Les courses à Dax… en 1846

Voici le jugement très sévère que nos voisins béarnais donnèrent sur les courses qui eurent lieu lors de la fête patronale de Dax en septembre 1846.
« Les courses de taureaux (lisez vaches) ont été ce qu’elles sont toujours à Dax et dans tous les endroits du département des Landes où elles ont lieu, c’est-à-dire ridicules. Privés de cette solennité qui accompagne les courses espagnoles, de ces brillants costumes que les toreadores et les picadores portent avec tant d’élégance, de ces cérémonies théâtrales qui ajoutent à l’impression des spectateurs, dénuées surtout de ce danger réel que courent les combattants, ces prétendus combats de taureaux ne ressemblent pas mal à une mystification. » (Le Mémorial des Pyrénées, 32e a., n° 129, 14 septembre 1846).

On était donc déjà, et avant la date fatidique de 1852 où se déroulèrent les premières courses avec des matadors à Saint-Esprit, près de Bayonne, dans une comparaison entre courses espagnoles et landaises… Espérons que celles que nous aurons le plaisir de voir le 4 octobre prochain, seront plus appréciées, même des Béarnais !

Les gladiateurs landais à Nîmes en 1868

Nimes_1863Une course de taureaux dans les arènes de Nîmes vers 1863

On croit souvent que l’âge d’or des courses landaises commence dans les années 1880, et notamment en raison du grand succès que nos écarteurs obtinrent à Paris entre 1887 et 1891, et de leurs tournées en Provence puis en Italie, en Algérie et en Tunisie. Mais dès le Second Empire, notre sport s’exporte très bien, et notamment en 1857 où nos Landais foulent le sable des arènes de la capitale, de Nîmes et même de Lyon. Ils reviennent dans la préfecture du Gard une décennie plus tard, en 1867, puis l’année suivante, et nous avons retrouvé le souvenir de leur prestation de cette dernière année.
La première course se déroule le 19 avril et voit défiler :
« Joseph Mamousse, médaille plusieurs fois, de Labastide-d’Armagnac ;
Pierre Duffau, qui a eu l’honneur de recevoir les félicitations du Taicoum du Japon ;
Deyris, le terrible sauteur qui fit les courses de l’an dernier ;
Prosper Saint-Calbre, de Pomarès [sic], à l’une des courses duquel Sa Majesté la Reine de toutes les Espagnes a daigné assister ;
Joseph Maragnon, surnommé le « Sans-pareil du Gers » ;
Omer Planté, de Dax, le « Bijou des écarteurs » ».
Les vaches qu’ils vont affronter sont des coursières espagnoles de race Carriquiry, pour lesquelles on fournit au public les renseignements suivants :
« Venant des manades de S. E. don Nazario Carriquiry, grand d’Espagne, seul fournisseur pour les courses royales, honoré des plus hautes récompenses à toutes les expositions pour la beauté hors lignes de ses ganaderias vendus pour les courses des arènes, comme le constatent des certificats signés de l’alcalde de la ville de Tudela et du gouverneur de la province de Navarre. Lesdits certificats ont été traduits de l’espagnol par M. Crouzat, interprète assermenté près l’administration municipale et les tribunaux de Nîmes. »
On donnait même le nom de ces redoutables adversaires : « Trompetta, Morica, Peluquera, Lola, Limona, Mina, Paloma, Calva, Pelegrina, Arbolaria, Machuella, Gabilana ».

15 jours plus tard, nos compatriotes étaient toujours dans la cité gardoise pour un « triple spectacle : dernière et brillante course de vaches espagnoles », auquel les dames étaient conviées à assister à moitié-prix. Les douze coursières étaient les mêmes que celles que nous venons de citer, et voici le texte qui accompagnait la présentation de ce spectacle, dû peut être à la plume du directeur des arènes d’alors, Jules Rostain :
« Messieurs,
Nos Landais vont partir : en leur nom, je vous remercie et de vos chaleureux applaudissements et de votre bienveillant accueil. Ils en sont fiers et en garderont un digne souvenir. Vos bravos dans cette antique Arène des Gladiateurs leur vont droit au cœur. Des gradins dont les vingt siècles qui ont passé sur eux ont à peine entamé le granit, des mêmes places où s’asseyaient les Consuls romains et les prêtresses de Vesta, sont partis les premiers vivats ; encore une fois, je vous remercie en leur nom.
De retour dans les Landes, ils raconteront à leurs compatriotes, et cela evc quelque orgueil, et vos acclamations et vos précieux témoignages de sympathie, et, si les circonstances les ramènent un jour parmi nous, leur première visite sera pour ce monument qui a vu les premiers triomphes et qui aura leurs derniers souvenirs !!!. »

1889 : la Gran Plaza de Toros du Bois de Boulogne, à Paris

arenes_Paris_1889

Il n’y a pas que les arènes du Plumaçon et la Tour Eiffel qu’on inaugura en 1889, il y a 130 ans… C’est en effet le 10 août de cette année-là qu’on coupa également le ruban de l’arène du Bois de Boulogne, que j’avais simplement citée dans un ancien article (https://patrimoinecourselandaise.org/2017/03/03/les-courses-de-taureaux-et-les-courses-landaises-1889/ ).

Aussi appelée « Plaza de la rue Pergolèse », elle connut essentiellement des corridas, mais le quadrille de Marin s’y produisit en 1892. Grâce à notre jeune amie coursayre (et historienne de l’Art) parisienne Adeline, qui s’est plongée dans tous les fichiers et répertoires de la capitale, en voici une photographie extérieure (Plaza de toros, 60 rue Pergolèse, Paris, Paris, BnF, département des Estampes et de la Photographie, Va­315 (2) Fol.). C’était un véritable monument de 300 m. de circonférence (polygone régulier de 30 côtés de 10 m., muni de 30 portes et d’une toiture mobile. Le diamètre de la piste était de 56 m. L’édifice comportait 11 rangées de gradins, 116 loges, 22 000 places, 40 stalles d’écurie et 6 corrales de 10 m². Son inauguration eut lieu, comme nous l’avons dit, le 10 août 1889, avec les plus fines lames d’Espagne, et elle n’eut, comme beaucoup de ces bâtiments construits pour les Expositions universelles ou internationales, qu’une vie éphémère. Sa fermeture intervint en effet le 6 novembre 1892. Voici d’ailleurs, toujours grâce à Adeline, ce que disait la presse de l’époque au sujet de cet événement.
« La Plaza de Toros. On vient de vendre, moyennant 15 000 francs environ, tout le matériel du fameux Cirque de la rue Pergolèse, où ont eu lieu, depuis 1889, des courses de taureaux, d’abord très suivies, puis finalement abandonnées par le public. Et maintenant ces arènes, les plus belles du monde au dire des Espagnols eux-mêmes, sont menacées d’une disparition totale et prochaine. A ce propos, voici, en quelques lignes, leur courte et lamentable histoire.
Vers la fin de 1888, une société d’éleveurs de taureaux espagnols, ainsi constituée : M. le duc de Veragua, M. le comte de Aresana, M. le comte del Vilar et M. le comte de Patilla, obtint du gouvernement français l’autorisation de donner pendant l’Exposition, des courses de taureaux sans effusion de sang. On voulut faire grand, puisqu’on était Espagnol. Les terrains pour lesquels on contracta des achats, des baux et des promesses de vente furent estimés à 4 400 000 francs. On y éleva la superbe construction que l’on connaît (MM. Courboul et Delaborde, architectes) et qui ne coûta pas moins de 5 millions de francs. Les travaux furent exécutés en quatre mois, sauf la coupole, qui ne fut construite qu’en 1890.
L’ouverture eut lieu le 10 août 1889. Depuis cette date jusqu’au 10 novembre de la même année, on encaissa 1 200 000 francs. La plus belle recette, celle du 12 septembre, s’éleva à 75 000 francs. En 1890 et 1891, les bénéfices furent moindres : la société espagnole laissa place à une société anonyme qui fut mise en faillite avec un déficit de 860 000 francs. Si les recettes étaient belles, les frais étaient énormes, chaque taureau coûtait 1 500 à 5 000 fr., et il était revendu après la course 250 francs à un boucher. Toutes ces bêtes provenaient des terres de M. le duc de Veragua qui pratique l’élevage du taureau de combat sur une grande échelle, s’il est permis de s’exprimer ainsi, et qui n’a pas moins de 3 500 têtes de ce bétail particulier. Les toreros se font payer bon prix. Angel Pastor et sa cuadrilla, composée de cinq hommes, coûte 3 500 francs par course. (…) Les autres prima spada étaient ainsi rétribuées : Cara-Ancha, 4 500 francs (par course, bien entendu) ; Mazzantini, 5 000 ; Lagartijo, 6 000 ; Guerrita, 6 000 : Espartero, 6000. Le cavalier en place recevait, pour lui seul, 1 000 francs par séance. Tout compté, les frais, pour chaque représentation, s’élevaient à 25 000 ou 30 000 francs.
Les habitants du quartier rappellent avec de gros soupirs ces jours de splendeurs. Malgré tout, ils ne veulent pas croire que l’on puisse se résoudre à démolir cet édifice, alors surtout qu’on tirerait à peine deux cent mille francs de ce qui a coûté cinq millions. »
Gazette anecdotique, littéraire, artistique et bibliographique, n° 8, 30 avril 1893, p. 240-­242

Avant les Victorino Martin de 2009 et 2019, les Carriquiri en 1901 !

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Le 13 juillet de cette année 2019, nos valeureux acteurs vont affronter dans les arènes de Dax 12 vaches de la célèbre et redoutée ganaderia de Victorino Martin. En mai 1901, c’est dans les arènes des Amidonniers, à Toulouse, que leurs prédécesseurs réalisèrent un tel exploit, mais devant les bêtes de la très célèbre divisa de Carriquiri, d’ailleurs principale fournisseur de vaches « landaises » depuis plusieurs décennies. Il est vrai que la direction de ces arènes était alors assurée par un ganadero Landais bien connu des tauromaches : Passicos.
Voici l’annonce de ce mémorable rendez-vous tauromachique qui parut dans L’Express du Midi le 7 mai :

« Arènes des Amidonniers. Direction Passicos. Les dix vaches nouvelles du célèbre élevage navarrais du comte d’Espoz y Mina (antes) Carriquiri, destinées à la course landaise de dimanche prochain  12 mai, seront travaillées, sans corde, par Marin Ier, le feinteur landais sans rival et son quadrille composé de Lacau, Feigna, Picard, Maxime, Daudigeos, Planté, Camiade fils et Tauzia, c’est-à-dire des meilleurs écarteurs, sauteurs et feinteurs des Landes et du Gers.
Ces baquillas arriveront aux corrales de la plaza toulousaine dans la journée de jeudi.
Le prix des places pour cette course landaise, qui servira de début à la ganaderia Passicos, et qui sera une nouveauté pour Toulouse, sont les suivants :
Premières, 2fr. ; secondes, 1fr.50 ; troisièmes, 1fr. Les enfants au-dessous de 10 ans et les militaires paieront demi-tarif à toutes les places. »

Voici maintenant le compte-rendu substantiel de cette confrontation, signé par « Juanerito ». Il commence par un vibrant plaidoyer pour notre sport :
« Course landaise à Toulouse. Un public relativement peu nombreux s’était donné rendez-vous à la plaza ; il est vrai que Phébus qui, depuis plusieurs jours, nous refusait ses rayons bienfaisants, n’avait pas daigné, hier, se montrer plus clément. Mais je sais pertinemment que de nombreux aficionados n’assistent pas aux courses landaises, prétextant des préjugés qu’il me semble bien facile de réfuter.
Ils s’attachent trop à les regarder par leur côté brillant, futile, ou dangereux ; ils devraient voir aussi que ces courses sont une rude école où l’abnégation, le mépris du danger et de la mort, l’insensibilité à la souffrance sont professés par tous ses adeptes.
La course landaise exige, en effet, une somme de courage, de sang-froid et d’agilité, tout aussi grande que la corrida espagnole.
C’est par une course de ce genre que notre sympathique impresario, M. Passicos, inaugurait hier sa temporada toulousaine. Nous devons lui savoir gré d’avoir réservé pour notre coquette plaza des Amidonniers, dix vaches neuves de Carriquiri qui vont composer sa ganaderia.
Ces baquillas, qui viennent de la Navarra, nous ont prouvé une fois de plus que les conditions de l’élevage sont excellentes dans cette province : la vallée de l’Ebre se prête, en effet admirablement au développement presque à l’état sauvage de cette magnifique race : les vaches navarraises, quoique de taille moyenne, sont surtout des bêtes de vitesse et de vivacité, douées de jarrets de fer, qualité précieuse pour les courses landaises.
Courues hier en pleine liberté, sans corde d’aucune sorte, elles eurent beau déployer tous leurs moyens, leur vitesse, leur ardeur, elles trouvèrent, pour les défier, des hommes valeureux et dont le courage n’a pas faibli un seul instant.
La course a été magnifique : sans hâte, sans disputes, s’aidant les uns et les autres avec un empressement merveilleux, nos écarteurs attaquèrent ce nouveau bétail avec une audace incroyable, une confiance d’autant plus grande que la solidarité créée entre eux cette année doublait le prix de l’assistance qu’ils se prêtaient.
L’indépendance et l’émulation pour l’attaque, l’union et la fraternité pour la défense, ont été la caractéristique de cette belle course.
Marin a été le héros. Malgré son âge et une année d’inaction, il reste toujours le Guerrita de la course landaise. Il s’est dépensé sans compter avec toutes les bêtes.
Il nous a montré de nombreuses feintes, comme lui seul sait les faire ; il a même travaillé plusieurs vaches avec le parapluie d’une charmante señorita (olé), d’autres avec un simple éventail, toujours avec une élégance et un mépris du péril vraiment remarquables.
Veillant sans cesse sur ses hommes, il a dirigé la course en maître, étant toujours au quite le premier lorsque l’un d’eux était pris.
Il leur a ainsi évité de terribles cogidas, notamment à Picard qui a été roulé par la dernière vache, la terrible Mogone, que Marin Ier est parvenu à maîtriser en se jetant hardiment dans ses cornes.
Bravo, Marin Ier.
Après lui, Picard a été aussi très audacieux ; il a abordé les vaillantes vaches de M. Passicos et a exécuté une série d’écarts et de feintes surprenantes ; le public l’a chaleureusement applaudi. Bras-de-Fer, le roi de l’écart classique, a été aussi très vaillant ; il a même feinté plusieurs fois, mais nous le préférons à l’écart, où il est impeccable.
Un jeune écarteur, dont le nom m’échappa et qui ne s’est voué à cette périlleuse profession que depuis un an, a enthousiasmé le public par sa témérité et son adresse ; c’est une jeune qui promet beaucoup et qui donnera sûrement autant qu’il promet, car il ne peut être à meilleure école.
Kroumir et Lacau, deux vétérans, ont été aussi très fêtés.
Seuls, deux écarteurs, et notamment Maxime, qui souffrait, paraît-il, d’une blessure reçue dernièrement, ont été par trop apathiques.
Parmi les vaches qui se sont montrées les plus vaillantes, signalons la Mogone, Tabaquera et Limona.
En résumé, excellente course qui nous montre que la vieille et bonne tradition de ce noble combat où se sont illustrés les Jean Chicoy, les Daverat, les Lamothe et, de nos jours, Marin Ier, n’est pas près de s’éteindre et que la tauromachie landaise a encore de beaux jours devant elle. »

Le succès remporté par cette course (et peut-être aussi le souci de rentabiliser l’opération…) détermina Passicos à en organiser une nouvelle, dans les mêmes arènes, le jeudi de l’Ascension suivant :
« Arènes de Toulouse. La direction Passicos nous adresse la communication suivante :
« Devant le succès remporté par Marin Ier, que l’on a surnommé, à juste titre, le Guerrita des Landes, et de son quadrille hors de pair, la direction Passicos a décidé de donner, à l’occasion des fêtes de l’Ascension, le jeudi 16 courant, une nouvelle course landaise avec le même bétail si redoutable de Carriquiri et le même quadrille.
Picard, qui s’est tant empressé dimanche dernier et qui n’a dû son salut qu’au courage et au sang-froid de Marin Ier, , a, malgré sa blessure, promis son précieux concours au sympathique ganadero Passicos.
Avec de tels éléments, les gens avides d’émotion doivent se rendre en foule à la place toulousaine.
P. S. – Par faveur, la direction Passicos fera voir aux spectateurs jeudi prochain, après la course landaise, les six taureaux du comte d’Espoz y Mina, antes Carraquiri, qui doivent être combattus le 19 mai par les matadores de cartel Quinito et Machiquito. » (L’Express du Midi, 14 mai 1901)

Juanerito en fit un compte-rendu plus succinct le 18 mai :
« La course landaise. Le soleil qui cette fois n’a pas boudé, avait attiré aux arènes un plus grand nombre de spectateurs que dimanche dernier.
Les vaches de la nouvelle ganaderia de M. Passicos ont été de nouveau combattues par la même cuadrilla à laquelle était venu se joindre Tauzia, un jeune sauteur.
La course a été très intéressante, je dirai même émotionnante, car le jeune écarteur Planté a fait preuve d’une témérité excessive. Il a été roulé dans toutes les règles de l’art par la Mogone, et bien qu’il ait été blessé à la cuisse gauche et à la tête, il a continué néanmoins ses audacieux écarts. Il a été sans conteste le roi de la soirée. Après lui, Hains, Picard, Bourre, Kroumir se sont bien dépensés ; seul Marin a été très apathique : rien n’a pu le stimuler, pas même la cogida qu’il reçut à la quatrième vache. Il nous a cependant montré quelques feintes (bien peu, il est vrai), mais qui ont été comme toujours impeccables. »

 

 

Le saut à la barre ou à la garrocha

Ce type de saut, repris il y a quelques années par Nicolas Vergonzeanne, ne s’exécutait généralement que dans les courses hispano-landaises ou provençalo-landaises.

Voici ce qu’en dit Clic-Clac en 1905 :
« Ce saut d’essence provençale est pour ainsi dire délaissé de nos jours ; c’est à peine si nous avons vu un jeune Montois du nom de Roufian essayer de l’importer sur nos arènes, sans grand succès d’ailleurs.
Il consistait, comme dans le saut à la course, à partir à la rencontre de la vache, une barre de 2m.50 aux mains ; dès que la bête était à une distance voulue et calculée, l’homme posait un bout de la barre sur terre et s’élevait sur la force des poignets pour livrer passage à l’animal. Au moment exact du passage de la bête sous lui, il lâchait la barre qui bien souvent était projetée au loin par un coup de tête du fauve.
Les Provençaux sont très adroits dans cet exercice. Comme pour le saut à répétition, ils se mettent quelquefois deux et trois à la suite les uns des autres. L’aficionado landais n’est guère friand de cet exercice ; c’est peut-être parce qu’il le connaît fort peu. Car on voit souvent des bonds prodigieux. »

Pour confirmer les dires de Clic-Clac, voici le dessin des sauts exécutés par la cuadrilla provençale du Pouly lors des Fêtes du Soleil en 1887 (Le Monde illustré).

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En fait, loin d’être d’origine provençale comme l’écrit le célèbre revistero Clic-Clac, le saut à la garrocha faisait partie dès le 18e siècle des jeux de l’arène espagnols. Goya en donne d’ailleurs une représentation dans sa Tauromachie. Et voici celle publiée à l’appui de l’étude de Dufourcet et Camiade sur les courses de taureaux dans le Bulletin de la Société de Borda en 1891.

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On en trouve une version originale sur un superbe plat conservé dans les collections du Musée de la Faïence de Sarreguemines (Moselle). Il fait partie d’une série consacrée à la tauromachie et porte comme titre : « Le saut à la perche ».

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Les (anciennes) arènes de Soustons ont connu plusieurs courses hispano-landaises ou hispano-provençales, dont je vous montrerai au fur et à mesure plusieurs images. Sur celle que je vous présente aujourd’hui, on voit ce fameux saut à la garrocha qui était devenu l’une des figures classiques de ce type de course.

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Voici une autre plaza qui connut des courses « provençales », celle de Marciac dans le Gers. Cette carte écrite en 1903 montre le saut à la garrocha réalisé par l’un des membres de la fameuse cuadrilla dirigée par Alphonse Bayard.

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Très intéressante aussi, cette image publicitaire de la « Chicorée Daniel Voelcker-Coumes » à Bayon (Meurthe-et-Moselle) : comme quoi, nos « vieilles coutumes » de Gascogne étaient même connues des Lorrains vers 1900 !

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Voici une autreimage publicitaire sur les « courses de taureaux landaises », qui fait partie de la très riche collection du Chocolat Guérin-Boutron. Ici encore, c’est le saut à la perche ou à la garrocha qui est représenté, avec une autre suerte qui était celle de la chaise. On remarque que le taureau est emboulé et qu’il présente des cocardes un peu partout sur le corps…
Le texte qui accompagne ce dessin, quant à lui, ne devait pas déplaire à la Société protectrice des animaux : « Les courses de taureaux données dans les Landes diffèrent des courses espagnoles en ce qu’elles sont plutôt un jeu qu’un combat. Ici, point de chevaux éventrés, ni de taureaux tués. Ces courses ne sont qu’adresse et agilité »…

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Grâce à l’ami Patrick Capdegelle, homme d’aficion et de passion, voici maintenant une belle image d’un sauteur landais exécutant le fameux saut à la garrocha dans les arènes de Toulouse aux alentours des années 1890 semble-t-il. Il s’agissait bien sûr d’une course hispano-landaise, très à la mode à cette époque. Et le béret ne bouge pas, hilh de pute!

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Trouvée récemment, cette dernière carte nous prouve que le salto de la garrocha s’est également perpétué dans la course camarguaise. Réalisée par le grand photographe arlésien George, elle représente Granito II sautant le « Set-Mouraou » de Baroncelli dans les arènes des Saintes-Maries-de-la-Mer.

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