Arènes : Doazit (40)


Doazit hier (années 1950)
(photo extraite du site de Ph. Dubedout)

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Doazit aujourd’hui
(Photo © Pickwicq -J.-Cl. Dupouy)

Des courses landaises se déroulent sur la place centrale de Doazit sans aucun aménagement spécial depuis 1815 au moins. A partir de 1860, des arènes en bois sont installées à chaque occasion au « champ de Pechy ». Le grand Paul Daverat  y exécute son premier saut en public, et elles voient également les débuts de Jean Capdeviolle, un enfant de Doazit, qui s’illustra sous le nom de Casino 1er.
En 1888-1889, pour éviter les frais de remplacement des bois en mauvais état, il est décidé de construire en dur des loges, au nombre de huit, surmontées d’une tribune. Les gradins en bois continuent à être montés puis démontés chaque année.
La construction de nouvelles arènes, évoquée en 1926, ne se réalise pas. Toutefois, la commune fait l’acquisition d’éclairages et les premières courses nocturnes se déroulent en 1932.
Il faut ensuite attendre la fin de la Deuxième Guerre mondiale pour que de nouvelles arènes fixes, entièrement en bois, voient le jour. Mais dès 1956, elles s’avèrent trop petites et sont rasées en 1974. Sur leur emplacement s’élève dorénavant le « hall des sports ». L’année suivante débute la construction des arènes actuelles, inaugurées le 11 septembre 1976. La piste rectangulaire mesure 36 mètres de long et les gradins peuvent accueillir 1400 spectateurs.
Sur ces arènes, leur histoire, leurs moments de gloire, je ne peux que renvoyer à l’excellent site de Philippe Dubedout, extrêmement bien documenté :
http://dzt-isto.chez-alice.fr/26_arene.htm

Et un grand merci à Pickwicq pour m’avoir autorisé à publier une de ses photos.
Adishatz

1648 : interdiction des courses du taureau dans le diocèse d’Aire-sur-l’Adour

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En janvier 1648, sur les instances du procureur général au Parlement de Bordeaux, Louis XIV publiait des « lettres patentes » portant interdiction de la course du taureau dans tout le diocèse d’Aire-sur-l’Adour. En fait, il essayait ainsi de faire respecter la prohibition que l’évêque d’Aire avait, l’année précédente, édictée par mandement et sous peine d’excommunication ! D’après ces lettres, il semble évident que l’interdiction épiscopale n’ait eu aucun effet sur les populations gasconnes et n’ait en rien abouti à son but : faire disparaître de son diocèse « la coustume et agitation des taureaux ». L’un des intérêts, et non des moindres, de ce texte est qu’il nous cite un certain nombre de villes et villages qui pratiquaient « ordinairement » ce type de course à l’époque : il s’agit de Saint-Sever, Mont-de-Marsan, Montaut, Hagetmau, Grenade, Cazères et Castandet (le texte ajoute sans plus de précision « et autres »). Le Parlement lui-même avait essayé d’abolir cette « pernicieuse coustume », mais (je garde l’orthographe de l’époque) « il a toutesfois esté impossible de la suprimer, mais au contraire il semble que quelques-uns du peuble, confirmés dans leur irréligion et endurcis dans leur obstination (…) ayent faict revivre ladicte course en plusieurs desdictes villes et bourgs où elle avoit esté délaissée, et en d’autres ils ont faict courir plus grand nombre de taureaux qu’il n’en couroit avant lesdictes deffences ». Certains taureaux auraient même été lachés pendant les messes ou les prêches de l’évêque, et seraient rentrés dans les églises jusqu’à l’autel ! On y apprend également que l’on nommait chaque année des « officiers » qui formaient la « compagnie de la course du taureau » et dont le rôle était en particulier de faire des collectes d’argent auprès de la population pour l’organisation de ces réjouissances. Enfin, ces lettres signalent que ce type de course a été définitivement « déraciné » de la ville de Bazas depuis 1626. Ce ne fut pas le cas dans nos contrées, où cette interdiction eut aussi peu d’effet que les précédentes…

Les écarteurs landais à Nîmes en 1856

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Dès 1856, nos écarteurs remplissaient et faisaient vibrer les gradins des plazas languedociennes. En voici la preuve dans L’Éventail, « journal de la coulisse théâtrale », n° 631 du 5 octobre de cette année-là.

« Les écarteurs landais ont fait ces jours-ci leurs adieux à la population nîmoise, qui avait envahi de bonne heure l’amphithéâtre, malgré les appréhensions que faisait naître le ciel surchargé de nuages. Jamais ces hardis toréadors n’avaient déployé autant de force, d’adresse et de sang-froid dans leurs périlleux exercices. Aussi les applaudissements répétés éclataient de toutes parts, et une médaille d’argent a été décernée à l’un des écarteurs, le sieur Lalanne, au milieu des bravos de dix mille spectateurs. »

« Les courses landaises. Souvenirs et croquis d’un revistero », par Gaston Rémy (1949)

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J’ai eu la chance de trouver la première édition de ce grand classique de notre sport landais, imprimée sur les presses montoises de Jean Lacoste en juin 1949. Elle est superbement illustrée de dessins à la sanguine, contrairement aux éditions suivantes (2e édition en 1957, 3e édition en 1987) où ils sont en noir. Elle est introduite par une préface de l’imprimeur en personne, grand ami de Gaston Rémy, qui termine ainsi sa présentation :

« Je l’ai retrouvé, fidèle des arènes de la Chalosse et de l’Armagnac, tandis qu’il s’appliquait à saisir le mouvement exact de la course des vaches ou du saut des écarteurs, dont il s’est fait l’illustrateur bénévole. De cette étude attentive et persévérante, inspirée par la passion du jeu landais, est né le présent recueil, véritablement original par le texte, les croquis et aussi la verve gasconne qui l’anime. Puisse le public landais, bon juge, reconnaître les mérites d’un artiste de chez nous, dont le crayon et la plume ont la fierté de participer à l’exaltation de tout ce qui touche notre petite patrie ».

Quant à Gaston Rémy lui-même, il commençait son « Avant-propos » par ces mots : « On n’a pas assez parlé des courses landaises, surtout en bien, car elles sont trop décriées »…

Voici la couverture des éditions postérieures, qui représente une course sur la place de Montfort-en-Chalosse (on reconnaît un bout de la façade des écoles, au second plan), et dont l’original se trouve d’ailleurs encadré dans la mairie de Montfort.

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Les exploits de Paul Daverat

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Le premier saut d’un taureau en Espagne par un sauteur landais (16 août 1878)

Je vous ai narré il y a quelque temps le premier exploit réalisé par ce héros de la course landaise, Paul Daverat : https://patrimoinecourselandaise.org/2018/02/11/un-anniversaire-cette-annee-le-premier-saut-dun-taureau-de-corrida-16-aout-1878/.
A 15 jours de son mariage, il avait été défier un des toros réservés au grand matador Frascuelo, avec son autorisation bien sûr, et avait même été récompensé d’une oreille du bicho. C’est d’ailleurs toujours, à notre connaissance, le seul acteur de course landaise qui ait eu cet honneur.
Certains pourraient contester le jour et l’année que je donne, car on cite souvent le 15 août et l’année 1877 pour cet exploit. Mais comme toujours, un bon historien se doit de vérifier et de croiser les documents. Pour le jour, il suffisait de reprendre le récit qu’en fait l’un de ses plus fiables témoins (« Don Emilio » [Emile Pédedieu], de Mugron, ami et accompagnateur de Daverat à San Sebastian), qui rapporte que la corrida prévue le 15 août fut reportée au 16 en raison d’une tempête de pluie qui s’abattit sur les arènes à l’heure de la course. Mais il restait un  petit doute sur l’année, qui, je dois le dire, me titillait en tant que chercheur. J’ai donc continué à fouiller, et j’ai trouvé la preuve qu’il s’agissait bien de 1878 et non de 1877. En effet, nous trouvons le compte-rendu de l’exploit de notre Landais dans le Diario de San Sebastian du 17 août 1878 (page 2), aujourd’hui numérisé http://liburutegidigitala.donostiakultura.com/liburutegiak/catalogo_archivo_ficha.php?dp_id=80&y=1878&m=8&fecha=1878-8-17&dpf_id=687733 .
On ne pourra donc plus dorénavant, j’espère, donner une autre date que celle-là…

Paul Daverat de retour à Saint-Sébastien en 1879…

Grâce à l’ami Christian Capdegelle, voici le récit de la prestation réalisée par notre sauteur dans les arènes de Donostia l’année suivante, en 1879. Malheureusement, elle n’eut pas le même succès que la première…
« Courses de taureaux en Espagne. – On écrit de Saint-Sébastien, le 3 septembre [1879] :
Les courses de taureaux données dimanche dernier à Saint Sébastien ont attiré nombre d’étrangers résidant à Biarritz, qui ont voulu connaître le jeu si en honneur au-delà des Pyrénées.
Frascuelo et Largartijo ont mérité de chaleureux applaudissements. L’écarteur landais Daverat était engagé pour renouveler dans cette course un exercice des plus difficiles, celui de franchir d’un bond le taureau fondant sur lui.
C’est le troisième taureau qui devait servir à ce saut périlleux. Daverat, en pantalon blanc, attire à lui la bête qui se précipite dans sa direction : le Landais s’élance ; mais le taureau s’arrête net, accroche le pantalon de l’écarteur, qui tomba sur l’échine de la bête. Le malheureux s’allonge et reçoit un coup de corne qui déchire sa chemise.
C’en était fait du sauteur sans le sang-froid de Lagartijo, qui lance sa capa sur les yeux du taureau. Alors celui-ci abandonne le Landais pour poursuivre le voile léger dont la couleur l’irrite. Daverat veut recommencer l’épreuve ; le public s’y oppose et l’alcalde Erraza l’interdit.
Daverat se retire, mais il donne une nouvelle preuve du ressort de ses jarrets en franchissant à pieds joints la barrière de l’arène.
Parmi les spectateurs, on remarquait le prince Gortchakoff, ambassadeur de Russie à Madrid. (L’Impartial Dauphinois, 10 septembre 1879).

Paul Daverat à Paris en 1887…

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Je vous ai déjà parlé de ces fameuses « Fêtes du Soleil » organisées à Paris en janvier 1887 au profit des inondés du Midi. Voici la présentation que Le Figaro fait de nos sauteurs qui devaient ravir quelques jours plus tard tout le public de la capitale, avec en prime une interview exclusive de Daverat !
« Les Landais ne possèdent pas que des génisses. Ils ont avec eux divers taureaux, entre autres le célèbre Mazantini dont le nom est mis en gros caractères sur les affiches, à Saint-Sébastien ou à Bayonne.
On verra, dimanche, les deux principaux sauteurs des Landes, MM. Paul Daverat et Nassiet. Je demande au premier quels sont ses exercices :
– Je me tiendrai avec Nassiet et les sept écarteurs dans l’arène. On fera sortir un taureau. Il s’élancera sur moi. Je sauterai par-dessus, soit à pieds joints, soit en ayant les pieds dans un béret [comme la gravure d’époque ci-dessus le montre]. A chaque nouveau taureau, je ferai un saut différent. Une fois, je me lierai les jarrets. Une autre fois, je sauterai de côté. On aime aussi que j’attende le taureau en tenant les deux bouts d’une baguette, par-dessus laquelle je saute en l’air. Enfin, je ferai tout ce que je pourrai pour satisfaire les Parisiens.
Paul Daverat est un grand gars solide, qui a absolument le type basque. L’extérieur est très sympathique. Il est descendu avec ses compatriotes rue Rochechouart, au Grand-Hôtel d’Amérique. » (Le Figaro, 13 janvier 1887)