Avant les Victorino Martin de 2009 et 2019, les Carriquiri en 1901 !

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Le 13 juillet de cette année 2019, nos valeureux acteurs vont affronter dans les arènes de Dax 12 vaches de la célèbre et redoutée ganaderia de Victorino Martin. En mai 1901, c’est dans les arènes des Amidonniers, à Toulouse, que leurs prédécesseurs réalisèrent un tel exploit, mais devant les bêtes de la très célèbre divisa de Carriquiri, d’ailleurs principale fournisseur de vaches « landaises » depuis plusieurs décennies. Il est vrai que la direction de ces arènes était alors assurée par un ganadero Landais bien connu des tauromaches : Passicos.
Voici l’annonce de ce mémorable rendez-vous tauromachique qui parut dans L’Express du Midi le 7 mai :

« Arènes des Amidonniers. Direction Passicos. Les dix vaches nouvelles du célèbre élevage navarrais du comte d’Espoz y Mina (antes) Carriquiri, destinées à la course landaise de dimanche prochain  12 mai, seront travaillées, sans corde, par Marin Ier, le feinteur landais sans rival et son quadrille composé de Lacau, Feigna, Picard, Maxime, Daudigeos, Planté, Camiade fils et Tauzia, c’est-à-dire des meilleurs écarteurs, sauteurs et feinteurs des Landes et du Gers.
Ces baquillas arriveront aux corrales de la plaza toulousaine dans la journée de jeudi.
Le prix des places pour cette course landaise, qui servira de début à la ganaderia Passicos, et qui sera une nouveauté pour Toulouse, sont les suivants :
Premières, 2fr. ; secondes, 1fr.50 ; troisièmes, 1fr. Les enfants au-dessous de 10 ans et les militaires paieront demi-tarif à toutes les places. »

Voici maintenant le compte-rendu substantiel de cette confrontation, signé par « Juanerito ». Il commence par un vibrant plaidoyer pour notre sport :
« Course landaise à Toulouse. Un public relativement peu nombreux s’était donné rendez-vous à la plaza ; il est vrai que Phébus qui, depuis plusieurs jours, nous refusait ses rayons bienfaisants, n’avait pas daigné, hier, se montrer plus clément. Mais je sais pertinemment que de nombreux aficionados n’assistent pas aux courses landaises, prétextant des préjugés qu’il me semble bien facile de réfuter.
Ils s’attachent trop à les regarder par leur côté brillant, futile, ou dangereux ; ils devraient voir aussi que ces courses sont une rude école où l’abnégation, le mépris du danger et de la mort, l’insensibilité à la souffrance sont professés par tous ses adeptes.
La course landaise exige, en effet, une somme de courage, de sang-froid et d’agilité, tout aussi grande que la corrida espagnole.
C’est par une course de ce genre que notre sympathique impresario, M. Passicos, inaugurait hier sa temporada toulousaine. Nous devons lui savoir gré d’avoir réservé pour notre coquette plaza des Amidonniers, dix vaches neuves de Carriquiri qui vont composer sa ganaderia.
Ces baquillas, qui viennent de la Navarra, nous ont prouvé une fois de plus que les conditions de l’élevage sont excellentes dans cette province : la vallée de l’Ebre se prête, en effet admirablement au développement presque à l’état sauvage de cette magnifique race : les vaches navarraises, quoique de taille moyenne, sont surtout des bêtes de vitesse et de vivacité, douées de jarrets de fer, qualité précieuse pour les courses landaises.
Courues hier en pleine liberté, sans corde d’aucune sorte, elles eurent beau déployer tous leurs moyens, leur vitesse, leur ardeur, elles trouvèrent, pour les défier, des hommes valeureux et dont le courage n’a pas faibli un seul instant.
La course a été magnifique : sans hâte, sans disputes, s’aidant les uns et les autres avec un empressement merveilleux, nos écarteurs attaquèrent ce nouveau bétail avec une audace incroyable, une confiance d’autant plus grande que la solidarité créée entre eux cette année doublait le prix de l’assistance qu’ils se prêtaient.
L’indépendance et l’émulation pour l’attaque, l’union et la fraternité pour la défense, ont été la caractéristique de cette belle course.
Marin a été le héros. Malgré son âge et une année d’inaction, il reste toujours le Guerrita de la course landaise. Il s’est dépensé sans compter avec toutes les bêtes.
Il nous a montré de nombreuses feintes, comme lui seul sait les faire ; il a même travaillé plusieurs vaches avec le parapluie d’une charmante señorita (olé), d’autres avec un simple éventail, toujours avec une élégance et un mépris du péril vraiment remarquables.
Veillant sans cesse sur ses hommes, il a dirigé la course en maître, étant toujours au quite le premier lorsque l’un d’eux était pris.
Il leur a ainsi évité de terribles cogidas, notamment à Picard qui a été roulé par la dernière vache, la terrible Mogone, que Marin Ier est parvenu à maîtriser en se jetant hardiment dans ses cornes.
Bravo, Marin Ier.
Après lui, Picard a été aussi très audacieux ; il a abordé les vaillantes vaches de M. Passicos et a exécuté une série d’écarts et de feintes surprenantes ; le public l’a chaleureusement applaudi. Bras-de-Fer, le roi de l’écart classique, a été aussi très vaillant ; il a même feinté plusieurs fois, mais nous le préférons à l’écart, où il est impeccable.
Un jeune écarteur, dont le nom m’échappa et qui ne s’est voué à cette périlleuse profession que depuis un an, a enthousiasmé le public par sa témérité et son adresse ; c’est une jeune qui promet beaucoup et qui donnera sûrement autant qu’il promet, car il ne peut être à meilleure école.
Kroumir et Lacau, deux vétérans, ont été aussi très fêtés.
Seuls, deux écarteurs, et notamment Maxime, qui souffrait, paraît-il, d’une blessure reçue dernièrement, ont été par trop apathiques.
Parmi les vaches qui se sont montrées les plus vaillantes, signalons la Mogone, Tabaquera et Limona.
En résumé, excellente course qui nous montre que la vieille et bonne tradition de ce noble combat où se sont illustrés les Jean Chicoy, les Daverat, les Lamothe et, de nos jours, Marin Ier, n’est pas près de s’éteindre et que la tauromachie landaise a encore de beaux jours devant elle. »

Le succès remporté par cette course (et peut-être aussi le souci de rentabiliser l’opération…) détermina Passicos à en organiser une nouvelle, dans les mêmes arènes, le jeudi de l’Ascension suivant :
« Arènes de Toulouse. La direction Passicos nous adresse la communication suivante :
« Devant le succès remporté par Marin Ier, que l’on a surnommé, à juste titre, le Guerrita des Landes, et de son quadrille hors de pair, la direction Passicos a décidé de donner, à l’occasion des fêtes de l’Ascension, le jeudi 16 courant, une nouvelle course landaise avec le même bétail si redoutable de Carriquiri et le même quadrille.
Picard, qui s’est tant empressé dimanche dernier et qui n’a dû son salut qu’au courage et au sang-froid de Marin Ier, , a, malgré sa blessure, promis son précieux concours au sympathique ganadero Passicos.
Avec de tels éléments, les gens avides d’émotion doivent se rendre en foule à la place toulousaine.
P. S. – Par faveur, la direction Passicos fera voir aux spectateurs jeudi prochain, après la course landaise, les six taureaux du comte d’Espoz y Mina, antes Carraquiri, qui doivent être combattus le 19 mai par les matadores de cartel Quinito et Machiquito. » (L’Express du Midi, 14 mai 1901)

Juanerito en fit un compte-rendu plus succinct le 18 mai :
« La course landaise. Le soleil qui cette fois n’a pas boudé, avait attiré aux arènes un plus grand nombre de spectateurs que dimanche dernier.
Les vaches de la nouvelle ganaderia de M. Passicos ont été de nouveau combattues par la même cuadrilla à laquelle était venu se joindre Tauzia, un jeune sauteur.
La course a été très intéressante, je dirai même émotionnante, car le jeune écarteur Planté a fait preuve d’une témérité excessive. Il a été roulé dans toutes les règles de l’art par la Mogone, et bien qu’il ait été blessé à la cuisse gauche et à la tête, il a continué néanmoins ses audacieux écarts. Il a été sans conteste le roi de la soirée. Après lui, Hains, Picard, Bourre, Kroumir se sont bien dépensés ; seul Marin a été très apathique : rien n’a pu le stimuler, pas même la cogida qu’il reçut à la quatrième vache. Il nous a cependant montré quelques feintes (bien peu, il est vrai), mais qui ont été comme toujours impeccables. »

 

 

Le costume des écarteurs

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En ce début de saison où s’étrennent les nouveaux boléros, revenons un peu sur l’histoire du costume des écarteurs depuis 200 ans ou à peu près…

La tenue de nos acteurs a, en fait, fortement évolué pendant tout le 19e siècle avant de prendre un aspect très proche de celui de nos contemporains. Voici ce qu’en dit Clic-Clac en 1905 :
« La tenue des écarteurs landais s’est complètement modifiée dans nos arènes et elle a suivi insensiblement et pour ainsi dire, comme poussée par un sentiment invisible, la marche en avant du siècle qui s’est éteint.
Autrefois, l’écarteur qui voulait se rendre à une course partait, le petit béret bien assis sur la tête ; et le bâton orné d’un modeste baluchon, s’appuyait sur l’épaule de ce sympathique voyageur. Le grand mouchoir rouge et carré de nos aïeux servait de malle. Tous avaient un pantalon d’une blancheur immaculée, parfois pour ne pas dire toujours, zébré par de multiples accrocs finement rapiécés. Plus nombreuses étaient les pièces, plus grands étaient leurs titres de gloire. La veste n’était pas encore connue de ce temps, et Jean Chicoy, Duvigneau aîné, n’en écartaient pas moins comme on n’écarte plus aujourd’hui où l’esprit du lucre et la bonne vie remplacent tout ce qui devait être l’art tauromachique. »
La revue La Talanquère publia l’année suivante, en 1906, ce document extrêmement rare que je vous présente ci-dessus. Il s’agit de la photographie de la cuadrilla Bacarisse, l’éleveur de Cauna dont on distingue la belle carrure debout à droite, tenant l’épaule du cordier Baillet. Parmi les autres écarteurs reconnus sur cette image, se trouvaient Cizos père, les jeunes Lapaloque et Nénot, le chasseur de palombes de Barcelonne-du-Gers Pinon Ier, et les frères Duffau de Labastide-d’Armagnac. Quant à l’homme au chapeau melon qui tient à la main un bâton, à gauche, « ce n’est autre que le cocher – d’origine espagnole – qui, le plus souvent, transportait de ville en ville, et de plaza en plaza, cette quadrilla d »élite ». D’après les noms cités et leur apparence, cette photographie pourrait être datée de la fin des années 1870.
La plupart de ces hommes portent le costume traditionnel d’alors, mais peu adapté, il faut bien le dire, à la course : « le pantalon blanc, le berret [sic] large et une longue blouse ».

Pourtant, il se peut que déjà à cette époque, des boléros brodés aient déjà fait leur apparition. D’après Gérard Laborde (Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais, p. 168), « c’est sans doute à Joseph Dufau et à son frère Pierre que la Course landaise doit la création du boléro décoré. Dès la fin des années 1860, ils font broder les parements de leurs bourgerons de menuisiers qu’ils décorent de rubans bleus puis très vite de velours de couleurs variées ». Par ailleurs, c’est semble-t-il le 1er juillet 1852, à Orthez, que les écarteurs se présentent revêtus de boléros, ou du moins c’est ce que la chronologie traditionnelle de la course landaise répète à l’envi…

Ce qui est sûr, c’est que, petit à petit, et surtout au contact des toreros espagnols avec lesquels ils partageaient parfois l’affiche dans les courses « hispano-landaises » des années 1880-1890, le boléro avec épaulettes et broderies scintillantes a peu à peu illuminé les paseos, accompagné du béret tout aussi décoré.

Côté pantalon, les images anciennes nous montrent que pendant plusieurs décennies, nos écarteurs ont souvent revêtu une culotte de velours qui rappelait celle des matadors mais qui avait également été mise à l’honneur par leurs alter-ego provençaux, dans les quadrilles desquels, d’ailleurs, plusieurs Landais officiaient (souvent comme sauteurs) dans les années 1880-1890. C’est d’ailleurs dans cette tenue qu’ils défilèrent lors des fameuses courses de 1887 à Paris comme le montre ce dessin d’époque :

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ou encore comme le prouve ce portrait de Monaco et celui du grand Paul Daverat :

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Mais à la même époque, et de toute façon depuis les années 1890 au moins, de nombreux écarteurs portent déjà le célèbre, et toujours d’actualité, pantalon blanc en bonne toile, et sur lequel les rafistolages successifs se voient beaucoup moins que sur le velours sombre…, ainsi que l’arbore fièrement chez le photographe le grand (et alors jeune) Joseph Coran:

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Des courses à Nérac et Marmande… en 1894

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C’était il y a 125 ans ! Si Casteljaloux apparaissait au tournant du 20e siècle comme la capitale lot-et-garonnaise de la course landaise, il faut se rappeler que d’autres villes du département connurent nos spectacles landais. Grâce à Christian Capdegelle, fidèle contributeur de ce blog, voici tout d’abord le souvenir de courses landaises dans le fief de Marguerite de Navarre et de Jeanne d’Albret en 1894 !
« Nérac.Fête de la Garenne. — C’est toujours avec une vive émotion de plaisir, que nous annonçons les fêtes de mai, à la Garenne de Nérac – fête bien ancienne, et qui rappellent plus d’un tendre souvenir.
Hélas ! Qu’elles ressemblent peu de nos jours, à celle des temps passés !
Que de souvenance à remémorer ! Alors il n’était pas question de courses de taureaux. On préférait d’agréables promenades sous les voûtes ombreuses qui avaient abrité Henri IV et Fleurette. – Et on avait bien raison – c’était, on vérité, plus poétique !
Ces fêtes auront lieu cette année, les 6 et 7 mai, M. Barbotan organise à cette occasion, de grandes courses aux taureaux.
Le bétail sera fourni par MM. Baccarisse et Lagardère. – Avis aux amateurs. »
(L’Express du Midi, 19 avril 1894)

Laissons le journaliste à ses humeurs. Grâce à lui, nous avons la trace de coursayres à Nérac. Mais qu’ont donné ces courses néracoises ? Toujours grâce à la patience de Christian Capdegelle, en voici le compte-rendu (succinct). Je pense que l’ami Gérard Laborde saura identifier ce mystérieux « Julien » qui reçut 60 fr. de prix…
« Nérac. — Fêtes de la Garenne. — Les fêtes de la Garenne ont été belles. Beaucoup de monde en ville, près du Pont-Neuf et au jardin public. Le temps a été superbe et les plus splendides toilettes brillaient sous ce beau soleil de printemps.
Si les fêtes ont pleinement réussi nous n’avons aucune félicitation à adresser à la municipalité qui, comme nous l’avons déjà dit, n’y a nullement prêté son appui.
Les deux représentations de courses landaises des 6 et 7 ont attiré une foule d’étrangers telle que l’arène n’en pouvait plus contenir.
Le lundi, à 6 heures du soir, le jury des courses a distribué les prix suivants aux écarteurs les plus méritants, savoir :
Boulanger, 100 francs ; Barrère, 100 francs ; Bombet, 90 francs ; Khroumir, 90 francs ; Bras de Fer, 90 francs ; Maxime, 80 francs ; Martial, 70 francs ; Julien, 60 francs ; Bazaine, 40 francs.
Une gratification de 10 francs a été accordée au teneur de corde. »
(L’Express du Midi, vendredi 11 mai 1894)

Mais Nérac n’était pas alors la seule localité du Lot-et-Garonne, avec Casteljaloux bien sûr, à accueillir nos écarteurs, puisque Marmande allait suivre quelques semaines plus tard :
« Marmande. – Courses landaises. – On annonce des courses aux taureaux pour le lendemain de la Saint-Pierre, c’est-à dire le 30 juin. L’entrepreneur n’est pas encore fixé pour l’emplacement. Il est probable qu’il choisira celui des anciennes arènes, faubourg Puygueraud. »
(L’Express du Midi, lundi 4 juin 1894)

Nous n’avons malheureusement trouvé jusqu’à aujourd’hui aucun document photographique sur des courses landaises dans ces deux localités. Si certains d’entre vous en connaissent, n’hésitez pas à les scanner et à me les communiquer pour en faire profiter tous les coursayres de Gascogne !