Courses « provençalo-landaises » à Toulouse en 1900

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Outre les courses « hispano-landaises » dont je vous ai déjà parlé, des spectacles « provençalo-landais » ont existé à la Belle Époque. Les jeux provençaux consistaient essentiellement en sauts, dont le saut à la perche (garrocha), et jeux avec les taureaux mais sans attributs (cape ou muleta) et bien sûr sans mise à mort.
Voilà comment le Journal de Toulouse annonce, le 1er août 1900, ces courses qui étaient prévues pour le 5 août suivant :
« Le quadrille Bayard, qui a acquis une légitime réputation par son adresse aux jeux de manteau et de muleta, pose de cocardes et banderilles et par la témérité avec laquelle il exécute les sauts périlleux, sauts avec perche et sans perche, est ainsi composé :
A. Bayard, chef de quadrille.
Eugène Rebuf, sous-chef.
P. Aramis, écarteur, exécutant le saut périlleux.
P. Daberat, sauteur de pied ferme, les pieds liés.
Fayet dit Pépé, premier sauteur à la perche.
Yacinthe, attaqueur et sauteur.
Il est certain qu’avec de tels adversaires, les taureaux croisés espagnols de la manade Dumas fourniront, le 5 août 1900, une brillante lidia. »
Voici un superbe portrait de Bayard, à gauche, photographié avec son compère Racine dans les arènes de Nîmes à cette époque.

Les arènes en Algérie

L’histoire de la course landaise dans les anciennes colonies ou protectorats est peu connue, mais elle a laissé cependant quelques traces documentaires. A l’âge d’or de notre sport, avant 1914, nos Landais s’y sont produits plusieurs fois à l’occasion des grandes tournées souvent commencées en Provence et parfois terminées en Tunisie. C’est le cas de la cuadrilla de Marin 1er en 1890 puis en 1893, et de la fameuse équipe constituée autour de Félix Robert dans les mêmes années. C’est l’occasion de vous faire connaître les arènes dans lesquelles ils ont été chaleureusement accueillis et où ils ont connu de beaux succès.

Alger
La capitale n’a jamais connu d’arènes en dur. Il semble qu’il y ait eu des parodies de corridas dès 1863 dans des structures éphémères à Bab-el-Oued. C’est d’ailleurs sur l’esplanade du même nom que, le 20 novembre 1909, a lieu l’inauguration de « nouvelles arènes ». Elles occupaient l’emplacement du marché moderne, au fond d’une sorte de « trou » au fond duquel les bêtes étaient lâchées.

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Illustration extraite de L’Afrique du Nord illustrée, 1er décembre 1909

Les 14 et 19 juillet 1931 encore, deux grandes corridas (avec simulacre de mise à mort) furent organisées à Alger, dans une arène provisoire construite sur le stade du Gallia-Sport, au flanc d’un coteau, non loin de l’hippodrome du Caroubier. Elle pouvait accueillir 7000 personnes. Le promoteur en était M. Barrère, et le spectacle était complété par une charlotade avec la troupe « Valencia-Charlot ».

Mais c’est surtout la province d’Oran qui connaît une véritable fièvre taurine. Il est vrai qu’en 1911, la population d’origine espagnole y représentait le double de celle des colonisateurs français… Deux grandes arènes y sont construites : l’une dans la ville-centre, Oran, et l’autre à 80 km au sud, à Sidi-Bel-Abbès.

Oran
La course espagnole semble introduite à Oran en 1881. Plusieurs arènes successives y sont aménagées : d’abord boulevard de l’Industrie, puis à Gambetta, et enfin à Eckmülh (aujourd’hui Haï Maieddine).
C’est le 27 mai 1890 qu’est inaugurée la première arène d’Oran, alors construite en bois. A la suite d’un incendie, une nouvelle plaza est construite dont l’inauguration a lieu le 14 juillet 1910. La dernière corrida y est donnée quelques jours avant le début de la guerre civile espagnole, le 15 juillet 1936.
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Voici deux cartes (rares) de ma collection sur des charlotades dans ces arènes d’Oran.

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Après un réaménagement, elles sont à nouveau inaugurées le 13 mars 1954. Elles sont unique dans toute l’Afrique par leur architecture, conçue par E.-R. Garlandier, ingénieur-architecte d’Oran, et réalisée par l’entrepreneur A. Andreoli. Sur une surface de 4800m², elles ont 210m de diamètre, et peuvent accueillir 10 000 spectateurs.
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Désaffectées et abandonnées après la décolonisation, elles font aujourd’hui l’objet de projets de réhabilitation et de transformation en lieu d’animation et de spectacles. Une première phase de travaux, achevée au début de 2019, a touché deux voûtes présentant dans le passé un danger pour les visiteurs. L’une se trouve à l’entrée principale des arènes et la seconde au niveau du sous-sol du bâti. La fin des travaux a permis l’ouverture de ces arènes au public. La deuxième phase de leur ré-aménagement est aujourd’hui à l’étude. Elle concernera  le confortement et le renforcement des structures du site, ses supports et l’éclairage.

photo  : rachid imekhlef

Sur ces arènes, voir l’étude de Rachida-Hammouche Bey Omar, « La plaza de toros de Orán en el periòdico Oran Républicain« , dans Archivo de la Frontera, 14/12/2016 (http://www.archivodelafrontera.com/wp-content/uploads/2016/12/Plaza-de-toros-de-Or%C3%A1n-2016.pdf )
Voir deux reportages vidéos de 2019, l’un avec commentaires (https://www.youtube.com/watch?v=_hpUB_aupc8 ) et l’autre en musique (https://www.youtube.com/watch?v=7RdR5u_eT2Y ) qui montre l’intérêt architectural de ces arènes.

Sidi-Bel-Abbès (« arènes du Mamelon »)
Les anciennes arènes étaient situées au village Perrin. Le 17 janvier 1892, la Société des Arènes de Sidi-Bel-Abbes prend la décision de construire de nouvelles arènes au bout de l’avenue Edgar-Quinet (Trig-el-Kharoub actuelle) et pouvant accueillir 6000 spectateurs. Les travaux commencent en 1893 et l’inauguration a lieu le 24 juin 1894, avec le fameux matador El Gallo. A la suite de l’interdiction des mises à mort, comme sur tout le territoire métropolitain, des courses landaises y sont prévues. Mais la désaffection du public habitué aux courses espagnoles provoque, le 20 mai 1900, la dissolution de la Société des Arènes Bel-Abbésiennes. La vente aux enchères publiques des arènes est organisée le 23 mai 1901. Une route est par la suite tracée sur leur emplacement, où sera également construit un groupe scolaire.
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L’histoire de cette plaza est retracée dans la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=leTTPght5aU, qui m’a fourni toutes les données chronologiques.

Bibliographie :
Pierre Dupuy, La tauromachie dans le Maghreb français, [Balaruc-les-Bains], Union des Bibliophiles taurins de France, 2012

« L’écarteur n’existe plus ! »

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C’est ce que les lecteurs de l’œuvre d’Eugène Ducom, Ménine. Scènes de la vie des Landes dans l’Armagnac noir, qui paraissait alors en feuilleton dans le Journal de Toulouse, purent lire le 8 octobre 1858. Ce texte fait notamment référence aux premières courses données par nos compatriotes à Paris l’année précédente, et que je vous ai déjà présentées (https://patrimoinecourselandaise.org/2016/02/21/les-premieres-courses-landaises-a-paris-1857/ )…
« L’écarteur, un autre type du pays, a aussi disparu ; l’industrialisme s’en est emparé. On l’a fait monter, lui et ses vaches, dans un wagon ; on l’a montré aux Parisiens, qui n’ont vu en lui qu’un comédien.
L’ancien écarteur du bon vieux temps ne ménageait pas sa vie et ne faisait pas de sa hardiesse métier et marchandise. Ce n’était pas un artiste sûr de ses feintes et les ayant étudiées depuis longtemps avec l’animal qui lui sert de compère. C’était un forgeron, un terrassier, jeune, vigoureux, bien découplé, qui pouvait dans l’arène, si la chance tournait contre lui, recevoir un coup de corne dans le corps et y laisser la vie. Mais quelle gloire s’il triomphait ! Pendant toute la saison des fêtes, les camarades de village l’escortaient partout où il y avait course, et si, pour se dérober à ces honneurs, il se cachait dans la foule, son nom mille fois répété le forçait à sortir de sa nonchalance et à prendre sa part de la gloire et des dangers.
L’écarteur n’existe plus. »

Heureusement, il existe encore 160 ans après, et souvent avec brio !

Des courses à… Moissac en 1896

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Dans la série « Nos Landais s’exportaient bien »…. On le sait peu, mais le Tarn-et-Garonne fut un temps une terre taurine. La ville de Moissac, célèbre par son abbaye romane, connut en particulier plusieurs courses hispano-landaises. Voici, grâce au fouineur Christian Capdegelle, la relation de celles qui s’y déroulèrent au mois d’octobre 1896. Je n’ai retenu que les passages concernant notre sport landais, mais l’ami Christian a en archives le compte-rendu intégral de la partie corrida, menée en particulier par Félix Robert.
« Moissac. – Les courses de taureaux. – Dimanche, à l’occasion de la première journée des courses de taureaux, spectacle des plus rares dans la région, nous avons eu dans nos arènes moissagaises une énorme affluence d’étrangers. (…) A 2 heures a eu lieu la promenade en ville des matadors, écarteurs, banderilleros et toreros. Malgré un orage, suivi d’un peu de grêle, qui a éclaté avec du tonnerre de 11 heures à midi, le terrain de la place des Récollets était très propice pour les courses.
A 3 h. 5, toute la troupe fait son entrée dans l’arène et vient saluer M. le maire, suivant l’usage.
Les courses landaises ont été bien menées et s’il y a eu quelques vaches un peu paresseuses, en revanche d’autres ont été très agiles et marchaient avec un grand entrain.
A l’apparition de la première vache et au premier écart qui a été fait, le sieur Mathieu [Mathieu Banquel] a été frappé à la joue, pas trop sérieusement, car il a continué ses exercices et a donné une juste idée de son travail de hardiesse qui mérite des compliments. Les écarteurs Nassiet et Bellocq ont fait un travail remarquable avec des écarts et des sauts, des vaches qui étaient des plus téméraires ; les écarteurs étaient bien secondés par leurs confrères et par le teneur de corde Louisat [en fait Louis Mamousse, dit Louisot ou encore Mamousse].
Les artistes de M. Barrère, comme son troupeau, méritent la réputation qu’ils ont. Après la surséance a lieu la course aux taureaux. (L’Express du Midi, mercredi 14 octobre 1896) ».

« Moissac. – Courses de taureaux. – On lit dans le Ralliement de Montauban :
Moins belle que celle  du dimanche précédent, la journée d’hier avait attiré une moindre affluence à nos courses. Cependant les étrangers y étaient encore nombreux. Est-ce qu’ils se passionnent pour ce spectacle ? Nous croyons plutôt qu’ils y viennent poussés par la curiosité. Quoi qu’il en soit, voici ce qui s’est passé, en une éclaircie, dans notre arène.
Courses landaises. – Toujours un peu pâles comme mises en scène, en dépit de l’habileté des écarteurs. Baillet, Nassiet, Lafon [pour Laffau ?], Barthélémy, Marin II, Daudigeos, Belloc ont été téméraires jusqu’à la folie et leurs écarts et leurs sauts ont à plusieurs reprises provoqué les applaudissements du public. Baillet a reçu de la première vache, un coup de corne au cou, mais la blessure est sans gravité. En somme, bonne course ; mais, je le répète, un peu trop grise par un temps qui ne l’était pas moins. (L’Express du Midi, mardi 20 et mercredi 21 octobre 1896)

Des courses landaises en 1920… à Lorient

Il y a tout juste 100 ans, au lendemain de la Grande Guerre, la course landaise connaît encore une certaine notoriété hors de nos frontières gasconnes. Témoins ces courses organisées dans la sous-préfecture du Morbihan les 11 et 12 septembre 1920. Grâce à mes anciens collègues archivistes, voici quelques documents qui en ont été conservés.Lorient_1920_couv

Ces courses avaient été organisées dans le cadre (je n’invente pas !) des grandes fêtes de la « Quinzaine du Poisson ». On avait construit une arène sur le champ de manœuvre du Faouëdic, et c’est la ganaderia Nassiet qui avait été choisie pour ces manifestations, avec la cuadrilla Coran. Outre le chef (debout à l’extrême gauche), firent le voyage : Suisse (debout à l’extrême droite), comme sauteur-écarteur, Moreno (assis à gauche), Oscar, Morenito comme écarteurs, et le grand Flam (dit Kroumir) comme teneur de corde (debout, à l’arrière-plan, avec son béret et ses superbes moustaches !). Voici la photo de la cuadrilla Coran au grand complet, offerte par Le Nouvelliste du Morbihan, et où l’on reconnaît également Bras-de-Fer (assis, à droite), qui n’avait pas fait le déplacement.
Le programme, que je vous présente ci-dessous, était particulièrement alléchant et comportait en particulier un intermède d’entracte qui devait permettre aux spectateurs bretons de découvrir la «Grande suerte de Dom Tancredo», exécutée par le «célèbre Lapubie» [pour Lapébie…].Lorient_1920_prog

Ces courses eurent tellement de succès qu’une nouvelle représentation fut donnée 2 jours plus tard, et en nocturne. Voici ce qu’on pouvait lire dans L’Ouest-Eclair du 14 septembre 1920, à course supplémentaire :
« Lorient. Les courses landaises. Ce soir grande représentation populaire. Nous ne pouvons que féliciter le comité des fêtes de l’excellente initiative qu’il a prise d’organiser une représentation populaire des courses landaises à prix réduits. Elle aura lieu ce soir, à 8 heures 30, au champ de manœuvres du Faouédic. Prix des places : tribunes réservées, 5 fr. ; places à 3 francs et à 1 franc.
C’est un spectacle qui mérite d’être vu et qui n’est pas sans danger, puisqu’à la représentation de dimanche après-midi, deux écarteurs ont été blessés, dont l’un très grièvement. C’est le dernier numéro d’une grande attraction de la quinzaine. Il faudra y assister. Dès ce matin, on peut retenir ses places au théâtre municipal.
L’arène sera éclairée à l’électricité.
On peut être assuré qu’à toutes les places, ce spectacle passionnant pourra être vu de tout le monde. Qu’on en profite. »
Grâce à l’amabilité de l’archiviste de Lorient, voici une (rare) image de ces courses de 1920. On y admirera en particulier l’architecture rudimentaire des arènes éphémères et l’on peut également y admirer le succès populaire de cette prestation de nos Landais !

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