1887 : les grandes Fêtes du Soleil à Paris (suite)

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Pour compléter l’article que je leur ai déjà consacré (https://patrimoinecourselandaise.org/2016/02/21/1887-les-grandes-fetes-du-soleil-a-paris/), voici quelques éléments historiques supplémentaires sur les Fêtes du Soleil organisées à Paris, en janvier 1887, au profit des victimes des inondations catastrophiques du Midi.

Le journal Gil Blas fait ainsi, le 14 janvier, le compte-rendu de l’arrivée de nos Landais dans la capitale et surtout le portrait de leur chef, Joseph Marin :

« A la même heure, débarquait à la gare d’Orléans le quadrille landais.

Son chef, Josef Marin, petit, trapu, vêtu d’un costume noir sans prétention, coiffé du béret pyrénéen, est un homme de vingt-deux ans au visage basané, à l’œil noir, à la moustache fine.

Il n’est pas comme le Pouly toréador par tradition de famille, puisque, durant le premier semestre de l’année, il travaille en qualité de forgeur mécanicien dans une des principales usines de Bordeaux. Ses exercices consistent surtout dans le double bond périlleux, le coup du béret, le saut avec les pieds liés, etc. Il a engagé un précieux collaborateur, Paul Daverat, garçon de haute stature, larges épaules, à la figure mâle, dont les voltes téméraires feront tressaillir d’aise plus d’une Parisienne blasée.

Le quadrille landais, qui se compose en outre de Barrère, Banos, Chéri, Lapaloque, Nassiet, Lacroix, Firmin, Mouchez, Casino, etc., a élu domicile dans un hôtel de la rue Rochechouart. »

Le même quotidien publie, dans son édition du 18 janvier suivant, un compte-rendu de leurs premières prestations qui nous fournit notamment de précieuses indications sur le costume des acteurs, encore calqué sur celui des matadors et où l’on appréciera la variété des assemblages de couleurs :

« Deux courses landaises ont succédé à cette première course provençale, avec deux taureaux à cornes relevées: Escriba, taureau cendré, et Pelegrina, taureau noir. […] On m’excusera si je ne fais pas, comme en Espagne, le compte-rendu de cette course en vers. Elle présente encore moins d’analogie que les courses provençales avec les courses madrilènes; mais je serai aussi lyrique que possible. En dépit d’un taureau levantados, qui, à diverses reprises, a voulu et a même réussi à escalader la barrera, ou, pour parler français, la barrière intérieure, il y a eu divers exercices des plus réussis. Voici tout d’abord la composition du « quadrille » landais:

Josef Marin, chef du quadrille. Costume rouge, ceinture blanche, béret rouge.

  1. Paul Daverat, premier sauteur. Costume bleu, béret bleu.
  2. Lapaloque, écarteur sans rival. Costume rouge, gilet jaune.
  3. Nassiet, sauteur sans perche. Veste noire, culotte blanche, béret rouge.
  4. Barrère, dit le Zéphir. Costume noir, béret bleu.
  5. Banos. Culotte verte, veste noire, béret rouge.
  6. Chéri. Bas bleus, culotte blanche, veste bleue.
  7. Casino. Veste noire, culotte bleue, béret rouge.
  8. Mouchez. Veste bleue, culotte blanche, béret rouge.
  9. Lacroix, teneur de corde.

Si Josef Marin est un remarquable chef de quadrille, Paul Daverat est un sauteur incomparable. Il est merveilleux d’agilité, d’adresse et de précision. Tour à tour il a fait le saut du taureau avec et sans élan, les pieds liés avec un mouchoir, ou tenant un mouchoir entre ses pieds joints — et cela sans manquer aucun exercice… C’est, avec le Pouly, le roi de la fête !

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On a eu un moment d’émotion : l’un des hommes du quadrille a été renversé à terre par le taureau ; il y a eu quelques petits cris d’effroi. L’homme s’est relevé : il en a été quitte pour un léger saignement de nez et une dent, le pied du taureau l’ayant atteint. Il a continué la course jusqu’à la fin.

A une course suivante — pour liquider la partie incidents (ne pas lire accidents) — un autre homme du même quadrille a reçu un coup de cornes dans la partie postérieure de son individu. Il n’a pas paru s’en apercevoir. Ce que c’est tout de même que la force de l’habitude !

Les âmes sensibles peuvent donc se rassurer et les membres de la Ligue antivivisectionnistes peuvent dormir tranquilles ! Taureau embolados et hommes désarmés ne se sont pas fait de mal ! L’adresse et le courage l’ont emporté sr la force. […]

Le spectacle a repris avec une course landaise, avec Avelina qui appartient à la race des parados — pour continuer quand même à parler espagnol — c’est-à-dire à la famille des indolents. Mais avec Mazantini, taureau noir aux cornes blanches, nous avons assisté à une course hors pair. Paul Daverat a fait notamment, par dessus le taureau, une série de sauts en travers, puis de sauts périlleux droits des plus réussis. Cet homme est étonnant ! Il n’a pas une hésitation, et c’est à coup sûr qu’il escalade l’obstacle vivant qui est devant lui.

Nous avons vu, à cette course, les sauts avec perches. Trois sauts ont été ainsi exécutés presque en même temps, et sur le même bond du taureau, par trois des hommes du quadrille. On a applaudi à outrance ! […]

La dernière course landaise, avec Furiosa et Naranja a été moins réussie. Non pas que la quadrilla y ait été inférieure à elle-même; mais la dernière de ces bêtes, notamment, était par trop parados, c’est-à-dire indolente. Elle a carrément refusé de marcher. Ce fait, qui se produit parfois, a eu le don d’exciter l’hilarité des spectateurs.

De même le « cabestan », comme on l’appelle dans le Midi, c’est-à-dire le taureau dressé qui va chercher les taureaux et les entraîne au toril, après la course, a eu un succès de gaieté très marqué. On appelle ce taureau le Dompteur ou Mazagran. »

 

 

Palmarès de la Coupe Tauromachique de la ville de Dax (1974-2017) (sauteurs)

 

Après le palmarès des écarteurs, voici celui des sauteurs qui, depuis 1974 (c’est la 1e année où les sauteurs furent primés), ont remporté la Coupe tauromachique de la ville de Dax. L’image représente le premier vainqueur de ce concours, Michel Agruna, créateur du saut de l’ange que nous lui voyons réaliser ici. Cette photo est tirée d’un site de la commission course landaise de la ville de Dax, aujourd’hui disparu : agruba_dax_1974

1974 : Michel Agruna 1995 : Michel Deloi
1975 : Michel Lafitte 1996 : Thomas Bijard
1976 : Michel Lafitte 1997: Michel Deloi
1977 : Michel Lafitte 1998 : Antony Roth
1978: Michel Lafitte 1999: Nicolas Vergonzeanne
1979 : Michel Dubos 2000: Cl Lagarde
1980 : Michel Dubos 2001: Nicolas Vergonzeanne
1981 : Balo 2002 : Nicolas Vergonzeanne
1982 : Michel Dubos 2003 : Nicolas Vergonzeanne
1983 : Arthur Ribeiro 2004 : Nicolas Vergonzeanne
1984: Arthur Ribeiro 2005 : Guillaume Vergonzeanne
1985: Michel Dubos 2006 : Guillaume Vergonzeanne
1986 : Michel Dubos 2007: Nicolas Vergonzeanne
1987 : Michel Dubos 2008 : Guillaume Vergonzeanne
1988 : Philippe Ducamp 2009 : Louis Ansolabéhère
1989 : Philippe Ducamp 2010 : Louis Ansolabéhère
1990 : Philippe Ducamp 2011 : David Laplace
1991 : Philippe Ducamp 2012 : Louis Ansolabéhère
1992 : Philippe Ducamp 2013 : Fabien Napias
1993 : Philippe Ducamp 2014 : Fabien Napias
1994: Philippe Ducamp 2015 : Etienne Grenet
  2016 : Louis Ansolabéhère
  2017 : Fabien Napias

Palmarès de la Coupe Tauromachique de la ville de Dax (1955-2017) (écarteurs)

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A l’issue du 63e concours, voici le palmarès à jour de cette fameuse « Coupe tauromachique de la Ville de Dax » que tout écarteur rêve de gagner un jour.

1955 : MICHEL I
1956 : FORSANS et LAFFITAU
1957 : LABOURDETTE
1958 : MAXIME
1959 : GANTOIS
1960 : FORSANS et LABOURDETTE
1961 : RAMUNTCHO
1962 : LEY
1963 : GERARD (Saqueboeuf)
1964 : DUFAU Ferdi
1965 : RAMUNTCHITO
1966 : RAMUNTCHO
1967 : RAMUNTCHITO
1968 : FORSANS
1969 : NOGUEZ
1970 : FORSANS
1971 : PIERROT (Larrère)
1972 : RAMUNTCHITO
1973 : MARC-HENRI
1974 : RAMUNTCHO
1975 : RAMUNTCHO
1976 : RAMUNTCHO
1977 : RAMUNTCHITO
1978 : RAMUNTCHITO
1979 : RAMUNTCHITO
1980 : MOUCHET
1981 : RAMUNTCHO
1982 : MARC-HENRI
1983 : LAPLACE Didier
1984 : BORDES
1985 : RAMUNTCHITO
1986 : DESCAZAUX
1987 : RACHOU
1988 : RAMUNTCHO
1989 : RACHOU
1990 : DUCASSOU
1991 : BERGAMO
1992 : RACHOU
1993 : BIDAUBAYLE
1994 : DESCAZAUX       1995 : DUSSAU
1996 : DUSSAU
1997 : LAUREDE
1998 : DUSSAU
1999 : GOEYTES
2000 : DUSSAU
2001 : DE ROVERE
2002 : LARRIEULE
2003 : VERGONZEANNE
2004 : DE ROVERE
2005 : LAPOUDGE
2006 : LAPOUDGE
2007 : CORRIHONS
2008 : DUNOUAU
2009 : LAPOUDGE
2010 : NOGUES
2011 : VINEY-THOMAS
2012 : VINEY-THOMAS
2013: LATAPY Rémi
2014: DUNOUAU
2015: DUTHEN                    2016 : MARTY                       2017 : NAVARRO

Les fêtes de la Madeleine vues par un Arcachonnais… en 1890

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C’est grâce au travail de bénédictine de Camille, ma fille, que je peux vous proposer aujourd’hui cette pittoresque narration tirée de L’Avenir d’Arcachon (n° du 27 juillet 1890).
« Excursions et Fêtes – Fêtes de Mont-de-Marsan – Mon cher Rédacteur, J’arrive de Mont-de-Marsan où j’ai passé les trois jours de fêtes que les Montois organisent chaque année à l’époque de la Ste Madeleine leur patronne. […] Ayant une heure à disposer avant l’ouverture des courses de Taureaux, annoncées à grand bruit, et attendues avec une égale impatience par tous, j’en profitai pour parcourir la ville. […] Je suis attiré souvent par la vue de constructions pour la plupart récentes — La caserne du 34me régiment d’infanterie, le lycée que je connaissais déjà par de brillants succès, l’École normale des institutrices, l’école des jeunes filles, l’école des garçons en construction, et par les arènes vers lesquelles je dois me diriger l’heure est bien passée. J’entre un peu en retard, les hourras retentissent déjà de tous cotés. Les toréadors couverts d’or et d’argent étincelants de pierreries, sont aux prises avec un taureau qui écume de rage. Les tribunes sont au grand complet, les banquettes pleines de spectateurs enthousiastes, nous avons pris les 2 dernières places mon excellent ami et ciceronne [sic], M. Adolphe L. et moi. Dans la tribune d’honneur, je remarque M. le Préfet des Landes, la poitrine constellée de décorations ; M. le Maire de la ville, de vieux officiers tout dorés de galons, et à côté d’eux, et beaucoup plus beaux qu’eux, des groupes de dames dans leurs plus riches toilettes produisant çà et là l’aspect de nombreux et vivants bouquets de fleurs choisies. On se croirait transporté dans un des beaux amphithéâtres des Champs Élysées. L’œil est ravi. Je ne me lasse pas d’admirer. Dans l’arène, les luttes continuent, les écarteurs rivalisent d’adresse, les malheureux jouent leur vie cent fois, pour quelques pièces de cent sous. Pour ma part, je préférerais me trouver dans un train qui déraillerait lancé à toute vitesse. Et je suis là depuis 2 heures. Je commence à reconnaître que je ne suis pas sur un divan moelleux. Je m’étais promis de ne rien critiquer ; car j’ai appris depuis longtemps que la critique était souvent plus facile que justifiée. Je ne puis m’empêcher cependant de reconnaître que l’architecte des arènes a eu le tort d’oublier que le 19e siècle s’accommode peu de la rudesse des mœurs de nos ancêtres et que si les arènes de Nîmes et d’Arles sont en granit, les Montois surtout, du moins leurs invités, ne seraient pas fâchés d’y trouver dans les leurs un peu de velours. — Mais je suis sans rancune, et je reste assis encore 3 heures jusqu’à la fin, toujours dans une égale admiration. Vers six heures le clairon annonce la fin, les portes s’ouvrent, et des torrents humains s’écoulent par les différentes ouvertures. […] Le lundi même régal que la veille mais avec un peu de lassitude, semblait-il, surtout du côté des spectateurs.
Le mardi, toute la banlieue vient grossir la foule de la veille ; […] Aussi que de monde dans les arènes, quel bruit, quel tumulte, quels transports, que de sifflets, que de bravos, quelle bonne journée pour les vrais amateurs, si on avait su effacer du programme cette fameuse (surprise) annoncée sur toutes les affiches, je veux parler de la mort de cette pauvre bête assassinée si misérablement.

finis nos coronat opus [la fin couronne l’œuvre]

Les fêtes de la Madeleine en 1884

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Le jour de l’ouverture des fêtes de la Madeleine 2017, je ne pouvais que vous montrer cette superbe affiche de 1884. C’est une lithographie qui fait partie des collections de la Bibliothèque nationale de France [ENTDN-1(CHERET,Jules/99)-ROULEAU] et elle est l’œuvre du célèbre illustrateur Jules Chéret. On y voit qu’à l’époque où la loi Gramont sévissait et où les mises à mort étaient interdites, on proposait au public des courses « hispano-portugaises » et landaises