Les fêtes de la Madeleine vues par un Arcachonnais… en 1890

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C’est grâce au travail de bénédictine de Camille, ma fille, que je peux vous proposer aujourd’hui cette pittoresque narration tirée de L’Avenir d’Arcachon (n° du 27 juillet 1890).
« Excursions et Fêtes – Fêtes de Mont-de-Marsan – Mon cher Rédacteur, J’arrive de Mont-de-Marsan où j’ai passé les trois jours de fêtes que les Montois organisent chaque année à l’époque de la Ste Madeleine leur patronne. […] Ayant une heure à disposer avant l’ouverture des courses de Taureaux, annoncées à grand bruit, et attendues avec une égale impatience par tous, j’en profitai pour parcourir la ville. […] Je suis attiré souvent par la vue de constructions pour la plupart récentes — La caserne du 34me régiment d’infanterie, le lycée que je connaissais déjà par de brillants succès, l’École normale des institutrices, l’école des jeunes filles, l’école des garçons en construction, et par les arènes vers lesquelles je dois me diriger l’heure est bien passée. J’entre un peu en retard, les hourras retentissent déjà de tous cotés. Les toréadors couverts d’or et d’argent étincelants de pierreries, sont aux prises avec un taureau qui écume de rage. Les tribunes sont au grand complet, les banquettes pleines de spectateurs enthousiastes, nous avons pris les 2 dernières places mon excellent ami et ciceronne [sic], M. Adolphe L. et moi. Dans la tribune d’honneur, je remarque M. le Préfet des Landes, la poitrine constellée de décorations ; M. le Maire de la ville, de vieux officiers tout dorés de galons, et à côté d’eux, et beaucoup plus beaux qu’eux, des groupes de dames dans leurs plus riches toilettes produisant çà et là l’aspect de nombreux et vivants bouquets de fleurs choisies. On se croirait transporté dans un des beaux amphithéâtres des Champs Élysées. L’œil est ravi. Je ne me lasse pas d’admirer. Dans l’arène, les luttes continuent, les écarteurs rivalisent d’adresse, les malheureux jouent leur vie cent fois, pour quelques pièces de cent sous. Pour ma part, je préférerais me trouver dans un train qui déraillerait lancé à toute vitesse. Et je suis là depuis 2 heures. Je commence à reconnaître que je ne suis pas sur un divan moelleux. Je m’étais promis de ne rien critiquer ; car j’ai appris depuis longtemps que la critique était souvent plus facile que justifiée. Je ne puis m’empêcher cependant de reconnaître que l’architecte des arènes a eu le tort d’oublier que le 19e siècle s’accommode peu de la rudesse des mœurs de nos ancêtres et que si les arènes de Nîmes et d’Arles sont en granit, les Montois surtout, du moins leurs invités, ne seraient pas fâchés d’y trouver dans les leurs un peu de velours. — Mais je suis sans rancune, et je reste assis encore 3 heures jusqu’à la fin, toujours dans une égale admiration. Vers six heures le clairon annonce la fin, les portes s’ouvrent, et des torrents humains s’écoulent par les différentes ouvertures. […] Le lundi même régal que la veille mais avec un peu de lassitude, semblait-il, surtout du côté des spectateurs.
Le mardi, toute la banlieue vient grossir la foule de la veille ; […] Aussi que de monde dans les arènes, quel bruit, quel tumulte, quels transports, que de sifflets, que de bravos, quelle bonne journée pour les vrais amateurs, si on avait su effacer du programme cette fameuse (surprise) annoncée sur toutes les affiches, je veux parler de la mort de cette pauvre bête assassinée si misérablement.

finis nos coronat opus [la fin couronne l’œuvre]

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