Darracq (Joseph Pouchiou, dit)

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On fête cette année le 135e anniversaire de la naissance de Darracq, né en 1883 et décédé en 1964, dont voici quelques éléments biographiques.

« Bien qu’ayant perdu un œil dans son enfance à la suite d’un coup de corne d’un bœuf, Joseph, encore tout jeune, tourne son premier écart à Peyrehorade, en 1899, devant une coursière du ganadero Darracq d’Amou, protégé à la corde par Omer, une ancienne gloire de l’arène. Puis, il participe à de nombreuses novilladas et remporte même un premier prix de 25 f. à Pouillon en 1902. L’année suivante, alors qu’il est apprenti boulanger à Bordeaux, il écarte avec succès les coursières de Dubecq aux arènes de Caudéran. A la suite de ce succès, il écrit à tous les ganaderos de formelle pour proposer ses services ; comme Barrère est le seul à lui répondre, il s’engage dans la cuadrilla dirigée par Giovanni qui est attachée au troupeau du ganadero de Lapeyrade. En 1903, conseillé par Eugène Kroumir, le célèbre Flam, Darracq remporte son premier prix (90 f.) et subit à Bordeaux la première blessure importante de sa carrière en formelle. A partir de 1904, Darracq va être une des têtes de la cuadrilla pendant sept saisons consécutives. (…) En 1911, Darracq signe chez Portalier mais revient chez le ganadero de Lapeyrade dès la saison suivante (…). Durant la temporada de 1914, Darracq travaillera au sein des cuadrillas du Syndicat des toreros landais. »

Eléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 118-119 (avec l’aimable et amicale autorisation de l’auteur).

J’ai trouvé une autre carte photo, identique à celle que je vous ai présentée plus haut, et qui a beaucoup plus de valeur, car le texte au dos est signé de la main de Darracq lui-même. Nous sommes en 1911, et il écrit au boulanger de Lannes, près de Mézin dans le Lot-et-Garonne, alors que lui-même réside alors à Gabarret. On se rappelle que Darracq, « dans le civil », avait fait une formation de boulanger, et voici ce qu’il répond au destinataire (j’ai conservé l’orthographe originale…) :
« Monsieur Fourteaux, vous me dite de venir vous donné un coup de mains. Je suis [parti] faire un remplasage jusqu’à Carnaval. Mintenan, si vous pouvez m’atendre jusqu’après, je serai à votre disposition avec un grand plaisir. Faite-moi une réponce si vous pouvez jeudi en huit. Recevez et Mme mes salutation. Darracq toréador, à Gabarret Landes ».

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Et le voici enfin, toujours tiré de ma collection, plus âgé, béret sur la tête et en costard-cravate !

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Les exploits de Paul Daverat

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Le premier saut d’un taureau en Espagne par un sauteur landais (16 août 1878)

Je vous ai narré il y a quelque temps le premier exploit réalisé par ce héros de la course landaise, Paul Daverat : https://patrimoinecourselandaise.org/2018/02/11/un-anniversaire-cette-annee-le-premier-saut-dun-taureau-de-corrida-16-aout-1878/.
A 15 jours de son mariage, il avait été défier un des toros réservés au grand matador Frascuelo, avec son autorisation bien sûr, et avait même été récompensé d’une oreille du bicho. C’est d’ailleurs toujours, à notre connaissance, le seul acteur de course landaise qui ait eu cet honneur.
Certains pourraient contester le jour et l’année que je donne, car on cite souvent le 15 août et l’année 1877 pour cet exploit. Mais comme toujours, un bon historien se doit de vérifier et de croiser les documents. Pour le jour, il suffisait de reprendre le récit qu’en fait l’un de ses plus fiables témoins (« Don Emilio » [Emile Pédedieu], de Mugron, ami et accompagnateur de Daverat à San Sebastian), qui rapporte que la corrida prévue le 15 août fut reportée au 16 en raison d’une tempête de pluie qui s’abattit sur les arènes à l’heure de la course. Mais il restait un  petit doute sur l’année, qui, je dois le dire, me titillait en tant que chercheur. J’ai donc continué à fouiller, et j’ai trouvé la preuve qu’il s’agissait bien de 1878 et non de 1877. En effet, nous trouvons le compte-rendu de l’exploit de notre Landais dans le Diario de San Sebastian du 17 août 1878 (page 2), aujourd’hui numérisé http://liburutegidigitala.donostiakultura.com/liburutegiak/catalogo_archivo_ficha.php?dp_id=80&y=1878&m=8&fecha=1878-8-17&dpf_id=687733 .
On ne pourra donc plus dorénavant, j’espère, donner une autre date que celle-là…

Paul Daverat de retour à Saint-Sébastien en 1879…

Grâce à l’ami Christian Capdegelle, voici le récit de la prestation réalisée par notre sauteur dans les arènes de Donostia l’année suivante, en 1879. Malheureusement, elle n’eut pas le même succès que la première…
« Courses de taureaux en Espagne. – On écrit de Saint-Sébastien, le 3 septembre [1879] :
Les courses de taureaux données dimanche dernier à Saint Sébastien ont attiré nombre d’étrangers résidant à Biarritz, qui ont voulu connaître le jeu si en honneur au-delà des Pyrénées.
Frascuelo et Largartijo ont mérité de chaleureux applaudissements. L’écarteur landais Daverat était engagé pour renouveler dans cette course un exercice des plus difficiles, celui de franchir d’un bond le taureau fondant sur lui.
C’est le troisième taureau qui devait servir à ce saut périlleux. Daverat, en pantalon blanc, attire à lui la bête qui se précipite dans sa direction : le Landais s’élance ; mais le taureau s’arrête net, accroche le pantalon de l’écarteur, qui tomba sur l’échine de la bête. Le malheureux s’allonge et reçoit un coup de corne qui déchire sa chemise.
C’en était fait du sauteur sans le sang-froid de Lagartijo, qui lance sa capa sur les yeux du taureau. Alors celui-ci abandonne le Landais pour poursuivre le voile léger dont la couleur l’irrite. Daverat veut recommencer l’épreuve ; le public s’y oppose et l’alcalde Erraza l’interdit.
Daverat se retire, mais il donne une nouvelle preuve du ressort de ses jarrets en franchissant à pieds joints la barrière de l’arène.
Parmi les spectateurs, on remarquait le prince Gortchakoff, ambassadeur de Russie à Madrid. (L’Impartial Dauphinois, 10 septembre 1879).

Paul Daverat à Paris en 1887…

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Je vous ai déjà parlé de ces fameuses « Fêtes du Soleil » organisées à Paris en janvier 1887 au profit des inondés du Midi. Voici la présentation que Le Figaro fait de nos sauteurs qui devaient ravir quelques jours plus tard tout le public de la capitale, avec en prime une interview exclusive de Daverat !
« Les Landais ne possèdent pas que des génisses. Ils ont avec eux divers taureaux, entre autres le célèbre Mazantini dont le nom est mis en gros caractères sur les affiches, à Saint-Sébastien ou à Bayonne.
On verra, dimanche, les deux principaux sauteurs des Landes, MM. Paul Daverat et Nassiet. Je demande au premier quels sont ses exercices :
– Je me tiendrai avec Nassiet et les sept écarteurs dans l’arène. On fera sortir un taureau. Il s’élancera sur moi. Je sauterai par-dessus, soit à pieds joints, soit en ayant les pieds dans un béret [comme la gravure d’époque ci-dessus le montre]. A chaque nouveau taureau, je ferai un saut différent. Une fois, je me lierai les jarrets. Une autre fois, je sauterai de côté. On aime aussi que j’attende le taureau en tenant les deux bouts d’une baguette, par-dessus laquelle je saute en l’air. Enfin, je ferai tout ce que je pourrai pour satisfaire les Parisiens.
Paul Daverat est un grand gars solide, qui a absolument le type basque. L’extérieur est très sympathique. Il est descendu avec ses compatriotes rue Rochechouart, au Grand-Hôtel d’Amérique. » (Le Figaro, 13 janvier 1887)

Un anniversaire : Bamboula (François Garcia, dit)

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On sait peu de choses sur ce « Bamboula », né à Bayonne le 29 décembre 1878 (on fête cette année le 140e anniversaire de sa naissance) et décédé à Dax le 17 novembre 1949. Ou du moins Gérard Laborde dans son Dictionnaire n’en dit pas trop…, sinon que son surnom lui vint « peut-être à cause de son teint très mat et sa forte corpulence qui rappelaient certains noirs d’Afrique ; il écartait souvent coiffé d’un turban ». Il rapporte cependant :

« A ses débuts, le jovial Bayonnais qui est le type même du bûcheur, se fait remarquer par sa capacité à encaisser les rudes coups que lui assènent les marraines des troupeaux de formelle, ce qui lui vaut des engagements de la part des grands ganaderos notamment de Bacarisse entre 1903 et 1905. En 1906, il remporte même un deuxième prix sur les 18 courses formelles auxquelles il participe au sein de la cuadrilla Monacot attachée au troupeau Passicos. Les années suivantes, il participera à une dizaine de formelles par saison pour se maintenir dans le premier tiers du classement. »

Il va en fait plutôt se spécialiser dans les « novilladas », spectacles comico-taurins avec des parties réservées aux amateurs, où il va souvent officier en Don Tancredo, comme on peut le voir sur la carte postale ci-dessus où il se trouve en tête-à-tête rapproché avec une coursière aux cornes hautes… Il sera même, toujours d’après l’ami Gérard, le créateur du premier vrai numéro de Charlot tauromachique en France. Il ne manquait pas d’humour, et répondit un jour à l’un de ses admirateurs qui l’interrogeait après une tumade : « La bête ne m’a pas vu, alors je n’ai pas pu l’hypnotiser! ».

Il faut cependant toujours se méfier des légendes des cartes postales : l’éditeur parisien de celle que je vous présente la situe à Eauze ; or les arènes d’Eauze, dans leurs différentes versions de l’époque, n’ont jamais présenté ce type de callejon ou de talenquère. En fait, il s’agit certainement des anciennes arènes de Mugron !!!

Le voici un peu plus tard croqué par Gaston Rémy :

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Eléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 32-33 (avec l’aimable et amicale autorisation de l’auteur)

Marin 1er (Joseph Malfait, dit)

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Le dernier numéro de la Cazérienne publie deux pages sur l’un des grands noms de l’âge d’or de la course landaise, Marin 1er (« Marin 1er, l’héroïsme ordinaire au service de la passion », par Patrice Larrosa, La Cazérienne, n° 168, février 2018, p. 10-11). Voici un condensé de sa très riche biographie. Il était né à Mont-de-Marsan le 29 novembre 1865, et il décéda à Bègles (Gironde) le 16 janvier 1921.

« A 16 ans, échappant à la noyade lors du naufrage en Espagne du Jean-Bart à bord duquel il était mousse, Joseph Malfait revint à pied en France. L’année suivante, en 1882, il descendait pour la première fois dans une arène dans son costume usagé de marin… d’où son surnom de Marin. » (…) « Premiers écarts, premiers succès, premier 1er prix de 80 fr. Un « Grand » était né. Au soir de cet exploit, l’écarteur Beaumont le prend sous son aile et en peu de temps, c’est la gloire ! Grand, souple et élégant, doté d’un courage peu commun et d’un sang-froid extraordinaire, et possédant une vista incomparable, Le Marin affronte n’importe quelle vache même celles qui ont déjà tué. Mais en [18]84, à Nonères, la superbe Caracola lui inflige une grave blessure « dans la partie la plus charnue de son individu », ce qui ne l’empêchera pas par la suite tout au long de sa prestigieuse carrière d’avoir de nombreux tête-à-tête avec elle qui resteront des moments d’anthologie. L’année suivante, Le Marin triomphe lors des courses hispano-landaises des fêtes de Dax (…). En [18]86, pour les fêtes de Saint-Vincent-de-Tyrosse, il subit une grave blessure que lui administre la terrible Gabillana. Avec Félix Robert et le fameux sauteur Daverat, il triomphe à Paris. En [janvier 18]87, il conduit sa cuadrilla au succès lors des trois courses organisées, à Paris, au bénéfice des inondés du Midi. Au mois de mai suivant, à Saragosse, il fait passer sur la feinte de terribles toros de Colmenar mais plus tard dans la saison, il subit une très grave blessure à Nîmes avec une évacuation en catastrophe sur l’hôpital de Marseille. En [18]88, à Saint-sever, nouvelle tumade, mais plus légère, « Marin est pincé dans la joue gauche du visage postérieur ». Cela ne l’empêche pas de déplacer les foules à l’occasion de sa tournée triomphale dans les stations thermales et balnéaires qui, au cours de l’été, va le mener de Cauterets à Hendaye, en passant notamment par Luchon, Arcachon, ou encore Biarritz et Dax (…). En [18]90, Le Marin, secondé par Félix Robert, Boniface et les frères Nassiet, accomplit la même tournée en Provence [que l’année précédente] et en Algérie avec autant de succès que de présentations. En [18]91, Marin monnaye ses talents surtout dans le sud et en Provence, comme lors de cette fameuse course à Marseille, le 12 avril, à la suite de laquelle il signe des contrats pour Paris, Murcie et même pour l’Amérique, mais ces derniers n’aboutiront pas ! Cela n’empêche pas le maître de faire quelques apparitions dans les Landes à la tête de « son vaillant quadrille » à qui « il a su donner tenue et discipline ». (…)

« En [18]93, Marin participe à la course d’inauguration des arènes de Cognac avant de partir faire course en Algérie, à Bab-el-Oued, qu’il ne rejoindra qu’après avoir travaillé un taureau de plus de 600 kg en Italie. Au retour, il est blessé en exécutant un saut périlleux au-dessus d’un toro espagnol à Marseille. (…) [En 1894], début juillet, à Marseille, il va subir une grave blessure sur une tentative de saut, les pieds liés. Tous les journaux landais de l’époque ont relaté l’événement avec des titres comme : « Marin n’est pas mort ! ». En [18]96, à Hagetmau, premier prix pour Marin, « le héros, le plus classique depuis Jean Chicoy, avec plus de grâce… ». Les 6 et 7 septembre, il est la vedette de l’inauguration des arènes de Saint-Jean-d’Août (…). L’année suivante, le 27 juin, à Bordeaux, « Marin joue avec une ombrelle » devant les plus rudes cornupètes de la tarde ! A la tête d’une cuadrilla d’écarteurs prestigieux, Marin soulève toujours l’enthousiasme mais le 19 septembre, à Eugénie-les-Bains, la Machouella de Bacarisse le blesse sérieusement au larynx. (…) En juillet [1898], lors des fêtes de la Madeleine, victime d’une glissade face au toro Mazzantini, Marin, les pieds emmêlés dans la corde, est entraîné dans le toril. Alors que la foule s’attend au pire, le Maître en ressort étourdi, mais bien vivant… et malgré un passage à l’hôpital, il revient piste et décroche le deuxième prix (…). C’est une époque où la Course landaise triomphe et son grand héros Marin Ier, au sommet de la perfection de son art, au coup d’œil infaillible et à la volonté exacerbée de plaire, devient une véritable « star », collectionnant triomphes et 1ers prix. Mais il est aussi l’écarteur de cette fin de siècle le plus généreux en piste ; ses « quites » efficaces sont resté célèbres comme celui réalisé en 1901, à Toulouse, pour tirer Picard d’une situation plus qu’épineuse (…) ou celui d’Arcachon, le 24 mai, où il sauva d’un sort funeste Omer, un glorieux ancien de l’arène.

« En fin de carrière, accomplissant parfois encore de belles prestations, on le retrouve avec le ganadero Passicos en 1901 (…). En 1904, le 25 mars, à Arcachon, « 2000 personnes, debout, assistent aux feintes très serrées du maître Marin Ier » et le 16 octobre, à Mont-de-Marsan, « quelques feintes admirables » vont lui permettre de décrocher un deuxième prix parmi une pléiade d’écarteurs sérieux, tout comme un peu plus tard, il recevra à Bordeaux un prix spécial… pour quelques feintes ! En 1906, il est sélectionné pour participer au premier concours de l’Histoire organisé par le journal La Talanquère. Cette année-là, malgré ses 41 ans, il participe encore à 17 courses et enlève même 2 premiers prix et 3 deuxièmes, en terminant la saison à la vingtième place (sur les quelques 80 toréadors recensés dans le classement général) pour les prix récoltés (…). En 1910, à 45 ans, Marin enlève deux premiers prix (…). En 1911, il est engagé comme chef chez Dubecq et en 1912, devant le même bétail qui a été repris par le ganadero Alexis Robert, Joseph Marin va encore décrocher 2 troisièmes prix à Tartas et à Condom. A la veille de la grande guerre, Marin Ier, sans un sou, se retire à Bègles dans l’anonymat le plus complet, lui, l’Etoile qui avait, pendant plus de vingt ans, rayonné sur la Course landaise. »

Eléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008), p. 356 et 367-370 (avec l’aimable et amicale autorisation de l’auteur)

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Voici maintenant la biographie qui est consacrée dans l’ouvrage Mémoire des Landes à ce grand écarteur.

« Marin, pseudonyme de Joseph Malfait (Mont-de-Marsan, 29 novembre 1865 – Bègles, Gironde, 16 janvier 1921). Écarteur landais.

Très jeune, Joseph Malfait eut une vie mouvementée, mais son extraordinaire sang-froid lui permit d’affronter les pires dangers. Dès l’âge de 14 ans, il s’est engagé comme mousse sur le Jean-Bart, bateau qui, en 1881, fit naufrage au large des côtes espagnoles. Le futur « Marin » échappa à la noyade et revint en France à pied. A 17 ans, il descendit pour la première fois dans l’arène, à Aire-sur-l’Adour, un jour de course landaise, et sa brillante carrière commença. Marin devait toréer de 1882 à 1912, son époque de gloire se situant à la fin du XIXe siècle, et sa célébrité allait s’étendre non seulement au grand Midi et à Paris, mais aussi à l’Italie, l’Espagne et l’Algérie. Tous les critiques taurins et écrivains régionaux ont multiplié les éloges à son égard et souligné la perfection de son art qui s’accompagnait de « courage, souplesse, volonté de plaire » et d’un coup d’oeil infaillible. Son goût pour l’aventure et le danger lui permit de devenir, souvent au péril de sa vie, un sauveteur émérite qui se précipitait au secours des écarteurs en difficulté dans l’arène, des victimes de noyade ou d’incendie. Il fut récompensé par de nombreuses médailles, mais il mourut dans la misère à Bègles, ville où il s’était retiré et où il avait passé son enfance ».

Notice de Bernadette Suau, extraite de Mémoire des Landes, Mont-de-Marsan, Ed. Comité d’études sur l’histoire et l’art de la Gascogne, 1991, p. 230

Voir aussi : Gabriel Cabannes, Galerie des Landais, t. 4, p. 125-135, portrait

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Voici un nouveau portrait de Marin Ier, paru dans La Talanquère à l’époque de sa gloire. Il est en civil, le béret en arrière et porte ce qui semble être une lavallière ainsi qu’une pochette. Mazette, le bel homme !!!

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Et voici un autre très beau portrait de notre as de l’arène. Il est actuellement conservé au Musée de la Course landaise, à Bascons. C’est une photographie retravaillée au fusain, signé d’un certain « Bourdin », à Bordeaux et daté de 1906. Pardon pour les reflets, mais il est bien sûr protégé par une vitre et j’ai fait ce que j’ai pu…

Enfin, pour être complet, je vous présente la plaque commémorative qui lui est consacrée à Bègles, ville où il mourut.

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La cérémonie de pose de cette plaque sur la maison du n° 60 de la rue du Maréchal Joffre de la cité girondine a été relatée en détail dans le Bulletin de la Société de Borda n° 381, 1er trimestre1981, p. 244-246. Elle avait été organisée à l’initiative d’un vieux (et tenace) Béglais, né en 1900, qui avait « assumé la confection de cette plaque et persévéré dans son inauguration »… On lui laissa d’ailleurs l’honneur de tirer le voile qui la découvrit. C’est lui qui rédigea également ce compte-rendu. Il avait un nom bien connu de chez nous : Albert-Pierre Forsans.
La délégation landaise, conduite par le président de la Fédération Gérard Darrigade, était composée de MM. Testemale et Darbo, du Comité directeur, et Lalanne, président du Comité régional.
La plaque porte l’inscription suivante :
« Ici vécut et mourut
le 16 janvier 1921
le célèbre torero landais
Marie-Joseph Malfait
dit Marin 1er ».
Grâce à ma fille Camille, voici une photo de cette plaque telle qu’on pouvait encore la voir en 2011 sur la façade de la maison béglaise du célèbre écarteur.

Léon Guichemerre (1887-1983)

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Né à Yzosse le 13 juin 1887, décédé à Soustons le 7 octobre 1983.

« Premiers écarts à Tilh, en 1904. Pour sa première course formelle avec la cuadrilla Meunier attachée aux ganaderos Dubecq et Portalier, le « jeune et talentueux » Léon Guichemerre, tout juste âgé de 19 ans, conseillé par l’ancien Joseph Camiade, remporte le premier prix de 160 f. des fêtes de Saint-Justin, le 9 juillet 1906, suivi bientôt d’un autre et d’un deuxième prix sur les 7 courses auxquelles il va participer lors de cette première saison ; c’est le début d’une grande carrière pour cet homme taillé en Hercule, doué d’une endurance peu commune et surtout doté d’un caractère entier. Dès l’année suivante, Guichemerre devient l’une des têtes de la cuadrilla et le restera jusqu’à la fin de la ganaderia Dubecq. Après trois saisons de formation auprès des plus grands, il va se hisser au plus haut de la hiérarchie. (…) [En 1911] 19 premiers prix sur 27 courses (…). En 1912, changement de troupeau : Guichemerre signe chez René Passicos et avec 23 premiers prix pour 29 courses (…), il devient le n° 1. (…) En 1914, Léon Guichemerre fait partie des 7 vedettes qui constituent la cuadrilla de l’Elite landaise. Au lendemain de la grande guerre, il signe chez Ladouès avec Coran et Giovanni entre autres, et alors qu’il s’engage par contrat à réaliser 16 écarts par course, il en effectue pas moins de 77 le mardi des Fêtes de Dax ! Puis, après deux dernières saisons avec Joseph Barrère qui a remonté la ganaderia de Lapeyrade en 1920, Léon Guichemerre remise le boléro d’écarteur sous la pression familiale.
Très vite, il va s’intéresser au métier de teneur de corde et on va le retrouver au bout de la ficelle avec des troupeaux de seconde zone, notamment avec celui de René Larrouture qui a monté une cuadrilla de vieilles gloires en 1925-1926. Ses bonnes prestations lui valent d’être engagé, en 1927, dans la cuadrilla de formelle de Joseph Barrère comme entraîneur et apprenti cordier. Et lorsque Kroumir II, le maître des cordiers du premier quart du XXe siècle, se retire, Léon Guichemerre effectue des débuts officiels tonitruants. « Sachant d’emblée changer de côté à bon escient, marcher pour mieux brider, pour être moins brutal », il est ovationné pour son travail aux arènes de Mestade à Aire, en septembre 29. Mais en 1934, après la première année du fils Barrère à la tête de la ganaderia, Guichemerre décide comme de nombreux écarteurs de la cuadrilla de signer chez Lafitte qui reprend le troupeau de Coran en 1935 puis chez Stétin l’année suivante. Pendant la guerre 39-45, il tient la corde des coursières de Saint-Martin et lorsque Pierre Maigret reprend le troupeau de Habas, Guichemerre lui restera fidèle jusqu’en 48 avant de rejoindre Larrouture pour ses quatre dernières saisons (…). »

Eléments biographiques tirés du Dictionnaire encyclopédique des écarteurs landais de Gérard Laborde (Editions Gascogne, 2008),  p. 237-239 (avec l’aimable et amicale autorisation de l’auteur)

La superbe photographie que nous vous présentons est issue des archives du ganadero Dubecq. Voici la carte à son portrait qui fut diffusée par La Course landaise à l’occasion du Congrès taurin du 26 octobre 1913 :

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