le jour et de sa propre main, toutes les lidias qu’il a courues, tous les lauriers qu’il a cueillis, tous les incidents auxquels il a été directement mêlé durant sa périlleuse carrière ». Où se trouve aujourd’hui ce document exceptionnel que le journaliste avait alors réussi à « exhumer du cabinet sévère d’un tabellion » ? Si quelqu’un le savait, il serait utile de le faire renaître et peut-être de l’éditer…

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Voici la biographie qui est consacrée dans Mémoire des Landes à ce grand écarteur.

« Fillang (Jean) (Pontonx-sur-l’Adour, 17 mai 1879 – Pontonx-sur-l’Adour, 27 novembre 1916). Écarteur landais.

Jean Fillang succéda à Marin Ier dans la lignée des grands écarteurs landais. Associé  aux principales ganaderias de l’époque – Baccarrisse, Barrère -, il était un torero prestigieux, appelé entre 1905 et 1910 le « roi de l’arène », et avait toutes les qualités requises pour devenir un excellent écarteur : la taille, la sveltesse, la souplesse des reins, le cran, la « vista ». Face à une vache landaise, il arrivait à imposer son art et sa volonté et n’abandonnait « l’animal qu’après épuisement de ce dernier ». Comme beaucoup de grandes vedettes, Jean Fillang n’a pas su abandonner l’arène au moment voulu. Alors que sa forme physique déclinait, une rivalité sourde l’opposa au jeune Koran qui commençait à être choyé du public et de l’afición en général. Il exerçait la profession de menuisier. »

Notice de Bernadette Suau, extraite de Mémoire des Landes, Mont-de-Marsan, Ed. Comité d’études sur l’histoire et l’art de la Gascogne, 1991, p. 150; dessin par G. Rémy, dans Les courses landaises. Souvenirs et croquis d’un revistero.