Camiade (Bertrand)

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Grâce au travail de recherche très pointu d’un nouveau contributeur, Hervé Coudroy, instituteur à Gamarde, voici reconstituée la carrière de Bertrand Camiade, l’un des pionniers chalossais de la course landaise. Un grand merci à lui et à son réseau de fouineurs de l’Auribat que l’on retrouve sur leur très riche site (http://www.auribat.com/ ).
L’intérêt de cet article est aussi de fournir les scans de documents, qui nous donnent les noms de tous ces premiers vaillants de l’arène.

Bertrand Camiade, fils d’Arnaud Camiade et de Jeanne Dartiguelongue, cultivateurs, est né à Baigts (Landes) le 13 décembre 1817. En 1842, il y épouse Marie Rotger.
La famille arrive à Gamarde (Landes) vers 1845. En 1846, ils habitent au Pouyet de Coudosse ; en 1849, à Pascouaou ; en 1869-1882, à Leplante ; en 1894, au Marchand.
Les Camiade quittent Gamarde peu de temps après.

En 1847, Camiade, de Gamarde, remporte le 4e prix aux courses des fêtes d’Orthez.

camiade_1Mercure d’Orthez, 12 août 1847

Il est sélectionné pour la fameuse course de Magescq de 1852, face aux taureaux espagnols. Il prend la 4e place sur les huit écarteurs retenus et empoche un prix de 50 F.

« Le premier taureau paraît, personne ne se risque. Le second va sortir quand un écarteur en colère bondit hors des refuges et se plante devant la porte du toril. On ouvre la loge. Jean Chicoy fait une large feinte. Le monstrueux taureau file comme la plus douce des laitières (…) Les taureaux espagnols passent en effet, et avec tant de force, de noblesse et de droiture qu’en un instant Camiade, les deux Duvignau et Cizos sautent dans l’arène. La journée s’achève en triomphe. »

La même année, il se classe 3e à Orthez.

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Mercure d’Orthez, 29 juillet 1852

En 1853, il est encouragé à Dax.

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Réveil des Landes, 3 septembre 1853

En 1857, il fait partie des écarteurs landais invités dans les arènes de Nîmes pour la « course de vaches à la mode landaise ».

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Journal des Landes, 20 mai 1857

En 1861, il brille à Saint-Sever.

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La Chalosse, 30 juin 1861

En 1874, on le retrouve aux fêtes de Dax.

Camiade, de Gamarde, ne doit pas être confondu avec Victor Camiade, de Dax, natif de Clermont, qui débute sa carrière dans les années 1870.

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L’Adour, 5 septembre 1874

A plus de 60 ans, il se montre encore dans les courses.

A Montfort, en 1884…

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Le Dacquois, 2 juillet 1884

…en 1889…

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Le Dacquois, 3 juillet 1889

…à Dax, en 1890.

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Le Dacquois, 6 septembre 1890

Il décède après 1894.

Ce Camiade a également une notice dans le Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 75-76.

Mort pour la France : Priam (Eugène)

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Voici notre troisième héros de la Grande Guerre. Il s’agit d’Eugène Priam, cultivateur, né le 28 octobre 1881 à Renung (Landes). Il a le n° matricule n° 1700 au recrutement à Mont-de-Marsan en 1901. Il fait son service normal du 14 novembre 1902 au 19 septembre 1903 au 34e RI et en sort avec un certificat de bonne conduite. Il est placé en position de réserviste le 1er novembre 1905, puis rappelé au tout début du mois d’août 1914.
Il est tué à l’ennemi le 26 janvier 1915 au combat de Vassogne (Aisne), après avoir combattu depuis le 12 août 1914. Il est inscrit sur le livre d’or d’Eugénie-les-Bains, et son nom figure sur le monument aux morts de cette cité thermale sous le patronyme erroné de « Prian ».

Voici ce que La Course landaise annonce en mars 1916 :
« Nous avons à enregistrer aussi [avec celle de Daverat] la perte de Priam, torero landais, populaire par excellence, qui a figuré sur toutes les places de la région, originaire d’Eugénie-les-Bains (Landes). Priam fut toujours l’écarteur classique et laborieux que l’on aimait à revoir avec plaisir. Il est mort en brave, au champ d’honneur. »

Elle lui consacre un nouvel article dans son numéro du 1er décembre 1916, sous la plume d’un de ses compagnons de tranchée :

« La fin d’un champion !
Les lecteurs de la Tuile ont déjà appris la mort au champ d’honneur, d’un ancien champion de nos arènes landaises, le vaillant torero Priam. Voici quelques détails :
Priam appartenait à la 6e Cie du 18e Régiment d’infanterie. Au cours des derniers mois de 1914, il avait vaillamment fait son devoir et s’était battu comme il avait écarté, jadis, avec courage et conscience. On saura plus tard combien fut ingrate en ses débuts cette guerre de tranchées qui dure encore ; quelles fatigues, quelles souffrances et quelles privations durent endurer nos braves poilus en luttant contre un ennemi toujours terré, supérieur en nombre et qui tentait de les écraser sous l’accumulation d’un matériel de plus en plus puissant. Notre champion vécut ces heures héroïques avec la patience et l’abnégation qui, seules, pouvaient suppléer à l’insuffisance de nos moyens.
Toutes ces épreuves n’avaient point amolli son courage. Aussi, le 25 janvier 1915, lors de cette terrible ruée des hordes allemandes, se trouvait-il au premier rang parmi les défenseurs de la tranchée, sur le plateau de Paissy. Décidé, comme tous ses camarades, à repousser l’attaque de l’ennemi qui s’était fait précéder par un bombardement d’une violence inouïe, il trouva la mort dans ce combat féroce qui finit dans un terrible corps-à-corps : les positions furent conservées.
Aujourd’hui, grâce aux soins pieux d’un Aturin dont je tairai le nom pour ne pas froisser sa modestie, Priam dort son dernier sommeil au-dessous d’un des principaux éperons de ce plateau qu’il avait si vaillamment défendu. Il repose à côté d’autres fiers Landais des bords de l’Adour, tombés comme lui, à la même heure tragique, face aux Boches dont ils venaient de briser le sauvage élan. A 30 mètres d’une route bien connue des poilus des Landes et des Pyrénées, une petite croix indique la dernière demeure de celui qui, toujours égal à lui-même devant le danger, porta sur le champ de bataille les qualités qui l’avaient fait tant apprécier de notre aficion.
Priam est mort en héros : sa fin sublime, bien digne d’un champion, le couvre d’une auréole de gloire.
Pe-Re-Qui-Not
Aux Armées, le 8 novembre 1916. »

Quant à la carrière dans le monde la course landaise de celui qu’on surnommait souvent « le bûcheur », voici les éléments tirés du dictionnaire de Gérard Laborde :
« Dans les années 1903-1904, Eugène Priam débute face aux rudes coursières du troupeau de seconde zone de Mocoucut-Gaillat de Geaune, qui valaient bien celles des grands ganaderos de l’époque. Les bonnes dispositions qu’il manifeste lui valent d’être engagé par le ganadero Passicos pour une tournée dans le Midi, avec notamment une belle course pour Pâque à Béziers. Durant ces premières années, Priam devait garder son indépendance vis-à-vis des cuadrillas organisées, en contrat avec les ganaderos de formelle. En 1905, on va le retrouver souvent face au bétail de la ganaderia finissante de Bacarisse. Après ce rude apprentissage, le grand ganadero Joseph Barrère, à qui il restera fidèle tout au long de sa carrière, va l’engager dans sa cuadrilla. Sous les ordres de Giovanni, Jean Fillang, Meunier, puis de Koran, successivement, Priam figurera sur les affiches dans les têtes de la cuadrilla de 1907 à 1913. En 1906, Priam, le torero d’Eugénie-les-Bains se révèle au grand public en remportant 3 premiers prix […] ainsi que 6 deuxièmes prix pour seulement 16 courses effectuées. […] En 1909, Priam est sacré n° 1 avec 3205F de gains provenant notamment de 17 premiers prix pour les 28 courses auxquelles il a participé ! […] En 1914, il va travailler au sein des cuadrillas que le Sybdicat des toreros landais propose aux organisateurs de courses; à son actif, un premier prix sur huit courses.

Éléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 464-465 (avec l’aimable et amicale autorisation de l’auteur)

Mort pour la France : Marquestaut (Henri, parfois Henry)

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Le deuxième de nos héros se nomme Henri Marquestaut. Boulanger de son état, il est né le 26 décembre 1883 à Anglet (Pyrénées-Atlantiques) et recruté à Bayonne (classe 1903 n° 384). A l’instar de Lacoste I, il réside à Mont-de-Marsan lors de son recrutement.

Comme beaucoup d’autres, il est rappelé à l’activité le 2 août 1914 par suite de la mobilisation générale. Il  arrive au corps le lendemain (49e régiment d’infanterie), et meurt sur le terrible champ de bataille de Craonnelle (Aisne) le 20 septembre 1914.

Son nom figure sur le monument aux morts de sa ville natale.

Quant à sa carrière en course landaise, voici quelques éléments de sa biographie:
« Écarteur de second rang des débuts du XXe siècle. On le découvre à l’affiche de la course de bienfaisance donnée pour la cuadrilla de chez Passicos, le 16 octobre à Dax. En 1909, où il n’a travaillé que lors de 18 courses formelle, Marquestau empoche 525F de gains et pointe quabd même à une honorable 34e place sur 146 &carteurs recensés cette saison-là. En 1910, 245F pour 12 formelles et toujours dans le premier tiers du classement ».

Eléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 367 (avec l’aimable et amicale autorisation de l’auteur)

Mort pour la France : Lacoste I (Hubert Henri NAVES, dit)

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A la suite de l’hommage qui leur a été rendu en introduction du concours de Saint-Sever, le 26 juin dernier, grâce à l’action et aux recherches d’André Diot, nous allons commencer à publier des articles sur les acteurs de la course landaise qui sont morts pour la France durant la guerre 1914-1918. Nous avons choisi de le faire dans l’ordre chronologique de leur décès, et le premier de ces héros ne mit pas longtemps à tomber au champ d’honneur. Il s’agit de Hubert Henri Naves, dit Lacoste I, tué à l’ennemi à Ribemont, dans l’Aisne, le 30 août 1914, moins d’un mois après le début de ce terrible conflit.

Henri Naves est né le 3 novembre 1892 à Martel (Lot). Lors de son recensement militaire à Cahors (n° matricule n° 281 de la classe 1912), il  réside à Mont-de-Marsan. L’année suivante, le 12 avril 1913, alors qu’il doit normalement effectuer son service militaire quelques mois plus tard, il s’engage volontaire pour trois ans à la mairie de Mont-de-Marsan pour servir au 34e régiment d’infanterie. Il arrive au corps comme soldat de 2e classe le 12 avril 1913 et part sur le front avec son régiment, le « régiment des Landais », dès les premières heures du conflit au début du mois d’août 1914. Il est porté disparu le 30 août 1914 à Ribemont (Aisne), et son décès est fixé par jugement à cette date (avis du ministre de la Guerre du 30 octobre 1920). Il figure sur le « Livre d’or » de Mont-de-Marsan, mais son nom n’est pas inscrit sur le monument aux morts de Martel ni sur celui de Mont-de-Marsan. Un oubli qu’il serait bon de réparer, notamment en application de la loi n° 2012-273 du 28 février 2012, dont l’effet est rétroactif

Voici quelques éléments sur sa carrière d’écarteur, tirés du Dictionnaire de Gérard Laborde.

« Six années de carrière prestigieuse entre 17 et 22 ans. Avec son frère [Jasmin Naves, dit Lacoste II], il a découvert la Course landaise, grâce au numéro de cirque qu’ils présentaient à l’entracte de certaines courses. Il débute en formelle en 1909 au sein de la cuadrilla Giovanni attachée au ganadero Barrère (à qui il restera fidèle jusqu’en 1913) (…). Dès l’année suivante [1910], Lacoste, tout juste âgé de 18 ans, va éclater et terminer n° 1 avec 25 premiers prix et un deuxième sur 32 courses pour 4 373 fr. de gains sur la saison. C’est l’avènement d’un nouveau roi de l’arène, « d’un homme hardi, confiant et qui ne redoute rien », « un vaillant téméraire, un classique » mais aussi « travailleur consciencieux et élégant qui plaît à l’aficion » et par ailleurs « bon camarade, souvent au quite« . Pourtant l’année suivante [1911] va se révéler bien moins bonne pour un Lacoste I en proie au doute et habité par une perte de confiance (…). Mais en 1912, en réussite dans le travail des vaches sérieuses, il accomplit une nouvelle grande saison, avec dix premiers prix (…). Pour sa dernière année, en 1914, il travaillera dans les cuadrillas du Syndicat des toreros. »

Eléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 278-279 (avec l’aimable et amicale autorisation de l’auteur)

24 juin 1897 : la blessure mortelle de Baillet

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Alexandre Jean Baillet, écarteur promis à une belle carrière fut, à l’âge de 23 ans, victime d’une terrible blessure dans les arènes de Bazas dont il mourut quelques jours plus tard. Chritian Capdegelle a découvert dans la presse locale les différents récits de cet accident et de ses suites tragiques, et je l’en remercie une nouvelle fois. Les voici, dans l’ordre chronologique.

« Des courses elles-mêmes nous ne dirons pas grand’chose, n’étant pas suffisamment familiarisés avec ce genre de sport ; mais de l’avis des aficionados très nombreux qui y assistaient, le bétail fourni par M. Barrère était excellent ; les vaches ardentes, mais peut-être trop entraînées.
Les écarteurs de la cuadrilla landaise ont fait preuve de courage, et le travail de Naves, Daudigeos et Belloc a été particulièrement remarqué.
Malheureusement, un accident a vivement impressionné le public, l’écarteur Baillet, après un écart exécuté dans les règles, a été rejoint par la vache Maravilla et a reçu un coup de corne, qui, après avoir suivi les côtes, a frappé Baillet à la base du crâne, mettant le cervelet à nu. L’état de ce jeune homme, dont nous avons fait prendre des nouvelles à l’hospice, où il est en traitement, est considéré comme désespéré. »
Le Républicain bazadais, samedi 26 juin 1897.

« Le piston qui remplace la clarine sonne et la première vache parait dans l’arène.
Huit vaches ont été travaillées par la cuadrilla landaise. Voici par ordre de mérite les écarteurs qui se sont signalés : Naves, Belloc, Duffau II, Mathieu, Baillet, Dodigeos, Lestage, Candau, dont la réputation est bien connue, a fait, en amateur, deux écarts très applaudis. Par contre, Mouchez, Lapaloque, Bras-de-Fer et Casino ne sont pas sortis de derrière la talanquère.
A la troisième vache, Baillet, dans un écart malheureux, a été atteint à la nuque d’une blessure pénétrante qui a atteint le cervelet. Après un pansement sommaire à l’infirmerie des arènes, Baillet a été transporté à l’hôpital, où il a reçu les soins de M. le docteur Séguinard. »
Le Glaneur
, dimanche 27 juin 1897.

Mort de l’écarteur Baillet. – L’écarteur Alexandre Baillet, transporté à l’hôpital de notre ville à la suite d’une blessure grave reçue pendant les courses du 24 juin dernier, est mort lundi soir, à dix heures, dans les bras de sa mère, après onze jours d’atroces souffrances.
Alexandre Baillet n’avait pas encore 24 ans. Né à Mont-de-Marsan le 7 janvier 1874, il avait débuté dans sa périlleuse carrière dès l’âge de quatorze ans, alors qu’employé comme vacher il accompagnait les troupeaux de vaches de courses. Blessé grièvement dès ses débuts, à Morlaàs, où une vache lui enfonçait deux côtes et le clouait pour plusieurs mois sur un lit d’hôpital, Baillet ne renonça cependant pas aux dangereux exercices qui le passionnaient et qui devaient si malheureusement lui coûter la vie.
Ses obsèques ont eu lieu mercredi matin. Sur le cercueil, deux couronnes avaient été déposées : l’une offerte par le Comité des courses ; la seconde par MM. Barrère et Félix Robert. Une troisième couronne offerte par la cuadrilla landaise sera déposée sur sa tombe.
La malheureuse mère, brisée de douleur, avait voulu accompagner son fils jusqu’à sa dernière demeure.
M. Paul Dupont, premier adjoint, entouré du personnel de la Mairie, ainsi que d’une délégation du Comité des fêtes suivaient le cortège.
Les cordons du poëlle étaient tenus par MM. Descazeaux et Lignac, membres de la commission des courses ; Joseph Naves, écarteur landais, ami personnel du défunt, et Ch. Rhodes, rédacteur du Glaneur.
Les camarades de Baillet, touchés trop tard par les dépêches qui leur avaient été adressées, n’ont pu qu’exprimer par télégramme leur regret de ne pouvoir assister à la cérémonie.
La population de notre ville prévenue trop tard de l’heure des obsèques n’a pu manifester comme elle l’eût voulu ses sentiments de douloureuse sympathie, mais chacun s’est associé au deuil de la pauvre mère et des camarades de Baillet, à qui nous adressons au nom de tous nos bien sincères condoléances.
Le Glaneur, dimanche, 11 juillet 1897.

On saura donc maintenant que Baillet est bien mort à Bazas, le 5 juillet 1897. Mais par contre, qui de Maravilla (selon la presse) ou de Moulinera (selon Gérard Laborde) doit en porter la responsabilité ? A préciser bientôt j’espère…